‹ L'Allemagne et les réparationsChapitre 8 sur 40 · L'ABSENCE DE PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

L'ABSENCE DE PRÉCÉDENTS

Lorsqu’au début de l’année 1919 les chefs des Gouvernements alliés se réunirent à Paris, aidés de nombreux experts, ils se trouvèrent devant une tâche considérable à accomplir. Il s’agissait de modifier les frontières de l’Europe, de fixer le statut politique de plusieurs nouveaux Etats, de répartir les droits et les intérêts que l’Alle- __ magne avait pu acquérir en dehors de ses frontières, de réduire ses forces militaires, d'établir son régime commercial, de régler la reprise des relations financières et économiques entre les anciens belligérants, enfin de déter- - miner comment l'Allemagne responsable de la guerre pourrait prendre à sa charge les pensions accordées aux soldats blessés ainsi qu'aux familles des disparus et réparer les dommages effroyables dont sa politique avait été la cause.

La complexité des questions soumises à l’examen des négociateurs était telle qu'il eut été impossible de les résoudre à bref délai, si l’histoire n'avait fourni pour la plupart des exemples de solutions. Aussi purent-elles être réglées rapidement et d’une façon définitive. Sans doute le sort de certains territoires a-t-il été subordonné au jugement ultérieur de leurs habitants mais les conditions dans lesquelles ceux-ci devaient ou doivent se prononcer furent fixées dans des termes relativement précis.

Par contre, l'examen définitif du problème des Réparations, que cependant le peuple français, dont parmi les alliés l'effort avait été le plus grand, considérait comme le problème capital, parce que de la solution qu'il recevrait semblaient dépendre ou son bien-être ou sa ruine, fut ajourné à deux années plus tard.

Il est possible que comme l’a écrit J.-M. Keynes dans son livre sur Les Conséquences économiques de la Paix, le chef de la Délégation française, M. Clemenceau, n'ait pas apporté à la question de l'indemnité toute l'attention qu'elle méritait ; peut-être aussi préféra-t-il consacrer ses efforts de persuasion sur d’autres points du Traité dont l'importance lui semblait primordiale. Cependant Le véritable motif pour lequel la question des Réparations ne fut pas tranchée dans le court laps de temps que l’impatience des peuples et des parlements avait consenti aux négociateurs, c’est vraisemblablement qu'il n’y avait pas de précédents (1).

De tous temps, les vainqueurs ont réclamé aux vaincus des indemnités de guerre, mais ces indemnités étaient payées le plus souvent en territoires. D'ailleurs comment de forts versements en numéraire auraient-ils pu être obtenus des vaincus, lorsque l'importance numérique du commerce international était si faible, et que les finances

1. C’est à coup sûr cette même cause qui a donné aux sanctions contre

les responsables de la guerre et ceux qui l’ont dirigée si cruellement, le caractère inopérant qu'elles ont revêtu.

publiques étaient si précaires. Dès lors qu'on s’interdisait, en vertu du droit des peuples à disposer d'eux mêmes, d'employer les cessions de territoires comme mode de paiement, on entrait presque dans l'inconnu. La facilité avec laquelle la France avait payé après 1871 les 5 milliards de francs qu'avait exigés Bismarck laissait penser à tous que l'Allemagne était capable de verser des sommes beaucoup plus importantes ; mais jusqu’à quel chiffre pouvaient s’élever nos réclamations ? Dès cette époque certains milieux se rendaient compte que le paiement d'une indemnité d’au moins 100 milliards de franes-or soulèverait de sérieuses difficultés d’ordre économique : aussi les négociateurs étaient-ils partagés entre la crainte d'exiger trop ou pas assez.

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