IV
l'élevage de ces animaux et la vente de la laine constituèrent les premières ressources du pays. Puis les Saxons se mirent à filer leur laine, à la tisser, et cette industrie devint si florissante que l'élevage du pays, ne suffisant bientôt plus à ses besoins, les Saxons abandonnèrent l'élevage, se firent importateurs de laine d'Australie et d'Argentine. Mais, pour épurer cette laine, la tisser et la manufacturer, il fallait des machines spéciales. De ce besoin naquit l'industrie si florissante de la construction des machines, qui occupe la majeure partie des ouvriers de Chemnitz, industrie la plus importante de la Saxe avec l'industrie textile.
Actuellement, la Saxe est l'État le plus propice à l'observation du phénomène formidable de croissance et du progrès industriel de l'Allemagne moderne. Grâce à sa petite superficie, aux facteurs très simples de son économie, on en embrasse facilement la vie totale. Les chiiTres, d'ordinaires rébarbatifs, prennent ici une physionomie d'une éloquence frappante.
Avec ses cinq millions d'habitants, la Saxe arri ve au troisième rang parmi les États confédérés, après la Prusse et la Bavière. La densité de la population saxonne est presque trois fois plus forte que dans l'ensemble de l'Empire. C'est non seulement l'État dont la surface est la plus peuplée en Allemagne, mais dans toute la terre — les villes-Etats, comme Hambourg et Brème, étant mises de côté. On y trouve en effet 353 habitants par kilomètre carré, dépassant de beaucoup la Belgique, qui en a 235 et la région de VValesen Angleterre (227), pays d'industrie comme la Saxe. Dans certains districts comme ceux de Glauchau, Zwickau, etc., la densité de la population monte à
448 habitants pour s'élever dans les villes à 9.000 habitants par kilomètre carré à Leipzig, 7.800 habitants à Dresde, et 6.300 à Chemnitz.
La croissance naturelle de la population est très forte ; peu de régions de l'Empire dépassent à cet égard la Saxe. En 1903, on comptait 34 naissances par 1.000 habitants et seulement 20 décès.
On sait qu'en Franco l'excès annuel des naissances est d'un individu par 2.000 habitants, soit un accroissement d'à peu près 20.000 habitants par an pour toute la France, alors qu'il monte à 70.000 en Saxe et à près d'un milHon pour l'Allemagne entière.
En cinquante ans, la population de la Saxe a doublé. La progression est sensible, surtout dans les villes. Depuis 1834, la population urbaine a plus que quadruplé, tandis que la population rurale n'a pas encore doublé. Une ville industrielle comme Chemmitz, qui n'avait en 1871 que 68.000 habitants, en possède aujourd'hui 255.000. Plauen suit la même progression ; de 23.000 habitants, en 1870, elle s'est élevée à 112.000! Pendant la même période, Leipzig passe de 162.000 habitants à 530.000. La population des trois villes Leipzig, Chemnitz et Dresde est celle d'un quart de la population totale du royaume de Saxe.
La progression de l'industrie a naturellement suivi la même courbe. Dans ce pays qui n'a que 3 p. 100 de la superficie totale de l'Allemagne et 7 p. 100 de la population, la contribution industri?lle s'élève à 14 p. lOOde l'industrie allemande. Et ce haut pourcentage augmente même encore si l'on considère en particulier certaines industries qui se sont développées en Saxe, comme par exemple l'industrie textile, qui rassemble ici 267.000 travailleurs.
c'est-à-dire 27 p. 100 des ouvriers de l'Empire employés dans ce genre d'industrie, les ouvriers de la tôle 18 p. 100, ceux des instruments de musique 39 p. 100, du papier 24 p. 100, des cartonnages 32 p. 100, de la fonderie de caractères 36 p. 100, de l'impression 43 p. 100, des jouets en bois 46 p. 100, des fleurs et plumes artificielles 46 p. 100, des corsets 33 p. 100, des gants 37 p. 100.
C'est qu'en effet l'activité industrielle de la Saxe n'a d'égale que celle de certaines régions d'Angleterre, de Belgique et des États-Unis. Il faut savoir que des districts comme ceux de Leipzig, Dresde et Chemnitz par exemple, non seulement produisent les articles fabriqués de coton et de laine, mais des locomotives, des moteurs, des ascenseurs, des machines à filer, à tisser, à tricoter, des machines agricoles, des machines pour les industries des métaux et du bois, des machines pour les industries chimiques, des machines à imprimer, des bicyclettes, des machines à coudre, des pianos, des instruments de musique mécanique, orchestrions, harmonicas, etc., etc.
Ce qui étonne dans cette activité, c'est, avec le nombre et la variété des industries, la rapidité de leur croissance. Si l'on considère la totalité des fabriques saxonnes, on voit que le cinquième d'entre elles sont nées depuis 1900 et que la moitié
environ naquirent en 1890. Dans la période comprise entre 1904 et 1906, le nombre des fabriques passa de 19.328 à 22.952, ce qui constitue un accroissement de 18 p. 100. Et cet accroissement ne résultait pas seulement de la transformation d'ateliers d'artisans en fabriques, mais de la surgie d'une foule d'établissements absolument nouveaux.
On a fait remarquer à ce propos que la multiplication des petites industries contredisait la fameuse théorie de la concentration aujourd'hui rejetée par Bernstein, mais défendue opiniâtrement par les Marxistes orthodoxes. Selon cette théorie, un nombre relativement infime de manufactures géantes, en s'accroissant constamment, doivent finir, dans l'avenir, par dévorer la totalité des petits, des moyens et des grands établissements d'industrie, facilitant ainsi leur absorption finale par l'État. Or, en Saxe, 60 p. 100 des fabriques qui se créent sont de petits établissements ; la proportion des grands n'est que de 3 p. 100. Et, loin de voir s'amasser les capitaux dans les mains de quelques gros magnats, on assiste à la difl"usion de la fortune couronnant les efforts des milliers d'initiatives énergiques.
Il est même probal.l-' qu'avec les récentes découvertes de la science ce morcellement ira en augmentant.