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L'ADMINISTRATION DE LA VILLE

Constitution de la République. — Le Rathaus. — Sa Magnificence le Président. — Conversation sur VElbe, sur Vart et sur le goût impérial en peinture. — L'hygiène. — Le service d'eau. — Brûlage des ordures.

N sait que Hambourg, qui fait partie depuis 1871 de la Confédération de l'Empire, est entrée en 1888 dans le Zollverein, c'est-à-dire dans l'Union douanière allemande, sauf un étroit espace de quelques centaines d'hectares réservé au port franc. Hambourg, comme Brème et Lubeck, est donc une république enclavée dans l'Empire, avec un Sénat et une « Bourgeoisie». Le président de la République (en réalité le premier bourgmestre, nommé pour un an) est une des cinquantehuit voix du Bundesrath ou Conseil fédéral de l'Empire. Et il prend sa fonction au sérieux. On raconte même qu'un jour, dans un toast, le D'" Lehmann, alors bourgmestre, voulant boire à la santé de Guillaume II, l'appela : « Mon noble allié ! » Mein Hohehrundesgenosse ! Ce qui, paraît-il, amusa beaucoup l'Empereur allemand. Et quand le successeur du D'^ Leh -

mann alla à Berlin, l'Empereur, le quittant, lui dit en riant : « N'oubliez pas de faire mes compliments à mon noble allié ! »

Cet orgueil convaincu, les Hambourgeois le manifestent de multiples façons. L'une des plus significatives est l'interdiction aux Sénateurs d'accepter quelque décoration que ce soit, fût-ce de l'Empereur lui-même. S'ils manquent à cette règle, ils sont considérés ipso facto comme démissionnaires. L'un d'eux, actuellement président, le D^ Burchard, qui reçoit l'Empereur chez lui, est forcé de se contenter du buste en marbre du souverain qui, pourtant, eût voulu, depuis longtemps le décorer d'un de ses aigles.

Le pouvoir législatif est représenté par les deux Chambres : Bourgeoisie et Sénat ; l'exécutif par le Sénat seulement.

La Bourgeoisie se compose de 160 membres dont la moitié (80) sont élus pour six ans, avec renouvellement par moitié tous les trois ans, par tous les citoyens de Hambourg.

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Pl.AN'CHE 2l8.

Phot. L. L.

LE PONT DE L'ELBE a été achevé en 1888. A ses extrémités s'élèvent de grandes portes gothiques en briques, qui lui donnent un caractère imposant et monumental.

LE MONUIVIENT COMMÉMORATIF DE 1870-71. — Sa massivité et sa banalité donnent une idée assez exacte

de la plupart des monuments patriotiques allemands.

Planche 212.

Pour être « citoyen» de Hambourg, il faut avoir vingt-cinq ans au moins, payer rimpôt depuis cinq ans sur 1.200 marks de revenu, ou 2.500 marks depuis trois ans, et prêter le serment civique. 40 autres membres sont nommés par les propriétaires fonciers ; enfin les 40 derniers, nommés par des bourgeois, sont ou furent juges, fonctionnaires administratifs ou membres des Chambres de commerce.

Constitution peu démocratique, comme on voit.

Le Sénat, ou pouvoir exécutif, se compose seulement de 18 membres, parmi lesquels il faut que 9 aient étudié le droit ou les finances et que 7 appartiennent au commerce. Deux sont choisis librement.

Nommés à vie, ils ne peuvent décliner le mandat qui leur est confié sous peine de déchéance de tous leurs droits civiques et de toutes leurs fonctions publiques.

Ces 18 sénateurs, élus par l'autre corps constitué, la Bourgeoisie, ne peuvent remplir aucune autre fonction publique. Et même, contrairement aux mœurs politiques américaines encore en pleine barbarie à cet égard, les sénateurs ne peuvent devenir ou demeurer ni présidents, ni administrateurs d'affaires financières, commerciales ou industrielles, sans un vote du Sénat qui les y autorise.

Le premier et le deuxième bourgmestre sont obligatoirement sénateurs ; leurs collègues les choisissent au scrutin secret pour deux ans, et ils doivent présider la République pendant un an chacun. Mais ils ne peuvent être que des gens de loi. Les Hambourgeois pensent qu'un négociant ne serait pas assez maître de sa langue...

Les sénateurs sont payés, la Bourgeoisie non.

Les comptes administratifs sont pré-

sentés chaque année à la Bourgeoisie par le Sénat.

En somme, Hambourg est dirigé par 160 bourgeois et 18 rois inamovibles.

Ces derniers représentent la plus haute autorité et le vrai pouvoir de cette oligarchie.

« C'est sans doute peu démocratique, mais plus sûr ainsi, me disait un Hambourgeois. Le pouvoir ne doit pas être trop éparpillé, et il faut qu'il soitjpermanent. Hambourg, tel qu'il apparaît aujourd'hui, est, on peut le dire, l'œuvre du Sénat. Le port, les quais, les promenades, l'hygiène, ils ont pensé à tout... »

Ces dix-huit potentats bourgeois font, en définitive, tout, décident de tout, des lois, dont l'initiative leur appartient comme à la Bourgeoisie, des nominations, des travaux de la ville et du port. Les Bourgeois vérifient, en fin d'année, les comptes et ne peuvent rien faire sans le Sénat. Hambourg a un bureau des Affaires étrangères où, par parenthèse, les fonctionnaires sont des gens charmants, empressés, serviables au possible, et grâce à qui j'ai pu voir la ville dans tous ses détails. Un plénipotentiaire de la République de Hambourg est en résidence à Berlin, et la Prusse y a un ministre dont le poste passe pour très envié, car, lorsqu'il le quitte, on lui donne généralement une grande ambassade. Actuellement, le titulaire en est M. le baron de Heyking, ex-ministre à Pékin, où il se lia avec M. Pichon, notre ministre des Affaires étrangères. Parfait diplomate, aimable, courtois, souriant, dont la femme, une des plus intelligentes et des plus séduisantes Allemandes que j'aie rencontrées, excelle à faire valoir son pays.

Les deux assemblées siègent au Rathaus.

Au milieu de la place, et faisant face au

monument municipal, s'élève une statue équestre de Guillaume I^r posée sur un bloc de granit rouge, orné de bas-reliefs.

Reconstruit il y a une dizaine d'années à la suite d'un incendie, le Rathaus est aujourd'hui un bel édifice de pierre dans le style de la Renaissance allemande, peuplé de statues, surmonté d'une tour de 112 mètres, harmonieux dans sa lourdeur.

A l'intérieur, le marbre abonde avec un faste bien orgueilleux. On sent que ces libres bourgeois ostentatoires n'ont rien voulu se refuser, qu'ils affichèrent délibérément leur richesse, avec l' arrièrepensée d'étonner les pauvres empereurs et les rois loqueteux de la Confédération. Et, de fait, sauf omission, je ne vois rien, à part le Reichstag — et encore ! — qui se puisse comparer en Allemagne à ce monument emphatique du Commerce enrichi.

Dans le grand hall du rez-de-chaussée servant de vestibule d'entrée, se voit au-dessus d'une porte une horloge bizarre : statue de la Mort, lugubrement drapée, qui frappe les heures avec un marteau de cuivre, et un enfant souriant qui frappe les quarts d'heure. On est un peu étonné de trouver ce spectacle macabre en cet endroit. Mais qu'importe, s'il vous force à réfléchir, ne fût-ce qu'un instant?

Un somptueux escalier de marbre recouvert d'un tapis rouge, à la rampe de marbre noir, aux épais balustres de cuivre, conduit à la salle de la Bourgeoisie. De l'autre côté, l'escalier de marbre des Sénateurs est blanc et or.

On traverse la salle des séances de la Bourgeoisie, toute en chêne, avec ses 160 fauteuils de cuir, puis une longue galerie aux superbes portes massives en marqueterie de cuivre, d'argent, d'ivoire,

d'ébène, de nacre et d'écaillé, qui donnent accès dans la salle impériale, dontles murs sont tapissés de cuir repoussé ; du plafond à caissons dorés tombent d'énormes lustres de bronze. Des peintures représentent Venise, Amsterdam, Athènes et Rome.

On vous fait admirer d'énormes colonnes d'onyx du Maroc (?). Du moins l'huissier le prétend. Une autre admirable porte de cuivre conduit dans une enfilade de salles où se succèdent, sur les murs, le cuir, le marbre, l'acajou, le velours de Gênes. Quelquefois de très mauvais tableaux gâtent la beauté de l'architecture et du mobilier. Le guide pourtant vous les explique, vous cite les noms des peintres avec la déférence qu'il aurait pour Albert Durer ou Raphaël, et les gens les écoutent d'un air d'indifférence respectueuse. Ils s'arrêtent de même en passant devant un vase de Sèvres offert à Hambourg par un président de la République française, des lustres de cuivre jaune et rouge d'un joli dessin. La salle du Sénat, toute petite puisqu'il n'y a que dix- huit sénateurs, est tendue de cuir. Les deux bourgmestres se placent sur des fauteuils surmontés d'une sorte de baldaquin de chêne sculpté.

La visite finit par la grande salle des Fêtes, qui mesure 41 mètres de long sur 18 mètres de large et 15 mètres de haut, aux murs de marbre jaune veiné de blanc. Sous un dais de chêne, deux fauteuils.de gala sont destinés aux deux bourgmestres. Trois grands lustres de cristaux taillés éclairent la salle. La porte centrale est de marbre. Quatre statues de bronze supportent le fronton, aidées de quatre colonnes de marbre noir.

Des ascenseurs conduisent aux bureaux situés aux étages supérieurs.

Au milieu d'une cour, à l'intérieur, une jolie fontaine de bronze.

SA MAGNIFICENCE J'ai Gu Thonneur de LE PRÉSIDENT o o causer avec le président actuel du Sénat et de la République, le D^ Burchard, Fallié de Guillaume II. Il habite, près de l'Alster, Klopstockstrasse, rue déserte, une maison éblouissante de blancheur. On m'avait prévenu :

« Le protocole exige que vous l'appeliez : « Votre Magnificence ». C'est le titre chinois des premiers bourgmestres de Hambourg. »

Je suis donc entré, introduit par un valet en grande tenue, dans un salon orné de vieux portraits d'ancêtres. Et je compris qu'en effet ces bourgeois libres cultivaient le même orgueil que le plus fier aristocrate à regarder ces gens à perruques, à ruches et à jabots qui furent leurs pères.

Une fois déjà j'avais rencontré le B^ Burchard dans la rue, en landau découvert, habillé d'un costume de velours noir, le cou entouré d'une fraise, dans le genre des personnages hollandais du xvi« siècle. Et je me demandais si je n'allais pas me trouver devant un tableau de Rembrandt.

Mais non. Chez lui, le D^" Burchard est habillé comme vous et moi. C'est un homme de haute taille, qui ressemble un peu, avec sa grosse moustache tombante, à M. Picard, le directeur de nos Expositions universelles. Il est froid, d'une distinction simple, très maître de ses paroles.

Nous parlons du Canada, du consul général de France, M. Lefaivre, qu'il paraît estimer extrêmement, de M. Millerand, qu'il rencontra à Hambourg, chez ce dernier.

Je voulus le questionner sur le fameux canal du Rhin à l'Elbe, que Brème poursuit avec acharnement.

Sa Magnificence m'explique que, par son histoire comme par sa position géo-

graphique, l'Elbe doit rester un fleuve hambourgeois.

« La navigabilité de l'Elbe est le fait de Hambourg et devrait, en toute justice, rester son apanage. En 1189, Frédéric Barberousse donna à Hambourg le droit de navigabilité ; en 1394, la République le reconquit sur les seigneurs voisins.

L'éclairage du fleuve, ses approfondissements successifs furent à notre charge... Vous voyez que notre histoire est très vieille et nos droits anciens...

— Mais ne dépend-il pas du gouvernement de l'Empire de relier l'Elbe au Rhin? Et alors le port de Hambourg n'aura-t-il rien à craindre de la concurrence si vivace de Brème?

— C'est le Landtag prussien qui doit décider de la création de ce canal, et ce n'est pas encore fait...

— Les Brêmois m'ont dit pourtant qu'il était voté ?

— Oui, jusqu'à Hanovre, mais de Hanovre à l'Elbe, il y a encore du chemin à faire...

— On raconte aussi que l'Empereur est très partisan de ce canal ?

— C'est vrai, l'Empereur le désire beaucoup... Mais il doit coûter extrêmement cher ; l'utilité n'en est pas absolument démontrée, il serait impraticable pendant plusieurs mois d'hiver, etc., etc. »

Je vois que Sa Magnificence ne tient pas à s'avancer davantage sur ce terrain brûlant. Les Hambourgeois ne veulent pas du canal, l'Empereur et Brème le veulent; le D^" Burchard est un jurisconsulte et un diplomate — et bientôt nous parlons peinture.

Le B^ Burchard s'exprime fort bien en français, sans accent, mais préfère s'exprimer couramment en langue anglaise, qui lui est plus familière, et pour les choses

nuancées qu'il veut dire, c'est l'allemand qu'il emploie.

Il me confie son goût pour la peinture ancienne et sa répugnance pour la peinture moderne.

« Comme l'Empereur, alors? fis-je.

Et pourquoi cette répugnance?

— C'est difficile à dire, m'expliqua Sa Magnificence. Sa Majesté trouve avec raison que les modernes ne dessinent pas, que leurs couleurs sont plaquées brutalement et sans art. Ces peintres voient d'un autre œil que ceux d'autrefois. Allez regarderies portraits de Petersen, bourgmestre célèbre de Hambourg, exécutés par trois peintres différents, Slevogt, Trubner, Liebermann. L'un vivait avant l'école réaliste, le deuxième date de l'école de Manet, le troisième, de nos jours. Il est saisissant de voir les différences. L'ancien me plaît infiniment, c'est de la vraie peinture, à la fois dessinée et peinte ; quand le second parut, il y a vingt ans, on hurla ; puis, le peintre retoucha un peu et, aujourd'hui, il passe encore... quoique... enfin ! Quant au dernier venu, c'est inexplicable, il vous frappe à grands coups de poing dans l'estomac et, au lieu de vous attirer, vous fait reculer ; cela se comprend. Il y eut pourtant des paysagistes hambourgeois d'un talent charmant dans la première moitié du xix^ siècle, et qui firent de petites choses délicieuses. D'où vient donc la rage des peintres d'aujourd'hui?»

Je risquai ma théorie de l'éducation et de l'habitude :

« Je crois, fis-je, qu'on peut très bien expliquer l'aversion de l'Empereur et la vôtre. Jusqu'à vingt ans, on ne vous a montré probablement que de la peinture ancienne au bitume et très finie. Votre œil a pris l'habitude de ne considérer la peinture qu'avec ces qualités — ou ces défauts.

Vous l'avez connue et aimée ainsi. Et le jour où on vous a présenté une peinture plus aérée et plus claire, votre goût, c'est-à-dire votre conception habituelle des tableaux, s'est révolté. Vous avez cru qu'il fallait choisir entre l'ancienne et la nouvelle, et vous n'avez pas' hésité. La preuve, c'est que, aujourd'hui, on vous obligerait à vous décider entre la manière de Manet et la dernière école, vous choisiriez l'école de Manet. Pourquoi? Parce que, tout de même, voilà vingt ou trente ans que vous y êtes habitué. Vous le disiez vous-même tout à l'heure : « le « deuxième. .. passe encore. ..». Et les tableaux de 1830 que vous admirez aujourd'hui comme de bonnes peintures, n'oubliez pas qu'ils ont été conspués pendant de longues années après leur apparition par des gens qui n'avaient pas plus mauvais goût que d'autres, mais qui, comme l'Empereur sans doute, et comme vousmême. Magnificence, étaient des gens d'habitude... »

Sa Magnificence hocha la tête d'un air de doute et me répondit :

« Allez les voir, allez les voir... C'est inexplicable. »

Puis il me parla de l'Empereur :

« Vous devriez le voir, me dit-il. Il est si intelligent ! C'est un homme vraiment remarquable, qui séduirait les Français s'ils le connaissaient. »

Et, naturellement, la conversation sur l'incident du Maroc :

« Y a-t-il eu réellement un grand changement dans l'état d'esprit des Français vis-à-vis de l'Allemagne à la suite de l'incident de Tanger? me demanda-t-il.

— Oui, répondis-je. Toute la France a cru que l'Allemagne voulait la guerre. Pendant un an, l'opinion se débattit dans cette crainte et cette incertitude : « Y

Planche 2i3.

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VUE DE L'ALSTER. — L'Alster est divisé en deux parties par le pont des Lombards. Au premier plan, TAussen-Alster (Alstèi

sur le Jungfernstieg, se promène une foule élégante et cosmopolite,

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Neue phot. Ges<:llschaft, Berlin.

lire) ;; plus loin, la Binnen-Alster. La partie la plus brillante et la plus belle de la ville est la Binnen-Alsler. Sur ses quais, surtout fférente de celle des pays rhénans, de la Westphalie ou de la Prusse.

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Planches 214-215.

Planche 210.

« aurait-il la guerre ? » Puis elle se reprit. Et, finalement, si la paix ne s'était pas faite, Topinion devenait favorable à la guerre, on le sentait. Cette crise a passé. Mais il faudra quelque temps pour que le calme revienne.

— Vous devez comprendre, pourtant, me dit le D^" Burchard, que TAllemagne ne pouvait se laisser considérer plus longtemps par la France, ou du moins par un ministre français, comme une quantité négligeahle.Ilétait impossible de l'admettre. »

N'oublions pas que le président du Sénat de Hambourg, comme membre du Conseil fédéral, eût été appelé à donner son avis en cas de guerre.

Les élections allemandes étant toutes proches, je pensai que, dans notre pays de suffrage universel, il serait intéressant de savoir sous quel régime votent les citoyens d'une république comme celle de Hambourg. Je m'en suis fait expliquer le mécanisme assez compliqué.

On sait que pour être citoyen de Hambourg, — c'est-à-dire pour prendre part aux élections de la Burgerschaft (quelque chose qui serait à la fois la Chambre des députés et le Conseil municipal de Hambourg), — il faut avoir payé pendant cinq ans l'impôt sur un revenu d'au moins 1.200 marks, soit 1.500 francs. Il y a quelques années, en plus de cette obligation, le citoyen était tenu de payer une prime de 37 fr. 50, une fois versée, pour être inscrit sur les liste électorales.

Beaucoup d'ouvriers reculaient devant cette dépense.

A la suite d'un fort mouvement démocratique, le gouvernement consentit à supprimer, en 1896, cette prime de

30 marks. La suppression votée, ce furent 40.000 électeurs de plus pour la ville de Hambourg. Jusqu'alors la majorité des ouvriers, devant l'impossibilité où ils se trouvaient d'agir, ne s'étaient naturellement pas occupés de politique locale. Mais ils s'étaient organisés et, en 1901, après une fausse tactique du parti bourgeois, ils avaient eu leur première victoire : un député socialiste élu à la Burgerschaft. En 1904, sur 24.000 votants, les socia listes avaient pour eux 40 p. 100 des suffrages exprimés et envoyèrent 13 députés à l'hôtel de ville. Quand le parti conservateur vit arriver ces 13 membres ouvriers, au succès desquels il ne croyait pas, il décida de changer la Constitution.

J'ai déjà dit que, sur les 160 membres de la « Bourgeoisie», 40 étaient nommés par les propriétaires fonciers (qui constituent une classe), 40 par les notables (constituant une autre classe), et les 80 autres par tous les bourgeois, encore divisés en deux catégories : ceux qui possèdent un revenu de 1.500 francs à 3.250 francs, et ceux d'un revenu audessus de 3.250 francs. Les notables, par exemple, sont inscrits dans les trois classes et disposent par conséquent de trois voix.

En revanche, on comptait relativement peu d'ouvriers pouvant voter. Aussi beaucoup déclaraient un revenu supérieur à leur salaire véritable. De là des enquêtes près des patrons, des procès même engagés par le fisc contre les fausses déclarations... Singulière lutte, où les pauvres voulaient se faire plus riches qu'ils n'étaient et réclamaient le droit de payer des contributions !

« Vous n'avez pas ce revenu ! disait le fisc.

— Si I protestait l'autre. Outre mon salaire régulier, je travaille ici, là, et autre part. »

Et souvent, le fisc était battu.

On cherchait donc le moyen de modifier la Constitution,

Mais la Constitution, pour se laisser modifier, exige que les trois quarts des voix de la Bourgeoisie, c'est-à-dire 120 voix, demandent ce changement.

Or, il suffisait que les socialistes conquissent 40 voix et un complice dans le parti libéral pour empêcher la revision de la Constitution. Il fallait donc agir vite, pendant que les socialistes n'avaient encore que 13 représentants. Et une loi fut présentée et votée, décidant que la classe des contribuables dont le revenu était inférieur à 3.250 francs, c'est-à-dire en somme, tous ou presque tous les ouvriers, ne pourrait nommer que 24 députés au maximum. Les autres en nommeraient le double, soit 48.

Une agitation se produisit dans la ville le jour du vote, des pétitions furent envoyées au Sénat et à la Burgerschaft, des manifestations parcoururent les rues de la ville, des troubles eurent lieu pour protester contre ce coup d'État antidémocratique; des magasins furent pillés par la basse populace du port ; on tua un gardien de la paix et un ouvrier, à quelques pas de la fontaine où Charlemagne érige sa majesté. Il y eut des procès : les socialistes tinrent à prouver que les désordres n'avaient pas été provoqués par eux et que les accusés n'appartenaient à aucune organisation régulière du parti.

« N'importe, disais-je aux chefs du parti socialiste de Hambourg, vous êtes vaincus pour toujours, la Constitution vous ferme à jamais le chemin du pouvoir.

— C'est vrai, me répondirent-ils, nous

sommes vaincus, nous nous inclinons devant la loi nouvelle, puisque nous n'avons aucun moyen de résister. Mais nous espérons que les Bourgeois, entraînés par la force des idées, deviendront d'euxmêmes plus libéraux et nous donneront des droits égaux aux autres citoyens de Hambourg, »

A cela les Bourgeois répondent que les socialistes, étant les ennemis du commerce et de l'industrie, ou du moins s'opposant aux mesures propres à les développer, et n'ayant, d'ailleurs, rien à défendre, se désintéressent de la prospérité de la ville et de l'État, et qu'il appartient à ceux qui possèdent d'administrer.

Conception rétrograde, que même les pires conservateurs de chez nous trouveraient exagérée...

L'HYGIÈNE Hambourg est une ville admirablement administrée.

On se rappelle qu'il y a une quinzaine d'années le choléra y éclata. On fit des efforts surhumains pour l'arrêter, et on y parvint. L'eau de l'Elbe, puisée à même le fleuve, fut reconnue coupable du mal. Depuis, des miUions furent dépensés pour sauvegarder l'hygiène de la République.

Je suis allé voir les travaux faits pour améliorer le service d'eau.

L'eau est prise à présent à 8 kilomètres en aval de Hambourg, dans d'énormes tuyaux, à un endroit où l'Elbe débite 3,000 mètres cubes à la seconde, et amenée dans des bassins inmienses pour être de là dirigée sur des filtres, puis, ainsi épurée, distribuée en ville.

On a donc creusé quatre bassins d'une capacité totale dç 320.000 mètres cubes, Contruits en pente très douce, ils se com-

mandent les uns les autres. De sorte que l'eau, déposant ses impuretés, se clarifie de plus en plus en passant de l'un à l'autre, et qu'arrivée au quatrième, elle est déjà de l'eau bien claire. De ces bassins, l'eau est canalisée vers vingt-deux immenses filtres occupant 170.000 mètres carrés de surface, situés à 3 kilomètres de là. Ces filtres sont composés d'un lit de 1 mètre de sable et de 60 centimètres de cailloux. L'eau s'y écoule de 1 mètre par vingt-quatre heures. Ils sont en communication avec un siphon de fonte qui amène l'eau dans deux réservoirs d'une capacité totale de 18.000 mètres cubes.

Au printemps, les filtres sont nettoyés toutes les semaines ; il s'y trouve alors une couche de boue de 2 millimètres, et le sable est un peu jauni sur une épaisseur de 12 milhmètres. On le remplace de temps en temps. L'été, les filtres restent plus longtemps propres. C'est qu'au printemps l'eau qui vient des montagnes et la neige qui a fondu apportent à l'Elbe une plus grande quantité de détritus.

Nous sommes allés aux filtres avec un système de locomotion dont je ne m'étais pas encore servi : c'est un wagonnet découvert, très bas, posé sur deux rails, garni de deux bancs, et dont le moteur est une grande voile grise accrochée à un mât. Le capitaine de ce wagon à voile monte à l'arrière, tend le cordage selon la direction du vent qui souffle ; la toile se gonfle, et voilà le véhicule en route à une vitesse accélérée. Pour s'arrêter, il n'y a qu'à lâcher le fil, et la voile se replie. En quelques minutes, nous avions fait les 3 kilomètres qui nous séparaient des filtres.

En outre de cette installation, la ville de Hambourg a fait creuser cinq puits artésiens de 250 mètres de profondeur^ qui, à raison de 10.000 mètres cubes chacun,

fournissent 50.000 mètres cubes par jour.

On creuse encore de nouveaux puits de 50 à 250 mètres de profondeur, avec des tuyaux de 30 et de 20 centimètres de section.

Le très courtois ingénieur des eaux, M. Rudolf Schrœder, qui prend la peine de m'expliquer tout le service, espère, l'année prochaine, pouvoir servir ainsi en ville 100.000 mètres cubes d'eau tirée des puits artésiens, c'est-à-dire les deux tiers de la consommation totale des habitants.

Ainsi donc, à brève échéance, Hambourg ne sera plus tributaire de l'Elbe pour son alimentation. Et, en attendant, l'eau du fleuve, filtrée comme j'ai dit, est aussi pure que possible. En effet, le Bureau d'hygiène autorise la fourniture de toute eau qui n'aurait pas plus de 100.000 bactéries par litre, et celle qui sort des filtres en accuse 20.000 seulement à l'analyse.

Un autre service d'hygiène de la ville de Hambourg a attiré ma curiosité. C'est celui du brûlage des immondices.

On a calculé que chaque habitant de Hambourg produisait en moyenne un demi-kilogramme de détritus par jour, soit, pour 800.000 habitants, 400.000 kilogrammes. L'hiver, c'est un peu plus.

Où mettre tout cela ? Il n'y a guère de place. Alors on le brûle.

De grandes voitures de fer apportent chaque jour dans un faubourg de la ville, à Hammerbrock, les ordures à brûler. Des grues électriques saisissent les caisses des tombereaux qui se détachent facilement des essieux et les renversent au-dessus des rangées de fours très puissants, dont la combustion est activée par des cou-

rants d'air, et où tout brûle. Des hommes poussent les immondices pêle-mêle vers Torifice des trente-six fours. En une heure et demie, la charge d'un four est consumée.

Le résidu de cette opération est une sorte de mâchefer composite où il y a du verre, du charbon, des végétaux, de la chaux, que sais- je encore? On pile ces scories à la presse hydraulique, et on en fait des briques comprimées, qui, mé-

langées à un peu de ciment, forment un béton extrêmement solide, mais un peu plus cher que les briques ordinaires.

Les ouvriers employés à cette dure besogne (ils^vivent tout le jour dans les immondices et la fumée) gagnent 5 fr. 15 par jour pour huit heures de travail.

L'administration leur fournit des bains, des douches, et leurs vêtements, dont ils doivent changer en entrant, sont désinfectés chaque semaine.

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Planchb 217.

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Nciie pliot. Gesellscllaft, Berlin,

HAMBOURG. — l'cipciuliculaireincnl aux ([liais couveils d onlrepùls, de grues, délévaleurs, de voies lenées, elc, des luelles étroKes allcrnenl avec les canaux à l'eau boueuse. C'est le quarLier des « fleth ».

iNeue pliot. Gesellsclialt, Berlin,

UJM COIN DU PORT FRANC. — Les bateaux abordent dans le port franc et en peuvent partir à toute heure du jour et de la nuit, sans contrôle de la douane, sans entrave d'aucune sorte.

Planchk -^16.

HAMBOURG

(SUITE

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