FRÉDÉRIC V. — FRÉDÉRIC-GUILLAUME V
celui-ci de nouvelles protestations d'amitié. « Je reconnais, écrivit-il, dans Sa Majesté Tsarienne mon ami unique, vrai et loyal. » Tout cela pour obtenir la signature d'un nouveau traité dans lequel Pierre renouvelait les engagements antérieurs par rapport aux acquisitions prussiennes. Cet acte ne rassurait pas encore le roi que l'Angleterre avait réussi à intimider et à attirer dans son système d'hostilité à l'égard de la Russie. Ses coquetteries avec les ennemis de la Russie n'avaient pas échappé au tsar. Pendant qu'il négociait avec l'Angleterre, le roi donne sa parole d'honneur à l'ambassadeur de Russie, qu'il ne tramait rien contre le tsar, le seul ami au monde sur lequel il pût compter. « Seulement, ajouta-t-il, à raison de ma situation géographique, je suis obligé de feindre des sentiments d'amitié envers mes voisins et d'être sur mes gardes, afin de ne pas provoquer l'inimitié de l'Empereur et de l'Empire. » En dépit de ces assurances il signa, en janvier 1720, un traité de paix avec la Suède, lequel annulait en quelque sorte tous ses engagements avec la Russie. Et puis encore le mois suivant, il signa avec la Russie le traité de Potsdam. Il avait cédé « à l'esprit malin », disait-il, lorsqu'il signa avec la Suède et l'Angleterre, cette dernière l'ayant toujours trompé. Pierre fut justement mécontent de
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cette altitude du roi de Prusse toujours prêt à nager entre deux eaux, politique qui devait se pratiquer encore bien des fois au courant de deux siècles et notamment vers le milieu du XIX' siècle. A son tour, le tsar termina la guerre avec la Suède anéantie, parle traité de Nystad, en 1721 : traité qui consacrait l'entrée de la Russie dans le giron des grandes puissances européennes. Car c'est par l'acquisition de la Livonie et de Revel, de ces provinces allemandes de la Baltique, que la Russie, considérée jusqu'alors comme puissance quasi-asiatique, devint réellement puissance européenne.
Le roi Frédéric-Guillaume I'"" bien que n'étant pas plus content que ne l'élaienl les autres puissances de ces hautes fortunes de la Russie, n'en fut pas moins le premier à en féliciter le tsar : ce fut bien le moins de ce qu'il lui devait pour lui faire oublier ses défaillances et ses défections d'allié. 11 lui fallut subir « le voisin puissant », pour ne pas s'aliéner a l'ami puissant » dont il avait besoin, lui, toujours regardé comme parvenu et tenu en suspicion par les autres rois. Le Sénat de Russie ayant décerné à Pierre les titres de Père de la Patrie, d'Empereur et de Grand, Frédéric-Guillaume, en opposition avec les autres puissances, mal disposées envers le tsar, s'empresse de reconnaître le litre impérial