‹ L'Allemagne moderneChapitre 9 sur 44 · HT · texte numérisé non relu

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HAMBOURG

Neue pliot. Gesellschaft, Berlin.

Le R.\TH.\US, reconslruil il y a une dizaine d"annëes, est un bel édifice de pierre, surmonlc d'une tour de 112 niclres, harnionioux dans sa lourdeur.

HAMBOURG. — L'Alster-PavilIou est un café-restaurant bâti sur pilotis, l'un des plus Iréquenlés de la ville. A côté, le Hamburgerhof et l'hôtel superbe des Vierjareszeiten.

Planche 210.

riante parmi cette foule active; et, le soir, dans les jardins qui bordent TAlster, leurs taches claires se mêlent agréablement à l'éclat des fleurs, à l'étincellement des lumières électriques.

On est riche ici, et l'on sait vivre. Les très grosses fortunes sont plus rares qu'à Brème. Cinq ou six seulement dépassent 20 millions. On cite les noms des Hambourgeois dont la fortune va de 20 à 30 millions : en tête, l'armateur Siemers, qui fit la sienne dans le salpêtre et le pétrole, MM. Munchmeyer (exportation, banque), Berenberg-Gossler (banque), Riedmann, agent du Standard OU à Hambourg, Vorwerk (banque et salpêtre), Warburg (banque). Mais les fortunes de quelques millions sont extrêmement nombreuses, et l'on ne compte pas celles d'un million. L'aisance ainsi distribuée se révèle par l'abondance et le luxe des magasins qui bordent les quais : joailleries, grandes maisons de nouveautés dont la plupart des modèles viennent de Paris, boutiques de comestibles aux étalages appétissants, restaurants toujours pleins, hôtels somptueux.

Les jours de fête, les restaurants sont tellement bondés qu'on y fait queue, et j'ai cherché, le soir de la Pentecôte, à dîner hors de mon hôtel pendant près d'une heure. Enfin, je fis le siège d'une immense table au Ratskeller, et sitôt qu'un vide se produisit, je plantai mon drapeau à côté d'une famille d'une dizaine de personnes qui buvaient du Champagne. Ce Ratskeller est un joli restaurant fréquenté par les bourgeois, très moderne, où on donne 2.000 ou 3.000 repas dans les journées de fête. Le vin qu'on y boit peut être bon si l'on y met le prix. Mais audessous de 6 ou 7 francs, le bordeaux n'est pas buvable ; il vous emporte la

bouche. Où l'a-t-on poivré ainsi? A Bordeaux ? ou dans le port franc ? Avec quelle mixture italienne, espagnole ou portugaise ?

Des centaines de dîneurs, la serviette au cou, étalaient sous les lustres flamboyants leurs faces réjouies par le vin.

C'était d'une gaieté flamande. Les femmes elles-mêmes — ce qui est laid — avaient la face empourprée et s'essuyaient le front et les joues en sueur du coin de leurs serviettes. Une odeur de cuisine emplissait l'air, poisson, viande, vin et tabac mélangés. J'étais content d'assister à cette lipée saxonne. J'observais mes voisins qui buvaient du Champagne. D'abord, le mari versa avec économie. Puis, s'excitant sans doute lui-même, il fut moins avare, et, pendant une heure, les bouteilles se vidèrent. Une jeune fille de quatorze ou quinze ans, blonde, sage et réservée, refusa d'abord de boire, puis finit par consentir. A présent, sa timidité, toujours visible, s'égayait de petits rires solitaires aux plaisanteries des parleurs excités, et, sans rien dire, elle souriait vaguement à quelque chose de confus et de doux.

Les soirs d'été, toute la foule se porte vers les restaurants du bord de l'eau. Au Faehrhaus, le plus en vogue, un millier de personnes, groupées par petites tables sur une terrasse, viennent quotidiennement écouter la musique militaire, manger des brôdchen et boire de la bière. D'autres, plus huppées, soupent sur les balcons fleuris qui dominent la terrasse et le lac. Les jours de courses, impossible d'y trouver une place, et même les jours ordinaires il faut attendre longtemps une table.

Le public y est un peu mêlé. On voit là, par hasard, il faut le dire, ce qu'on ne

verrait pas à Paris dans un milieu équivalent : de lourdes bourgeoises rougeaudes engoncées dans leurs robes trotteuses trop étroites et trop courtes, les mains chargées de toutes leurs bagues, les poignets de tous leurs bracelets, la poitrine de tous leurs pendentifs, chaînes, breloques, broches, épingles d'or.

Un soir, on m'y montra un tout jeune homme qui entrait à la suite de dames en lisant des dépêches ; au son de l'orchestre militaire, il traversait les rangées de tables bruyantes, heurtant les garçons affolés : ce jeune homme qui déchiffrait jusqu'au sein des fêtes des télégrammes de l'Amérique du Sud — je le sus ensuite — était le plus riche importateur de nitrates de Hambourg.

L'endroit est charmant. Les propriétaires des villas sur l'Alster ont leur canot à rames ou à voile, les autres, des canots de louage, et aux soirs chauds, au lieu de se promener en voiture, ils viennent là, devant le restaurant illuminé et retentissant de musiques, se saluer, échanger des plaisanteries ou des nouvelles. Les minuscules voiliers manœuvrent à miracle au milieu de ces ruelles étroites formées par les centaines de canots. Avec leurs voiles blanches et leur coque élégante, ce sont vraiment des oiseaux apprivoisés qui jouent et se reposent dans l'eau miroitante.

Ce rendez-vous est aimable et gracieux comme un jardin. Les toilettes claires des femmes, les fleurs des chapeaux et des corsages créent cette illusion. J'aimerais mieux pour mon goût circuler sur le milieu du lac, mais il faut se voir... et se montrer. Le chic dans les embarcations consiste à se mettre deux à la barre de façon à faire lever la proue le plus haut possible hors de l'eau et, par conséquent, à enfoncer la

poupe jusqu'au bordage. Par une belle soirée, sous le scintillement des étoiles, toutes ces lumières auxquelles se joignent celles des bateaux-mouches et les perspectives illuminées des quais vous font songer à quelque fête vénitienne. Au loin, à demi noyées dans les brumes, les lumières diffuses de l'Alster-Pavillon et du Jungfernstieg, et, dominant la masse des maisons, la haute silhouette de Nikolaï, Katharinenkirche, Petrikirche, la flèche du Rathaus.

De l'autre côté des vapeurs mauves et or enveloppent les tourelles féodales, les pignons gothiques de villas, et les grands arbres qui les entourent prennent de fantastiques allures. On dirait d'antiques castels au milieu d'une forêt.

Si l'on quitte l'Alster pour les rues avoisinant le port, quel contraste ! Perpendiculairement aux quais couverts d'entrepôts gigantesques, de grues, d'élévateurs, de voies ferrées, de wagons, etc., des ruelles étroites alternent avec des canaux à l'eau noire et boueuse. C'est le quartier des « fleth». De vieilles maisons à pignons et à petites fenêtres s'ouvrant à l'extérieur les bordent, entrepôt, magasins, maisons d'habitation de briques et de bois, noires et d'aspect vieillot malgré leurs cinq ou sept étages en saillie. De petits chalands circulent sur l'eau sale, des barques sont amarrées, çà et là; des passerelles de bois relient les maisons.

Bien loin de ces vestiges du passé qui rappellent la grande époque des républiques hanséatiques, il faut voir les quartiers neufs édifiés pour la vie luxueuse des parvenus d'hier. Une ville entière s'est élevée, aux rues larges et tranquilles, plantées de grands arbres, aux maisons couvertes de fleurs, de plantes grimpantes et entourées de jolis jardins.

Plus loin encore, sur les bords de l'Elbe, dominant l'embouchure du fleuve, se dressent de superbes maisons de campagne qui sont autant de palais aux styles variés, entourés de vastes jardins et de parcs, résidences d'été des riches Hambourgeois. Là, ils aiment à recevoir, fiers de leur luxe neuf, de leur domesticité nombreuse, de leurs équipages. Ils y reviennent chaque soir, dans la bonne saison, après les journées laborieuses passées dans les bureaux d'affaires, à la Bourse et au port. Rien de plus apaisant au sortir de cette fournaise que la vue admirable dont ils jouissent de leurs terrasses. En face, séparée de leur colline par l'immense embouchure de l'Elbe, une côte basse et sablonneuse où s'élèvent, parmi les lagunes de petites maisons de pêcheurs; à l'horizon, la mer, d'où arrivent sans cesse de grands steamers et des voiliers ; devant eux, la verdure du haut ravin feuillu où s'étagent leurs demeures, et surtout de splendides couchers de soleil.

Il y a un monde entre le calme, la paix fraîche de ce paysage et l'agitation du port où ces riches armateurs, ces passionnés marchands de riz et de coton passent une grande partie de leur vie.

A quelque distance de là, à Nienstedten, se trouve le fameux restaurant Jacob, qui se dresse sur une terrasse ombreuse.

au-dessus des collines qui bordent l'Elbe. A cet endroit, le fleuve coule largement, sans entrave. En face, l'horizon est borné par une ligne de verdure légère; un moulin repose ses ailes sur la douceur du ciel d'été. En dînant, on voit se coucher le soleil au loin, pendant que, troublant la moire fastueuse de l'eau bleue, violette, rouge et dorée, les lourds navires à vapeur et les sveltes voiliers glissent lentement vers l'estuaire. D'autres font leur entrée. Les dîneurs, avec leurs lorgnettes, s'amusent à lire les noms des bateaux.

Les Hambourgeois se piquent avec assez de raison que leur ville a plus que Berlin les allures d'une capitale. Ce qu'on peut dire au moins, c'est que Hambourg est plus gai, que la vie y est plus large, plus abondante, que les plaisirs y sont plus nombreux.

« Aux courses, à Berlin, me dit un sportsman, on boit de notre médiocre Champagne allemand ; ici, du vrai Champagne de France et du meilleur ! Du Heidsieck-Monopole ! Le premier club de polo fut fondé à Hambourg, et c'est nous qui sommes allés installer ensuite celui de Berlin. Et puis regardez autour de vous ; nos femmes s'habillent chez votre Paquin, et nos meubles de luxe viennent de chez votre Krieger ! »

HAMBOURG

(SUITE

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