NUREMBERG ET LA FRANCONIE
Les petites et les grandes industries franconiennes. — Un vice-consul français remarquable. — M. Arqué. — Le produit de ses loisirs. — Le jouet et la division du travail. — Accaparement. — Les batteurs d'or. — L'industrie du crayon. — Visite de Vusine Faber. — Le Musée d'art industriel de Munich.
ETTE multiplicité est un autre caractère très saisissant de l'industrie nurembergeoise. Ënumérer les industries franconiennes est chose impossible. Les ateliers travaillent surtout pour l'exportation ; certains envoient à l'étranger 50 à 90 p. 100 de leur production, constituée on grande partie par des objets bon marché. Je ne citerai pour la Franconie que les vanneries de Lichtenfels, les brosses d'Erlangen, les miroirs de Furth, les perles de verre de Warmensteinach et de Wunsiedel, les yeux et les têtes de poupées de Lauscha, les fourneaux de pipes, les dents artificielles, la verrerie de table, et mille variétés d'objets qui alimentent tous les bazars de l'ancien et du nouveau monde.
Pour Nuremberg soûle, l'énumcration suivante donnera une idée approximative de la diversité de ses productions. On fabrique ici les jouets d'étain et de plomb, les souvenirs de voyage pour tous pays.
les couleurs de bronze qui remplacent l'or et l'argent, les papiers métalliques d'or et d'argent vrai ou faux, le papier d'étain destiné à l'emballage du chocolat, du nougat et du sucre d'orge, les câbles, les crayons, les fils de fer et de laiton, les pinceaux et les brosses, les parquets, caisses d'emballage, bobines de bois, pipes de bruyère, meubles, wagons de chemins de fer, instruments d'optique, articles de lunetterie, de chromolithographie et de décalcomanie, dos turbines à vapeur et des veilleuses, des machines électriqups et du papier mâché, des articles de celluloïd, de galalite, d'ivoire et d'écaillé, d'écume de mer et d'ambre, de la bière excellente et du pain d'épic^. des drogues et produits chimiques, des ustensiles de ménage, des chaussures, des glaces, de la maroquinerie, des attrapes et des cassetête, des compas et des passementeries métalliques, des objets d'art on bronze, d'autres faits d'un alliage d'étain, d'argent et d'antimoine qui figurent dans les étalages modem stylo sous los noms d'objets de Kaisorzinn et de métal Osiris.
J'arrête ici la nomenclature innom-
brable. Un de nos meilleurs, de nos plus intelligents représentants à l'étranger, un de ces hommes comme il nous en faudrait beaucoup, hélas ! M. le vice-consul Arqué, qui s'est admirablement assimilé les pays où il a passé, a écrit, dans la Science sociale, des études définitives sur les conditions de l'industrie dans la Thuringe, la Souabe et la Franconie.
J'eus le plaisir de le rencontrer à Leipzig et de pouvoir causer avec lui de toutes ces questions. Avec une clarté, une précision, une exactitude sans égales, il me livra en quelques heures le fruit d'années d'observations et d'études attentives.
Il me fit remarquer, parmi la multitude de ces industries, la persistance de vieux métiers. La fabrication du crayon, par exemple, qui fait la fortune des maisons W. A. et Johann Faber, fut longtemps le monopole des artisans de l'étain et du plomb. (Le crayon n'était primitivement, en effet, qu'une tige d'alliage de plomb et d'étain, insérée dans un morceau de bois tourné.) L'industrie des papiers métalliques, si florissante à Nuremberg, dérive de celle du battage des métaux qui existe depuis des siècles, ici, à Furth, à Schwabach, localités voisines. Quant à celle des compas et des instruments de précision, elle attirait déjà au moyen âge dans la capitale franconienne des savants comme Regiomontanus.
Cependant un fait nouveau s'observe, la spécialisation à outrance. Dans l'industrie des jouets, par exemple, il est très rare qu'un seul ouvrier produise entièrement un objet. Gela arrive encore pour une très faible minorité de petits artisans inventeurs, qui, chaque année, innovent des modèles qu'achètent les exportateurs. Mais ceux-ci, une fois en possession du jouet type, le font reproduire à des cen-
taines de mille exemplaires par des ouvTiers et ouvrières spécialisés. Tel fait les roues des wagonnets et des voitures de fer-blanc, celui-ci peint les soldats de plomb, cet autre fabrique des sifflets de fouet, des breloques pour montres d'enfants, des boulets pour minuscules canons, des batteries de cuisine pour ménages de poupées, des clefs pour remonter les mécaniques, d'autres font les cornets des trompettes, tandis que les embouchures d'os ou de celluloïd viennent d'ailleurs. Dans l'industrie des miroirs, très prospère à Nuremberg et plus encore dans la ville voisine de Furth, une série d'opérations sont faites successivement par des ouvriers en chambre. Les verres taillés dans le petit atelier du coupeur passent dans celui du biseauteur, puis de l'étameur, etc. L'exportateur auquel ces objets arrivent finalement est donc moins un industriel qu'un collecteur de petites industries et, comme l'a justement défini M. Arqué, un assembleur de pièces.
Ce genre d'exploitation explique la rareté des grands ateliers et l'abondance des petits ateliers familiaux. Ils pullulent aux bords de la Pegnitz, dans les maisons brûlantes où l'eau du fleuve est employée comme force motrice. Hommes, femmes, enfants s'y livrent à un travail de quatorze et quinze heures par jour. Sous la dépendance complète des intermédiaires qui seuls disposent des capitaux, la vie de ces petits artisans est restée aussi dure qu'au moyen âge. Le patron, lui, obtient dans d'excellentes conditions des ouvrages délicats, que le travail à la main peut seul fournir. Il supprime ses frais généraux, se dispense d'assurer un salaire régulier à l'ouvrier, échappe aux responsabilités des lois d'assurances ouvrières, s'abstient de toute
^uremberf.
LE MUSÉE NATIONAL GERMANIQUE est installé rfans l'ancien monastère des Charlreux, remarquable
«onslruclion de style ogival.
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POul Siich, .Narember^.
MAISON D ALBERT DURER. — Né à Nuremberg en 1471, Diirt-rv lit son apprenliîiriHije chez le graveur sur boiâ Wolgemul et, s;iuf quelques séjours ;i Venise el aux Pays-Uas, y vécut toute sa vie d'artiste.
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Phut. Stieb, Nurembcric.
LA DOUANE. — Dans ce gigantesque édifice, long de 85 mètres et large de 20. élevé au xV siècle, on établit, à
la lin du xvi», la Douane et la Halance Publique.
Plaucmk ?.-2.