L'INSTALLATION D'UN POSTE D'ÉQUIPAGE
à bord d'uu torpilleur-.
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tramway alors qu'il bouge encore et tombe sans se blesser : la police assiste à l'accident et dresse procès- verbal contre le vieillard.
Le curé, le pasteur savent aussi se faire obéir. Le curé de l'église des Minorités, à Cologne, voit un jour entrer des paroissiens au moment où il commençait son sermon, et il les interpelle :
« Prenez-vous la maison de Dieu pour une auberge où on peut entrer et sortir à volonté? »
Pendant un sermon, un paroissien qui le trouvait un peu long regardait sa montre et marmottait à voix basse quelques paroles. Un des ses voisins s'approche et lui dit :
« Si vous continuez, je vous prends au collet et je vous mets à la porte. »
Au théâtre, c'est la même chose. Personne ne bouge, personne ne dit mot, même dans les music-halls. On n'est pas là pour parler, mais pour écouter.
Dans tous les pays, il existe des :
Défense de... Mais, en France, ces défenses sont peu observées, surtout si elles ont trait à des choses sans importance.
En Espagne, ces Défenses équivalent à des permissions Je me souviens des tramways de Barcelone où, en grosses lettres, il est défendu de fumer, et où tous les Espagnols fument des cigares, généralement énormes : quand je raconte cela à des Allemands, ils n'y comprennent rien. Cette façon d'envisager la loi et l'autorité leur échappe. Ici les Verhoten (défendu) foisonnent, et je vous assure qu'on ne les discute pas. En général, il faut le dire, ils ont une raison d'être. C'est leur excessivité qui les rend comiques. Ainsi on ne peut pas lever le nez dans un tramway sans lire au moins sept Verboten : 1^ défense de fumer ;
2° défense de cracher ; 3° défense de pencher la tête dehors ; 4° défense d'occuper la place du receveur du tramway sur la plate-forme ; 5° défense de monter et de descendre pendant la marche ; ÇP défense de fermer les portes du tramway autrement qu'entre le l^r octobre et le 31 mars ; 7° prière de conserver son reçu (pour le contrôle fréquent dans certaines villes).
Sur les ponts, il est absolument ordonné de suivre la droite. Un agent qui vous surprendrait suivant votre gauche vous obligerait à changer de côté.
J'ai collectionné pour votre amusement quelques-uns de ces Verhoten les plus typiques. A Berlin, dans un café de la Potsdamer Platz, il est défendu de lire les journaux dans le jardin, il faut monter au premier étage. Le même café interdit d'amener des chiens autrement que tenus en laisse. Les clients trouvent des laisses à la caisse.
A Dusseldorf, dans les jardins publics, il existe des allées défendues aux voitures d'enfant. Par contre, des bancs sont réservés aux nourrices où les autres promeneurs n'ont pas le droit de s'asseoir. Enfin, d'autres bancs sont interdits aux nourrices et aux marmots.
On a le droit de promener une voiture d'enfant sur les trottoirs de la ville, moyennant un droit de 3 marks. Les gens qui ne consentent pas à cette dépense doivent faire rouler leur voiture sur la chaussée.
Dans la forêt de Harberg, près de Hambourg, il est défendu de fumer dans certaines allées des parcs pourtant publics. A Berlin, défense aux voitures de passer sous la voûte centrale de la porte de Brandebourg, réservée aux cortèges de l'Empereur.
Tous les chiens doivent être muselés et tenus en laisse pendant Tété dans toutes les villes d'Allemagne. A Diisseldorf, défense de jeter des pelures de fruits dans les allées et sur les pelouses des jardins publics. Une femme du peuple laissant tomber une pelure d'orange au bord d'une pelouse s'est vu dresser un procès-verbal et condamner à une légère amende.
Dans le grand auditorium de l'Université de Gœttingue, je copiai cet avis que le recteur avait pris la peine d'écrire et de signer : « Défense de détériorer les tables en y découpant son nom ou en y faisant des dessins. Ceux qui le feront seront punis. »
Il est interdit de circuler à bicyclette dans certaines rues de Hanovre où il passe trop de tramways.
Défendu de stationner dans la salle des pas perdus des gares.
A Zoppott, ville de bains de mer de la Baltique, près de Dantzig, vous lisez cette inscription sur la jetée : « Prière de prendre sa droite et de ne pas stationner. » Dans le jardin du casino : « Défense de retenir les chaises. »
Défense de prendre des vues photographiques dans les jardins zoologiques.
Le Verboten classique qu'on cite en ce pays est le suivant :
« Ce chemin n'est pas un chemin. Celui qui le traversera payera 3 marks d'amende ou sera puni d'un jour de prison. Le dénonciateur touchera la moitié de l'amende. »
Dans les chasses privées, votre gardechasse vous dit : « Monsieur, vous n'avez pas le droit de fumer ici, excepté avec une pipe à couvercle.»
Dans les parcs, un enfant fait pipi sur le bord d'une pelouse : le garde vient
faire à la mère ou à la bonne des remontrances...
C'est la consigne.
La consigne! Elle prend, dans ce pays, des formes inimaginables. Je visite une église à Dantzig; une petite fille de quatorze ans conduit le troupeau auquel j'appartiens. En nous introduisant, elle a fermé la porte à double tour. Au bout d'un quart d'heure, le monument cessant de m'intérresser, je veux m'en aller. Je fais part de mon désir à la vierge, qui répond froidement : « Un moment ! » Et je reste enfermé pendant une demi-heure encore contre mon gré...
Et voici la plus cocasse de toutes les interdictions, lue dans un cabinet d'aisances publics : « Défense de chanter et de rester plus d'une heure. »
Mais d'où vient, chez le peuple allemand, ce sentiment de soumission à l'autorité? Voilà ce que nous allons chercher.
Oui, d'où vient chez le peuple allemand cette souplesse dans l'obéissance?
Est-ce de la race? Est-ce de l'éducation? Est-ce parce que ce peuple était encore hier féodal, est-ce parce qu'il l'est encore aujourd'hui qu'il accepte aisément les hiérarchies? Il faudrait chercher cela très loin, et même la sagesse recommanderait de s'arrêter en route...
Dès l'enfance, l'Allemand est dressé à obéir. Les tout petits sont sages ; je les ai souvent regardés dans les rues : ce sont des images ! Ils ont l'air de crier, mais leur turbulence n'a pas d'entrain.
Dans les jeux, la fillette obéit déjà au garçon — comme partout — mais bien plus absolument, car elle le sert comme une esclave ; même les grandes filles de dix ans s'inclinent devant le bambin
s'il sait commander. J'ai vu de petits drôles jouer au soldat sur les Linden, à Berlin. L'un d'eux avait pris le commandement suprême et marchait en tête; le lieutenant choisi par lui surveillait la queue du bataillon. Ce petit monstre-là (le lieutenant), abusant de son autorité, frappait à coups de bâton un gentil enfant qui pourtant marchait de son mieux et le pinçait très fort. Un petit Français, à sa place, aurait certainement hurlé, protesté et serait parti. Le pauvre petit pleurait en silence, mais restait dans le rang, et continuait de marcher au pas : la discipline déjà le pliait sous son joug.
C'est qu'en Allemagne l'école est une petite caserne. La discipline scolaire y est admirable. Voyez la rentrée des classes dans un grand gymnasium où huit cents élèves, quelquefois davantage, jouent dans les cours. Un coup de sifïlet retentit ; les joueurs les plus passionnés s'arrêtent automatiquement, et aussitôt, comme par magie, les rangs se forment ; pas un retardataire, les petits sont les plus pressés. En quelques secondes, cette multitude s'est formée en rangs serrés pour se rendre, silencieuse, dans les différentes classes. Un seul maître suffit à la surveillance !
Même discipline à l'usine où des contremaîtres en uniforme remplacent le Schutzmann de la rue, dans les Fortbildungschulen que l'apprenti fréquente obligatoirement jusqu'à dix-sept ans, mais qu'il suit souvent de son plein gré jusqu'à sa vingtième année et même plus tard.
Dans les Universités, le cachot subsiste pour les étudiants indisciplinés.
Ainsi façonné, le jeune Allemand entre au régiment. Là, les dernières velléités d'indépendance, si elles subsistent en
lui, meurent à jamais. Et, après le service actif, pour entretenir cet entraînement à la soumission, les périodes d'exercices continuent à assouplir ceux que la vie civile aurait pu libérer un peu.
Être commandé, c'est, pour l'Allemand, un besoin physique et moral. Employés, fonctionnaires, domestiques ont bien l'air, pour qui les observe, de ne pouvoir rien faire sans consigne. Même dans leurs plaisirs les plus simples et les plus naturels, ils souffrent de ne pas avoir de chefs. Ils n'ont d'entrain vrai, de joie réelle que lorsqu'ils obéissent. Voyez les Kommers des étudiants, leurs Kneipen, où un président muni de tous les pouvoirs peut les forcer à boire jusqu'à l'ivresse. Avec quelle ardeur ils obéissent ! Et cette ardeur ne vient pas seulement de leur goût pour la bière, qu'ils pourraient satisfaire dans la solitude et librement, mais de recevoir l'ordre de boire avec menaces et sanctions.
Obéissance à la loi, obéissance au supérieur, obéissance à l'usage, obéissance à la fonction, obéissance, obéissance, obéissance ! Des employés habitués à accomplir une besogne d'une certaine façon qu'ils trouvent bonne, reçoivent de leur patron un ordre contraire qui a l'air d'une erreur : ils ne discutent pas un instant avec eux-mêmes ni avec l'ordre qu'ils ont reçu :
— lira dit!
Le patron l'a dit. C'est pour eux la Loi et les Prophètes. Le patron a pu avoir une absence, se tromper, n'importe, ils ne le supposent pas un instant : il l'a dit ! Cela suffit. Ils obéissent. Une telle soumission, si aveugle qu'elle nous paraisse, a d'heureux résultats. Car, en ce pays, l'autorité est tutélaire, et, à part quelques exagérations de despotisme hérissé que je noterai,
elle crée dans toute la vie allemande une atmosphère de sécurité et d'ordre que nous pouvons envier.
Un ambassadeur allemand, à qui je faisais part de mon étonnement devant cette discipline nationale, me disait :
« Sans discipline, et même sans discipline militaire. Tordre admirable que vous avez constaté dans nos plus petites villes, dans toutes nos administrations publiques et privées, n'existerait pas. L'Allemand est lent et lourd. S'il n'est pas dirigé par une règle stricte, il s'ankylose, s'attarde et s'endort.
« Mais, surtout, sans discipline, il n'y aurait en Allemagne aucune unité d'esprit, il n'y aurait pas de vie nationale, pas même de véritable prospérité. Vous en trouverez la preuve dans l'histoire sans activité de tous nos petits royaumes morcelés. »
M. le D"^ Rathenau, chef d'une des plus grandes banques de l'Empire, fils du fondateur de la fameuse Société d'électricité de Berlin, la plus importante du monde entier, a une vue spéciale sur la psychologie de la classe moyenne allemande qui corrobore justement et illumine mes propres recherches :
« Ce qui fait la force de l'Allemagne, me disait-il un soir à l'Automobile-Club de Berlin, c'est l'esprit de discipline, le sentiment du devoir et des responsabilités, le respect de l'autorité, qui constituent la moralité des classes moyennes allemandes. Cette moralité existe non seulement chez les fonctionnaires d'État et chez les bureaucrates, mais chez les fonctionnaires privés, qui, dans nos grandes maisons de banque, nos grandes usines, nos grandes affaires commerciales et industrielles, ont parfois une responsabilité aussi forte que de hauts employés du gouvernement : c'est la classe
des comptables, caissiers, contremaîtres, ingénieurs, sous-directeurs, voyageurs de commerce, qui, tous, considèrent leur maison comme une petite patrie qu'il faut défendre et rendre prospère. Ceux-là sont toujours contents de leur sort ; le propre de leur psychologie, c'est justement ce sage optimisme, cette philosophie raisonnable qui les fait se contenter de ce qu'ils ont, sans se laisser aller, comme chez vous, à maugréer contre leur situation et à faire des rêves ambitieux.
« Le Français est plus personnel, l'Allemand plus objectif ; vous vous occupez des personnes, nous nous préoccupons des choses. L'employé, le fonctionnaire français se demandent toujours : « Suis-je à «ma place? Ces gens qui m'entourent et « dont je dépends ne valent-ils pas moins « que moi?» Et puis : « Ma femme aura- « t-elle sa belle robe ? Pourrons-nous aller « au théâtre? Ne puis-je pas gagner davan- « tage ? »
« Au contraire, l'Allemand qui mérite de gagner 400 marks par mois et qui, d'ailleurs, ne travaillera pas pour 300, ne vous demandera jamais 500 marks. Il n'a pas, comme le Français, la tendance à se faire valoir au-dessus de ses mérites. Et son instinct est de se contenter de ce qu'il a, avec, naturellement, tout au fond de lui, comme chez tout être humain, un espoir d'avancer, mais plus tard, lentement et, en somme, peu. Et ceci vous explique comment chacun, se sentant à la place qu'il mérite, obéit si facilement à ses supérieurs, accepte aveuglément la hiérarchie. »
J'objectai à M. Rathenau l'exemple des trois millions de socialistes allemands :
« C'est la classe d'en bas ! me répondit-il. Et je vous parlais de l'admirable classe moyenne allemande, qui avec son dévouement, sa dignité professionnelle, son sens
PiiDi , Dfllius. Pans,
LE RAVITAILLEMENT DE CHARBON EN^ PLEINE MER. — Le charbonnier ayant mouillé dans les eaux du navire, on rtablit sur des tiliiis un système de va et vient des sacs, dont la contenance est d'environ 50 kilogs.
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