PRÉFACE
En 1919, ceux qui dirigeaient l'opinion publique dans les pays alliés proclamèrent qu’il serait possible d'obtenir de l’Allemagne les sommes nécessaires pour assurer la réparation des dommages résultant des hostilités et pour rembourser aux Etats vainqueurs le montant des pensions que l'équité leur commande de verser à ceux de leurs combattants qui ont compromis leur santé et aux familles de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie. L'Allemagne était riche, ses usines étaient intactes, sa capacité de paiement considérable,
Ginq années ont passé : cette Allemagne que l’on affirmait si puissante apparaît maintenant épuisée ; sa monnaie a perdu toute valeur. Les paiements qu’elle a effectués au titre des réparations ont été bien faibles, et cependant, ils semblent avoir été la cause directe du délabrement des finances allemandes ; il est soutenu que si le gouvernement français maintient ses exigences, le relèvement du vaincu est impossible ; le spectre d’une France faisant faillite paraît alors à l'imagination de la masse épargnante et la crainte met le trouble dans les esprits. On en vient à douter de la sagesse de ceux qui nous ont gouvernés ; pourquoi, au moment de la signature de l’armistice, n’a-t-on pas exigé des capitalistes allemands la livraison immédiate d’une partie de leurs richesses? Quelles considérations ont arrêté nos négociateurs dans l'exercice du pouvoir que leur avaient donné nos victoires?
Pourquoi a-t-on laissé l'Etat allemand s'affaiblir alors que ses industriels que symbolise le magnat Stinnes semblent avoir acquis une puissance démesurée ? Et maintenant que nous avons laissé passer l’occasion de nous faire délivrer notre dû, n’est-il pas trop tard pour obtenir la juste compensation des efforts que nous avons été contraints de faire, à la place de notre débiteur malhonnête? La résistance de l'Angleterre à l’égard de nos revendications n'est-elle pas, par contre, une preuve que celles-ci sont exagérées, et, en tout état de cause, la France aura-t-elle la force de vaincre cette résistance ? En résumé,