OFFICIERS ALLEMANDS
avais 1 occasion , de faire faire la critique de notre armée par les officiers allemands que le hasard ou mes recherches mettaient en ma présence. Deux généraux qui venaient de prendre leur retraite, deux officiers d'état- major, un ancien professeur dans une École de guerre et une douzaine de lieutenants, capitaines et majors de toutes armes rencontrés aux quatre coins de l'Empire, m'ont renseigné sur l'état d'es- ]jrit moyen de l'armée allemande vis-à-vis de l'armée française.
« Vous croyez, en France, me dit un officier d'état-major, à la supériorité de votre artillerie. Vous vous trompez. Notre artillerie légère est supérieure, et l'autre est équivalente à peu près à la vôtre, qui ne peut manœuvrer dans les terres de labour ni dans les ( hemins détrempés par la pluie.
« Et puis, vous en êtes toujours à votre vieux Lebel, qui se charge cartouche par cartouche ; nous avons abandonné ce modèle depuis longtemps pour le fusil Mauser, qui reçoit cinq balles à la fois, ce qui en fait le fusil de guerre le plus rapide
connu. Depuis plusieurs années même, on travaille à un fusil dont le chargement de douze cartouches sera automatique. Le grand obstacle auquel on se heurte, c'est le poids de la poudre, encore trop lourd, et qui empêche de munir le soldat d'un assez grand nombre de balles ; on cherche donc une autre poudre, plus légère et en même temps plus puissante, qui permettrait de résoudre à bref délai le problème d'un tir pour ainsi dire sans arrêt...
J'ajoute que votre Lebel a une trajectoire trop courbe, et que son tir n'étant pas assez rasant, manque de précision.
— Comment juge-t-on notre armée, chez vous?
— Oh ! très en progrès depuis quelques années. Le soldat français est plus intelligent, plus compréhensif que le nôtre, lent à comprendre et lourd à se mouvoir. Dans une compagnie, vous trouverez vingt hommes incapables de marcher au pas de parade, soit qu'ils ne sachent pas associer les mouvements, ou qu'ils soient physiquement inaptes. On explique ces infirmités par le travail des usines, qui ankylose très tôt les ouvriers. Ainsi des hommes des villes industrielles, déformés sans doute par le labeur des ateliers, ont beaucoup plus de peine à se tenir bien droits que les paysans, demeurés souples.
« Le soldat allemand est plus discipliné que le français. En France, quand on reçoit un ordre, on demande : Pourquoi?
L'Allemand réfléchit et tâche de comprendre ; s'il n'y arrive pas, il se résigne à obéir purement et simplement. »
Un professeur dans une École de guerre me dit :
« Je connais bien votre armée et j'en suis les progrès très réels, depuis plus de dix ans. Votre infanterie est excellente,
l'ordre et la discipline sont bons, la marche remarquable. On n'y fait pas assez d'exercices de tir, en tout cas beaucoup moins qu'en Allemagne.
« Votre cavalerie a beaucoup d'ardeur. Mais pas d'ordre, pas d'ensemble, oh !
sapristi, non !
« Votre artillerie esJ bonne. Vos canons valaient mieux que les nôtres, nous vous avons rattrapés. Mais là non plus on ne fait pas assez d'exercices de tir, par économie, je suppose.
« Votre tactique diffère de la tactique allemande. En France, elle est plus théorique, plus formaliste, ce qui paraît étonnant au premier abord dans un pays où le sens pratique, la précision, l'exactitude dominent. Peut-être les Français, plus indépendants de nature, plus enclins à s'individualiser, ont-ils besoin davantage de règles et de théories, tandis que nous, plus disciplinés et plus passifs, devons être excités à l'improvisation. Dans nos exercices et nos manœuvres, nous donnons à un bataillon, par exemple, l'ordre initial, minimum, en le poussant à apprécier luimême les changements à y apporter, le cas échéant.
« Voilà pourquoi nos manœuvres sont plus près que les vôtres de la réalité de la guerre. »
A propos de l'avancement :
« Un avantage que nous pouvons avoir sur vous, c'est l'élimination rigoureuse faite à l'état- major général de tous les incapables ou seulement des médiocres, à partir du grade de capitaine. Chez vous, on reste dans l'armée jusqu'à la retraite. Ici, tous ceux qui ne paraissent pas aptes au conmiandement d'un régiment sont impitoyablement renvoyés dans la vie civile. S'ils ont des terres, ils deviennent agriculteurs, autrement ils entrent dans
le commerce ou les adiumistratiuns,
« Il y a des exemples contraires. Des officiers de grande valeur trouvant qu'ils n'avancent pas assez vite, ou trop actifs pour se contenter de la vie de caserne, se lancent dans les affaires et réussissent souvent admirablement.
« L'Empereur est partisan du rajeunissement des cadres. Au début de son règne, il ne voulait pas de commandants âgés de plus de quarante ans. Il dut bientôt renoncer à cette prétention, et un général de cinquante-cinq ans peut se vanter d'avoir vite avancé. Cependant on ne trouve pas, dans le haut commandement, de vieillards, qui représentent, en cas de guerre, l'impuissance et la défaite.
« Autre chose. En Allemagne, on ne confond pas, comme en France, les officiers d'état-major et les officiers d'ordonnance des généraux. Ils constituent deux classes différentes. Les premiers peuvent être appelés au grand état- major, ils s'occupent de stratégie et sont les conseils des généraux. Les autres ne font que préparer la besogne matérielle de leurs chefs, leurs tournées, etc.
« Nous vous reprochons aussi d'accepter dans vos corps d'officiers des gens sortis du rang et qui doivent, par conséquent, manquer de culture. En tout cas, il n'y a pas entre eux et les autres de cohésion et d'homogénéité. L'égalité est belle en théorie ; mais un homme de basse extraction ou même mal marié ne peut avoir sur ses hommes la même autorité qu'un aristocrate ou qu'un homme cultivé, habitué dès l'enfance à se faire respecter et à commander aux autres. Cela nous paraît si vrai qu'un fils de sous- officier n'est pas reçu dans une École de guerre et ne peut devenir officier. »
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CONTRE LES ENNEMIS AERIENS. - Pour se défendre eonire les rapides et redoutables ennemis ,n,e sont devenus les diripeal.les et les avions, la balistique a imaginé la mitrailleuse spéciale représentée ici.
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