‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 161 sur 164 · il. > I" , II. ■ a · texte numérisé non relu

il. > I" , II. ■ a

LE MONUMENT de l.i nalftillc des Nations me.-uro !M mètif s de liaulenr. Sur mi éiiornie soubassement s'élève une coupole de »i5 mélrus dont la partie supérieure est flanquée de douze ll,t;ures de fîuerriers hautes de l'J mètres.

t'L«NCHC ■■'517.

Jl

LK MONUMKNT .!.■ I:i |:.ihiillr .|.-> Niili(.ii- imv-ur.- '.M iicli. ^ ,|,. Imui.-iii. Sut mi .ikh -..iili;i>-.'in.iii > ■•l.'Vf

iiiM- .-..iiiM.!.- .le.,;, m. 'le- ,1. .111 hi p.iilii" Mi|.. ri.iiiv .•>! ll;uh|ii !•• ,|..ii/r liuinv- .!.• i;ii,.| rin - li;tiil.-> .Ir IV in.'lre^.

•ri. B«r.i

LE " VOLKERSCHLACHTSDENKMAL " fmuniimenl commémoralir de la Hiilaillp iics Nations) e>\ édilie .«-nr un vaste tiionlirnlf artiliiiel fait de débris de toutes sortes, situé à :f kilomètres environ de Leip/ig. Il commémore la grande Bataille des Nalion> qui dura du 1»; au

I'.» octobre 1813 — journées Tameuses ou les Saxons simniorlali-èrenl en lâchant Napoléon en pleine bataille, contre la foi des traités.

"'! ,■ ";ii:,:"r,iiri(ii„;,i(K l'iiraw^. -.i

«" Ml tr"» ..f.-M. .f

Plancmi 3jS-3io.

'S*. III. \t. Il IMif- \KM \l

IiIm -<ii

lHl<ll»> - I .

■ ni nul' .1' '

i \ .i|, - - llll'IM •! I

il i|> il- lu I- i|>' liiillr- -(.I l<— - il l:

l> llnlii- I II - I ||\ 1 I

il N.iC.'l. .'h •Il |.|. IIH- |i..l.ill|.'. . ..Iilf- l.i !..| i|i - l!

i|',l-. Il

, -»jj iiiii — *'W '.' ^ 1

LE BAS-RELIEF .pii tlt-onv l;i furaile aniérieiirp du ninnuiiienl <lf l:i Hnliiille îles Nations mcsiirp «io mèlre>

i\c largeur sur •.'.". nièlie"> de haiilenr.

LES PILIERS qui souliennent la «oupole dii montimeul <Ip la Ualaillf des NaliKii- sont ati nombre de Innl

fcl sont sculptés en ferme de j<uerrier> «iffanlesques.

PVAMCHK 3t>0.

LE BAS-RF,LIEF .|iii ii.r,.r.hi |;i.;m1,- aiiifi l'iii»- 'lu I iimu'iil <l>' Li l'Mil:iillf 'It- \.ili..ii> iii.mmp m» iiioln--

LES PILIERS qui M,iilieiin»*iil Im .•.,iipol<- <lii mnninii.i.l île l:i l!.il;ijll.- (!<•> \iili..ii~ sont :iii iininhif «le linil

il -util -i-iiliilf^ fil l'triiif il'- i;n«irn-i- i;iu';Milt'M|iH'-

('LANt.HË .<'iO.

nationaux qui vont se multipliant, qui sont à la fois votre puissance, et un poids mort pour vos élans : les petits rentiers, le bonhomme fils de son père, ou le bonhomme fils de ses œuvres, qui s'est retiré des affaires à quarante ou cinquante ans, et qui place son capital en rentes sur l'État ou en obligations à lots. Ils sont plusieurs millions chez vous. Ici tout le monde travaille, et presque toute sa vie durant. Le petit rentier est un type exclusivement français. »

Le lendemain, en dînant dans un cercle renommé de Berlin avec un homme de lettres célèbre et un financier très connu, ce dernier me parla ainsi :

u Voulez- vous que je vous fasse en quelques mots le bilan de l'Allemagne?

A l'actif, son sous-sol ; les qualités morales des classes moyennes, employés et contremaîtres, dévouement, savoir, conscience.

Voyez les deux cents chimistes d'une grande usine, dont les travaux étonnent le monde ; ils sont contents de leur sort, ne demandant pas autre chose ou pas grand 'chose de plus que ce qu'ils ont...

— Est-ce là une si grande quahté?...

— Isolée, non, unie aux autres, oui...

Ajoutez-y le génie d'organisation servi par l'obéissance et la discipline de la machine humaine, individualiste par son cerveau, passive et soumise pour toutes les choses de la vie matérielle. « Où trouver un tyran, disait Leibnitz, dont les exigences lasseront notre servilité?» Pensez encore aux qualités négatives de la race : ignorance du luxe, aucune ambition exagérée.

« Quant à notre capital, petit en comparaison du vôtre, il a cette supériorité de travailler tout entier, il a confiance. Chez vous, il se cache, il est timoré... Je sais qu'il fut souvent trompé par de

mauvaises affaires ; en Allemagne aussi, d'ailleurs, moins souvent il est vrai, car beaucoup de promesses faites furent tenues. « Notre passif est important : notre désavantage est d'être serrés de tous côtés entre des frontières, sauf une étroite coupure libre du côté de la mer, et encore, la Baltique étant en prison, nous n'avons pour respirer librement que le petit bout de côte qui va de la frontière hollandaise aux bouches de l'Elbe. De plus, si notre situation industrielle est bonne, grâce à notre sous-sol, riche en houille, notre situation commerciale est plus que médiocre, grâce à la pauvreté de notre sol. La terre ne produit pas assez pour que nous puissions jamais devenir un véritable pays commerçant. Car, en effet, l'aliment vrai du commerce, l'aliment permanent, inépuisable, la seule indiscutable richesse d'un pays, en définitive, c'est la terre. Si elle est féconde par elle-même, il est facile, avec peu de travail, de la rendre plus riche encore, de l'exploiter, de négocier ses fruits, de les multiplier, d'en créer de nouveaux ; mais si elle est stérile, comme dans la plupart de nos provinces, si elle produit à peine assez pour nourrir celui qui la cultive, il n'y a pas d'espoir de l'enrichir jamais. L'homme ne crée rien de rien : s'il n'a pas la terre favorable, il n'a pas grand'chose. J'ajoute que même notre sous-sol, à part la houille de la Westphalie, de la province du Rhin et de la Silésie, et les mines de sels de potasse, n'est pas fameux. Nous sommes donc très infériorisés par la nature. Je ne vous parle pas de nos trois ou quatre ports, dont aucun n'ouvre sur la mer directement, qu'il a fallu conquérir péniblement et que l'homme dispute encore chaque jour sur la nature hostile... Comparez cela à votre admirable situation, à vos trois

mers ouvertes, à vos cent ports naturels sur rinfinie façade de vos côtes...»

Ainsi parla le puissant financier. Et je partageai son admiration pour la féconde patrie française, songeant à tous les partis qu'en tirerait cette race allemande habituée à peiner sur sa terre ingrate.

VERTU DE Le fils du créateur d'une des L'HÉRÉDITÉ plus grosses affaires industrielles d'Allemagne me disait, à propos des vertus de l'hérédité et de la confiance des Allemands dans le Pouvoir :

« Est-il si fou vraiment de croire à la vertu de l'hérédité? Quand un cheval s'est distingué à la course, on cherche à obtenir sa monte !

— Mais vous savez bien que la descendance des vrais grands hommes est stérile ou qu'elle produit des dégénérés ! On ne connaît pas d'exemple d'un homme de génie ayant enfanté des rejetons de sa valeur.

— Sans parler d'hommes de génie, répliqua mon interlocuteur, — ils ne sont pas nécessaires pour gouverner les hommes,

— le fils du créateur d'une grande œuvre, par exemple, mettra plus de zèle et de passion désintéressée qu'un autre à la faire prospért-r. Je sens cela moi- mémo puur rœu\Te colossale créén par Mi'jn père. Il me semble que je feral^ t-nit {tour ello, que je sacrifierais ma fort une bi Lesuiii ►Hait, pr^ir la sauver. J'ai le sentiment d'une sorte de responsabilité mystérieuse,

— sinon etTective. — qui domine mes intérêts matériels. L'hérédité monarchique doit créer à plus forte raison un état moral de cette sorte qu'ignore certainement 1.' délégué provisoire au s^'iaivernement des républiques. Malgré lui, il songera à passer dans la paix ses années de souveraineté... Je vais même plus loin et je prétends que

Id fait qu'un homme dit à un peuple ; « Je te gouvernerai » l'engage beaucoup plus à bien faire son devoir qu'un président de la République consentant à gou^ verner à la prière de quelques électeurs. Et puis, il peut toujours dire : « Si vous n'êtes pas contents, je m'en vais ! » Un roi ne le peut.

— Aussi, je ne parle pas du sentiment des rois, c'est l'opinion du peuple allemand qui en ce moment m'intéresse.

Et je me demande : comment des hommes raisonnables et doués de dignité peuventils accepter qu'un de leurs semblables se dresse devant eux et déclare : « Je suis « le plus apte à vous gouverner, et vous tt allez m'obéir, sinon, soixante milhons « que vous êtes, gare à vous 1 »

— Cela ne se présente pas ainsi...

— Non, mais cela équivaut.

— Pas tout à fait. Il existe dans notre histoire une famille qui depuis des siècles domina les autres, gouverna très bien la Prusse, la fit prospérer et grandir. C'est un fait. Le peuple sait ce qu'il doit aux llohenzollern, et il a confiance dans leurs descendants.

— Passe encore aussi longtemps que les llohenzollern ne feront pas de mal à la l^russe, mais que l'un d'eux soit un malfaiteur ou un i'uu, vuus l'accepterez tout de même...

— Ce qui importe, c'est la moyenne.

Un peuple ne peut pas prétendre à n'avoir Comme souverains que des aigles et des Sc'ii^es. (Jr, la moyenne des Hohenzollern est bonne. L'histoire le prouve. Grâce à eux. l'Allemagne est devenue une grande nation. »

Mais je me demandai, en quittant mon interlocuteur :

« Est-ce grâce à eux, ou est-ce grâce au peuple lui-même? Quand un peuple

est épuisé, un monarque quel qu'il soit ne peut le sauver. Annibal ne sauva pas Carthage. Si le peuple est bon, les mauvais rois ne suffisent pas à le perdre. L'Angleterre, au moment de sa plus grande crise, fut gouvernée par des fous et par des femmes; depuis quatre cents ans, en Espagne, il n'y a pas eu de rois même passables, dans deux dynasties différentes, et l'Espagne dure toujours. Et en Bavière, et en Autriche... L'Amérique prospère sans monarque. La France, depuis bientôt quarante ans, s'en passe très bien. »

Un professeur m'affirmait la sympathie des Allemands pour les Français :

« Vous êtes le peuple fait pour inspirer aux Allemands les sentiments les plus sympathiques; vous avez toutes les qualités qui nous manquent et qui nous sont les plus plaisantes. La preuve, c'est que, malgré tout le mal que vous nous avez fait, vous et Napoléon, on a conservé ici une admiration extraordinaire pour votre grand homme.

— Non, lui répondis-je, l'Allemagne ne nous aime pas plus que nous ne l'aimons. Comme tous les peuples de la terre, elle n'aime qu'elle-même. Ne vous faites donc pas plus sentimentaux que vous n'êtes. Je ne crois plus que le peuple allemand soit un peuple de rêveurs : c'est une race de réalistes, admirablement gouvernée au point de vue d'une maison de commerce ordonnée et qui ne veut pas de grèves. Vos chefs de rayons, vos employés et votre grand patron sont de parfaits négociants, et la marque Germania est bien gérée.

« C'est ce qui fait aussi que l'Allemagne ne se soucie pas de révolution politique, et cela explique également que le parti

socialiste se figure avoir tant de soldats : les socialistes, ce sont les petits employés de la firme Germania qui ne se trouvent pas assez payés. Mais, comme ils ne meurent pas de faim, en somme, que la «maison» fait ce qu'elle peut pour améliorer leur sort, — sauf de partager ses bénéfices, — ils se raisonnent et ne bougent pas... »

Mon interlocuteur riait à plein ventre, je ne sais pourquoi, et il disait en se tapant les cuisses :

«Ces Français... ah! ces Français!... »

Je le regardais, attendant qu'il eût fini. Alors il dit :

« Pourtant, la France n'a aucun intérêt à faire la guerre à l'Allemagne. Alors autant vaut nous serrer la main...

— Serrons-nous la main, fis-je. Mais vous oubliez que vous n'avez pas mandat de reviser le traité de Francfort... et que votre Empereur peut, demain, s'il le veut, déclarer la guerre à la France sous le prétexte qu'il lui conviendra.

— Jamais de la vie, jamais de la vie ! protesta-t-il. Il faut que le Reichstag le décide...

— Vous vous trompez, répondis-je.

L'Empereur doit théoriquement consulter le Bundesrath (c'est-à-dire les représentants des princes de l'Empire), où il a la majorité assurée, et où il ferait, en tout cas, ce qu'il voudrait. Le Reichstag n"a qu'à voter ensuite les crédits qu'on lui demande, et s'il les refuse, — ce qui est bien improbable, — on passe outre, ou bien on le dissout. — ce qui n'a aucun»' importance chez vous, vous le savez bien ! »

L' ALSACE-LORRAINE Un autre professeur qui assistait à la conversation prit la parole à son tour :

LALLEMAGNE MODERNE

« On discutait déjà au xvii® siècle dit-il, sur la question d'Alsace-Lorraine et c'est à cause de cette longue littérature, de ce perpétuel différend entre nous, que dans nos écoles on vous nomme encore «l'ennemi héréditaire». Croyez bien que les gens sensés le déplorent, mais déclarent aussi que vous justifiez cette appellation en vous obstinant à paraître en effet «l'ennemi héréditaire». On m'a dit, — et vos romans, vos journaux semblent le prouver, — que l'idée de la revanche s'éteint chez vous. Cela est bien heureux. Car, voyez ! Supposez une nouvelle guerre ; si vous êtes battus, vous devez ou abandonner l'idée de revanche avec moins d'honneur, ou chercher à la satisfaire de nouveau avec moins de chances. Si vous nous battez, vous nous repassez l'idée, et ce sera à notre tour à songer à la revanche? Grand merci, vraiment ! Il y a assez longtemps que nous nous regardons en ennemis, et que vous nous privez de l'amabilité d'un peuple très agréable. Vous répondez à nos avances : il y a l 'Alsace-Lorraine entre nous. Mais oui, l 'Alsace-Lorraine est entre nous, mais elle y a toujours été ! Elle peut nous réunir autant que nous séparer, comme il advint entre l'Italie et l'Autriche, après que celle-ci eut abandonné la Lombardie.

« Qui peut nier d'ailleurs que l'Alsace soit de race et d'esprit allemand? Avezvous jamais songé à franciser cette province? Depuis la guerre seulement vous avez inventé qu'elle est française d'esprit et de langue. Auparavant, vous ne cessiez de railler les Alsaciens, et vous étiez si persuadés qu'ils étaient Allemands que c'est sur leur prononciation que vous vous êtes figuré la nôtre. De plus, j'ai un souvenir précis. J ai lu dans le recueil des

pièces des Tuileries que les protestants alsaciens faisaient de la propagande en faveur de l'Allemagne bien avant la guerre de 1860. Vous ne devez donc pas vous étonner que quelques hommes d'État de chez nous aient cru venir là-bas en vrais libérateurs. »

Je crois pouvoir affirmer que ces points de vue de membres importants de l'Université reflètent bien la moyenne des opinions du monde des professeurs allemands.

Je ne voudrais pas découvrir l'intéressant interlocuteur avec qui j'ai eu la conversation suivante. Il ne m'a pas demandé de taire son nom, mais il ne m'a pas non plus autorisé à le donner. La liberté avec laquelle il s'exprime sur les différents sujets qu'il aborde et qui fait toute la saveur de cet entretien me fait prendre pour lui cette précaution de le laisser dans l'ombre. Qu'il suffise de savoir qu'il est l'un des financiers les plus importants de Berlin — non israélite, ce qui est assez rare — et que sa haute situation le mêle de très près à la politique économique allemande. Souvent consulté en haut lieu, il révèle bien, par la qualité de ses fréquentations, l'état des esprits dans les cercles dirigeants de son pays.

Je lui demandai d'abord, — car il connaît Paris, comme on le verra, — quelle différence il fait entre les mœurs financières de chez nous et celles des Allemands. Sa réponse fut brutale. Je la donne toute crue, car elle montre l'idée qu'on se fait en Allemagne de Paris et des Parisiens. Et aussi parce qu'elle contient peut-être, dans son exagération, un peu de critique juste, et que la critique est toujours bonne à entendre quand on veut progresser.

LEIPZIG. — L'Ausu^^lusplalz, la plus grande place de la ville, est située entre le Nouveau-Théâtre, le Musée

municipal, rUniversité, la Paulinerkirclie et la Poste centrale.

LEIPZIG. — Sur la place du Marché s'élève l'ancien Hôtel de Ville, du xvi» siècle. Il renferme aujourd'hui

un Musée historique municipal.

PUilKCHB 3r>l .

Page 1