LA SCULPTURK SUR BOIS
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Pi *V' H^
NYMPHENBURG
Un petit Versailles bavarois. — Vieilles allées, vieux jets (feau. — Une surprise : le pavillon de chasse (CAmalienburg, caché dans les arbres. — Un feu d^ artifice de rococo. - Une cuisine en vieux Delft. —■ Une antique fabrique de porcelaines rivale de Meissen en Saxe. — Comment on produit les statuettes de Saxe. — Visite des ateliers. — Petits cÀefs-d' œuvre oubliés. — Heureuses tentatives de modernisation. — v Allez à
Nymphenburg ! »
VINGT minutes de Munich, il faut voir le château de Nymphenburg, Tun des nombreux Versailles des rois de Bavière, et surtout TAmalienburg, si bien caché dans les futaies que le touriste, d'ordinaire, oublie de découvrir ce joli rendez- vous de chasse, oeuvre de notre Guvillier, produit compliqué mais charmant du style rococo.
On arrive à Nymphenburg par une large avenue bordée de grands arbres et que traverse en son milieu un canal. A l'extrémité de cette longue perspective, le château et ses dépendances décrivent un ample hémicycle tout blanc, autour d'une vaste place. Rien de particuher dans son architecture ; le corps central, précédé d'un haut perron orné de lanternes dorées, est flanqué de chaque côté de pavillons moins importants, carrés comme lui, à façades blanches, percées de fenêtres régulières et surmontées de toits de tuiles rouges.
Derrière s'étend le parc à la française avec de vastes étangs où nagent des cygnes, des jets d'eau, des parterres éclatants et des pelouses soigneusement peignées.
Comme à Versailles, les enfants s'amusent à jeter du pain aux carpes goulues ; à l'ombre des grands arbres, près des déesses de pierre et des urnes de marbre juchées sur leurs socles moussus, des mamans tricotent et soignent leurs mioches; làbas, des fenmies fauchent les pelouses et ratissent les ailées ; on n'entend que l'eau des fontaines tombant dans les bassins.
A l'aventure vous marchez par les allées ombreuses, et voici que vous découvrez ce pavillon d'Amalienburg de proportions harmonieuses, aux portes enguirlandées, aux fenêtres surmontées de médaillons et de sculptures.
A l'intérieur, c'est un pullulement de rocailles d'argent, de festons d'argent, d'arabesques, de volutes, de cartouches, d'attributs d'argent, serrés les uns contre les autres, de lustres et d'apphques, de guirlandes qui s'arrondissent en courbes gracieuses au sommet des glaces, retombent sur les côtés, recouvrent les portes, les
plinthes, les corniches, ne laissant entrevoir qu'un peu des lambris bleu de ciel, dont la douceur s'harmonise si bien avec l'éclat des sculptures argentées, le reflet multiplié des glaces et des verreries de Venise suspendues au plafond.
Dans d'autres salles ornées et dorées comme les habits de gala, des tableaux, enchâssés dans les murs, font revivre les scènes de la vie de cour au temps de la Kurfûrstin Amalie, maîtresse de céans : carrousel, retour de chasse, coins de forêts où les dames en falbalas descendent de leurs carrosses, entourées de lévriers blancs qui gambadent. Les murs de la cuisine sont recouverts de faïence de Deift, et quant au chenil voisin, il a ses niches décorées de festons et d'astragales bleus sur fond blanc. On oublie tout à fait le Munich moderne, les brasseries, la ville grecque, les folies carnavalesques, pour évoquer des silhouettes à panier, des perruques poudrées, des frimousses piquées d'assassines. On oublie même l'Allemagne, qnipiraît si loin df^ ces frivolités, pour ne penser qu'à Boucher, Watteau, Fragonard et La Tour.
Et le besoin de repeupler ce décor mort
vous [M-ursiiit <ictr!s Ict viMtf. a K, fabriqu-' de porcelamevS de Nymphenburg, que créa au xYiii*" siecln ie mécénismo des princes bavarois. EIIh ebL très joliment située. dans un coin de parc, et furme une dépendance du château. Des jardms l'entourent, un peu abandonnés, où des .statues anciennes voisinent avec les nioula^res moderne*». Un ruisseau coule tout près, traversé par un pont df^ bois rustique. Rien ne laisse deviner la liâte fiévreuse de l'industrialisme moderne. Dans ce décor pai^ «iible, Hu pleine nature, il semble bien que la tradition artistique di)ive se mainte-
nir et se perpétuer. On sut se garder ici des dangereuses tentations commerciales qui ont vite fait d'abolir tout souci d'art, on sut maintenir intact le choix limité mais très sûr des modèles à reproduire et éliminer parmi les modernes ceux qui ne présentaient pas toutes les qualités de simplicité et d'élégance de forme qui en font des œuvres d'art.
L'intelligent directeur de la fabrique, M. Bàumlcr, me conduisit à travers les atehers. Nous marchions sur des restes de kaolin de Bohême, de quartz do Norvège et de Suède, de feldspath et de chaux, qui servent à faire la porcelaine fine. Il m'expliqua comment le mélange une fois broyé et délayé à l'eau est aspiré par une machine, puis passe dans des filtrespresses qui le débarrassent de Tcau. Le résidu est une pâte que Ton aplatit au rouleau afin de lui donner plus d'homogénéité. De là, nous passâmes dans les salles de moulages, où sont conservés les moules originaux des petits chefsd'œuvre du xvni<? siècle, puis aux fours, celui de la première cuisson où les objets sont portés à une température de 800°, celui do la cuisson pour l'émaillage dont la température atteint- l bOO^. Nous visitâmes aussi U'^ ateliers d'essai d» cuisson et de peinture ou de jeunes chimistes, — dont l'un sort de Sèvres, — se livrt'îit à (It'S exp('*ri(>noes de couleurs. Mais, plus (pic la cuisine du métier, ce qui plaît ici, c'est l'exposition des objets dans It's magasins : tout le xviii*^ sit^cle ressuscite. Les arlequins, les marquises évaporées, les chasscHirs, Ips Chinois, les perroquets, Ipa bergers et les bergères aux mouvements i,'racieux, les cerfs, les lévriers, les \'enus, les FJianes, les pages, les paysannes, h^ groupes adorables de femmes à leur toilette. Leurs gestes
délicats et précieux font penser que des artistes français ont dû composer autrefois ces modèles qu'on reproduit encore aujourd'hui.
On essaie là aussi de renouveler l'art du xviii® siècle par des créations modernes. Les artistes ont trpuvé des dessins d'une simplicité charmante et des couleurs fraîches pour orner les services de table ;
et des femmes à la mode du jour croisent les jambes avec une désinvolture de marquise.
Le voyageur qui, visitant Munich, ne s'arrêterait pas à la porcelainerie de Nymphenburg, aurait laissé passer une rare occasion de se retremper dans l'atmosphère authentique du xviii^ siècle allemand.
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