L'ART DE LA MOSAÏQUE
Cliché de In revue" jL'Art Décoratif ".
Ces mosaïques à l'antique, ornements de décoration d'un vestibule, participent un peu du style pompéien.
PuNCHE 3 18.
consulté sur l'opportunité des poursuites que des bureaucrates courtisans et trop zélés voulaient faire. Très intelligemment il refusa. Ce fut une leçon pour les pieds plats de la censure, qui, depuis lors, se tiennent tranquilles. »
Les artistes collaborateurs du Simplicissimus sont, par contrat, des sortes d'actionnaires de leur feuille, c'est-à-dire qu'ils se partagent, avec l'éditeur, les bénéfices considérables. Ils gagnent sûrement chacun plus de 30.000 marks par an. Ils s'obligent, par leur acte de société, à donner trois dessins par mois qui leur sont payés un certain prix. Par contre, pour chaque dessin qu'ils ne fournissent pas, on déduit de leur crédit la somme équivalente. Ainsi, habilement l'éditeur s'est assuré une collaboration régulière et zélée de la part de ceux chargés de soutenir le succès de l'œuvre.
COLLABORATEURS Lcs noms de collabo - CÉLÈBRES o o o rateurs du Simplicissimus sont célèbres dans tout l'Empire.
Ludwig Thoma, c'est le Peter Schlemihl qui écrit sous le titre de : Grossièretés {Grobheiten) des chroniques mordantes et savoureuses, d'une verve abrupte et abondante.
Heine, chef reconnu de l'équipe artistique, donne des caricatures politiques prises dans le vif de l'actualité d'un ton toujours très élevé ; ses légendes, qu'il fait lui-même, brûlent comme un acide.
Bruno Paul, l'artiste le plus connu dans la dernière génération artistique, a pris une part active au mouvement décoratif moderne et, malgré sa qualité de collaborateur du Simplicissimus, il est actuellement directeur de l'Académie des arts décoratifs à Berhn. C'est que les bons artistes ne pullulent pas en Prusse, et la
notoriété et les travaux de celui-ci l'imposaient au choix de l'administration des Beaux-Arts. Bruno Paul avait pour spécialité les militaires, les paysans et les fonctionnaires. Ses dessins ont un relief incomparable.
Reznicek, Autrichien d'origine, dessine les femmes élégantes. Il habita Paris et suivit les cours de nos ateliers, ce qui explique la relative légèreté de son coup de crayon, si rare en Allemagne.
Thœny fait les charges d'officiers, de paysans, d'ouvriers. Son triomphe, c'est le cheval. Personne ne dessine les chevaux comme lui. La raison de cette habileté est assez curieuse : il voyagea pendant des années avec le cirque Barnum, dont il dessinait les immenses affiches toujours pleines d'animaux. Wilke caricaturait les vagabonds, les bohèmes, les étudiants et les gommeux.
Gulbransson a créé la galerie des contemporains célèbres. Beaucoup d'ingéniosité et d'imagination.
Schulz, poète et dessinateur, illustre des scènes symboliques, politiques et sociales. C'est le talent le plus allemand du groupe.
En causant ce soir-là avec eux, je leur demandai comment ils travaillent. S'ils font leurs légendes après leurs dessins, ou leurs dessins pour des légendes préparées? Théodore Heine sait d'avance ce qu'il veut faire et écrit lui-même ses textes. Les autres composent leurs dessins sans paroles, les remettent à la rédaction, et là un de leurs collaborateurs de la première heure, M. Geheeb, est chargé de trouver les légendes adéquates. Il y réussit avec une habileté extraordinaire. Il lui suffit de regarder un dessin pendant quelques minutes pour faire aussitôt parler les personnages avec un naturel parfait.
Je les ai aussi interrogés sur leur origine.
En somme, si c'est à Munich que se trouve le centre de la production satirique, il est curieux de remarquer qu'à part Thoma, qui est un Bavarois du crû, tous les collaborateurs du Simplicissimus sont originaires des autres États et même d'autres pays. Heine est Saxon, Reznicek est Viennois, Gulbransson est Norvégien ; les autres viennent ou de la province Rhénane ou du Wurtemberg.
J'ai dit l'estime et l'admiration que Forain et Sem ont pour quelques-uns de ces confrères allemands. Ceux-ci leur rendent, et au delà, leur admiration :
« Que Forain vienne à Munich ! Il verra si nous savons le recevoir ! »
Caran d'Ache s'est fait ici une célébrité avec ses caricatures de Guillaume II, que publia Le Figaro. La visite du Tsar à l'Empereur d'Allemagne à Breslau est restée dans toutes les mémoires. On m'en parle comme d'un chef-d'œuvre classique !
Sem et Steinlen sont également fort goûtés. Ce dernier, d'origine suisse, collabore même au journal munichois.
Un matin, j'allai visiter la rédaction du Simplicissimus^ Kaulbachstrasse, quartier tranquille près du Jardin anglais.
L'éditeur Langen a installé là son bureau d'édition, sa revue Mârz et son Simplicissimus. Le directeur, à peine âgé de quarante ans, me rappela, avec sa figure rasée, sa vivacité, sa netteté d'esprit, sa hardiesse en affaires, sa confiance et sa rapidité de décision, ces gens du Nouveau Monde à qui tout réussit. Malgré sa jeunesse, il a déjà tout un passé : c'est lui qui fit connaître en Allemagne les auteurs français des dernières générations, depuis Becque jusqu'à Marcel Prévost, en passant par Zola. Il fonda, il y a deux ans, une revue littéraire et philosophique d'une belle tenue, Màrz, dont la diffusion est
déjà considérable, et qui a dans son programme le rapprochement de l'Allemagne et de la France. Les meilleurs de nos écrivains y collaborent.
Une petite salle aux murs tendus d'une toile grisâtre, au tapis couleur poussière, meublée d'une armoire-bibliothèque de bois clair, d'une table et de quelques chaises. Sur le haut de l'armoire, un bouledogue muselé, rapporté de Paris par M. Langen : c'est l'ancien Simplicissimus ! En face, un mouton expirant, de bois sculpté, symbolisant, si l'on veut, l'art libre égorgé par la censure ! Un écureuil sur une branche, c'est l'éditeur Langen lui-même. Un samovar dans un coin. Des albums de Gavarni et de Daumier sur la table, une collection du Simplicissimus.
C'est là, autour de cette table, que chaque vendredi se réunissent tous les collaborateurs du Simplicissimus. Ils passent en revue les actualités, les discutent, se répartissent les sujets, feuillettent les albums de dessins inédits qui attendent, les critiquent, les choisissent.
Sur le fond gris de la tenture, encadré de bois, sont suspendus les dessins persécutés par les censeurs berlinois, et qui valurent tant de mois de prison aux artistes.
En voici un qui date du voyage fait en Palestine par Guillaume II. Au loin s'aperçoit le casque colonial à pointe du monarque. Au premier rang, Frédéric Barberousse et Godefroy de Bouillon sortent tout armés de leurs tombes, et ce dernier dit :
« Ne ris donc pas si bêtement, mon vieux Barberousse; nos croisades n'avaient pas plus de sens ni d'utilité...»
Six mois de prison.
Un autre, qui fut publié à la mort de Bismarck : deux chênes, l'un énorme, brisé;
l'autre tout petit, debout. Un aigle, l'aigle prussien, va se poser sur les branches ployantes du jêline chêne, et la légende dit:
« L'aigle doit à présent se réfugier sur l'arbre encore frêle. »
Celui-ci valut aussi six mois de prison à Th. Heine. N'est-ce pas incroyable?
LES TENDANCES « Quelles sont, au juste, les tendances politiques de votre journal? demandai-je à M. Langen.
— Elles sont simples et claires, me répondit-il. Nous luttons contre l'excès du chauvinisme allemand, contre le militarisme exaspéré et insolent dont soufïre l'Allemagne, contre le bourgeois philistin, notre ennemi intime, contre les conservateurs prussiens, contre les théologiens protestants. Mais nous ne néghgeons pas, croyez-le, le spectacle que nous donne la politique européenne et même mondiale.
L'Angleterre, la France, l'Amérique, la Russie, ont affaire quelquefois avec nos crayons !
— Voyons un peu vos dessins antifrançais...
— Nous ne faisons pas de dessins antifrançais ! proteste l'éditeur. Nous sommes, au contraire, partisans d'un rapprochement avec la France. Chez les pangermanistes on nous en fait même un crime. En pleine question du Maroc, quand de mauvais bruits de guerre circulaient, nous publiâmes un numéro entier consacré à cette idée de rapprochement. Son titre était : Paix à la France ! Le dessin de la première page représentait Gœthe, après la bataille de Valmy, disant à des soldats sur le champ de bataille :
« Aujourd'hui commence pour l'histoire une^^ère nouvelle ; c'est ici qu'elle a pris naissance. Vous pourrez dire un jour que vous étiez là. »
A la page suivante, on voyait un soldat allemand essayant de caresser le coq gaulois tout rouge de colère, et le soldat disait : « Plus je le caresse, plus il se hérisse. » Et ainsi de suite.
Il y eut une édition de ce numéro en français.
Ceci donna l'idée de joindre à chacun des numéros une feuille contenant la traduction française des légendes, pour en faciliter la compréhension dans les pays de langue française. On hurla à la trahison. Ce fut un tapage effroyable dans le camp pangermaniste.
« Compreiiez-vous cela ? s'étonna M. Langen. Nous échangeons avec la France, comme du reste avec les autres pays civilisés, tous les produits de notre industrie, de notre commerce, de nos arts. Et il n'y aurait que l'échange de la satire qui nous serait défendu ! Est-on aussi étroit d'esprit chez vous?
— - Je ne le crois pas, fis-je en riant. La satire fut considérée jusqu'ici comme un article international ; elle s'adresse à tous les esprits éclairés de la planète. On ne comprendrait pas chez nous ce sentiment de propriété nationale ! Nous sommes sous ce rapport libre- échangistes. »
M. Langen continua :
« Heine dit souvent que nous aurons un jour le prix Nobel. Voici son raisonnement, qui est un syllogisme irréfutable.
Le prix Nobel est fondé pour encourager les œuvres de paix. Or, quel est le principal obstacle à la paix? Le mihtarisme. Quel est le pays où le militarisme est le plus développé ? L'Allemagne. Qui fait la guerre la plus acharnée au militarisme allemand ? Le Simplicissimus. Donc le Simplicissimus mérite le prix Nobel.
« Ne soyez pas étonné, ajoute M. Langen à demi sérieux, si vous apprenez que.
l'ayant si bien mérité, nous Tavons obtenu. »
Je veux connaître les numéros qui se sont le plus vendus depuis la fondation ?
« Nous vendons bien davantage nos numéros spéciaux, qui traitent d'une question générale, comme le Byzantinisme, les Sports, l'Automobilisme, tout remplis, malgré leurs titres, d'allusions politiques. Nous en donnons une dizaine par an.
Celui qui détient le record, s'appelle Le Parti du Centre au Reichstag, qui fut confisqué par la police. Poursuivis par la police, nous gagnâmes notre procès. Le nouveau tirage monta à 200.000 exemplaires.
« he Simplicissimus s'imprima d'abord à Leipzig. Mais les juges saxons sont très sévères pour les délits de presse. Alors M. Langen fit imprimer à Stuttgart, les Allemands du Sud comprenant mieux, en effet, la plaisanterie, la satire et la liberté. Les délits de presse, en Wurtemberg comme en Bavière, sont jugés par le jury ; en Prusse et Saxe, par le tribunal correctionnel.
— Et alors pourquoi pas à Munich?
— On le pourrait. Mais la seule imprimerie qui donnerait des résultats satis-
faisants a des attaches avec l'administration. Elle aurait peut-être des ennuis, et nous aussi. »
De fait, le journal est admirablement imprimé.
« Pourquoi, me disait un jour Forain, pourquoi ne sommes-nous pas capables chez nous de tirer nos journaux illustrés en couleurs avec cette netteté, cette pureté, cette propreté? Regardezmoi ces teintes plates, ces bruns, ces rouges, ces verts, ces bleus ; on dirait des aquarelles. Comme un dessin prend toute sa valeur avec un tirage pareil !
— A quoi attribuez- vous cette perfection?
— Je ne sais, répondit Forain. Au papier, à la couleur, au procédé de tirage, je ne pourrais le dire au juste. Mais je suis sûr que, si on voulait, on arriverait chez nous à faire aussi bien. Dans les tirages de luxe, nous réalisons des merveilles incomparables. Pourquoi, dans les travaux plus ordinaires, sommes-nous inférieurs aux Allemands? Il suffirait d'un peu plus de volonté, d'application, de recherches. Il n'y a pas là de miracle. Il s'agit de surmonter notre routine, notre laisser-aller et, probablement, notre lésinerie ordinaire. »
Communique par
LE " SIMPLICISSIMUS " — E. Thoeny, l'auteur de cette charge d'étudiants bavarois, fait aussi les ciiarges d'officiers, de paysans, d'ouvriers et excelle à dessiner les chevaux.
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Cliché Vri de •■ liajrische Gewerliescliau 1312. in iMunclieri
LA SCULPTURE SUR BOIS. — On remarquera l'exaclitude avec laquelle on a rendu les différentes poses des
brebis et la souplesse des mouvements.
Fabnr|Ui' par lî. Wivriein, Munir). I.' liclie lire de '■ Bavrische Gewerlioschuu l'JI2 m Miinclien ''
LES POUPÉES D'ÉTOFFE font l'objet d'une industrie de plus en plus prospère. Ces petits bonshommes ont
une amusanle et très vivante expression.
Fabru|ni' par Marfra Esbenbach. Munich,
Clictié tiré de '* Bajnscbe ljiewert)e5cbau 1912, in Munchen '
L'INDUSTRIE DES JOUETS ARTICULÉS s'ingénie beaucoup à diversifier ses articles. Leur succès va
d'ailleurs s'alfirmanl chaque jour d'avantage.
Planchk 3-'o
NYMPHENBURG
Un petit Versailles bavarois. — Vieilles allées, vieux jets d'eau. — Une surprise : le pavillon de chasse d'Amalienburg, caché dans les arbres. — Un feu d'artifice de rococo. — Une cuisine en vieux Delft. — Une antique fabrique de porcelaines rivale de Meissen en Saxe. — Comment on produit les statuettes de Saxe. — Visite des ateliers. — Petits chef s-d œuvre oubliés. — Heureuses tentatives de modernisation. — « Allez à
Nymphenburg !»
^ VINGT minutes de Munich,
Ail faut voir le château de Nymphenburg, l'un des nombreux Versailles des rois de Bavière, et surtout l'Amalienburg, si bien caché dans les futaies que le touriste, d'ordinaire, oublie de découvrir ce joli rendez- vous de chasse, œuvre de notre Cuvillier, produit compliqué mais charmant du style rococo.
On arrive à Nymphenburg par une large avenue bordée de grands arbres et que traverse en son milieu un canal. A l'extrémité de cette longue perspective, le château et ses dépendances décrivent un ample hémicycle tout blanc, autour d'une vaste place. Rien de particulier dans son architecture ; le corps central, précédé d'un haut perron orné de lanternes dorées, est flanqué de chaque côté de pavillons moins importants, carrés comme lui, à façades blanches, percées de fenêtres régulières et surmontées de toits de tuiles rouges.
Derrière s'étend le parc à la française avec dévastes étangs où nagent des cygnes, des jets d'eau, des parterres éclatants et des pelouses soigneusement peignées.
Comme à Versailles, les enfants s'amusent à jeter du pain aux carpes goulues ; à l'ombre des grands arbres, près des déesses de pierre et des urnes de marbre juchées sur leurs socles moussus, des mamans tricotent et soignent leurs mioches; làbas, des femmes fauchent les pelouses et ratissent les allées; on n'entend que l'eau des fontaines tombant dans les bassins.
A l'aventure vous marchez par les allées ombreuses, et voici que vous découvrez ce pavillon d'Amalienburg de proportions harmonieuses, aux portes enguirlandées, aux fenêtres surmontées de médaillons et de sculptures.
A l'intériem*, c'est un pullulement de rocailles d'argent, de festons d'argent, d'arabesques, de volutes, de cartouches, d'attributs d'argent, serrés les uns contre les autres, de lustres et d'appliques, de guirlandes qui s'arrondissent en courbes gracieuses au sommet des glaces, retombent sur les côtés, recouvrent les portes, les
plinthes, les corniches, ne laissant entrevoir qu'un peu des lambris bleu de ciel, dont la douceur s'harmonise si bien avec l'éclat des sculptures argentées, le reflet multiplié des glaces et des verreries de Venise suspendues au plafond.
Dans d'autres salles ornées et dorées comme les habits de gala, des tableaux, enchâssés dans les murs, font revivre les scènes de la vie de cour au temps de la Kurfûrstin Amalie, maîtresse de céans : carrousel, retour de chasse, coins de forêts où les dames en falbalas descendent de leurs carrosses, entourées de lévriers blancs qui gambadent. Les murs de la cuisine sont recouverts de faïence de Delft, et quant au chenil voisin, il a ses niches décorées de festons et d'astragales bleus sur fond blanc. On oublie tout à fait le Munich moderne, les brasseries, la ville grecque, les folies carnavalesques, pour évoquer des silhouettes à panier, des perruques poudrées, des frimousses piquées d'assassines. On oublie même l'Allemagne, qui paraît si loin de ces frivolités, pour ne penser qu'à Boucher, Watteau, Fragonard et La Tour.
Et le besoin de repeupler ce décor mort vous poursuit dans la visite à la fabrique de porcelaines de Nymphenburg, que créa au XVIII® siècle le mécénisme des princes bavarois. Elle est très joliment située, dans un coin de parc, et forme une dépendance du château. Des jardins l'entourent, un peu abandonnés, où des statues anciennes voisinent avec les moulages modernes. Un ruisseau coule tout près, traversé par un pont de bois rustique. Rien ne laisse deviner la hâte fiévreuse de l'industrialisme moderne. Dans ce décor paisible, en pleine nature, il semble bien que la tradition artistique doive se mainte-
nir et se perpétuer. On sut se garder ici des dangereuses tentations commerciales qui ont vite fait d'abolir tout souci d'art, on sut maintenir intact le choix limité mais très sûr des modèles à reproduire et éliminer parmi les modernes ceux qui ne présentaient pas toutes les qualités de simplicité et d'élégance de forme qui en font des œuvres d'art.
L'intelligent directeur de la fabrique, M. Bâumler, me conduisit à travers les ateliers. Nous marchions sur des restes de kaolin de Bohême, de quartz de Norvège et de Suède, de feldspath et de chaux, qui servent à faire la porcelaine fine. Il m'expliqua comment le mélange une fois broyé et délayé à l'eau est aspiré par une machine, puis passe dans des filtrespresses qui le débarrassent de l'eau. Le résidu est une pâte que l'on aplatit au rouleau afin de lui donner plus d'homogénéité. De là, nous passâmes dans les salles de moulages, où sont conservés les moules originaux des petits chefsd'œuvre du XVI II® siècle, puis aux fours, celui de la première cuisson où les objets sont portés à une température de 800°, celui de la cuisson pour l'émaillage dont la température atteint 1 500". Nous visitâmes aussi les ateliers d'essai de cuisson et de peinture où de jeunes chimistes, — dont l'un sort de Sèvres, — se livrent à des expériences de couleurs. Mais, plus que la cuisine du métier, ce qui plaît ici, c'est l'exposition des objets dans les magasins : tout le xviii® siècle ressuscité. Les arlequins, les marquises évaporées, les chasseurs, les Chinois, les perroquets, les bergers et les bergères aux mouvements gracieux, les cerfs, les lévriers, les Vénus, les Dianes, les pages, les paysannes, les groupes adorables de femmes à leur toilette. Leurs gestes
délicats et précieux font penser que des artistes français ont dû composer autrefois ces modèles qu'on reproduit encore aujourd'hui.
On essaie là aussi de renouveler l'art du xviiie siècle par des créations modernes. Les artistes ont trouvé des dessins d'une simplicité charmante et des couleurs fraîches pour orner les services de table ;
et des femmes à la mode du jour croisent les jambes avec une désinvolture de marquise.
Le voyagem* qui, visitant Munich, ne s'arrêterait pas à la porcelainerie de Nymphenburg, aurait laissé passer une rare occasion de se retremper dans l'atmosphère authentique du xviii® siècle allemand.