‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 4 sur 35 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Docteur,

Auteur de Qu'esl-ce que la Religion d*après la Nouvelle Philosophie Allemande ?

El de Qu'est-ce que la Bible d'après la Nouvelle Philosophie Allemande ?

Auteur de la traduction allemande du Voyage en Icarie , par I. Cabet ;

Et de la traduction française des Langues de l'Europe Moderne , par il. Schleicher.

L'ignorance est toujours un défaut, souvent une faute ou même un vice, quelquefois un crinir.

PARIS

CAR x\ 1ER FRÈRES, LIBRAIRES,

Palais National , 11° 21 ii. 185 1.

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C'est surtout à toi que je dédie ce livre ; toi surtout devras le comprendre et l'apprécier. Tu ignores les choses allemandes , car tes hideux ennemis , qui tremblent à la seule idée d'une vraie et intime union entre la France et ses voisins d*outre-Rhin , ont , depuis un temps immémorial , tout fait pour t' empêcher de connaître et d* aimer TAllemagne, ta sœur. Aujourd'hui , cette ignorance , indigne d'un grand peuple , doit enfin disparaître , et personne ne s' étant trouvé prêt à écrire ce livre populaire , je me suis mis à rœuvire.

Au lieu de s'écrier avec égoïsme : « Ma patrie est destinée - à dominer Tunivers ! » un véritable déng^ocrate dira :

• Toutes les nations sont également appelées à s'entr aider,

* car chacune possède un génie spécial , qui peut servir au « développement des autres ; il y en a qui excellent sous « certains rapports, et il y en a qui excellent sous d'autres. M Travaillons afin que toutes arrivent à la liberté, à Tégalité,

«« à la fraternité, comme disent les démocrates français, ou à " la liberté , à Tinstruction , au bien-être , comme disent les •• démocrates allemands. »

Parmi les nations européennes, quatre surtout ont coopéré, depuis beaucoup de siècles , au progrès politique et social : les Italiens , au sud ; les Anglais et les Français , à l'ouest ; les Allemands au centre. Aucun de ces peuples ne mérite la préférence ; après s'être souvent fait d'atroces guerres par ambition et .par maleutendu, ils commencent enfin à comprendfé q^aifeur'àyfenifconibnih est dans une étroite amitié.

Quant à l'est de l'Europe , il est divisé depuis quelque temps en deux groupes bien distincts. D'un côté se trouvent les Hongrois ( ou Magyares ) et les Polonais , qui marchent dans la voie du progrès occidental ; ce sont les alliés naturels des quatre nations civilisatrices. De l'autre côté, grandissent les Russes qui, moins par instinct populaire, que par la politique de leur affreux gouvernement , sont hostiles au centre , au midi et à l'ouest de TEurope , et se montrent, à l'heure qu'il est , les ennemis mortels du développement démocratique.

Quant aux Espagnols et aux Portugais ^ ils suivront sans doute le mouvement progressiste des Français ; de même que les Hollandais et les Scan4inaves ( c'est-à-dire les Danois, les Suédois et les Norvégiens ) marcheront à la suite des Allemands. Les Grecs et les populations des bords du Danube joindront leurs efforts à l'élan des Italiens, des Hongrois ( ou Magyares ) et des Polonais.

Or, en examinant de plus près la situation actuelle, on remarquera que , parmi les quatre grandes nations , celle des Anglais occupe une place particulière. Isolée sur une île, tournée vers l'industrie la plus grandiose , et livrée «iu commerce avec toutes les parties du globe ; satisfaite à l'intérieur par son système de liberté municipales , affermies par un

développemetit séculaire, elle ne se mêle pas aujourd'hui directement aux efforts de Témancipation universelle, sans s'y opposer toutefois. Ce peuple a produit tant de penseurs et de poëtes, tant d'économistes et d'hommes politiques, que maintenant il en est, pour ainsi dire, rassasié.

La race anglo-saxonne, c'est-à-dire germanique, de l'Angleterre , a produit une série de treize génies de premier ordre: le roi Alfred-le-Grand ; Bacon , le moine; Jean Wicliff, le prêtre; Bacon, le chancelier; Shakèspeiite , le poëte; Cromvell, le dictateur; Mil ton, le poëte; Newton , le mathématicien ; Washington , le président; Watts, l'inventeur ; Byron et Shelley, les poètes ; Owen, le réformateur socialiste ; treize immenses génies anglais dans l'espace de dix siècles.

Aujourd'hui » où la suprématie des individualités tend à céder à l'empire des masses démocratiques , nous assistons au spectacle inouï de l'essor magnifique que prend toute la race anglo-saxonne de la jeune Amérique septentrionale qui, sans produire des individualités de premier rang , se lance toute entière à la destruction du vieux monde et à la construction d'un nouveau. Les deux Amériques , avec toutes leurs îles, grandes et petites, l'Australie, le Japon et la Chine avec toutes leurs îles, grandes et petites, seront, avant la fin de notre siècle , à cette race universelle des Anglo- Saxons , c'est-à-dire des Germains. Ce sera là son deuxième essor ; son premier a été la destruction du vieux monde romain et la construction de notre monde, qui décline actuellement. Le difficile est de juger notre époque de transition; on ne le pourra , avec quelque assurance , qu'à un de ses grands points de halte. Nous vivons à peu près comme au troisième siècle , quand l'empereur romain Caracalla , le monstre insensé, commit, en 213, ses scandaleuses horreurs envers les Alamans ; ou comme en 269 « quand les Goths furent écrasée 4,

par l'empereur Claude II , après avoir brûlé le temple païen de la Diane d'Éphèse ; ou comme en 355, quand Tempereur Julien-l* Apostat battit les Alamans et les Francs aux bords du Rhin et du Mein ; qui alors aurait prédit que , dans moins de soixante ans, en 409. dans la nuit du 23 au 24 août , le grand Alaric, roi des Goths de l'ouest, brandirait son invincible lance sur le capitole de la superbe capitale des Césars , le.<:^ntre despptiquç du monde ancien? > :

Ce qu il y a de certain, c 'est que la partie de là race germanique qui, sous le nom particulier d' Anglo-Saxons , s'est enracinée dans Tile britannique, a, jusqu'aujourd'hui, rempli une tâche toute différente de celle de la partie restée en Europe centrale, de la nation allemande proprement dite. Cette dernière, après s'être très-mal acquittée de son travail politique et administratif, a été portée vers le travail de l'intelligence, à l'étemel honneur de celle-ci, mais à la perte la plus complète de sa grandeur politique.

L'Angleterre se contente, à l'heure qu'il est, de son église protestante dégénérée, de sa vieille royauté constitutionnelle, de son aristocratie prodigue, et de sa haute bourgeoisie financière et industrielle , qui sont assez prudentes pour lui permettre un mouvement intérieur restreint , mais nettement organisé. Quant le moment sera arrivé, les classes inférieures d'Angleterre à leur tour réclameront et sauront obtenir ce qui leur manque aujourd'hui. Ainsi, l'Angleterre mise en quelque sorte à l'écart , restent la France, l'Allemagne , l'Italie et la Hongrie avec la Pologne.

Parmi les nations du progrès actif , deux états voisins, mêlés par un contact perpétuel constituent à eux seuls, pour ainsi dire , la tête et la poitrine du continent européen. L'Allemagne et la France, d'un nombre presque égal d'habitants, séparés seulement par un fleuve, offrent en même temps des différences énormes sou$ tous les rapports.

La France , vaste état unitaire , rigoureusement adnrjinistrée d'après des règles uniformes.

L'Allemagne, vaste masse confuse, composée d'une foule d* états différents et plus ou moins difformes.

La France, portée depuis des siècles vers la grandeur nationale, la gloire de la guerre et les travaux de la paix.

L'Allemagne , portée depuis des siècles vers la grandeur scientifique et artistique.

La France, pays d'hommes politiques, dont Tœil pénétrant embrassait l'Europe entière.

L'Allemagne, pays d'hommes politiques à courte vue, entêtés, mesquins , méchants , se jalousant les uns les autres.

La France, état politique at'ii/i^ tout, traitant la religion comme institution politique, ne faisant que bien peu de cas de Tessence de la religion, de la religiosité intérieure de chaque individu.

L'Allemagne, état politique après tout, traitant la religion non-seulement comme église, mais surtout comme objet d'études , de méditation et de réflexion pour chacun .

La France, unitaire et dominant du haut de son siège législatif, a pu proclamer la religion catholique, religion de la majorité de ses habitants ; les protestants et les juifs y étant en si petit nombre, qu'ils sont presque imperceptibles.

L'Allemagne, composée d'une foule bigarrée d'états, collés les uns aux autres , chacun s'obstinant à posséder un gouvernement à part , un budget à part , une législation à part , une administration à part ; aucun n'a de religion de la majorité ; 1 Eglise catholique et l'Eglise protestante y sont égales, sinon tout à fait en nombre , au moins en puissance et en considération.

En France , la religion protestante a jadis été exterminée par le glaive de la religion catholique.

En Allemagne , ces deux religions se sont livré bien des

6 L ALLË&iAGNË ET LES ALLEMANDS.

batailles sanglantes pendant plus d*un siècle *, elles ont fini par se reconnaître réciproquement et subsister côte à côte.

Après avoir noyé dans des flots de sang français la religion protestante , la France fut pourtant obligée de recourir au vrai principe protestant du Libre Examen ; de là naquit le mouvement des philosophes, qui engendra la révolution de

L'Allemagne, ayant conservé les deux religions antagonistes , fut obligée d'approfondir de plus en plus ressence de la religion en général. De là naquit le mouvement philosophique , qui produisit , non pas une révolution politique et sociale, mais la suprême émancipation de l'esiNrit , en créant la nouvelle philosophie allemande. Celle-ci, à son tour, conduira l'humanité à la dernière et à la plus décisive de toutes les révolutions politiques et sodales. Les Allemands ont déjà, il y a quatorze siècles , régénéré le monde par la Conquête Territoriale ; ils Y ont encore régénéré^ il y a inm siècles, par la Réforme de Luther.

Le Français est adroit, expansif , rapide.

L'Allemand est rêveur , méditatif , tenaœ , conc^tré en lui-même.

Le Français craint par-dessus tout le ridicule.

L'Allemand se moque souvent de lui-même , et craint beaucoup de se faire valoir.

Delà le bon côté de diacune de ces deux nattons.

Chez les Français, l'à-propos et lardeur ; chez les Allemands la persévérance et la profondeur. C'est aussi la source de leurs défauts principaux. Chez les Français, l'inconstance, le mensonge et le vide ; diez les Allemands, la lourdeur et le sournois.

Il y a, par conséquent, peu de tempéraments plus opposés Tun à Tautre que ceux de l'Allemand et du Français. Eh bien ! c'est exactement de cette (^positkxi même que ressort

Turgente nécessité pour eux de s'entendre et d'agir ensemble ; leurs défauts réciproques s'effaceront par le contraste, et leur^ bonnes qualités augmenteront en se complétant.

La France représente la race romanisée ; 1* Allemagne représente la race germanique. Jamais l'Europe ne sera sauvée si ces deux races ne sont pas unies ; or, comment les unir, â leurs deux représentants principaux restent séparés î

A la sublime et puissante alliance morale, intellectuelle et matérielle de la race romanisée et de la race germanique , accéderont les Polonais , qui représentent la troisième race européenne ou celle des Slaves ; et les Hongrois, représentant la quatrième race, celle des Tatares.

Mais comment pourrait - on espérer que le corps européen se portera bien tant que la tête et la poitrine seront en désaccord ?

II existe, on le sait, encore aujourd'hui , une aversion de lonp;ue date , qui fait dire , à quelques Français, que l'Allemagne est la patrie des gens grossiers et tartufes ; comme elle fait dire, à quelques Allemands , que la France est la patrie des menteurs et des gens trop adonnés aux plaisirs. Que cette double calomnie soit maudite ! et que ceux qui cherchent à la propager, dans le but de diviser les deux peuples, soient mille fois maudits et punis !

Mais que faut - il répliquer à ceux qui disent : - L'Alle- « magne , malgré sa grandeur scientifique, n'a pas la moin- « dre valeur en fait de politique; elle se laisse maltraiter par « ses trente-cinq gouvernements , plus encore que la Chine " par son empereur céleste ; elle ne mérite donc que le mé- « pris du genre humain î n

A ceci il faut répondre : « Distinguons : l'Allemagne « d'aujourd'hui porte le lourd fardeau des péchés de ses « pères ; ses empereurs , après la fin du moyen âge, ont né- « gligé de la centraliser ; ils étaient trop aveugles et trop

« mesquins pour suivre Texemple des rois français. En « France , on s'efforçait d'établir l'unité ; en AUennagne , on « s'efforçait à consolider la diversité ; chacune de ces deux « routes conduit à un mal , seulement celui de la centralisa- •« tion est \\n mal plus simple. L'une conduit au despotisme - d'un seul souverain , l'autre à une oligarchie , c'est*à-dire ■ ** à l'anarchie, exercée simultanément par plusieurs despotes •« à la fois. Voilà pour le passé. Quant à l'avenir, ce ne se- « ront assurément plus les PRINCES allemands auxquels le « PEUPLE allemand remettra le soin de centraliser sa patrie. «• Le peuple allemand centralisera V Allemagne. »

Quand un démocrate contemple ce grand peuple , abreuvé aujourd'hui d'outrages , heure par heure, jour par jour, foulé aux pieds par des tyrans détestables , vidant goutte à goutte le calice d'amertume , — quand il considère tout ceci , pourrait-on lui faire un reproche de s'indigner et de maudire ces malfaiteurs couronnés? Du reste, les tyrans allemands ne font plus partie de la nation ; ils sont voués aux dieux infernaux ; car si un éminent démocrate allemand a appelé les Âllenoands, à cause de leur coupable et servile patience pendant les derniers cent ans, une nation infâme ; quel nom faudrait-il alors infliger à ceux qui ont réussi à la plonger dans l'infamie l

Le livre qu'on va lire cherche à dérouler le sombre tableau des souffrances inouïes de l'Allemagne, et des infamies que ses despotes lui ont fait commettre envers l'Italie et la Pologne. La France démocratique saura désormais apprécier sa sœur d'outre-Rhin. Entre démocrates, point de faux orgueil ni d'hypocrisie.

L'Allemagne démocratique doit décharger le nom allemand d'une énorme dette morale : elle a le devoir sacré de reconstituer l'Italie, la Hongrie, la Pologne, nations voisines, sur lesquelles l'Allemagne /wo/iarcA/jae et diplomatique a exercé, depuis d^ siècles, une pression sinistre. II est vrai que l'Ai-

lemagne a donné les sciences aux Slaves et aux Hongrois , mais elle a empoisonné ses bienfaits par l'exploitation bureaucratique. L'Allemagne ancienne a reçu de l'Italie des trésors scientifiques et artistiques, mais elle l'a payée par le joug le plus mesquin et le plus féroce à la fois. Il faut donc que l'Allemagne moderne, en faisant disparaître de chez elle tous les infâmes sous quelque habit qu'ils se cachent, efface à la fois, chez ses voisins du sud et de l'est, tout vestige d'une injuste et cruelle domination.

Sans doute, pas plus que la République française , l'Allemagne démocratique ne doit être accusée d'avoir trahi , en 1848, les Italiens et les Polonais. Le principe de justice mutuelle , c'est-à-dire de fraternité, proclamé en 1848, était encore trop nouveau, il n'avait pas encore assez profondément pénétré dans les cœurs et dans les âmes des européens, corrompus par la détestable éducation infligée par la Sainte- Alliance de 1815. Voilà pourquoi, entre autres, il est arrivé que le Parlement allemand de 1848 laissa, ou plutôt, fit mitrailler les Polonais de Posen et refusa son alliance aux Italiens ; voilà pourquoi l'Assemblée Nationale de France livra aux Autrichiens la jeune démocratie d'Italie.

Français , Allemands , Italiens , Magyares , Polonais, entendez-vous enfin ; donnez-vous fraternellement les mains , et l'avenir du genre humain ne tardera pas à s'accomplir. Ainsi soit-iL

Le docteur Auguste-Herman Ewerbeck.

(Né 2i Dantzig en Prusse, citoyen français.)

Paris , novembre 1851.

ET

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PREMIER TABLEAD.

Un mot sur l'Allemagne actuelle.

La population germanique, ou gothique, ou teutonique ^ occupe aujourd'hui le milieu de l'Europe , depuis les Alpes au sud jusqu'au cap nord en Norvège ; depuis la Yistule i Test jusqu'aux Iles Britanniques à l'ouest. Il ne faut cepen*dant pas perdre de vue que ces limites ne sont point complér tement exactes ; cette population a cela de ^ngulier, qu'elle est loin de former un corps régulier, avec des frontières soit naturelles, soit artificielles nettement définies. Elle s'étend vers le nord-est d'abord bien au-delà de l'embouchure de la Yistule, le long de la mer Baltiqne , cm elle habite les provinces maritimes de la Prusse et de la Russie ; puis elle recule de la Yistule vers l'ouest , aux bords de l'Oder et aux monts de Silésie. Mêlée à la population slave en Moravie et en Bohème ( ou Tchéquie ) , elle descend vers le i^aidi jusqu'aux bords du Danube , et de là aux Alpes de la mer

Adriatique. Tout à fait séparés du gros de la nation, se trouvent les cantons allemands de la Transylvanie ( Siebenbûr^ gen^ c'est-à-dire pays des Sept Montagnes ) près la frontière turque. Après avoir décrit cette ligne assez irrégulière à l'est, la race germanique reprend son cours vers l'ouest , le long des Alpes de Craïne ( en français Carniole ) , du Tyrol et de THelvétié ; puis elle descend les deux rives du Rhin jusqu a son embouchure, en face de l'Angleterre ; elle remplit presque toute cette île; elle occupe toutes les deux péninsules Scandinaves , c'est-à-dire la Suède , la Norvège et le Danemark ; en outre , cette race peuple le véritable centre de l'Europe, qui porte le nom d'Allemagne proprement dite.

Ainsi, la population germanique , ou teutonique , ou gothique , embrasse l'Allemagne ( Deutschland , c'est-à-dire pays des Deutschen, mot qui en vieux gothique se prononçait thiudiske et signifiait national^ populaire), puis elle embrasse la Scandinavie , l'Angleterre , la Hollande, la moitié de la Belgique (la Flamande) , et plus de la moitié de la Suisse. Tous ces membres du corps germanique sont aujourd'hui indépendants les uns des autres. Les cantons allemands en Transylvanie appartiennent à la Hongrie, ceux de la mer Baltique vers l'est appartiennent à la Russie , l'Alsace est incorporée à la France, la Suisse, la Belgique et la Hollande se sont séparées de l'empire allemand et constituent des Etats politiques, qui n'ont pas le moindre rapport politique avec l'Allemagne proprement dite.

Quant à cette dénomination ^ Allemagne^ on peut la donner aux Etats compris dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Confé' dération des princes allemands . Elle contient cinq ro/aamc^ (Prusse, Saxe, Hanovre, Wurtemberg et Bavière), beaucoup de duchés qui se distinguent entre eux par le titre de grand-ducfté et de duché tout court ( par exemple : Meklemr

bourg , Oldenbourg, Holstein , Bade , Brunsvick , etc. ) , et une foule extrêmement noaïbrexjLse de principautés de toutes dimensions. C'est là précisément l'immense malheur de ]a noble nation allemande. Si quelque déluge politique et social ne survient au plus vite pour faire disparaître cette cause permanenie de décadence, elle suffira à elle seule pour conduire infailliblement la nation à un état de dégradation et de dépravation au-dessous de ce que l'histoire de toutes les époques et.de tous les pays nous montre de plus déplorable. Le seul pays qui offre un spectacle semblable , bien que sur une moins grande échelle, c'est Tltalie, déchirée en huit ou neuf lambeaux , et exploitée par autant de dynasties et de bureaucraties différentes. Mais, puisque l'Italie souffre , estce un motif pour l'Allemagne de s'en consoler et de souffrir patiemment ? Qui a le plus contribué depuis des siècles à déchirer cette Italie et à consolider la tyrannie dans chaque morceau, si ce n'est la diplomatie allemande , cette malhonnête et mesquine diplomatie de la maison impériale de Habsbourg , qui résume toute la sagesse en deux mots : diviser pour gouiferner et gouverner pour exploiter.

La Confédération des princes allemands n'a point le droit, bien qu'elle se l'arrogé avec cette insolence habituelle des princes d'outre-Rhin, de s'intituler Confédération Allemande. Le peuple n'a rien , absolument rien à dire ni à faire dans cette confédération princière , dont le siège se trouve établi à Francfort-sur-le-Mein. C'est dans cette antique cité que les envoyés diplomatiques de tous les souverains allemands s'assemblent en permanence, sous le nom de Diète. Cette Haute- Diète \o\3L\i d'une haute réputation chez la plupart des Allemands , à en juger par les innombrables calembourgs , les propos plus ou moins haineux, et les caricatures satiriques qui circulent d*un bout à l'autre de l'Allemagne. Pour n'en citer que deux , la Diète est appelée ; « Le chien enragé , » —

« le tas d*ordure et de poison (1) . » En vérité, lorsqu'une institution politique chez un peuple dequarante millions d*hommes est arrivée à ce degré de mépris et de haine, elle est condamnée à mourir malgré tous ses efforts.

Ueropire d'Autriche ne fait partie de la Confédération que pour les provinces autrichiennes dans lesquelles ta population allemande prédomine. D*où il résulte que la Confédération compté beaucoup de Slaves parmi ses habitants , car, dans quelques provinces autrichiennes, dites allemandes , il y a presque autant de Slaves que d'Allemands ; tandis que d'un autre côté, la province orientale et pour la plupart allemande de la Prusse, avait été laissée en dehors de la Confédération pendant trente-trois ans. Voilà des faits fort peu importants en eux-mêmes, mais qui, joints à d'autres, montrent clairement la mesquine et scandaleuse déraison qui a toujours dirigé et dirige encore l'encadrement poUtique et géographique de l'Allemagne.

Les cinq royaumes allemands et les provinces allemandes d'Autriche ont une population de trente-trois millions d'habitants ; les huit grands-duchés ont quatre millions ; les r\evî duchés Un demi-million ; les onze principautés et les quatre villes de Hambourg, Brème, Liibeck et Francfort-sur-le-Mein, qui s'appellent villes hanséatiques et libres , parce qu'elles firent jadis partie de la Hanse , grande association de villes commerçantes , et qu'elles n'appartiennent , à l'heure qu'il est, à aucune dynastie régnante, ont une population tdtale de trds cent mille. L'Allemagne d'aujourd'hui compte donc trente-neuf millions neuf cent mille habitants ; parmi ce nom* bre , il y a au moins un septième de Slaves.

(1) En allemand : Der deutsche Bund y Ein tôlier Hund ; et Der deutsche Bund, Tst Cljt tind Schund, Cette preuve suflSra pour faire voir le respect qu'on perte à la Haute Diète^

La malheureuse AUefnagne est, comme tout le moiide sait, une vraie pépinière d'aristocrates et de nobles de toute espèce. Cela doit être , car plus une nation porte sur ses épaules de dynasties régnantes , plus elle est en même temps condamnée à porter aussi des familles nobles , qui sont naturellement les aides des souverains. Chaque dynastie chrétienne, anglaise, espagnole, portugaise, grecque, russe, scandihave, belge, brésilienne, a conclu des mariages avec les dynasties allemandes (1). On peut dire que sans led princes él les princesses d'Allemagne , bon nombre de maisons régnantes dans la chrétienté seraient déjà éteintes : — > gloire sans doute trop grande pour cette humble Allemagne ! . . .

Immédiatement après les nombreuses dynasties qtii régnent dans les cinq royaumes, dans les huitè grande duchés, dans les heuf duchés, et dans les onze prindipàutés, Viennent les nombreuses familles nobles de première et de èefebhdô classe. Les nobles de première classe Sont des prihcéà et des comtes qui, dans le royaume de Bavière, par ejcemple, possèdent en propriété héréditaire soixante - dix lieues carrées allemandes , avec ceht quatre-vingt-dix mille habitants, diàtribués dans onze familles de princes et treize familles de comtes. Dans le petit royaume de Wurtemberg , le nombre de ces sangsues de première classe est de quairânte - quatre familles ; dans le grand-duché de Bade, il n'est que de netif; mais ce petit ïiombre ne les empêche poiht de posséder soixante-sept lieties carrées , avec deUx cent cinquante mille habitants.

Les privilèges iet les trésors accaparés pair tous céS seigneurs sont immenses ; mais il est peu probable que la nation,

(1) Ainsi, la djmastie régnante en Russie, celle des Romanof, n*a déjà plus que du sang allemand dans ses veines ; il en est de même de la dynastie d'Aï)* glelerre, '

à sa prochaine révolution, leur en laisse la jouissance, quand bien même ils exhiberaient leurs vieux parchemins où se trouve enregistré le droit d'exploiteur par la grâce de Dieu , de la Haute-Diète et de la dynastie régnante. Inutile d ajouter que les seigneurs allemands sont presque tous des chasseurs effrénés , des joueurs, des hommes de plaisir, des généraux ou au moins des colonels ultra-réactionnaires dans les gardes royales et ducales. Ces messieurs affectionnent beaucoup le service militaire en Autriche, en Russie, àNaples ; bref, ils se présentent volontiers partout où ils trouvent moyen de persécuter la liberté et la vertu. Cest la Iiaule volée de la société allemande : les hauts voleurs^ dirait Jacques Bonhomme. Le nombre des personnes dont se composent ces familles régnantes est extrêmement considérable ; un calcul, fait d'après une publication officielle , intitulée : Almanack princier de Gotha (1851) , nous a donné le chiffre effrayant de dix-neuf cent trente-six individus des deux sexes.

En voilà assez. Le lecteur français sera désormais à même de se faire une image exacte de ce qu'on appelle aujourd'hui la confédération des princes allemands ; institution inventée par des princes bigots et par des ministres trembleurs, après la chute de l'empereur Napoléon , et ressemblant de plus en plus à un bureau général de haute police réactionnaire. Ébranlée par la Révolution de 1848, la Diète a déjà réparé ses blessures, et, pour peu que cela dure, elle sera bientôt en 1851 , ce qu'elle était avant 1848 : le sublime chef-d'œuvre de monseigneur le prince Clément de Metternich. Soit dit en passant, ce président réel du pandémonium princier de Francfort et de l'Europe entière , vieillai-d octogénaire , est le modèle de tous les hypocrites et jésuites qui, depuis la chute de Robespierre, ont dirigé le char de la réaction universelle ; il brillera dans l'histoire comme l'incarnation de la réaction allemande, car c'est dans ce nom de prince de Metternich , que

s'est absorbé toute la haine immortelle que l'immense majorité des Allemands porte à leur infâme système gouvernemental. Un jour, ces peuples diront que Judas Iscarioth était moins coupable encore que monseigneur le prince Clément de Metternich.

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