SAXE ET SAXONS
Z> caractère saxon. — Jugements défavorables. — Opinion des Brêmois. — Habilet''. — Souplesse. — Avarice. — Le Saxon élimine le juif. — Le café saxon. — Dévergondage. — Les pasteurs se découragent. — Les deux cents enfants d'un roi de Saxe. — Ce que répond le Saxon. — Croissance et progrès extraordinaires. —
La région la plus peuplée d'Europe.
ir Sachsen sein helle !
(Nous autres, Saxons, sommes des malins !) C'est un dicton populaire courant en Saxe, qui peut servir à comprendre a la fois le véritable caractére des Saxons et la réputation qu'ils se sont faite pros dos autres de races l'Empire.
Si vous mterrogez un Prussien, nn Bavarois, un lUiénan, un Poméranion. un Mecklembourgeois, un Bremois, un Hanovrien, un \Vurtpnihorgeois, sur ce qui distingue à ses yeux le Saxon, il vous répondra invariablement : souplesse et fausseté. C'est qu'il diir i été battu en affaires par un Saxon.
L'étranger de passage conserve en gros, de son séjour à Dresde, à Leipzig, à Chemnit/, I impression de gens d'esprit ouvert annables et polis, à la manière slave, tt, de plus roublards et prudents comm*» d^s Auvergnats.
Ecoutez un Br^'-mois parler du Saxon :
« Il est schlau, c'est-à-dire quelque chose d'intermédiaire entre rusé et fin, ce que vous appelez en français « roué ». Ne croyez jamais ce qu'il vous dit avant de savoir dans quel intérêt il parle. Il lui arrive de formuN-r une vérité, — quand il n'a pas de raisons de la cacher. Par comparaison avec le Prussien rude, d'aspect rigide et d'énergie tenace, le Saxon est, en général, souple et mon. îl se ressent du voisinage de l'Autriche et d'un fort mélange slave. Bien supérieur au Franconien stagnant, il n'est point brutal ni grossier comme ]p Bavar*>is. \ uns réussirez difficilement à lui faire avouer ses antipathies ou ses haines. A peine, quand vous serez en confiance, vous confesserat-il son peu de goût pour le Polonais.
« Il excelle à découvrir votre point faible et à l'exploiter. \ nus devine-t-il sentimental, il sait vnus attendrir et vous apitoyer; il jouera de votre crédulité s'il vous sent crédule ; si vous êtes faible, il se servira de votre faiblesse ; fort, il profitera df votro force. On l'a surnommé le «juif li^ l' Alltruagne»; on
prétend même qu'il «élimine» le juif, et, de fait, la proportion des Israéhtes est bien moindre en Saxe que dans les autres provinces, — 12.000 à peine dans toute la Saxe. C'est que l'homme d'affaires saxon a toutes les qualités de finesse, de pénétration subtile, de souplesse, d'intelligence et de caractère qui constituent en partie la force des Israélites. Lui-même s'en fait gloire : Wir Sachsen sein helle !
« Nous l'appelons un Streber^ un arriviste ; il intrigue, se faufile et s'impose partout où il y a une bonne place à prendre. Il quitte volontiers son pays pour se faire ailleurs une situation, et son intelligence pratique le sert beaucoup dans la conquête des fonctions privilégiées. On rencontre des Saxons dans toutes les branches de l'activité nationale.
« Ils ont tous les défauts et toutes les qualités des races bâtardes. La tradition les dit économes jusqu'à l'avarice. C'est peutêtre qu'ils furent longtemps misérables.
Connaissez-vous le café saxon? C'est un liquide presque insipide et si incolore qu'on aperçoit les fleurcittes qui décorent le fond de la tasse dans laquelle on vous l'offre. On l'a surnommé pour cela le Bliwichen (fleurette). Tout le monde en Allemagne connaît au moins de réputation le Bliwichen des ménagères saxonnes. Les gens du pays ({ui n'ont pas eu le temps encore de s'accoutumer au bien-être s'en contentent. Pourvu que le liquide servi soit noir, chaud et sucré, il leur paraît exquis. »
Le Saxon est assez gai, très gai si on le compare au Prussien raide et sérieux. Les lilles, à quelque classe qu'elles appartiennent, ont le rire facile et leurs regards s'accrochent aisément. Parmi la classe prolétarienne des villes industrielles, assoiffée de jouissance, l'immoralité sévit,
au grand désespoir des pasteurs et des prédicateurs impuissants. « Où allons-nous? clament-ils. Comment arrêter cette dépravation générale?» Un jour on rencontre des filles de bonne bourgeoisie se promenant à trois heures du matin avec des officiers dans le Grosse Garten de Dresde; les petites filles des écoles primaires sont suivies à la sortie des classes par des nuées de garçons ; les brasseries, les jardins publics regorgent de couples ; dans toutes les villes, le bal public bi-hebdomadaire, véritable industrie qui fait vivre tout un monde de pianistes, de violonistes, de marchands d'instruments de musique, est l'occasion de rencontres hasardeuses. Il faut voir les kermesses de Leipzig ou de Dresde pour comprendre jusqu'où peut aller la licence et le dévergondage de cette jeunesse protestante, pour ne pas trop s'étonner de voir ici les fillettes de quatorze ans devenir mères, et s'expliquer la proportion de 23 p. 100 d'enfants illégitimes égale à celle de Paris (24 p. 100). La plupart des filles du peuple sont en eflet mères avant le mariage. Les parents ne voient pas d'un mauvais œil les attentions prodiguées par un étudiant ou uu jeune employé u leur fille. Dans certaines familles, une telle liaison est même acceptée volontiers. Des jeunes tilles, qui ne sont pas des professionnelles, se laissent inviter dans la rue, à l'improviste, par un étranger, à manger un crâteau et à boire le café au lait dans un Conditorci. Beaucoup s'offenseraient d'une offre d'argent, mais accepter une partie de plaisir, une soirée au théâtre ou au concert leur paraît naturel. H va plusieurs années, les sociétés de moralisation, les Sittlichkeitsvcreinc, essayèrent d'arrêter ce débordement d'immoralité. Mais la police secrète s'en mêla, il y eut des abus
policiers suivis de plaintes, et les pasteurs, les journaux, les revues d'hygiène morale et d'éthique sexuelle continuent à prêcher dans le désert. C'est que la tradition est ancienne ! Auguste le Fort avait un pullulement d'enfants ; le roi Albert en eut jusqu'à deux cents !
« Nous souffrons d'anciens préjugés, me disait un professeur saxon à qui je faisais part de ces observations sur le caractère de sa race et sur une réputation que les événements historiques légitimèrent à plusieurs reprises. Il est vrai qu'en différentes occasions nous manquâmes d'énergie politique. On nous a longtemps reproché notre volte-face de 1815, notre défection à la bataille de Leipzig. Il est vrai encore qu'en 1830 on criait dans les rues de Leipzig : « Vive Paris ! » et qu'on y entendait en même temps les cris de : « Vive le Roi de Prusse ! » et « Vivent les princes protestants ! ». Mais pour comprendre la plasticité du caractère saxon, il faut penser à la situation politique défavorable où nous mit toujours notre position géographique. Il faut penser aux malheurs de la guerre de Trente ans et de la guerre de Sept ans, qui nous ruinèrent. Toujours battus, toujours opprimés, nous eûmes à subir les conséquences désastreuses de la politique ambitieuse de nos rois. Pour se maintenir rois en Pologne, ceux-ci réduisirent à la misère notre malheureux pays, qui ne fut longtemps que le « sac à farine » de la Pologne. Ln peuple malheureux politiquement qui, pendant des siècles, fut le jouet de combinaisons politiques, ne sort pas indemne de ces uiisères. Comme tous les humiliés et tous les opprimés, il conserve dans le caractère cette souplesse qui fut sa seule défense, à laquelle il dut de vivre. Aujour-
d'hui encore, malgré le bel exemple d'énergie au travail que nous offrons à l'Allemagne, à l'Europe même, on parle toujours de notre mollesse.
a II importe peu que, sous la pression d'événements politiques, nous ne soyons pas restés fidèles à la parole donnée.
Mais nous accuser de manquer de courage et d'énergie est injuste, souverainement. Jetez un coup d'œil sur le développement économique de la Saxe en ces dernières années, et vous verrez quel effort continu et multiple il fallut pour en arriver là. Voyez l'exposition d'art de Dresde, où sont rassemblées actuellement toutes les productions provinciales qui font de notre capitale la rivale de Munich. L'Université de Leipzig n'est-elle pas l'une des plus fameuses d'Allemagne? A Bonn, le plus grand professeur de langues mortes est Saxon. Berlin possède en son Université plusieurs de nos compatriotes. Oui, les Saxons sont partout, ils occupent de hautes situations de fonctionnaires parce qu'ils préfèrent à la médiocrité dans leur pays surpeuplé les dignités et les places lucratives ailleurs. De cette légitime ambition aussi, on nous fait un crime, n
Pour apprécier à sa juste valeur ce développement prodigieux de l'activité saxonne, il faut penser à quel point le pays était desservi par une nature ingrate. Où le sol est pauvre, l'homme cherche des ressources dans le travail et l'industrie. C'est ce que firent les habitants.
Un dicton français affirme : « Le mouton aime la misère.» Parce qu'à défaut d'herbe succulente, il se contente, en effet, de chardons et de buissons, les paysans en concluent qu'il les préfère à la bonne herbe tendre des pâturages. En Saxe, les moutons étaient servis à souhait : ils pouvaient brouter de la misère. Cependant
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LES BEAUTÉS DE LA SUISSE SAXONNE compionnenl. tuilre la sinueuse vallée de l'KIbe, les vallées lalé-
raies de -l's atllut-nts, souvent 1res profondément encaissées.
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LA COUR DU CHASSEUR a DRESDE. — Ces mouvements de loilure de l'époqu*; iJenaissance ont éU- repris
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