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LA FLOTTE

Kiel. — Wilhelmshaven. — Les chantiers de construction. — Les « dreadnoughts » . — Les croiseurs de bataille. — La flotte de seconde ligne. — Les petits croiseurs, torpilleurs et sous-marins. — ■ Constitution

des forces navales.

E colossal effort maritime de l'Allemagne trouve son expression la plus complète dans la flotte armée, mais cette flotte est un résultat. Dansles arsenaux et sur les chantiers, on a sous les yeux la représentation instantanée de cet effort. Aucun spectacle n'est plus impressionnant ni plus explicatif de la ténacité et de l'énergie que le pays apporte à la préparation de la guerre sur mer. Quiconque a visité Kiel et WilhelrnshaveU; a parcouru les chantiers Vulcan, Germania et Schichau, conserve une impression ineffaçable de labeur obstiné, méthodique et intelligent, rapporte la conviction que le pays capable de faire surgir en quelques années ces vastes établissements, cette activité intense, toute cette industrie maritime si complexe, de l'ordonner suivant les lignes d'un vaste plan d'ensemble, est un pays solidement ancré dans ses desseins et résolu à tirer, tôt ou tard, le bénéfice de ses énormes mises de fonds.

KIEL Kiel, comme nous l'avons vu plus haut, est le grand port militaire de la Baltique; c'est le seul point de la côte allemande où la nature ait fourni un abri naturel aux eaux profondes, pour les grands navires. Qu'on imagine un vaste fj ord, ouvert au nord et légèrement évasé vers le large.

Entre deux pointes formant une baie, s'ouvre un petit port qui n'abrite que des torpilleurs, mais dont l'importance stratégique est capitale : c'est Holtenau, la tête du canal de la mer du Nord, avec ses monumentales écluses et ses grands dépôts de charbon. Grâce à ce canal, Kiel peut être considéré comme une station en arrière de la mer du Nord, mais complètement à l'abri des opérations entreprises contre l'Allemagne dans cette mer et en communication directe avec elle.

En parcourant l'arsenal, qui s'est rérécemment agrandi sur les terrains de Germania^ on a, de prime abord, la notion de la méthode qui préside à l'exécution du plan naval et qui fait aménager, en même temps que les navires se construisent, les magasins et l'outillage propres à as-

Phol, Dolius, Paris.

LES DREADNOUGHTS. — Li' Kaiser est Ip type do la division la plus inoderne. Ce sont des navires de 2'». 500 tonneaux, filant 23 n(puds 6 et pioléi,''és par une cuirasse d'acier durci Krupp.

LES DREADNOUGHTS. — Le Friedrich der drosse, de la classe kaiser, est aussi en escadre. L'.ii niinniit de CCI te classe de navires est de 10 canons de 305, 14 de 150 et 12 de 88.

1 l."[. Dulius, P.-ins.

LES DREADNOUGHTS. — Le Prince Régent Luitpold est, avec le Kiinig Alhcri. 1.- plu^ nceiit de la classe Kaiser. Le prix de revient de chaque unilé est d'environ 60 millions.

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I hul. Dehus, Pans.

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LES PREDREADNOUGHTS, parmi lesquels .se range également le Willelsbacli, figurent encore pour un certain nombie dans les trois premières escadres de la Hotte de combat.

PlAN'CHE 200.

surer leur existence dans les meilleures conditions. On est frappé par la clarté, Tordre, la méticuleuse propreté qui régnent dans les ateliers et autour des bassins. Tout est prévu, pas un détail n'est laissé au hasard ou aux circonstances. Les installations ont été étudiées sur le plan, et elles sont réalisées avec la rigueur et la clarté d'un schéma.

L'arsenal est groupé autour de deux grands bassins, communiquant entre eux par un canal et dont l'un, bassin de construction, reçoit les navires en achèvement et en réparations, et l'autre, bassin d'armement, reçoit les navires en cours d'armement ou de ravitaillement. Tout autour de ce dernier sont rangées les Shiffskammern, ou magasins de navires.

Chaque navire a ainsi, dans l'arsenal auquel son escadre est attachée, une maison qui contient tous les objets et matières qui lui sont nécessaires pour se ravitailler. Ce détail est bien caractéristique de l'ordre méticuleux et de l'esprit de simplification décentralisatrice qui régit la marine. Il est facile de se rendre compte combien une organisation pareille simplifie les opérations de ravitaillement et d'armement et la comptabilité. Autour du bassin de construction sont groupés les ateliers.

Sur la rade il y a un port avec des estacades pour l'accostage des grands bâtiments et un port pour les torpilleurs. Deux grands bassins de radoub, qui permettent de mettre à sec les plus grands navires, s'ouvrent directement sur la rade, de sorte que les navires peuvent y entrer et en sortir directement sans perte de temps.

En dehors de la région des ateliers s'élèvent les habitations du commandant de l'arsenal, qui est un contre-amiral, des ofTiciers de marine chefs de service et des divers fonctionnaires. On n'admet pas

que ce personnel habite en dehors du lieu de ses occupations et de sa surveillance. L'arsenal de Kiel occupe environ 10 000 ouvriers. C'est le plus considérable de l'Allemagne comme travaux d'équipement de navires et d'importantes réparations. Mais, malgré le canal Kaiser Wilheîm qui le relie à la mer du Nord, l'Allemagne a voulu avoir un arsenal de plein exercice, où soit stationnée sa flotte de première ligne, dans la mer même où elle compte livrer bataille.

wiLHELMSHAVEN L'arseual est construit sur le même plan général que celui de Kiel. Mais ici il a fallu lutter contre les difficultés naturelles. Nous ne sommes plus sur la côte pittoresque et hospitalière de la Baltique. Le pays est pauvre, sauvage, battu par l'âpre vent de la mer du Nord. La côte est basse, hérissée de bancs. Il a fallu créer un port artificiel à l'embouchure de la Jade, faire d'immenses travaux, creuser des bassins dans lesquels la hauteur d'eau nécessaire aux grands navires n'est conservée qu'au moyen d'écluses qui ferment les entrées du port. Autour de l'arsenal, une petite ville est née, peuplée seulement d'officiers, de fonctionnaires et d'ouvriers. Ici l'effort de la volonté est partout visible, il triomphe de difficultés que ailleurs on eût trouvées insurmontables. La rade est mauvaise, le mouillage malaisé pour les grands vaisseaux, qui n'y stationnent jamais et doivent passer les écluses à chacun de leur séjour. Malgré tout cela, il fallait une base navale sur la mer du Nord, et on l'a créée.

On perfectionne sans cesse. Le port avait deux entrées à écluse : on en a fait une troisième. Il y a à présent quatre grandes formes de radoub capables de recevoir les plus grands navires. Wilhelmshaven est

déj à mieux outillé que Kiel comme base navale. Le nombre des ouvriers qu'il emploie se monte à 9.000 et tend à s'accroître encore.

Dans les ateliers, le travail est très actif. L'ouvrier allemand travaille en silence militairement, sous la surveillance de contremaîtres qui paraissent aussi autoritaires que des sous-officiers. Néanmoins on s'efforce de leur faire aimer le travail : le décor de l'arsenal est aussi coquet que possible ; partout où on l'a pu, on a mis de la verdure. Les ouvriers mangent dans des réfectoires spacieux décorés de faïences claires, et ils ont une salle de concert et de bal.

En principe, Wilhelmshaven est la base navale delà première escadre, la plus forte. En réalité, les travaux sont poussés de façon à ce que le port puisse servir de base de concentration à toute l'armée navale, qui s'y trouverait rassemblée à peu de distance des côtes anglaises, f;. En dehors des deux grands arsenaux, la marine allemande possède quelques ports de torpilleurs, dont le plus important, sur la mer du Nord, est Cuxhaven. Ces ports de torpilleurs, tous aménagés sur le même modèle, comprennent des quais le long desquels viennent accoster ces petits navires. Des canalisations d'eau, de pétrole, d'électricité et même de vapeur leur permettent de procéder rapidement, avec le minimum d'effort, à leurs ravitaillements et à leurs travaux de mise en état pour reprendre la mer.

Enfin d'importants travaux, entrepris dans l'île de Héligoland, vont en faire une base navale utilisable par l'armée en temps de guerre. L'île est le point le plus fortifié du monde, après Gibraltar.

LES CHANTIERS II y a trente ans, les chantiers anglais vendaient encore des na-

vires de guerre à l'Allemagne. Aujourd'hui, les chantiers allemands construisent les deux tiers de la flotte de combat (le troisième tiers étant construit dans les arsenaux de Kiel et Wilhelmshaven), plus la totalité de l'immense flotte commerciale, et font d'importantes fournitures navales à l'étranger. L'essor de la marine de guerre a donné naissance à l'industrie métallurgique maritime, devenue l'une des branches les plus prospères du système économique allemand. Et cela seul suffirait à prouver que les dépenses militaires navales ne sont pas improductives.

Les chantiers Vulcan sont les plus importants. La vieille cité de Stettin a presque complètement disparu, submergée par les constructions de la nouvelle cité industrielle surgie autour des ateliers. A peine reste-t-il quelques portes monumentales, ornées de décorations architecturales et enguirlandées de lierre. Les quartiers neufs s'étendent autour de l'ancien cimetière transformé en parc. Un canal de 4 mètres de profondeur relie Stettin à Berlin, animé d'un continuel courant de trafic industriel. Les chantiers Vulcan étagent sur les deux rives de l'Oder des ateliers aux proportions colossales, munis de l'outillage le plus moderne et occupant plus de 10.000 ouvriers. C'est de là que sortent les paquebots géants de la Compagnie Hambourg- America et du Norddeutscher Lloyd, qui concurrencent les Cunard anglais. Là, comme dans les arsenaux, régnent l'ordre, la méthode et l'extrême propreté. Un peuple laborieux y travaille en silence avec les apparences d'une discipline toute militaire.

C'est à l'inauguration du premier bassin du port de Stettin que l'Empereur a prononcé, voici vingt ans, la phrase célèbre : « Notre avenir est sur l'eau! » Aucun spec-

tacle, mieux que celui des chantiers industriels maritimes, n'atteste la vérité de cette parole que leur étonnante activité et leur rapide prospérité illustrent avec une frappante évidence.

Les chantiers Germania, à Kiel, sont spécialisés dans la construction des cuirassés; leur voisinage de l'arsenal leur donne une destination plus exclusivement militaire.

Ils occupent 6.000 ouvriers.

Les chantiers de l'Elbe, Blohm et Woss, construisent aussi les grands navires de guerre. Ils possèdent un dock flottant de 35.000 tonnes, qui permet de soulever à sec et de caréner les plus lourds cuirassés.

D'autres chantiers sur la Weser et à Dietrichsdorf, prés de Kiel, ont aussi des cales de construction pour navires de guerre. De sorte que l'Allemagne peut mettre en chantiers, simultanément, plus de navires que l'Angleterre. C'est en utilisant dans le secret cette faculté qu'elle a acquis sa rapide avance navale, produit un effet de surprise qui eut un profond retentissement en Angletere, et déterminé des mesures sans lesquelles elle eût pu acquérir très vite la suprématie navale. On sait que, la manœuvre dévoilée, l'Angleterre a pris la résolution de mettre deux cuirassés en construction chaque fois que l'Allemagne en mettrait un.

LES DREADNOUGHTS Qn Sait que l'on désigne sous ce vocable les modernes navires de guerre, dérivés du type anglais, qui possèdent un armement uniforme de gros calibre et un cuirassement épais couvrant toute la coque. L'Allemagne a essayé d'acquérir une avance sur l'Angleterre dans la construction de ce type. Elle n'y a pas réussi; mais la flotte actuellement en service ou en achèvement n'en est pas moins une des plus imposantes du

monde par le nombre et la force des unités.

La division la plus moderne est celle de la classe Kaiser. Ce sont des navires de 24.500 tonneaux, filant 21 nœuds et protégées par une cuirasse d'acier durci par le procédé Krupp. Leur armement est de dix canons de 305 millimètres de calibre, répartis en deux tourelles triples et en deux tourelles doubles, véritables forts tournants qui couronnent les ponts de ces formidables masses d'acier. Une batterie de quatorze canons de 15 centimètres répartis sur les flancs du navire complète l'a^rtillerie.

Les unités de cette classe sont au nombre de huit, ce qui réalise l'effectif adopté en Allemagne pour une escadre.

IjQ Friedrich der Grosse et le Kaiser sont déjà en escadre, trois autres en achèvement à flot ou en essais, enfin trois unités encore en construction, dotées d'un calibre plus fort de 340 millimètres. Le prix de revient de chaque unité est d'environ 60 millions.

La classe précédente est celle des Nassau, tout entière en escadre, et comprend une division de quatre unités de 18.900 tonnes armées de douze canons de 280 millimètres en tourelles doubles et de douze canons de 15 centimètres et une division améliorée type Helgoland de 22.800 tonnes, où les canons de 280 miflimètres sont remplacés par des canons de 30 centimètres.

La marine allemande est donc sur le point de constituer deux escadres de dreadnoughts, soit seize unités. A la même époque l'Angleterre lui en oppose vingt- deux. La différence, on le voit, n'est pas considérable entre les armées de premier choc. Cette différence, il est vrai, va s'accentuer au profit de l'Angleterre.

1913 et 1914 sont les années critiques où l'effort naval allemand a développé le maximum de force relative. La France

ne dispose que de 8 dreadnoughts en 1913. Le premier Nassau date de 1908 ; l'Allemagne aura donc réalisé ce formidable armement en cinq années. Voilà ce qui caractérise, mieux que des comparaisons de force relatives sujettes à interprétations suivant l'époque considérée, son œuvre navale. On comprend que le peuple allemand soit fier de cette œuvre, qui a, incontestablement beaucoup aidé à son action politique.

LES CROISEURS En même temps que ses DE BATAILLE dreadnoughts,V AWQxne^gne a construit des grandes unités de vitesse qui atteignent 25 et 28 nœuds, tout en ayant une puissance comparable à celle des cuirassés de ligne. Elle est la seule puissance navale avec l'Angleterre qui ait entrepris ces constructions très coûteuses, mais probablement susceptibles d'un grand rendement militaire. La flotte a actuellement en service trois croiseurs de bataille, le Von der Tann^ de 19,000 tonnes et de 26 nœuds, armé de huit canons de 280 millimètres et de 10 de 15 centimètres , et deux unités du type Moltke, de 24.000 tonnes avec dix canons de 280 millimètres. Le Seydlitz, de 25.000 tonnes, filera 28 nœuds ; il est en achèvement. Une autre unité, dont les caractéristiques sont tenues secrètes, est en construction. L'Angleterre oppose dix croiseurs de bataille plus forts encore.

LA FLOTTE o o o En outre de ces es- DE SECONDE LIGNE cadres modernes, l'Allemagne possède vingt-trois cuirassés de 12.000 à 13.000 tonnes, ayant une valeur militaire bien moins considérable et antérieurs à l'ère des dreadnoughts.

Un certain nombre de ces navires figurent encore dans les trois premières escadres

de la flotte de combat. Les autres, placés en réserve à Kiel, sont destinés à être armés à la mobilisation.

LES PETITS CROISEURS La construction TORPILLEURS o o o o de petits croiscurs

ET SOUS-MARINS o o o ^^^^^^^^ ^,^^^^^

qu'un minimum d'armement et de protection, est poursuivie avec persévérance par la marine allemande, qui considère comme indispensable d'avoir un grand nombre d'éclaireurs. En 1920, elle doit posséder 30 de ces petites unités rapides.

Ajoutons à cet ensemble les torpilleurs et sous-marins. Les Allemands ont une grande confiance dans le torpiUeur, qu'ils ont beaucoup perfectionné avec le type Schichau de 360 tonnes, et à l'utilisation duquel leurs marins s' entraînent avec acharnement. Il est hors de doute que l'entraînement des divisions de torpilleurs allemands est tout à fait remarquable; c'est une opinion unanime chez les experts navals de tous les pays.

Les sous-marins ne paraissent pas encore parvenus à un très haut degré de perfectionnement. Mais l'Allemagne ne néglige aucun moyen de pouvoir employer les torpilles Schwarzkopf, qui, dit-on, atteignent actuellement des portées de 9.000 mètres. Elle paraît s'orienter dans la voie des très grands navires et songe à réaliser un navire de ce type qui atteindrait 6.000 tonnes et dont les caractéristiques sont, naturellement, tenues secrètes.

CONSTITUTION o o o II était nécessaire, DES FORCES NAVALES pour faire Comprendre, dans ses grandes lignes, l'armement maritime de l'Allemagne, de jeter ce rapide coup d'œil sur les éléments matériels dont efle dispose. C'est un exposé un peu aride, mais qui semble indispensable pour com-

Pliol. Dclia-. Tar,,-

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::|LES CROISEURS DE BATAILLE. — Oulre le Von drr Tnnn, il y a également en service deux unilés du

type Molt/ie, de 24.000 tonnes avec une vilesse de 20 nœuds .i.

LES CROISEURS DE BATAILLE. — l^e Scijdiit.z, encore en iN-'sais, repiéseiile un nouvel ellurl. Il jauge 25. 0(10 lonne.- et lilei'a 28 nœuds. Son armement est do 10 pièces de 180. 12 de 150 et 12 de 88.

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IMiot. Délias, Paris,

I placée sous le comniandemenl du vice-amiral Von Ingenohl. Les croiseuis de bataille forment, avec les éclaireurs, une escadre armée piea (le guerre. La flotte de réserve comprend tous les autres navires formant la quatrième et la cinquième escadres.

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Planches 262-263.

Planche 264.

pléter ridée qu'on peut avoir de sa marine de guerre. Évidemment, il est impossible de maintenir en permanence sur le pied de guerre un aussi formidable ensemble, et nous avons vu avec quel soin sont préparées les opérations de mobilisation. Cependant la partie de la flotte mobilisée en permanence et prête à prendre la mer au premier ordre, sauf pendant quelques semaines d'hiver, à l'arrivée des recrues, et lorsque la glace bloque les passes de Wilhelmshaven, est assez considérable, puisqu'elle comprend toute la flotte dite « active ».

Cette flotte active est formée par les trois premières escadres, soit vingt- quatre cuirassés. La première escadre est entièrement composée de dreadnoughts; la troisième se forme avec les Kaiser qui entrent en service et est complétée par des anciens cuirassés. Elles sont toutes deux stationnées à Wilhelmshaven. La deuxième escadre est celle de la classe Deutschland, la plus forte de celles qui ont précédé les Nassau. Les huit Deutschland sont des cuirassés de 13.200 tonneaux, de 19 nœuds de vitesse et armés de quatre canons de 280 millimètres et de quatorze de 170 millimètres, à peu près de la force de notre type français Patrie. Ce sont encore de très bons bâtiments, et qui ont leurs équivalents dans toutes les marines. La deuxième escadre est stationnée à Kiel.

Le commandement de toute l'armée navale appartient au vice-amiral Von Ingenohl. Son pavillon bat sur un cuirassé hors rang, qui n'est incorporé à aucune escadre : le Friedrich der Grosse, choisi parmi les plus récents. L'amiral Von Ingenohl est un chef jeune, de tempérament très militaire, qui parait apprécié dans la marine, mais sur lequel, en l'absence de toute espèce de critique sur

les manœuvres de la flotte allemande il est difTicile de porter un jugement.

Les croiseurs de bataille forment, avec les éclaireurs, une escadre armée en permanence et commandée par le vice-amiral Bachman.

Les torpilleurs et sous-marins sont également en permanence sur le pied de guerre.

La flotte de réserve comprend tous les autres navires formant la quatrième et la cinquième escadre. Elle est destinée à être armée à la mobilisation, et ses navires ontdesnoyaux d'équipage qui représentent plus du quart de l'effectif complet.

Ce qu'un voyageur voit d'une marine comme celle de l'Allemagne, des quais de Kiel et de Wilhelmshaven, est peu de chose. Des arsenaux difïïcilement accessibles, des silhouettes de navires, un peuple de matelots. Pour regarder ces choses, pour comprendre leur signification, il faut une investigation plus attentive ; ce sont ces constatations que l'on trouvera ici.

Mais cela ne suffit pas encore pour apprécier l'effort qui a donné à l'Allemagne le rang maritime qu'elle occupe dans le monde. Il faut se souvenir que cet immense établissement naval, ces escadres puissantes ont été créés en quelques années; qu'en 1898, l'Allemagne n'avait qu'une toute petite marine et qu'elle paraissait condamnée, par ses conditions géographiques, à n'être jamais qu'un pays continental.

Parmi beaucoup de manifestations de ce qu'a pu dans ce pays la volonté du souverain servie par l'incomparable discipline de ses sujets, il n'en est pas de plus frappante que celle-là (1).

(1) Nous devons ces renseignements si frappants à l'obligeance et à la compétence bien connue de M. Larrisson, ancien officier de marine, dont les études techniques furent plus d'une fois remarquées.

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