‹ L'Allemagne moderneChapitre 6 sur 44 · serviettes de table ; 104.000 torchons à épousseter · texte numérisé non relu

serviettes de table ; 104.000 torchons à épousseter

Au point de vue des passagers, Brème bat depuis quelques années le record du nombre. Hambourg a essayé de lutter et lutte encore désespérément. 50 p. 100 de toute l'émigration européenne passe par Brème, 30 p. 100 par Hambourg. Le reste par l'Angleterre. Le Lloyd a créé partout des Sociétés de colonisation dirigées par des agents qu'il stimule et qui se multiplient pour attirer à Brème le flot énorme des émigrants qui flue de Fest de l'Europe, surtout, à l'heure actuelle, des provinces slavesd'Autriche-Hongrie.Onles remarque, dans les rues voisines de la gare, ces malheureux qui vont porter au nouveau monde leur travail et leurs espoirs. Les grands hôtels sont proches des auberges d'émigrants. De sorte que l'on peut voir souvent, presque côte à côte, une jeune Américaine, élégante et désinvolte, la longue voilette brune claquant au vent derrière le chapeau à plumes hardies, fille de l'expatrié d'hier parti sans doute de ce refuge voisin, et l'émigrant d'aujourd'hui, timide et misérable, tramant ses bottes sales sur le pavé boueux, et sa femme aux tristes yeux de vierge orientale, la tète couverte d'un mouchoir de couleur, la robe courte à lourds plis serrés, et ses enfants à l'air résigné...

Aujourd'hui, tous s'en vont, la ville se vide de leurs processions mélancoliques devant les magasins des grandes rues.

Mais, le lendemain, d'autres caravanes arrivent, toutes pareilles, et c'est ainsi toute l'année.

Brème est la vraie patrie des marins

allemands. Le Lloyd a deux bateauxécoles, destinés à dresser et entraîner ses officiers et ses matelots. Pour tout le reste de l'Allemagne, il n'existe qu'un seul autre bateau- école auquel le Lloyd est également intéressé. C'est que, pour aller vite, il faut de bons capitaines. Et les Brèmois sont convaincus que leurs officiers n'ont pas de rivaux. Hambourg a l'air de le croire aussi, puisque, quand on arme un nouveau navire, c'est à Brème qu'on vient chercher les équipages. Ils poussent même un peu loin leur exclusivisme. Ne m'a-t-on pas raconté que les capitaines de Hambourg n'ont pas les qualités nécessaires pour les très grandes vitesses !

« Ainsi, voyez ce qui arriva au commandant du Deutschland (appartenant à la Compagnie Hamburg-Amerika) à son premier voyage de vitesse. Il avait perdu son gouvernail en route, et il s'était tellement surmené qu'il eut juste le temps d'écrire son procès-verbal et... de mourir. Un capitaine du Lloyd, qui avait perdu aussi son gouvernail, dressa comme l'autre son procès-verbal en arrivant à Gênes, mais offrit ensuite un copieux dîner à ses amis, et il ne mourut pas.

Les derniers paquebots du Lloyd coûtent entre 16 et 17 millions. Beaucoup de gens croient que la Compagnie construit ces bateaux dans un but de réclame et que c'est un sacrifice nécessaire pour lutter contre les concurrents. Mais pas du tout. Un bateau est une bonne affaire. Chaque voyage lui rapporte une très forte recette. Certaines cabines se louent 4.000 marks (5.000 francs), et il y a même sur les nouveaux paquebots ce qu'on appelle sans raison, mais avec un admirable sens du snobisme yankee : la cabine impériale (Kaiserzimmer)^ qui vaut 10.000 francs ! Et celle-ci est toujours retenue télégraphi-

l'Iiut. i\ord,l. I-'oyl, Brunie.

HALL D'ATTENTE. — L'entrée lente et majestueuse d'un puissant steamer, assisté de ses remorqueurs, esl

un spectacle imposant qui attire une foule de curieux.

l'hot. Norckl Lloyil, Brciiie.

L'ENREGISTREMENT DES BAGAGES des passagers d'entrepont. — Ces passagers sont souvent des émif,n-ants. La traveisée leur est adoucie par les friandises et les présents des passagers de cabine.

Planche aoj.

LE " NORDDEUTSCHER LLOYD " est une énorme et puissante conapagnie, l'un des principaux agents de la prospérité de,'-

du Sud, l'Asie, l'Australie, les îles de l'Océanie. Ses baleîx

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L'ALLEMAGNE MODE RNE

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Planches 202-203.

Planchf 214.

quement, un an d'avance, par un de ces Américains si démocrates qu'ils ne pourraient faire la traversée ailleurs que dans une cabine d'Empereur.

J'ai voulu voir ces cabines pendant que je me trouvais à Bremerhafen. Ce sont de vrais appartements de quatre pièces :

salon, salle, à manger, chambre à coucher, cabinet de toilette, joliment décorés, de styles variés, Louis XVI, Empire, suivis d'une salle de bain de la dernière élégance.

On m'a montré aussi, sur le Kaiser Wilhelm 11^ les derniers perfectionnements apportés au service du bateau. On arrive vraiment, sous ce rapport, à des choses admirables. Le capitaine, de la dunette, peut fermer automatiquement et instantanément tous les compartiments étanches du bateau. Autrefois, le son des cloches des bateaux-phares servant de signaux, la nuit ou en cas de brouillard, ne s'entendait pas au loin. A présent, on installe, de chaque côté du navire, des microphones qui enregistrent parfaitement ces sons de cloche et préviennent, par conséquent.

à plusieurs kilomètres, le bâtiment en marche. Sur le pont également, le commandant peut, à chaque instant, vérifier le nombre des révolutions de la machine, transmis électriquement sur un tableau qu'il a sous les yeux.

Il y a vingt-sept horloges électriques à bord. Pour la commodité des voyageurs et la régularité du service, ces vingt-sept horloges sont mises à l'heure toutes à la fois, d'un seul coup, du pont même.

On fit fonctionner devant moi le service d'incendie. Le signal fut donné par le capitaine ; moins d'une minute et demie après, tous les hommes de garde, chargés chacun d'une fonction spéciale en cas d'alerte, étaient à leur poste, et la pompe à incendie manœuvrait automatiquement.

Le capitaine me dit que les ingénieurs de notre Compagnie Transatlantique sont venus visiter le Kaiser Wilhelm II avant la construction de la Provence et que tous ces perfectionnements avaient dû être apportés au dernier paquebot français lancé.

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