‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 9 sur 35 · SIXIEME TABLEAU · texte numérisé non relu

SIXIEME TABLEAU

La dynastie saxonne monte sur le trône impérial.

La dynastie de Karl-le-Grand n'existe plus ; le sol allemand est déblayé.

Quatre grandes tribus ou confédérations se montrent comme les quatre grandes parties de la nation :

Les Franks allemands ;

Les Saxons (avec les Frisons et les Thuringiens ) ;

Les Souabes ( avec l'Alsace et la Suisse) ;

Les Bavarois (avec les Tyroliens).

Une cinquième, celle des Lorrains, s'est étroitement attachée à la France royale.

Les hauts seigneurs des quatre tribus élisent aux bords du Mein (1) empereur le vaillant chef des Franks alle-

(1) Delà le nom de la capitale de Tempire, FraDcfort-Kir-4e-Mein.

juands , Konrad P'', rival acharné du chef saxon. Les Hongrois (Magyars) païens et les Saxons lui livrent des batailles afireuseS) et sur son lit de mort ce noble guerrier, qui ne conniut pas de chef plus digne que le Saxon , son ennemi personnel , 4é8ire qu qn porte à celui-ci la couronne impériale.

Les envoyés partent pour la Saxe ; ils trouvent son duc Hmvi à la chasse d'oiseaux , et il accepte le choix glorieux 4I9I1S étpnnement ni hésitaticHi.

Voyez ce jeune héros , beau, fort , majestueux , sage et courageux ; il est bon chasseur et habile oiseleur ; il va aussi traquer les ennemis de T empire, C'est Henri P*", HenrirOiselettr, Henri-le-Grand.

I) commence par créer des communes bourgeoises en AUemagme. Le caractère des Allemands étant peu sociable, ils détestaient toute ville , et avaient dtftniit celles que les Ro*niains avaient érigées aux frontières du Rhin, du Danube, et en Suisse. Chaque Allemand vivait dans une maison fortifiée sur son bien-fonds, comme aujourd'hui les colons américains, au milieu de vastes prairies et de larges forêts. Henri comprit que les attaques violentes des Magyars , des Normands et des Slaves, tous les trois peuples païens et demi-sauvages, ne pourraient être mieux repoussées qu'à Taide de nombreuses villes entourées de murailles et de fossés. Pour empêcher ces nouveaux établissements de tomber tout de suite entre les mains avides des seigneurs féodaux, il garantit des privilèges , des libertés municipales à ces jeunes villes , et leur donna des inspecteurs ou des commandants dits impériaux , de sorte qu'elles se trouvaient désormais placées sous sa protection directe, et non sous celle de n'importe quel vassal despote et exploiteur. H^ri s'adressa donc à tous ceux des anciens hommes libres, qui n'élaient pas encore entrés sous la domination dun duc 5 d'un archevêque, d'un

comte, et les invita de se fixer autour des châteaux forts et des forteresses , dont le terrain allemand commençait à se couvrir. La jeune bourgeoisie ( mot qui vient de 4oar^, qui ne signifie pas en allemand ce qu'il signifie en français, mais un château fort ) se composait donc en Allemagne de propriétaires campagnards, concentrés dans une enceinte fortifiée ; leurs terres continuaient d*être cultivées par leurs serfe. Delà l'origine de la servitude du paysan allemand, et ce li'est que dans les contrées les moins accessibles, là où il ne valait pas la peine de fonder des villes, que l'ancien état des paysans indépendants pouvait se prolonger.

Henri octroya à ces jeunes communes de bourgeois le droit de fixer les jours des marchés et des foires, des fêtes et des réunions publiques ; l'industrie et le trafic ne datent que de lui. En cas d'invasion barbare ou de guerre impériale ils étaient obligés de prendre les armes pour l'empereur et pour l'empire ; delà l'établissement des milices bourgeoises dans chacune de ces villes.

On a eu tort, ce me semble, de reprocher à la nation allemande de s'être si difficilement décidée à s étabUr dans des villes. Travailler en habitant une maison fortifiée au milieu des champs , aux bords du lac et du fleuve, au fond de la vallée, sur la crête de la montagne, sur le flanc du rocher, sur la côte de l'océan , contempler jour par jour la sauvage beauté de la nature environnante, y plonger pour ainsi dire, et en remonter après s'être retrempé le corps et l'âme , — c'est assurément une jouissance rude et austère , toute particulière au caractère allemand. — C'est pour cela même que l'Allemand et son frère l'Anglais sont les meilleurs colonisateurs dans des pays étrangers , les plus intrépides , et les plus tenaces de tous les pionniers de la ciifilisation européenne. En Russie méridionale , en Amérique , en Afrique méridionale, en Australie, TAUemand s'est mis à défridier

et à cultiver le sol avec un soin exemplaire ; partout les colonies allemandes ont prospéré et prospéreront (1).

Mais d'un autre côté, ce penchant poétique et sublime pour la vie au milieu de la nature , et pour ainsi dire sous la belle étoile, ne doit pas être poussé au point d'empêcher le libre développement de la société politique et rationnelle.

L'empereur Henri-l'Oiseleur, en même temps qu'il organisa les corporations bourgeoises^ et leur imposa le devoir de servir en fantassins réguliers, fit peu à peu de la noblesse une corporation chev^aleresque^ avec le devoir de se constituer en cavalerie régulière. C*est donc encore de ce grand empereur saxon que date en Allemagne le commencement de l'art militaire du moyen âge, avec son point d'honneur , avec sa vénération des dames , avec sa protection du faible contre le fort.

Les tournois ou exercices des chevaliers , leurs associa^ tiens chevaleresques avec des règlements rigoureux, leurs excursions quelquefois lointaines à la recherche des plus redoutables dangers , tout cela a pris naissance en suite des institutions de Henri-l'Oiseleur. Alors la chevalerie allemande devint déjà un ordre presque sacré. Henri refuse la réception à ceux qui parlent et agissent contre la religion du Christ ; le comte palatin Eonrad, à ceux qui parlent et agissent contre le Saint-Empire allemand; le duc Hermann de Souabe, à ceux qui offensent une dame ou une demoiselle ; Berthold, duc de Bavière, à ceux qui sont menteurs et parjures ; le duc Konrad de Franconie, à ceux qui ont pris la fuite dans un combat. Voilà les plus anciennes des lois de

(1) Eo Amérique du Nord, par exemple, il existe déjà une population agricole de plusieurs millioDS d'Allemands, citoyens de la république des États- Unis. Tous les ans, Tun comptant l'autre, quinze à vingt mille émigrants des deux sexes quittent le sol allemand pour se fixer en Amérique.

chevalerie, et qui n'ont encore rien de commtin avec les misérables chicanes qu on jugea à propos d'y ajouter plus tard, par exemple sur le nombre des aïeux , sur un métier bourgeois, etc.

Quant aux communes des villes , on vit bientôt les habitants se diviser en deux classes : les ouvriers qui servaient à pied, et les patriciens ou riches servant à cheval.

Le grand empereur Henri-rOiseleur se mit alors à Fœuvre de guerre ; il battit les païens slaves qui, après l'émigration de tant de tribus allemandes aux pays méridionaux de l'Europe , s'étaient étabUs à la place de celles-ci , et qui, alliés avec les païens magyares, ne cessaient de ravager de temps à autre les provinces allemandes jusqu'à la mer du Nord et au Rhin. Henri-l' Oiseleur conquit d'abord le pays slave des Sorbiens, surtout des Hévéliens aux bords de la rivière Havel , les força d'accepter le baptême, et massacra ou transplanta ceux qui refusèrent ée devenir chrétiens. Il colonisa la contrée par des Allemands, qui formaient désormais aussi la population de l'ancienne capitale slave Brannibor, que les Allemands appelaient et appellent Brandebourg. C'est là l'origine de la célèbre province de frontière fortifiée, ou Marche de Brandebourg, première étape que l'Allemagne catholique a faite contre la Slavie païenne de l'est. Cette province de Brandebourg est une vaste plaine , tellement stérile par des sables qui semblent dénoter son ancienne origine marine, que les Slaves eux-mêmes lui avaient donné le nom peu consolant Aq plaine bmlée ; mais en dépit de cette triste infécondité et d'un climat assez ingrat, elle est devenue, sept siècles plus, tard, le centre du royaume prussien, le foyer de l'Allemagne septentrionale.

Henri-l'Oiseleur força également par sa main de fer le roi

des Tchèques ( en Bohémie ) , redevenu païen et exterminateur des chrétiens tchèques, de se convertir de nouveau.

Henri subjugua aussi les tribus slaves, petites , mais éminemment vaillantes , dans le royaume actuel de Saxe ; il y fonda la Marche de Misnie, et celle de Lentzen sous le gouvernement de margraves. Partout le christianisme et le clergé y pénétrèrent avec la féodalité et la bourgeoisie, avec les mœurs et la langue d'Allemagne.

Le grand empereur frappa un coup contre le roi des Dêtnois; les Allemands, partant de-Holstein, leur ancienne province de frontière, occupèrent et colonisèrent le pays entre les rivières Eydère et Sley , ce qui fut appelé la Marche du Sleswig, château-fort érigé par les ADemands(l).

Il couronna ces exploits guerriers par une victoire extrêmement sanglante, mais décisive sur les sauvages Magyars en Allemagne , près la ville de Mérsebourg. Pour se préparer dignement à cette importante campagne, qui devait rendre à la chrétienté un service énorme, et peut-être plus considérable que la victoire queCharies-le-Marteau avait jadis remportée sur les Arabes à Tours en France , Henri avait fait à pied un pieux pèlerinage à Rome ; le pape Tavait béni et avait orné son front de la couronne impériale. Dans la bataille de Mersebourg il combattit comme un lion du Seigneury disent les vieux annalistes ; son étendard était Timage dorée de Tarchange Michel aux ailes déployées.

(1) n ne nous intéresse que médiocrement , nous autres démocrates sodalistes, de savoir si le Sleswig dans cent ans d'ici sera associé à l'Allemagne ou au Danemark ] mais ce qui nous amuse, c'est de voir la pitoyable niaiserie des diplomates allemands, qui^ toujours s'adressant au prétendu Droit historique , ont oublié cette fois que le Sieswig appartient à l'Allemagne de par leur fameux Droit historique.

Page 1