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réglementation des heures de travail et exploite à son profit la difficulté qu'ont ces travailleurs particularisés à s'organiser syndicalement. Très bornés, ils ne se sont pas encore rendu compte des conséquences désastreuses pour eux d'une concurrence à outrance. Les femmes surtout subissent avec leur passivité séculaire cet avilissement du prix ; et il en est qui, pour des journées de quatorze, quinze et seize heures, se contentent d'un mark de salaire. Ainsi les grands exportateurs franconiens, pour la plupart israélites, ont accaparé à leur profit la patience, la sobriété, l'amour du métier, le sens artistique et l'adresse manuelle, l'esprit d'invention et l'expérience traditionnelle qui sont toujours les qualités maîtresses des Franconiens. Ouvriers à domicile, artisans maîtres de quelques ouvriers, petits entrepreneurs qui distribuent la besogne dans les ateliers familiaux, sont tous esclaves de ces gros exportateurs dont la suzeraineté industrielle ressemble assez à celle des patriciens spéculateurs d'autrefois. Quant au producteur, qui ignore tout de la destination des objets qu'il fabrique, son rôle, la plupart du temps, est réduit à celui d'une machine ou partie de machine.
L'INDUSTRIE H y a à Nuremberg 50 DU CRAYON ateliers de batteurs d'or et 23 fabriques de crayons I On connaît la plus célèbre : celle de Johann Faber. Je l'ai visitée pour mon plaisir parce qu'elle constitue une exception ici et qu'elle est bien représentative de la transformation des petits métiers d'autrefois en ces industries mécaniques colossales dont les produits inondent aujourd'hui le monde entier.
Je vous dirai quelques mots de son organisation et de son importance.
La fabrique Faber compte 1 000 ouvriers. La réserve de bois se trouve dans la cour, sous un vaste hangar surmonté de six paratonnerres ; là sèchent des montagnes de poutres de cèdre, des tilleuls entiers, des bouleaux de Suède et des tas de petites planchettes qui furent sciées sur le lieu d'abatage. Une odeur exquise, balsamique, émane de ces bois de cèdre; on respire partout la poussière parfumée qui s'échappe des scies mécaniques. Tous les bâtiments sont couverts de cette cendre rouge. Rien que de poussière de cèdre, la maison recueille dans ses ateliers près de 15 000 kilogrammes chaque année, revendus aux fabricants d'huiles éthériques, aux parfumeurs, qui en tirent, par le mélange, des parfums variés. Sous le hangar, la réserve du cèdre seule se monte à 2 minions.
De puissantes scies américaines débitent les énormes troncs des conifères. Il est arrivé parfois aux ou\Tiers des surprises assez dramatiques ; de grands serpents furent découverts dans le creux des arbres où ils s'étaient réfugiés et où ils dormaient; des scorpions et des insectes rares sont ainsi journellement rapportés des forêts tropicales.
Le cèdre, bois humide qui pousse très vite, se travaille très facilement. Celui de Ceylan et d'Australie, trop dur, ne vaut rien pour les crayons. On préfère celui de la Californie. On a essayé de l'accHmater en Allemagne, mais il ne s'y développe pas et reste trop dur.
Comme c'est job, un crayon neuf, rouge, bien luisant ! Quand j'étais petit, j'avais un plaisir sensuel à le toucher, à le sentir, à le tailler, à le mordre et à le mâchonner. Aujourd'hui encore, l'idée que je pourrais un jour manquer de crayons m'inquiète vaguement, et j'en ai toujours des provi-
sions en réserve. En voici des milliers, que dis-je, des millions ! On en fabrique ici 15 000 grosses par jour, soit 2 millions et 160 000. Ma joie est grande et je me tranquillise.
Je ne m'étais jamais demandé comment on fait un crayon. Voici : des planchettes plates de bois sec ou de bois tendre passent sous des machines raboteuses, qui, d'un seul coup, les arrondissent d'un côté comme des tablettes de chocolat et, de l'autre, les creusent d'une série de petites rigoles, à raison de six par planche, de sorte que deux de ces planches juxtaposées, après qu'on a inséré dans chaque rigole un bâtonnet de mine de plomb enduit de colle forte, font six crayons qu'il ne s'agit plus que de séparer à l'aide d'une autre machine. Il ne reste plus alors qu'à les polir, à les colorer, à les vernir, à les timbrer de la marque de fabrique. Tout cela se fait par des machines très perfectionnées, sauf la dorure du timbre, qui demande le concours des mains de femmes. L'or pur servant au timbrage se monte à 40 000 francs par an, sans compter le cuivre et l'aluminium pour les qualités inférieiirps.
J ai vu la tuuLos k-s surtos dt; crayons et de porte-plume imaginables. On fait jusqu'à des crayons sp^rinix pi h I^s chirurgiens, qui dossifu;,! sur ! i f>f'au; d'autres p>"'!i\>'nt t'cnr*' ^ur i.' verre et même sur ie métal.
Certains crayons sont tel!» îim nt -lurs qu'ils ne s'usent pour ainsi 'iir.' pis. lis valent jnsrpi'à 50 et 60 centimes. On coihjt» rur./.' 'K'grés (Jiîï.'îvnts de dureté. Les plus tendres sont destinés à la llussie, • Iiii ri "Hifloie que ceux-là.
Il 1 tilt voir empaqueter ces produits. Des femmes ont dpv,ijif ,11. .s des milliers de crayons ; elles puisent à même, avec une
rapidité inouïe. Elles en prennent douze à la fois, sans presque jamais se tromper, les serrent, les enveloppent d'une bande et d'une ficelle en un clin d'œil.
Sur les crayons, on voit des centaines d'étiquettes ; car ces crayons vont dans le monde entier. J'en ai vu fabriquer avec des marques anglaises, italiennes, espagnoles.
J'ai visité aussi l'usine du graphite.
Il arrive pur de la mine, — le meilleur vient de Sibérie, — dans de grands tonneaux ; on le broie dans des moulins, on le nettoie, on l'épure, on le presse dans des filtres puissants qui en extraient l'eau ; on le mélange ensuite avec de l'argile pure, nettoyée, filtrée, épurée, elle aussi, préalablement, avec grand soin. L'opération du broyage est la plus longue. Les broyeurs, mus automatiquement, fonctionnent jour et nuit , jusqu'à t rois semaines, pour arriver à produire une matière d'où toute granulation a disparu.
Quand le graphite est bien broyé, on le passe dans d'autres machines, d'où il sort en interminables vermicelles mous ; il est recueilli, posé sur des planchettes et coupé en longnnirs é^'ales. Puis ces baguettes vont sécher dans des chambres à 40«, puis cuire dans des fours chauffés à 1.400O.
Je suis sorti de là noir comme un charbonnier. Les ouvriers — au nombre de 150 — ori! .1* s baignoires à leur disposit lai.
Chaque année, les i.i.k hines sont p. î ff^ctionnées, et les changemcMits <!. in. uiinl secrets. Quand je passai, on me tn^ntra de loin nn n..i!\, | ,,|pljpr où se f(»iit des essais pM,ii!' I,i i.-intuFv .intomatique des crayons, qn un nubten.iit jn^rpi'n prosont qu'à main d'honiino.
L'apprentissage, ici comme dans toutes
les villes industrielles allemandes, est l'objet d'un souci passionné de la part de la municipalité et des patrons. Je ne veux pas revenir sur cette question, que j'ai traitée déjà ailleurs. Je me contente, en passant, de noter la rivalité, je veux dire l'émulation qui existe entre les écoles de la ville et le musée d'art industriel de fondation récente. Les écoles, plus anciennes et embarrassées de traditions, ne marchent pas d'une allure assez vive au gré du musée, organisé par des hommes à la fois savants et pratiques, qui ne veulent pas que leur œuvre soit une œuvre morte, à l'usage des badauds et des curieux mais une œuvre de vie et de progrès.
En effet, à côté du musée proprement dit, — qui est un monument superbe où on trouve une collection d'objets d'art industriel de tous pays tenue à jour (les derniers furent achetés par le directeur à l'Exposition universelle de Paris en 1900 et quelques produits français y figurent), — il y a des modèles de machines perfectionnées, des laboratoires de physique, de chimie, de métallurgie, des laboratoires d'ossais, une bibliothèque très complète de brevets industriels, des salles de modèles, de dessins, d'estampes, choisis dans tous les pays, et dans tous les styles, où, le soir, leur journée faite, les ouvriers, les contremaîtres, les patrons, les
apprentis même, viennent chercher des idées, des inspirations, pour leurs travaux ou pour perfectionner leur éducation professionnelle.
L'ordre en est admirable. Un ouvrier a besoin d'un motif Renaissance ou Louis XVI pour une ferrure ou un bois de lit, d'un dessin de draperie, d'un ornement d'étoffe : il lui suffit de consulter un tableau qui lui indique instantanément l'armoire et le casier où il trouvera ce qu'il désire. Et tous les soirs, la salle est remplie de ces chercheurs.
De plus, le musée emploie soixante- dix ingénieurs, chimistes, architectes, électriciens, chargés par les patrons qui les demandent de consultations et de recherches : analyses de ferments pour la bière, calculs de résistance de matériaux, expériences de toutes sortes dont les particuliers ou les chefs d'entreprises ont besoin et qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes.
L'hiver, cinq professeurs du Musée vont dans soixante villes de Bavière, dans des bourgs peuplés, donner des conférences sur l'art industriel, sur l'utilisation des matériaux, sur les dernières découvertes, sur inille sujets pratiques à l'usage des petits ouvriers. Ces conférences, avec projections lumineuses et démonstration sur îa matière, ont un succès extraordinaire dans les populations de la province.