‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 118 sur 164 · LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

LA DISCIPLINE

Sensation de la discipline allemande. — Sur les quais de la gare du Nord. — Contraste entre la conception du devoir en Allemagne et en France. — Pharisaîsme du fonctionnaire allemand. — Joindre les talons avec bruit: chic suprême et instinct national. — Ni fraude, ni contrebande. — L'ordre. — Les Verboten. — Collection typique. — La consigne. — D'où vient cette soumission à r autorité ? — L'éducation première. — La famille. — L'école. — La caserne. — L'Allemand a besoin d'être commandé. — Opinion d'un ambassadeur allemand. — Sans discipline, pas de vie nationale. — Moralité du fonctionnaire et de l'employé. — Sage optimisme. — Discipline socialiste. — Ses abus. — Nature policière du Prussien. ~ Primes de dénonciation. - Monsieur le Portier et Monsieur le Premier. - Caporalisme des garçons de restaurants. — Le chef de gare et le député. - Contraste : la liberté de pensée. - U P. Wassmann et les théories darwiniennes. — Un pasteur président de la Société des Monistes. — Luther était allemand.

V sensation désagréable de la discipline allemande commence à Paris, sur le quai de la gare du Nord, devant le compartiment des wagonslits où attendent, gras, blonds et raides dans leur uniforme tabac d'Espagne et leur casquette galonnée, les employés de la Compagnie.

Elle accompagne pour moi l'odeu!

irrespirable de Fair comprimé dont on charge les freins à l'heure du départ, et les coups de sifflet des locomotives. A partir de ce moment, pour l'homme vertueux qui ignore ou p.jur le voyageur économe qui vt^it ignorer le pouvoir de la pin. ,. de cent sous, c'est Uni de rire avec la disciplme, les règlements et l'autorité.

Un consul de France me disait : « Quand je retourne d'Allemagne en France, j'ai l'impression que tout le monde s'en fiche. » II ne voulait pas dire que tout le monde se fichait de son arrivée, ce qui sans doute était la vérité, il entendait expliquer le contraste saisissant qu'il percevait entre la façon de comprendre son devoir dans les deux pays.

« En effet, me disait un autre, nous n'avons pas le véritable sentiment du 'it'V(ur, le sentiment qui fait agir chacun, au nom d'un principe abstrait, en dehors de la crainte du supérieur, de la réprimande, on dehors aussi du désir d'être loué, approuvé, adnure pixv les autres.

In Allemand fera son devoir, aussi bien, aussi exactement hors la présence de son chef, et même si celui-ci doit l'ignorer toujours. Nous autres,— et nous parlons en général, n'est-ce pas.-* — nous n'agis-

sons qu'en vue de notre intérêt personnel, de notre ambition personnelle, ou par un besoin d'activité qui, une fois satisfait, nous laisse impuissants devant le devoir à accomplir. Un employé, un ouvrier, en France, tâcheront d'en faire le moins possible, ou se plaindront, ou gémiront sur leur sort. S'ils peuvent, en trichant, éviter un travail ennuyeux ou fatigant, soyez sûr qu'ils n'hésiteront pas. L'Allemand, lui, l'accomphra, si fastidieux, si pénible soit-il. Mais n'attendez de lui aucun zèle supplémentaire, aucune recherche du mieux pour le simple plaisir de la perfection. Cela est inconnu en Allemagne et, au contraire, très commun chez nous. »

Le consul avait raison, l'impression de la discipline est saisissante sitôt la frontière franchie. Alors, à côté des contrôleurs et des douaniers allemands, les employés des Schlajwagen font l'effet de danseurs italiens. Si vous regardez dans les gares, l'ordre, l'admirable propreté, la précision de toutes choses vous suggestionnent à la discipline. N'essayez jamais de sortir par un endroit où est écrit : entrée^ ou d'entrer par où est écrit : sorlie. Ne prenez pas votre droite si vous lisez : links^ ou votre gauche où vous voyez : redits. Si vous vous fourvoyez, vous expliquerez vainement que vous êtes pressé, supplierez, crierez, sourirez même, vous ne passerez pas ! M 'étant trompé de quai un matin à l'heure du départ imminent du train, et pouvant, en 10 mètres, arriver à mon compartiment, j'ai dû faire au grand galop un demikilomètre de tunnels, d'escaliers et de quais pour le voir partir sous mon nez ! J'étais dans une rage indicible. J'ai, ce jour-là, accumulé une rancune iné-

puisable contre le pharisaîsme du fonctionnaire allemand. A présent, je ne lutte plus, je n'essaye même plus de lutter contre ce qu'on me dit être la règle.

M'apparût-elle la plus sotte et la plus illogique, je m'incline en ricanant intérieurement, mais j'ai fini de protester.

Bientôt, je le sens, je ne ricanerai plus. Je serai dans l'état d'esprit des soixante millions de sujets de l'empereur Guillaume.

Déjà je ne songe plus à m'étonner devant le chef mécanicien d'une station électrique que son directeur interroge devant moi, et qui, pour répondre, sur le ton d'un écolier récitant, joint les talons et se tient droit comme une sentinelle ; ou devant le jeune paysan brandebourgeois arrivé depuis hier à la ville, qu'on habille d'une li\Tée de groom et qui, aussitôt sous l'uniforme, se raidit, et, lui aussi, joint les talons !

Car joindre les talons avec bruit est ici le geste le plus commun et le plus sublime des pieds des hommes. C'est le chic suprême et l'instinct national.

Mouvement idéal, à la fois élan et frein, gambade réprimée, bronchade contenue, dessin d'entrechat qui s'embourbe !

Joindre les talons en les claquant bien fort, joie enivrante, émotion patriotique et suave ! Le veilleur de nuit de mon quartier me saluait ainsi quand il me rencontrait ; la main à la casquette, les pieds unis, il avait l'air d'un vieux soldat de plomb. Lelegant qui se présente à vous dans un salon claque ainsi ses contreforts en les rapprochant. 11 y a des bottines spéciales, à contreforts sonores, qui sont des signaux v\ des appels. C'est quelquefois très utile. Ainsi deux jeunes volontaires d'un an viennent dîner dans un hôtel. Un oflicier s'y trouve déjà qui mange. Il leur est interdit de de-

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meurer là sans la permission du supérieur. Les deux volontaires arrivent, raides, vers sa table ; l'autre, le nez dans son assiette, ne les voit pas. Mais, ensemble, les deux jeunes gens ont joint les talons avec un claquement retentissant. A ce bruit connu, l'officier lève la tête, les aperçoit à 2 mètres devant lui, immobiles et la main à la casquette; il comprend, fait un signe d'acquiescement imperceptible sans dire un mot, et les soldats font demi-tour.

La discipline allemande n'a pas que cette forme extérieure. Elle est répandue sur toute la surface du pays et \nsible non seulement dans les gestes des gens en uniforme, douaniers, facteurs, employés de chemins de fer, conducteurs de tramways, gardiens de la paix, veilleurs de nuit, balayeurs des rues, mais ostensible et réelle dans tous les compartiments de la vie nationale. J'étais à Dantzig au moment où se tenait un congrès de forestiers. L'un d'eux m'assura que le braconnage, plaie des forêts de France, n'existait pour ainsi dire pas en Allemagne. Autour de presque toutes les villes, à leur porte, les chasses pullulent de chevreuils, de lièvres et de perdreaux. C'est que la loi est obéie par chacun et apphquée à tous.

Le directeur général des douanes de Hambourg vous dirait que, dans le port franc, d'une périphérie de 12 kilomètres, il n'y a pas de fraude ni de contrebande. Il serait facile aux quinze mille ouvriers sortant chaque jour du port franc d'emplir leurs poches de cacao, de café ou de vanille. Mais ils ne le font pas. Si un ouvrier s'y risquait, et s'il était découvert par ses camarades, il se verrait immédiatement dénoncé par eux. Ils ne volent pas, mais ne veulent pas qu'un autre

vole non plus ! Imaginez-vous un port franc à Marseille? Les fraudeurs se syndiqueraient.

J'ai indiqué précédemment avec quelle rigueur la loi sur l'instruction obligatoire s'appliquait à Mayence. Il en va de même dans l'Allemagne entière. Unenfant manque une fois l'école; les parents sont prévenus. S'il n'y a pas d'excuse valable — et on ne les accepte que gravement motivées — première amende de vingt-cinq centimes. A la deuxième absence, l'amende est doublée. A la troisième, c'est la retenue obligée pour le dimanche. Et, si l'enfant résiste encore, la police va au domicile des parents chercher le réfractaire et l'amène de force à l'école.

LES VERBOTEN Cette soumission générale crée en Allemagne un ordre admirable. Dans le mouvement et l'agitationdes rues des plus grandes villes, je n'ai pas vu, en sept mois, un seul encombrement. C'est que, comme le policeman à Londres, le schulzmann est roi, le schutzmann est dieu.

D'ailleurs, chacun est roi, chacun est dieu dans sa fonction, je devrais bien le répéter pour le faire comprendre.

Et le public montre autant de déférence au contrôleur d'omnibus qu'au plus magnifique porteur d'uniforme. Le consul de Belgique à Cologne me racontait qu'étant monté un jour dans un tramway déjà ébranlé, le conducteur arrêta sa voiture et le fit descendre. La place ne manquait pas, mais le règlement avait été violé : il est défendu de monter dans un tramway en marche et d'en descendre. A Dûsseldorf, une jeune fille sarte du véhicule après l'arrêt, glisse sur la voie et se casse quelque chose : procès, la Compagnie est condamnée à payer une indemnité. Un vieillard descend du même

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TORPILLEUR DE 350 TONNES " COIFFÉ PAR L ^ i A M h

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