‹ L'Allemagne moderneChapitre 21 sur 44 · IV · texte numérisé non relu

IV

hJ

•Ol

Crt

hj

illlllillillllllllllllllllllllllllllllllllilill!U!llllllllllll^^ I IV

Planche 268.

ilIlillllllllllllllllKlllillllliilllllllllMIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP^

y eue l'hol. Ilesellsrliafl, licrlln

LUBKCK. — L'escalier du Ralhaus fut ajouté en 1594 au bàliuienl prlaoipal, qui ilate du \iv' siècle : époque où

la capitale de la Hanse était à son apogée.

liiiiiiiiiiiiiiiiiii!iiiiiiiiliiiiiiiiiii!ii!iiiiiiiiiimiiiiiiiiiii«^ iiiiiiiiffi I iiii!Hiii!iiiiiiiii!iiwm;::!iii iiiPiiiiiiiiiiiiiiiiiwiiiffliiiiiiiiiiiiiiiifiBiwiffliiiniiiiiiiiiiim^

Planche 269.

Ni'iifi l'hiJl. (ipsollschalt, h)i>rlii

LE RATHAUS ilr Liilicck ap|iarlienl ;i ce genre de coiistniclions en Ijiiques que Luhcck a bcaiiCdiip ciiltivi'

lors (lu plein (■panoiiisserTifnl du slyle ifolhiqiie.

.Noii^: l'hul. (Insellscliall, Berlin,

LUBECK. — La salle de guerre (Ivriegslube) du lialliaus dont la porle, les lairibi'is el surtout la chenninée de niarbi'e avec ses bas-reliefs en albâtre sont de remarquables producllons de l'art du xiv siècle.

Planchk 270.

exact du devoir et son honnêteté foncière, constitue le cadre solide de notre prospérité et de notre puissance. Quant aux socialistes, vous retrouvez chez eux le même esprit de discipline, qui fait la force de leur parti bien plus que la légitimité de leurs revendications. »

LE PRUSSIEN Le Prussien, — je ne dis pas l'Allemand, — est de nature policière. Il n'existe pas de pays au monde, parait-il, où Ton dénonce plus facilement qu'en Prusse. C'est ce qui vaut son succès à la police allemande. Bien moins habiles, moins ingénieux, moins prompts à l'hypothèse que les policiers français, les Allemands obtiennent cependant des résultats remarquables grâce à la collaboration de la population tout entière à l'œuvre de la police, dès que l'occasion s'en offre. L'administration prussienne encourage ces tendances, et tout un système de primes de dénonciation fonctionne à Berlin et dans le reste du royaume.

Nous avons instinctivement l'horreur de ces mœurs.

Or, ce qui paraît pousser le Prussien à dénoncer une faute ou une désobéissance à la loi, c'est, je crois, justement cet esprit de discipline dont je viens de donner des exemples. Telle chose est défendue. Il ne la fait pas, malgré sa tentation peut-être. S'il voit un autre satisfaire son désir, ne pas lutter comme lui contre les appétits, il le blâme aussitôt intérieurement de sa faiblesse ou de sa révolte, et logiquement, puisque lui-même s'approuve de n'avoir pas succombé, il trouve juste que le coupable soit puni. Très noble ou très chrétien, là s'arrêterait son raisonnement ; connaissant la force de la tentation, il pardonnerait, ou, dédaigneux de la faute d'autrui, se conten-

terait de l'orgueil de sa vertu. Mais ce qu'on pourrait exiger d'une vieille race cultivée, on ne peut le demander au Prussien, rude, à peine dégrossi, discipliné, pour le bien comme pour le mal. Je l'ai dit, il ne peut qu'obéir sans discuter. Et c'est beaucoup pour un peuple qui demeura, plusieurs siècles après les Latins, couvert de peaux de bêtes dans ses forêts sauvages.

L'autorité ! Dès qu'une marque d'autorité se manifeste quelque part, l'Allemand s'incline. Il se dit : « Une autorité est là, c'est qu'elle est utile ; je n'en connais pas la raison, mais elle doit exister ; il faut donc obéir. »

Le portier d'hôtel avec sa plaque, sa casquette galonnée, est un véritable potentat. Tous les domestiques lui sont soumis. Les voyageurs ne l'appellent jamais autrement que : Monsieur le Portier ! Le garçon de restaurant ou de café qui reçoit votre argent, — car généralement ceux qui servent ne sont que ses employés, — s'appelle :

« Oberkellner », garçon supérieur. Et, comme le mot « garçon » n'est pas très reluisant, et que 1' « Oberkellner » est une autorité, les clients respectueux se sont mis à l'appeler « Ober » tout court. Mais en Allemagne on ne s'arrête jamais sur le chemin du respect, et déjà on entend des gens dire : « Herr Ober », Monsieur le Premier ! N'y a-t-il pas là de quoi rire ?

Il en résulte que ces détenteurs de l'autorité en abusent quelquefois, avec les petites gens surtout. Et il faut de temps en temps les rappeler à l'ordre.

Le porteur d'uniforme se dit : « Celui-là n'en a pas, je vais le lui faire sentir. » Et il n'y manque pas. Les Prussiens du Nord vont même plus loin : ils se figurent tous qu'ils ont un uniforme ! A Berlin, dans certains restaurants modestes, les garçons.

qui furent des sous-officiers ou peut-être de simples soldats parlent aux clients comme à des troupiers. L'insolence de leur ton n'a pas d'égale. Ils vous disent : Bitte (je vous prie) comme on dit dans les casernes : Marchez !

Je voudrais illustrer clairement ces impressions par des exemples. Nous sommes dans une petite bourgade de 3.000 habitants; un conseiller communal d'une grande ville voisine retiré des affaires, riche, très bien apparenté (cousin de ministre), veut demander quelque chose au chef de gare de l'endroit. Il s'approche de lui, en se découvrant. Le chef de gare, gros bonhomme ventripotent, les yeux hors de la tête, le regarde avec insolence (il est vrai qu'il ignore qui il est), l'écoute en se détournant à demi, et répond simplement à sa prière (il s'agissait de passer par un endroit très accessible) : « impossible », et il lui tourne le dos. Le conseiller communal riche et bien apparenté, avec son air rougissant et soumis d'avance, ressemblait, devant ce gros individu en casquette rouge, à un domestique nègre vis-à-vis du roi d'Angleterre, empereur des Indes. Je me sentais un peu humilié de l'humilité de mon com-pagnon, et en même temps rebelle devant les consignes que ces employés en livrée se refusent à interpréter, révolté devant leur insolence de pouvoir être ces domestiques abusifs. Tout de même, sans faux patriotisme, à cette timidité servile de l'Allemand, je préfère l'aisance un peu vaniteuse des Français et leur affectation de sansgêne en présence des fonctionnaires.

Je n'ai observé que très rarement un sentiment de révolte contre cette oppression de l'autorité. Seuls les Allemands qui sortent souvent de leur pays en ont conscience :

« On a trop soin de ma personne, me

disait un Berlinois, et cela m'ennuie; j'aimerais bien, quand je mets les pieds dehors, être un peu libre, et ne pas toujours sentir la main d'un agent de la force publique qui me protège mais me harcèle. »

Je causais un jour avec un professeur éminent de Berlin de ces questions. Et il me disait :

« Ne nous enviez pas notre aveugle dévotion à l'autorité et notre humilité devant le pouvoir. Si notre prospérité et notre force nous sont venues en partie de cette subordination un peu servile, c'est que nous en avions besoin pour sortir de l'état où nous nous trouvions, et c'est aussi qu'elle était dans notre nature. Vous avez pris un autre chemin et vous avez accompli votre destinée plus tôt. Nous sommes en train de faire la nôtre. Si l'Allemagne veut maintenant s'élever, il faut que les Allemands prennent conscience de leur dignité et le goût de la liberté. L'obéissance remplace chez trop de gens l'intelligence, l'initiative, le jugement, le raisonnement.

« De son côté, il faut que la France, si elle veut reprendre sa place dans le monde, abandonne l'exagération de son esprit d'opposition et de fronde, consente à reconnaître l'utilité de l'ordre et, par conséquent, de la discipline. En un mot, vous devez vous discipliner librement et par raison, pendant que nous secouerons notre docilité et notre respect aveugles, pour arriver au respect raisonné et à l'obéissance délibérée. Vous deviendrez des gens d'ordre. Nous deviendrons des gens libres. Ainsi nous nous rejoindrons et nous nous compléterons idéalement. Aujourd'hui, ce qui nous sépare, ce sont justement nos excès respectifs. Vous n'obéissez même pas aux lois que vous vous faites (voyez vos conservateurs, et voyez vos socialistes!); nous obéissons trop faci-

lement à des ukases sur lesquels on ne nous a pas consultés.

« Chez vous, un esprit d'indépendance qui va jusqu'à l'anarchie — et qui choque notre sentiment de l'ordre ; — chez nous, une habitude séculaire de nous soumettre sans discussion à l'autorité, qui est bien faite pour vous exaspérer.

« Mais avez- vous remarqué que notre peuple, qui se plie si volontiers aux conditions matérielles qu'on lui impose, entend conserver tout entière son indépendance d'esprit? Vous ne trouverez nulle part, sinon en Amérique, un pays d'une mentalité aussi libre que l'Allemagne.»

Un remarquable savant berlinois que je rencontrai quelque temps après, le Dr Vogt, qui m'avait fait visiter son laboratoire où il coupait des tranches de cerveau d'un deux-centième de millimètre pour étudier le mystère des cellules, était aussi de l'avis du professeur à propos de l'extrême liberté de la pensée chez les Allemands. Il me citait d'autres exemples :

« Un Père Jésuite de Luxembourg, le P. Wassmann, zoologue très distingué, qui a le mieux étudié les parasites des fourmis, prêche sur les bords du Rhin les théories darwiniennes. Il admet que l'homme descend du singe, ce que l'Église

a toujours combattu jusqu'ici. Mais il a trouvé le moyen de concilier cette hypothèse scientifique avec les dogmes par une exphcation ingénieuse. « L'homme descend «du singe, en effet, dit-il, mais au moment « où le singe est devenu homme. Dieu « l'a miraculeusement doué d'intelligence. « D'où la différence entre les animaux et « les hommes. Les premiers, laissés par Dieu « dans leur état primitif, les derniers possé- « dant la conscience, l'âme ! »

Dans la religion réformée, une quantité de pasteurs font parler d'eux en ce moment en Allemagne. Ils arrivent à prêcher dans les temples des doctrines absolument personnelles. Les Consistoires, — celui de Cologne entre autres, — essayent d'intervenir et de ramener le pasteur égaré dans le droit chemin, mais il résiste, et ses paroissiens le suivent, menaçant de sortir de l'Église en foule, si on y touche. Et les Consistoires ferment les yeux. Beaucoup de pasteurs frisent le panthéisme, tellement leur façon d'expliquer la Bible s'éloigne de l'orthodoxie. Le pasteur Kalthofï (de Brème), qui vient de mourir, était président de la Société des Monistes, où l'on professe cette théorie de Hœckel qui est de l'athéisme, en somme, pour des chrétiens.

« Enfin, conclut l'éminent psychologue, il ne faut pas oublier que Luther était Allemand !... »

Dantzig le jour et la nuit. — Jolie ville. — Souvenirs d'histoire rétrospective. — La Bourse de commerce. —

Douze casernes. — Les Hussards de la mort. — Napoléon Z®' a endetté la ville pour un siècle. — La Mottlau.

— La Vistule. — Les trains de bois. — Commerce de Dantzig.

'ARRIVAI à Dantzig par un joli soir d'été, et je

J parcourus la ville au galop

d'une voiture découverte.

Lumière électrique à part, je crus être dans une ville du moyen âge. Même à Nuremberg, on n'a pas une telle impression de jadis. Ce n'étaient, dans d'étroites rues, que maisons à pignons couronnées de statues, n'ayant sur leurs façades noires et resserrées que deux ou trois fenêtres à chaque étage. Nous passâmes sous des portes massives flanquées de tours crénelées et de poivrières qui prenaient dans la nuit des airs menaçants. Le jour, l'impression change un peu, les maisons ouvrent les grandes vitrines de leurs clairs magasins, et l'on voit que beaucoup d'entre elles sont neuves. C'est que, pour conserver à certains quartiers leur harmonie, on reproduit les vieilles architectures. Les banques bâties d'hier ont des aspects de cathédrale et de forteresse, et les écoles nouvelles sont de très beaux châteaux de la Renaissance. La ville peut compter, d'ailleurs, parmi

les plus jolies d'Allemagne et parmi les plus intéressantes à visiter pour les amateurs d'art ancien et de souvenirs historiques.

Tour à tour vassale des chevaliers de l'Ordre teutonique, ville libre de la Hanse, soumise pendant trois siècles à la domination polonaise, attribuée à la Prusse lors du partage de la Pologne en 1793, occupée par les Français en 1807 et finalement donnée au roi de Prusse par le traité de Vienne de 1814, Dantzig a conservé de ces vicissitudes d'innombrables souvenirs. La maison actuelle du consul général de Russie est celle qu'habitait Pierre le Grand alors qu'il étudiait ici la construction des bateaux avant d'aller à Haarlem. Jolie maison pour un charpentier de navires ! On montre aussi le mur par où sauta le roi Stanislas Leckzinski, poursuivi par des soldats, et qui, habillé en matelot, put se réfugier sur la corvette française que lui avait envoyée le cardinal Fleury, ministre de son beau- fils Louis XV. Depuis 1894, Dantzig est devenue capitale de la Prusse occidentale, et cette capitalisation fut le point de départ d'un nouvel

Neue fhui beseilscliatt, Berlin,

DANTZIG. — La Langegasse est une des rues principales de l'ancienne ville, boi'dée de belles maisons à pignons des xvi% xvu* et xviir siècles, où l'on peut le mieux revivre ie passé.

.NeU8 l'Iiul. I.e^ell.-cliull, lieiiiD.

Page 1