‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 112 sur 164 · V ..; ;)c ,.-. Pi'i · texte numérisé non relu

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saient rire. Leurs pieds s'embarrassaient dans les cordages comme s'ils n'avaient jamais quitté la caserne ! Aujourd'hui cela a changé. A force d'application, de patience et de travail, les officiers sont devenus d'excellents marins. Sinon pour la grande navigation, du moins pour la guerre d'escadres, ils valent n'importe qui. Ils ont même sur les Français un avantage très grand : leurs officiers sont très jeunes. (En France, la limite d'âge est trop tardive. Il faudrait à la flotte française comme à la flotte allemande des capitaines de vaisseau de quarante-cinq ans et des amiraux de cinquante.) Ils travaillent énormément ; pourtant leur instruction générale paraît pauvre. Selon la méthode des spécialités si en faveur aujourd'hui, ils ne reçoivent que les notions strictement utiles à leur métier. Au point de vue professionnel, tenus sur le qui- vive par des manœuvres en mer continuelles, leur entraînement est arrivé à son maximum. Une guerre navale serait pour eux une récompense ardemment désirée. Ils savent bien leur flotte inférieure numériquement à la flotte anglaise, mais ils connaissent les côtés faibles de cet adversaire et brûlent de se mesurer avec lui... Je crois cependant qu'ils font bien d'attendre.

« Pourtant, il y aurait des surprises... Rappelez-vous l'histoire si proche de la marine russe et de la marine japonaise. Le cas n'est pas pareil, certes... Quand même, personne n'eût supposé les Japonais, montés d'hier sur des bateaux de fer, capables d'une telle maîtrise.

« La situation des matelots allemands était semblable à celle de leurs officiers. Peu de marins, en somme, dans leur escadre. On envoyait là des paysans de tous pays. Ils sont peut-être un peu plus

lents à se former que ceux qui naviguèrent depuis l'enfance. Mais la forte discipline les dresse au bout d'un temps relativement court. D'ailleurs, le métier de marin n'exige plus, comme autrefois, des qualités héréditaires. Il ne s'agit plus de manœuvres de voiles, de cordages, de connaissance du vent ni d'ardeur à l'abordage. Un bateau est une immense batterie flottante. Il y faut des officiers sachant manœuvrer, des mécaniciens instruits de leur métier et dociles, et de bons artilleurs habiles à pointer. Gela s'apprend comme tout s'apprend — avec de la discipline, du travail et beaucoup d'exercice.

« Là où les qualités des races côtières retrouveront des avantages réels, ce sera dans la guerre des torpilleurs et des sousmarins, qui demande de la hardiesse et l'humeur aventureuse.

« De sorte qu'il ne faut pas vous étonner de voir une allure si balourde aux matelots allemands : elle ne les empêche pas d'obéir aux ordres avec précision et rapidité. Je ne dirai pas qu'en ce moment ces équipages valent les nôtres. Je ne le crois pas. Mais les officiers sont excellents. S'ils ont la décision lente, — ce qui est un désavantage vis-à-vis du Français vif et de l'Anglais décidé, — il faut leur reconnaître la qualité de leur défaut : le sang-froid. Reste à savoir, — quand on veut comparer la valeur vraie des peuples, — si l'esprit de décision est plus utile ou non que l'esprit de réflexion. Cela doit dépendre de la valeur des hommes.

— Comment trouvez- vous la rade?

— La rade est jolie, assurément. Mais il en est beaucoup qui la valent. Celle de Brest, par exemple, me paraît plus belle. Le fjord de Kiel s'avance à prés

de 16 kilomètres à l'intérieur. Sa profondeur varie entre 9 et 18 mètres. Des forts le défendent très bien, et les collines qui le bordent l'abritent contre les vents.

— Et les arsenaux?

— De premier ordre. Outre les établissements Krupp, supérieurement aménagés, puisqu'on peut y construire à la fois cinq cuirassés et quinze torpilleurs, il V a aussi des chantiers de l'État et d'autres chantiers privés, et l'activité y est très grande. Je voudrais voir en France une organisation aussi parfaite.

« Quant au canal, il va être rectifié. Depuis qu'on l'a creusé, les dimensions des bateaux ont augmenté. Au lieu de navires de guerre de 13.000 tonnes au maximum, on en voit de 18.000 tonnes en France et en .\ngleterre, et bientôt les Allemands vont faire de même. Déjà la na\ngation y est difficile pour les navires un peu longs ; car, par économie, le trajet en fut tracé un peu tortueux

et le rayon des courbes trop petit. On refuse tous les jours le passage à des bateaux de commerce, et le yacht Hambourg, sur lequel l'Empereur fait cette année sa croisière, n'avait pu y passer. La largeur du canal va donc être doublée. Une commission de trente ingénieurs, dernièrement envoyée sur les lieux, a estimé à 200 millions de marks (250 millions de francs) le coût des travaux à faire : dédoublement des écluses à l'entrée et à la sortie et augmentation du rayon des courbes sur tous les points utiles pour assurer une navigation plus rapide.

« De même, les bassins des chantiers de construction vont être élargis pour pouvoir recevoir les nouveaux modèles de bateaux.

— Et que pensez-vous, demandai-je, de l'escadre que voici?

— Je dis qu'elle est très belle et que cela donne beaucoup à réfléchir. »

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