LES HOMMES
Le secret naval. — La propagation de Vidée maritime. — La ligue maritime. — U amiral von Tirpitz. — U Empereur chef de la marine. — Les officiers. — La « lettre bleue » . — ^avancement. — Les équipages.
E n'ai pas Fintention de faire pour la marine ce que je n'ai pas voulu pour l'armée, une étude militaire. Mais, bien que le sujet soit un peu technique, peut-être un peu aride, il est impossible de le passer sous silence en parlant de l'Allemagne moderne, où il a pris une si grande place. Ici nous sommes en présence d'un organisme neuf. L'Allemagne n'a ni histoire ni tradition navale. Il y a trente ans, elle n'avait point de population maritime, pas de colonies, presque pas de ports, des côtes inhospitalières. Pourtant le commerce maritime a été créé. Hambourg est devenu un des premiers comptoirs du monde. Une amirauté, un corps d'officiers de marine, des équipages, une flotte de guerre, sont nés, ont grandi, ont pris la seconde place dans les marines de guerre. Cela en moins de vingt ans. Les colonies ont été remplacées sur toute la surface de la
terre par une lente et tenace conquête des marchés; les intérêts allemands sont partout représentés. Il leur faut un instrument de protection mondial : c'est la raison d'être de la marine allemande, et son ambition est d'équilibrer la force navale anglaise.
Une enquête de détails sur la marine serait fort ardue, car, si tout ce qui regarde l'armement est soigneusement caché aux yeux del'étranger, les arsenaux et lesnavires de guerre lui sontlittéralementinaccessibles. Qu'il me suffise de dire, pour donner un exemple de la jalousie avec laquelle est gardé le secret naval, que les règlements interdisent aux officiers et aux marins de prononcer le nom de certains appareils. C'est ainsi qu'il leur est défendu de jamais employer le mot « télémètre». L'instrument est désigné par une lettre. Malgré ce qu'ont d'un peu puéril des précautions aussi exagérées, il faut bien constater qu'elles ont tout au moins ce résultat : qu'on ignore à peu près tout du degré d'entraînement naval de la
flotte. Un pessimiste — il en est, même en Alllemagne — m'a fait un jour remarquer que ce secret n'était levé que lorsque les circonstances l'exigeaient et que ce n'était pas toujours à l'honneur des marins : tels les échouages ou fausses manœuvres en pays étrangers. Néanmoins, l'avis des personnes techniques que j'ai pu consulter, en Allemagne et au dehors, est que ce mystère, pratiqué d'ailleurs avec une rigueur presque égale parle Japon, cache un état de préparation très sérieux. Récemment, un olBcier de la marine anglaise me citait, pour situer à sa juste valeur la vertu de ce mystère, l'exemple des derniers cuirassés de la classe Kaiser, mis en construction avec un redoublement de précautions contre les indiscrétions et qui se trouvent être, au moment où leurs caractéristiques sont enfin connues, de très bons navires, mais conçus sur le plan le plus banal.
La marine est très populaire en Allemagne. Par son corps d'officiers bourgeois, elle attire la sympathie de la bourgeoisie. Le public lui fait confiance en raison inverse de ce qu'il sait d'elle. Sans aucun renseignement sur ses tirs et sur ses manœuvres, satisfait des affirmations officielles généralement hyperboliques, il se fie, pour sa mise en valeur, aux chefs désignés par l'Empereur. Cependant l'opinion ne se désintéresse nullement de la marine, bien au contraire. L'axiome impérial : « L'avenir de l'Empire est sur mer » est devenu un article de foi patriotique que tout le monde professe, du hobereau au plus petit bourgeois. Dans les milieux socialistes, où l'on reconnaît le rapport qui existe entre le commerce et la prospérité générale, les dépenses navales ne rencontrent pas d'opposition sérieuse. Les constructions de navires et les travaux
industriels qui s'y rapportent occupent une main-d'œuvre immense; ils ont une répercussion économique favorable sur les conditions d'existence de la masse ouvrière, et ce point de vue, qui serait trop abstrait pour des milieux ouvriers français, ne l'est pas pour le prolétaire allemand.
LA LIGUE MARITIME L'iustrumeut de l'éducation maritime de peuples essentiellement terriens est une organisation très puissante : le Flottenverein ou ligue maritime. Cette association ne compte pas moins d'un million et demi d'adhérents appartenant à toutes les classes de la société et à tous les pays de l'Empire. Elle dispose d'une force politique considérable et de ressources financières qui vont sans cesse en augmentant, malgré son budget de propagande, qui comporte de très grandes dépenses. Elle inonde les écoles, les usines, les familles, les brasseries d'une inépuisable variété de prospectus, de brochures, de photographies, de maximes imprimées. Elle organise des conférences, promène à travers toute l'Allemagne un musée naval ambulant, entretient une incessante agitation pour dénoncer tour à tour le péril naval russe, le péril naval français, le péril naval anglais et jusqu'au péril jaune. L'instigateur et l'âme de la Flottenverein n'est autre que le secrétaire d'État à la marine, le célèbre amiral von Tirpitz. L'œuvre de la ligue consiste surtout à exalter les actions du ministre, à préparer l'opinion aux demandes de crédit, à lui inspirer, en même temps que la confiance dans la marine, la conviction que la guerre avec l'Angleterre est inévitable et qu'il faut s'y préparer en augmentant la flotte. L'Empereur encourage très ostensiblement
Hliol. Krupp.
KRUPP. — Un atelier de forage de canons. — Le travail de forage est une longue opération, et l'on peut dire qu'une pièce de gros calibre doit être commencée en môme temps que le navire.
Pi anche 255.
Planche 234.
la propagande de la ligue, et ce n'est pas là une des moindres causes du succès de cette vaste entreprise de propagande.
Le président de la Flottemerein est l'amiral von Kœstler, qui déploie dans l'organisation une activité remarquable, principalement en ce qui concerne l'action politique de la ligue. Mais il est hors de doute que l'amiral von Tirpitz est l'inspirateur direct de toutes les motions ou vœux, qui toujours préparent l'action gouvernementale. La Flottenverein est donc, malgré son caractère d'association volontaire, une sorte d'institution d'État, dont le rôle a été capital dans le développement de la flotte.
L'AMIRAL VON TRiPiTz. Le ministre de la Marine est, depuis 1897, l'amiral von Tirpitz. C'est une des figures les plus caractéristiques de l'Allemagne comtemporaine. Il a aujourd'hui soixantequatre ans et était amiral à cinquante ans. Jeune oflîcier, il s'est consacré entièrement au commandement des torpilleurs et n'a cessé de s'intéresser à cette arme, dont l'utilisation est certainement poussée dans la marine allemande plus loin que dans toute autre. Chef d'état-major de l'escadre de la Baltique, puis commandant de la division d'Extrême-Orient, ses talents d'organisation et surtout son zèle à préconiser la nécessité de préparer l'Allemagne à une guerre contre l'Angleterre ont appelé l'attention de l'Empereur sur lui. Il jouit de l'entière confiance du souverain, qui lui prodigue les marques de son estime et de son amitié ; il lui a donné en 1908 le grand cordon de l'Aigle Noir et l'a nommé, en 1911, grand-amiral de la Flotte.
L'amiral von Tirpitz a la stature de
Bismarck ; il en a aussi la ténacité, les vues à longue échéance, la science politique qui lui permet de parler en maître au Reichstag, et de lui faire voter les amendements successifs à la loi navale qui ont donné à la flotte allemande son énorme effectif. Très autoritaire, il n'admet aucune ingérence du pouvoir parlementaire dans les affaires maritimes. Lors des scandales de Kiel, où d'importantes malversations avaient été commises dans les approvisionnements, il repoussa toute enquête, fit faire le procès par l'autorité maritime et prit lui-même les sanctions. Récemment, on a vu, lors de l'affaire Krupp soulevée au Reichstag par le parti socialiste, que le ministre delà Guerre avait dû remettre l'enquête aux pouvoirs judiciaires. L'amiral von Tirpitz n'eût pas admis une pareille solution.
Sa situation est une des plus solides de l'Empire ; on reconnaît en lui le dépositaire des vertus prussiennes et le véritable créateur de la flotte allemande, qui en quinze ans est passée du cinquième rang au deuxième et se trouve aujourd'hui en mesure de disputer la suprématie navale à l'Angleterre.
Comme d'autres hommes d'État et généraux prussiens, il fait montre d'une extrême simplicité et fuit toutes . les obligations de représentation mondaines qui ne sont pas obligatoirement liées à l'exercice de ses fonctions. Silencieux d'ordinaire et de langage très réservé quand il parle, il est impénétrable en ce qui concerne l'application des forces relatives de la marine allemande et de ses rivales. Tel quel, il est incontestablement populaire dans toute l'Allemagne, et son passage dans les rues de Berlin suscite toujours une manifestation respectueuse des passants. Quant à l'autorité morale
dont il jouit dans la marine, même sur les grands chefs, elle paraît très grande.
L'EMPEREUR CHEF La personnalité du DE LA MARINE o o secrétaire d'État, que les rapides développements de la marine allemande ont placé en lumière, n'est cependant que secondaire. L'Empereur est chef de la marine, et il a des rapports directs, par l'intermédiaire de son cabinet naval, avec les chefs d'escadre et les chefs des stations de Kiel et de Wilhelmshaven. Le secrétaire d'État n'a donc pas d'autorité directe sur la flotte et n'intervient dans son utilisation que par l'influence qu'il a dans les conseils de l'Empereur. L'ensemble des études militaires est centralisé par un bureau d'étatmajor général, VAdmiralstabe, placé sous l'autorité directe de l'Empereur. Cette organisation existe depuis 1899, et l'Empereur lui-même l'a définie en ces termes : « Ayant décidé de prendre en mains le commandement de la marine, comme je l'avais fait jusqu'ici pour l'armée, j'ai jugé qu'il était plus nécessaire de laisser entre moi et les divers commandants une autorité spéciale et centrale qui n'avait d'autre service à faire que mes ordres à exécuter. »
L'Empereur suit de très près tout ce qui concerne le personnel ofEcier. Non seulement il fait, à bord de son yacht le Hohenzollern, de fréquents séjours au milieu de sa flotte, non seulement il assiste à des manœuvres et passe des revues, mais il lui arrive assez souvent de se rendre à bord des navires et d'en passer une sorte d'inspection.
Il porte volontiers l'uniforme de la marine et se pique de savoir le métier comme un professionnel. Il n'est pas rare qu'il manoeuvre lui-même le Hohenzollern.
De même il a dirigé autrefois en personne la manœuvre de son racer à voiles Météor. Volontiers il témoigne aux officiers de marine étrangers qui ont l'occasion de lui être présentés une bienveillance et une cordialité particulières, s'entretient avec eux de sujets professionnels, en homme de métier. Cependant il est certain que plusieurs de ses critiques, au cours de manœuvres auxquelles il avait assisté, n'ont pas été heureuses. On dit que, depuis ce temps, il s'abstient des commentaires « sur le terrain », si l'on peut appliquer ce terme aux évolutions sur mer.
Là où son action personnelle est prépondérante, c'est dans la désignation des chefs qui exercent les grands commandements. Par là il est véritablement le chef de la flotte, car aucune nomination n'est faite qu'il ne connaisse exactement sinon l'ofïicier qui en est l'objet, du moins tous ses titres, et qu'il ne soit renseigné très minutieusement sur son caractère et ses aptitudes. En ce qui concerne les rapports de l'Empereur avec le corps des officiers de marine, il me suffira de citer ses propres paroles, prononcées récemment à Murwick : « Il est inutile que je répète à quel point j'aime le corps des officiers de marine dont je porte l'uniforme. Je le connais depuis ma plus tendre jeunesse ; j'ai appris à l'estimer dans ses merveilleux exploits, dans la conduite de mes navires dans les eaux allemandes et à l'étranger et dans le développement général de la marine. »
L'Empereur donne le ton : personne en Allemagne ne parle de la marine autrement que suivant le mode hyperbolique.
LES OFFICIERS DE MARINE Pour former l'ossature de l'institution nouveUe, il fallait faire appel à des forces nouvelles. L'armée
prend les fils des familles nobles. La tradition n'appelait pas les hobereaux sur les navires de guerre. Du moins a-t-on voulu que le nouveau corps représentât une aristocratie aussi : ce serait l'aristocratie de l'argent. La bourgeoisie riche fournit les contingents aux cadets de marine.
La première condition à remplir pour les jeunes gens candidats à la carrière d'officier de marine est que leur famille s'engage à verser une somme d'environ 10000 francs en diverses annuités, tant pour les suppléments à la solde que pour les frais d'équipement et autres. Cette condition élimine dès l'abord tous les jeunes gens n'appartenant pas à des familles aisées.
Pour le reste, il leur suffit d'avoir une bonne constitution physique et leur diplôme d'études universitaires, ou encore le diplôme des écoles d'enseignement moderne, ou même de provenir d'une école de cadets militaires dont leur instruction ne leur permet pas de suivre l'enseignement. Comme on le voit, l'on n'est pas très exigeant pour les qualités intellectuelles. Les promotions de cadets sont actuellement de deux cents par an. Le nombre des candidats ne permettrait pas facilement d'accroître ce nombre, encore insuffisant pour remplir les cadres.
L'éducation maritime supplée au défaut de culture première. Cette éducation est tout entière dirigée dans un sens essentiellement pratique. Aussitôt leur incorporation, les Seekadetten, cadets de marine, font un mois de caserne pendant lequel on les rompt à la discipline militaire comme de vulgaires recrues. De là ils passent sur les quatre croiseurs-écoles des mousses Freya, Hertha^ Hansa et Victoria- Luise ^ où ils effectuent des croi-
sières dans la mer du Nord, dans l'Atlantique et la Méditerranée. Cet embarquement dure un an pendant lequel ils font le service comme des matelots, tout en suivant uneinstructionthéori que donnée par leurs officiers instructeurs. Ce premier contact avec la vie maritime est rude, c'est une épreuve intentionnellement rendue âpre pour tremper les jeunes caractères. Beaucoup de jeunes gens se rebutent et se retirent au cours de ce premier essai. Du moins ceux qui restent ont-ils le goût du métier chevillé au corps.
Le plus dur, d'ailleurs, à ce moment est passé. Au retour de cette croisière, les cadets entrent à l'école navale, qui est installée à terre, à Murwick, dans des établissements nouvellement construits et dont les dispositions sont inspirées de celles de la célèbre école navale d'Annapolis, aux États-Unis. Mais, si on leur a emprunté l'espace, la clarté, le confort même, le luxe américain en est rigoureusement banni. Là, les cadets complètent leur instruction théorique. Au bout d'un an ils sont envoyés en stage pendant des périodes variant d'un à trois mois dans les différentes écoles de spécialités de la marine — infanterie, canonnage, torpilles — destinées à la formation des sousofficiers. Ainsi commence leur troisième année d'instruction. Leur âge à ce moment est, en moyenne, de vingt et un ans. Le dernier stage est un embarquement sur les navires de la première escadre. A la fin de cet embarquement, ils sont prêts à être nommés officiers.
La nomination au premier grade de Leutenant zur see^ qui correspond à celui d'enseigne de deuxième classe de notre marine, est prononcée sur l'ensemble des notes données au candidat pendant ses trois années d'instruction par
ses officiers instructeurs et sur un vote émis par un tribunal d'honneur composé d'officiers de la station dont il doit faire partie. Le principe de ne nommer un officier dans un corps qu'autant qu'il est accepté par ce corps est donc maintenu pour la marine. Les votes défavorables doivent être motivés, et ses considérations restent au dossier de l'officier. S'il y a une majorité défavorable, il n'y a pas de justification ; le candidat est exclu sans autre forme de procès. Mais ce dernier cas est fort rare.
Une fois le premier grade acquis, les autres suivent vite. L'avancement est extrêmement rapide dans la marine allemande et se fait tout entier à l'ancienneté. Le mécanisme en est simple, c'est celui de la sélection à rebours.
LA LETTRE BLEUE, Lorsqu'un officier a montré quelque défaillance dans sa manière de servir ou lorsque, simplement, ses chefs l'ont noté de manière à montrer que son aptitude est insuffisante, il reçoit la fameuse «lettre bleue », toujours conçue en termes identiques et qui lui annonce que l'Empereur n'a plus besoin de ses services. Lorsque l'officier est ancien et que la cause de sa disgrâce est l'âge ou l'affaiblissement de sa santé, la lettre contient un terme de remerciements pour les services rendus. Quels que soient le grade et les titres de l'officier qui reçoit la « lettre bleue », il est obligé de prendre immédiatement sa retraite, s'il y a droit, ou, dans le cas contraire, de démissionner. Il n'y a aucun recours possible à un conseil d'enquête. La décision de l'Empereur est sans appel. Elle a parfois frappé des officiers qui avaient rendu d'éminents services et étaient considérés comme l'honneur de leur corps, comme l'amiral
von Knorr, ancien Oberkommandant (commandant supérieur de la marine), dont les idées avaient cessé de plaire.
La «lettrebleue» constitue un formidable moyen de discipline, non seulement de discipline militaire, mais de discipline morale. Le moindre écart de langage, tout écrit non orthodoxe, expose son auteur à être, de cette façon, sans justification possible, exclus. Elle aide puissamment à maintenir le rigoureux secret qui plane sur toutes les questions navales.
A côté de ces grands avantages, il faut peut-être noter l'immobilité apparente des idées d'un corps d'officiers peu instruits, dont la participation aux problèmes généraux qui occupent la critique navale européenne est nulle.
L'AVANCEMENT, Les inconvénients qu'on serait tenté de voir au mode de sélection à rebours sont bien largement compensés par l'immense avantage de pouvoir faire tout l'avancement à l'ancienneté. De cette façon, il n'y a ni favoritisme, ni intrigues de personnes, ni ces rivalités qui, ailleurs, affaiblissent les corps d'officiers. Le cours rapide de cet avancement est assuré non seulement par la « lettre bleue », qui dégage autant qu'il le faut les cadres pour assurer la jeunesse du commandement, mais aussi par l'extension ininterrompue de la flotte, par la retraite proportionnelle qui permet aux officiers las de la navigation de se retirer de bonne heure avec des situations matérielles convenables.
L'importance capitale qu'il y a pour la marine à avoir des officiers jeunes et qui apportent dans le commandement l'intégrité de leur force physique et intellectuelle, est pleinement reconnu en Allemagne, Nul ne peut recevoir le commandement d'une grande unité de combat s'il
Pliot. Krupp.
KRUPP. — Un canon de côte de 15 centimètres. — (Jetle pièce esl longue de 7 mètres 50. Elle est monlée sur un
allùl a L'clipse A gauche, on voit les projectiles d'essai.
PlioU Krupp. PLûl. Krupp. Phol. Krupp
Effet d'un obus brisant de 255 m/m, chargé Calotte en acier-nickel Plaque en acier-nickel à face avant durcie de 31kg d'acide picrique. servant d'objet d'étude. utilisée pour les expériences.
Phut. Krupp.
KRUPP. — Un canon de bord de 28 centimètres. — • (Je canon, destiné à passer en tourelle, est mis en batterie provisoire pour la mise au point et le réglage. 8a longueur est de 11 mètres 20.
Planche jH.
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l'hol Daliii». Paris
L'ESCADRE DU TYPE " NASSAU " EN MARCHE. — La classe des Xassaii apparlienl à l'une des deux escadres de dreadnouglits : le premier Nassau date de 1908 et, en cinq ans seulemenl, l'Allemagne possédera seize dieadnoughts.
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Planche 25"
LE PRINCE HENRI DE PRUSSE, maiid ainiial LE PRINCE ADALBERT DE PRUSSE, Lroisième et iii>|iecieur «eiiùral de l:i luaiine. Ill~ ilc (iuillaiiiiie II, uificicr dans la marine.
i'Iiol. Bidipr. Berlin. l'iiot. Bielier, Paris.
L'AMIRAL VON KŒSTLER, l'actif président de L'AMIRAL VON TIRPITZ est depuis 18'J7 ministre la Ligue Maritime : le Flnllenvei-cin. de la marine et depuis 1911 grand-amiral de la Hotte.
l'UANCHi; .ib>i.
dépasse Tâge de quarante- cinq ans. C'est Vàge moyen des capitaines de vaisseau.
On arrive officier supérieur, capitaine de corvette, vers trente- cinq ans. A cet égard, la marine allemande n'a rien à envier à la marine anglaise, et elle ne néglige rien pour que la vigueur de son commandement soit égale à celle de sa grande rivale.
Les soldes de la marine sont relativement élevées. Un lieutenant de vaisseau de trente ans touche une solde annuelle minimum de 7.000 francs environ, un capitaine de corvette 9.000, un capitaine de vaisseau 12.000.
Il n'y a pas de limite d'âge. Les officiers se retirent du service quand ils sentent leur activité diminuer, ou lorsqu'ils en sont priés.
LES MILIEUX Bien que le fond du tem- D'OFFiciERS pérament allemand donne à l'officier de marine une apparence assez semblable à celle de l'officier de l'armée, il y a entre les deux types d'officiers une différence sensible. Conscients de l'infériorité de leur naissance, les officiers bourgeois de la marine s'efforcent de la compenser par l'élégance de leurs manières et de leur tenue. Nous sommes mauvais juges de la qualité de cette élégance, qui choque souvent nos habitudes françaises.
Cependant, pour employer un terme qui ne correspond pas du tout à la mentalité allemande, devant laquelle le lieutenant de cavalerie apparaît comme le type suprême et inégalable de la distinction, je dirai que l'officier de marine me paraît, en général, mieux élevé que l'officier de terre, plus averti des nuances, mieux informé. Sa morgue est plus discrète. La courtoisie des officiers de marine allemands est extrême, et elle emprunte des formes
que nous serions parfois tentés de trouver exagérées.
Le milieu est sympathique parce qu'il est plein d'entrain, de santé et de confiance. Les rapports des jeunes officiers avec leurs anciens qui les guident et les conseillent paraissent extrêmement solides. La camaraderie dans le corps est très développée et réunit, en dehors du service, les différente grades. L'esprit de la marine est, comme celui de l'armée, éminemment offensif. On veut des gens prêts à « foncer ». Dans les exercices, les torpilleurs foncent avec tant de témérité que les accidents sont fréquents et dégénèrent parfois en catastrophes.
Courtoisie, solidité, entrain, ne masquent pas une moyenne de culture générale moins élevée que celle des marines des autres nations. On ne trouve pas chez le marin allemand ces qualités intellectuelles qui font d'un officier de la marine anglaise ou autrichienne un homme du monde, un lettré et un savant. Ce sont avant tout des soldats, des hommes de méthode, dont l'esprit est orienté d'un seul côté vers un devoir simple, méticuleusement défini et absolu.
Les plus instruits passent un an dans le grade de lieutenant de vaisseau à l'Académie navale de Kiel, où ils se perfectionnent dans l'étude des mathématiques et reçoivent une instruction historique et technique d'art militaire. Ce sont les intellectuels du corps, qui vont ensuite dans les états- majors, dans les cabinets navals ou aux chaires de professorat.
Le cadres des officiers de marine comprend 2.700 officiers, sur lesquels il y a environ 700 vacances actuellement.
LES OFFICIERS A côté des officiers de MÉCANICIENS niarine, les officiers mécaniciens, chargés de la conduite des appa-
reils à vapeur des navires, forment un corps nettement séparé, une caste inférieure et qui paraît résignée à sa situation. L'avancement y est lent; on n'y parvient pas à un grade plus élevé que celui d'inspecteur en chef, qui correspond à celui de capitaine de vaisseau. A bord, dans tous les services, l'officier mécanicien est placé sous la dépendance de l'officier de marine. Pourtant il ne sort pas du rang, et la seule différence sociale qui le sépare de l'officier de marine est celle d'une fortune inférieure. Cependant les frais exigés pour l'entrée au service sont encore assez élevés. En sortant de l'école spéciale des candidats officiers-mécaniciens, il doit faire sept à huit ans du service de sous-officier et ne parvient au droit envié de porter l'écharpe d'officier qu'à l'âge de vingt-huit ou vingt-neuf ans et après un double vote d'admission des officiers de marine et des officiers-mécaniciens.
Tel est le prestige de la situation d'officier, et telle est la discipline de l'esprit allemand en ce qui concerne les classifications sociales, même simplement basées sur la fortune, que les candidats ne manquent pourtant pas absolument; maison commence à éprouver des difficultés à en recruter le nombre rendu nécessaire par l'accroissement de la flotte. Le cadre, très faible en comparaison de celui des officiers de marine, est d'environ 600 officiers.
LES ÉQUIPAGES Le recrutement des équipages est fourni par le contingent annuel levé par le département de la Guerre. Dans ce contingent, on destine à la marine d'abord les marins de profession ayant déjà navigué au commerce, puis les ouvriers des professions intéressant la marine, mécaniciens et électriciens ; enfin, jusqu'à ces dernières années, la presque
totalité des Alsaciens-Lorrains. Assez récemment la proportion d' Alsaciens-Lorrains a été diminuée ; elle reste encore fort importante. Sans doute a-t-on jugé pouvoir compter davantage sur leurs bons services dans la marine que dans l'armée, où des scrupules pénibles pourraient les assaillir.
J'ai eu dernièrement l'occasion de causer avec un matelot de la flotte de guerre alsacien-lorrain. Il m'a dit que nombreux étaient ses compatriotes à bord et que, d'une façon générale, ils sont satisfaits d'avoir à faire leur service dans la flotte. Le service y est plus dur que dans l'armée ; mais, outre qu'on y est moins exposé à porter les £irmes contre la France, on se trouve moins livré à la discrétion et au bon plaisir des sous-officiers. A bord, l'officier est toujours présent et tempère les excès de zèle et d'autorité de gradés d'ailleurs moins brutaux, en général, que ceux de l'armée de terre.
En outre du recrutement ordinaire, la flotte reçoit des engagements volontaires, en nombre assez restreint, et les contingents de l'école des mousses. Cette dernière source est la plus importante au point de vue de la qualité, car les jeunes gens qui s'engagent de quinze à dix -huit ans comme mousses contractent l'obligation de servir sept ans dans la marine à partir de la fin de leur instruction, qui se fait sur les croiseurs Hertha, Victoria- Luise, Freya, Hansa, navires de croisière servant également à la formation des cadets officiers. Les écoles de mousses sont la véritable pépinière des sous-officiers.
Quelle que soit la provenance des recrues, elles sont versées, suivant la spécialité à laquelle elles sont destinées, à une division où elles reçoivent d'abord une instruction militaire. Elles sont ensuite embarquées, au fur et à mesure des vides
produits par le départ de la classe précédente, à bord des navires de combat.
L'instruction se fait au poste même que le matelot occupera pendant ses deux années de service ; elle est donc extrêmement spécialisée, et chaque homme ne remplit qu'une seule et même fonction.
Cette méthode dispense d'avoir à faire passer les matelots par des écoles spéciales de canonnage, des torpilles, etc.; elle est extrêmement économique et adaptée au service de deux ans. Les écoles de spécialités sont réservées aux rengagés, candidats sous-officiers, aux sous-officiers et aux officiers qui y reçoivent des brevets spéciaux.
Les rengagés avancent à l'ancienneté, l'obtention de chaque grade étant subordonnée à un examen. Les différents grades obtenus correspondent à ceux de caporal, de sergent et d'adjudant. Au-dessus de ce dernier grade, il y a celui d'adjudant porte-épée, qui jouit de plusieurs des privilèges de l'état d'officier.
Il est difficile de se faire une opinion sur la valeur des équipages, puisqu'on ne sait rien, en Allemagne, de ce qui se passe à bord des navires. Les apparences sont très bonnes; la tenue des navires et des hommes paraît en général très correcte. A en juger
par le nombre des conseils de guerre, la discipline est dure et les infractions fréquentes. Les peines corporelles ne sont pas abolies.
L'effectif est d'environ 60.000 matelots et sous-officiers et atteindra 80.000 à l'achèvement des armements du programme naval.
Le nombre des marins entretenus à terre, dans les stations de Kiel et de Wilhelmshaven, est considérable. Il y a là une large réserve, tant pour fournir aux besoins des deux premières escadres armées, que pour former le noyau de premier armement des deux escadres de réserve.
L'organisation de ces stations des équipages est méticuleuse et compliquée. Ce sont de véritables directions et dépôts du personnel subalterne. Ce qui est à noter dans cette organisation, c'est sa décentralisation : les deux stations fonctionnent indépendamment, font les avancements, préparent leur mobilisation sans aucune intervention d'un pouvoir central.
Cela explique aussi l'importance des amiraux chefs de station, dont la situation n'a pas d'équivalent dans les autres marines. Ce sont, en somme, des ministres régionaux qui règlent sur place toutes les questions de personnel.