‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 113 sur 164 · LES HOMMES · texte numérisé non relu

LES HOMMES

Le secret naval — La propagation de Vidée maritime. — La ligue maritime. — U amiral von Tirpitz. — U Empereur chef de la marine. — Les officiers. — La « lettre bleue ». — L'avancement. — Les équipages.

n'ai pas l'intention de faire pour la marine ce que je n'ai pas voulu pour l'armée, une étude militaire. Mais, bien que le sujet soit un peu technique, peut-être un peu aride, il est impossible de ^e passer sous silence en parlant de l'Allemagne moderne, où il a pris une si grande place. Ici nous sommes en présence d'un organisme neuf. L'Allemagne n'a ni histoire ni tradition navale. 11 ya trente ans, elle n'avait point de population maritime, pas de colonies, presque pas de ports, des côtes inhospitalières. Pourtant le commerce maritime a été créé. Hambourg est devenu un des premiers comptoirs (in monde. Une amirauté, un corps d'oiliciers de marine, des équipages, une flotte de guerre, sont nés, ont grandi, ont pris la seconde place dans les marines de guerre. Cela en moins de vingt ans. Les colonies ont été remplacées sur toute la surface de la

terre par une lente et tenace conquête des marchés; les intérêts allemands sont partout représentés. Il leur faut un instrument de protection mondial : c'est la raison d'être de la marine allemande, et son ambition est d'équilibrer la force navale anglaise.

Une enquête de détails sur la marine serait fort ardue, car, si tout ce qui regarde l'armement est soigneusement caché aux yeux del'étranger, les arsenaux et les navires deguerreluisontlittéralementinaccessibles.

Qu'il me suffise de dire, pour donner un exemple de la jalousie avec laquelle est gardé le secret naval, que les règlements interdisent aux officiers et aux marins de prononcer le nom de certains appareils. C'est ainsi qu'il leur est défendu de jamais employer le mot « télémètre». L'instrument est désigné par une lettre. Malgré ce qu'ont d'un peu puéril des précautions aussi exagérées, il faut bien constater qu'elles ont tout au moins ce résultat : qu'on ignore à peu près tout du degré d'entraînement naval de la

L AL LE M A G N E M O t) K R N E

flotte. Un pessimiste — il en est, même en Alllemagne — m'a fait un jour remarquer que ce secret n'était levé que lorsque les circonstances l'exigeaient et que ce n'était pas toujours à l'honneur des marins : tels les échouages ou fausses manœu\Tes en pays étrangers. Néanmoins, l'avis des personnes techniques que j'ai pu consulter, en Allemagne et au dehors, est que ce mystère, pratiqué d'ailleurs avec unerigueur presque égale parle Japon, cache un état de préparation très sérieux. Récemment , un officier de la marine anglaise me citait, pour situer à sa juste valeur la vertu de ce mystère, l'exemple des derniers cuirassés de la classe Kaiser, mis en construction avec un redoublement de précautions contre les indiscrétions et qui se trouvent être, au moment où leurs caractéristiquessont enfin connues, de très bons na\nres, mais conçus sur le plan le plus banal.

La marine est très populaire en Allemagne. Par son corps d'officiers bourgeois, elle attire la sympathie de la bourgeoisie. Le public lui fait confiance en raison inverse de ce qu'il sait d'elle. Sans aucun renseignement sur ses tirs et sur ses manœuvres, satisfait des affirmations officielles généralement hyperboliques, il se fie, pour sa mise en valeur, aux chefs désignés par l'Empereur. Cependant l'opinion ne se désintéresse nullement de la marine, bien au contraire. L'axiome impérial : « L'avenir de l'Empire est sur mer » est devenu un article de foi patriotique que tout le monde professe, du hobereau au plus petit bourgeois. Dans les milieux socialistes, où l'on reconnaît le rapport qui existe entre le commerce et la prospérité générale, les dépenses navales ne rencontrent pas d'opposition sérieuse. Les constructions de navires et les travaux

industriels qui s'y rapportent occupent une main-d'œu\Te immense; ils ont une répercussion économique favorable sur les conditions d'existence de la masse ouvrière, et ce point de vue, qui serait trop abstrait pour des milieux ouvriers français, ne l'est pas pour le prolétaire allemand.

LA LIGUE MARITIME L'instrument de l'éducation maritime de peuples essentiellement terriens est une organisation très puissante : le Flottenvercin ou ligue maritime. Cette association ne compte pas moins d'un milhon et demi d'adhérents appartenant à toutes les classes de la société et à tous les pays de l'Empire. Elle dispose d'une force politique considérable et de ressources financières qui vont sans cesse en augmentant, malgré son budget de propagande, qui comporte de très grandes dépenses. Elle inonde les écoles, les usines, les familles, les brasseries d'une inépuisable variété de prospectus, de brochures, de photographies, de maximes imprimées. Elle organise des conférences, promène à travers toute l'Allemagne un musée naval ambulant, entretient une incessante agitation pour dénoncer tour à tour le péril naval russe, le péril naval français, le péril naval anglais et jusqu'au péril jaune. L'instigateur et l'âme de la Flottenverein n'est autre que le secrétaire d'État à la marine, le célèbre amiral von Tirpitz. L'œuvre de la ligue consiste surtout à exalter les actions du ministre, à préparer l'opinion aux demandes de crédit, à lui inspirer, en même temps que la confiance dans la marine, la conviction que la guerre avec l'Angleterre est inévitable et qu'il faut s'y préparer en augmentant la flotte. L'Empereur encourage très ostensiblement

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Un atelier de forage de canons. — i.e travail de lorage est une longue upéralion, et l'on peul dire qu'une pièce de gros calibre doit élre commencée en même temps que le navire.

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