ET SNOBS
Pas rfe vrai luxe ni de vraie élégance. - Pas de réunions mondaines publiques. - Chronologie des fêtes de la Cour. — L'Ordenfest. — La Defiliercour. — L'Impératrice n'aime pas les fêtes. — Présentation à la Cour. - Le cercle. — Les grandes familles s'éloignent du Palais. - Aristocratie nouvelle. — Le luxe augmente. — Les femmes mariées ne dansent plus. — C'est la faute de l'Impératrice, de ses maternités, de sa dévotion. — Rigorisme des mœurs au Palais. — Le W. — Salons privés. — Mœurs mondaines. — On ne cause plus. — En quoi consiste le snobisme berlinois. — Américains mal élevés. — La mode française triomphante. ~ La gloire de M^^ Paquin. - Voyages et villégiatures. ~ L'Ile de Riigen Heringsdorf. -
Norderney. — Les « verboten » d'une ville d'eau. — Comment on se baigne.
L n'existe pas à Berlin de rendez-vous d'élégance comme à Paris l'allée des Acacias, Armenonville, les thés, ou des cérémonies mondaines comme les premières, le concours hippique, les courses d'Auteuil, de Longchamp, de Chantilly. De sorte que, si vous voulez vous rendre compte de l'élégance de la société berhnoise, cela vous est complètement impossible.
L'Empereur va bien à cheval au Tiergarten, chaque matin, avant de passer chez le Chanceher de l'Empire, mais, si l'on met à part quelques ofliciers et quelques amazones assez piteuses, son exemple n'est point suivi. Il a voulu, il y a quelques années, créer un corso périodique dans le Tiergarten ; c'est à peine si quelques équipages et quelques fiacres répondirent à son invitation impériale. Non, les élé-
ments n'existent pas pour ces exhibitions pubhques de luxe, ni, je crois, le goût.
Au théâtre même, l'habitude de faire l'obscurité dans la salle pendant les actes et de courir manger au buffet avec ses gants, pendant les entr' actes, empêche toute coquetterie de se développer là.
Aussi va-t-on au théâtre en robes de laine, en blouses de soie ou de flanelle, aussi bien dans les music-halls qu'à l'Opéra Royal. Cela en dit beaucoup sur la longue pauvreté de ce pays et sur la simphcité de mœurs dont la tradition dure encore.
Même les premières représentations théâtrales ne sont pas des événements mondains : on en compte une presque tous les soirs pendant certains mois d'hiver, et la mode n'y est pas. Il faut peut-être faire une exception pour les premières de Haupt mann et de Fulda, qui éveillent davantage la curiosité. Les salles de premières sont donc remphes par le public ordinaire et par la presse. Mais la presse ne se pique
L A L î. E M A G N E MODERNE
pas de chic en Allemagne, et cette absence de prétention est toute à l'honneur de son caractère. Les critiques passent leur nu il leure redingote sans se croire obligés de singer des manières qui ne s'harmonisent pas avec leur situation de fortune et qui seraient forcément sans lendemain.
LtMCUBMfBST Du 10 décembre au 15 mars, un Berlinois un peu lancé, un officier de la garde, un bon conducteur de cotillon, un secrétaire d'ambassade sont invités presque tous les soirs à dîner. Les gens riches reçoivent par catégories, car le tchin est très sévère, et la hiérarchie se maintient dans ce pays respectueux.
La première grande cérémonie de l'hiver est « rOrdenfest », la Fête des Ordres, qui a heu le 18 janvier. Ce jour-là, les nouveaux décorés déjeunent chez l'Empereur, depuis les généraux de l'Empire jusqu'aux plus modestes des employés qui ont mérité la croix. Les femmes décorées sont rares, mais il s'en trouve parfois, des infirmières par exemple, ou quelque femme philanthrope.
Le soir de cette réunion, l'Empereur et l'Impératrice ont leur première réception à la Cour. En février et mars, ils donnent encore trois ou quatre grands bals, une représentation de gala à l'Opéra, et c'est tout, la saison est finie, les réjouissances officielles épuisées. Jusqu'ici, les bals et dîners officiels cessaient au carême, mais la tendance s'affinne de prolonger les réceptions jusqu'au dimanche des Rameaux, et même recevoir pendant la semaine sainte n'est pas trop mal vu. On va jusqu'à parler de bals qui pourraient se donner après Pâques : car pourquoi Berlin n'aurait- il pas une « saison » comme Paris, Londres et Madrid?
Malheureusement l'Impératrice n'aime
pas hr-niirniip U's f»Mes ni les raepUun^. Causer avec des étrangers est pour elle un supplice ; elle ne sait que diro : quand o1!o y est forcée, elle en souffre horriblement et transmet à son entourage une gêne, une contrainte insupportables. Voilà, je crois, une des raisons qui empêchent les fêtes de la Cour de se multiplier. Car l'Empereur, au contraire, rêve d'une Cour brillante et suivie.
LA DEFILIERCOUR Après « rOrdenfest », la réception la plus ardemment attendue est celle où se font les nouvelles présentations à la Cour, ce que les Berhnois appellent la « Defiliercour » et les diplomates, entre eux, la « Schleppencour », parce que les femmes y viennent en robe à traîne. Pour y assister, il faut d'abord avoir été présenté. Seuls ceux qui ont la particule, et les ministres, les hauts fonctionnaires jusqu'au titre d' « Excellence », leurs femmes et leurs filles, ont ce privilège. Ils sont « hôfig », c'est-à-dire « qualifiés ». A Berhn, tous les officiers de la garde sont « hôfig ». Quand une jeune fille de la noblesse ou du monde des fonctionnaires a l'âge de faire son entrée à la Cour, où elle a droit par son titre ou le rang de sa famille, elle doit d'abord visiter la grande maîtresse de la Cour, la comtesse de Brockdorf, et lui être amenée par une dame déjà reçue et qui lui sert de marraine.
Cette présentation, à force de raideur et de guindé, est la formalité la plus ennuyeuse de toutes.
Après la visite, on reçoit chez soi une carte qui est l'ordre de se présenter à la prochaine réception royale à son rang, selon la catégorie à laquelle on appartient, groupe diplomatique, maisons princières, officiers, Excellences, etc.
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GRUNEWALD. — Prosiiue aux portes de Berliu, la roule conduisant à Polsdam traverse la grande et jolie lorêl de Griinewald, peuplée de restaurants et de cafés que la foule des dimanches envahit, Télé venu.
LES PLAISIRS DE L'HIVER. I,c patinajifo est le sport favori du Berlinois qui s"v livre avec passion
dans de vastes espaces aménagés pour cet usat^e. au centre même de la ville.
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CiKUNEWALD. ric><|iic :iii\ jinrlcsdc l'.iTliii. l;i rmili- iiiii'liii-:ml .1 l'<il-'l un Iimxii^i- I.i -i:iit.li' i-| jci|i<loii'l ilr ( Il iiii<-\\ ;iM. |ii-ii|i|('m' i!c rc-shiiii ;iiiK fl de cmIi'--. <]iii' ];i loiilc i!i-~ • I ini;mcli('>. iiiN.iliil. \'f[r \i-iin.
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LALLE MAGNE MODERNE
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Il y a vingt ans, on présentait à la Cour, chaque hiver, au plus vingt ou vingt- cinq jeunes filles ou femmes. Aujourd'hui, le nombre en atteint soixante- dix, et cependant le choix des favorisées est très sévère.
Le jour du défilé, les catéchumènes passent une à une avec leur traîne et leur voile devant l'Empereur et l'Impératrice assis sur leur trône ; la grande maîtresse prononce leur nom, elles font leur plongeon... C'est fini. Elles défilent ensuite devant la haie des jeunes cadets en costume Louis XIV, joHs et frais comme des amours : ce sont les cadets de première classe, âgés de seize à dix- sept ans, qui appartiennent aux premières familles nobles ; puis, devant la rangée des princes, princesses, grands fonctionnaires.
« C'est très émouvant, me racontait l'aimable douairière de Potsdam, qui me favorisait de ses confidences. Tous ces regards braqués sur vous, l'œil d'aigle de l'Empereur surtout, et aussi la crainte de faire un faux pas, ou un geste maladroit, paralysent les débutantes.
« De mon temps, il y avait cercle après la présentation, c'est-à-dire que les femmes et les jeunes filles se réunissaient dans les salons, où l'Impératrice venait adresser à chacune d'elles un mot aimable. Corvée difficile, qui demandait beaucoup de présence et de fertilité d'esprit, de bienveillance naturelle, de bonne grâce famiUère. On l'a supprimée pour ne pas faire trop souffrir notre souveraine.
« D'une manière générale, nous sommes forcés de reconnaître que la Cour actuelle a des façons moins aristocratiques que l'ancienne. Lisez les Mémoires du ministre Delbriick: vous y verrez qu'en son temps, et ce n'est pas si vieux, jamais une femme ou une fille de ministre bourgeois n'était
admise à la Cour. Maintenant, elles y vont toutes. D'autre part, Guillaume II a traité si mal les chefs des grandes familles qu'ils évitent le plus possible d'aller au Château. Le vieil empereur les entourait, au contraire, d'égards exquis ; il comprenait que, pour avoir une Cour brillante, de beaux équipages, des bijoux historiques à ses galas, il fallait attirer les grands princes et les anciennes familles. Guillaume II, qui est un « Roi-Soleil >> sans argent et un Napoléon sans gloire, a créé de ses mains toutes- puissantes une foule de nouveaux princes dont il aime à s'entourer, de préférence aux vieilles familles, moins souples et qui exigent plus de considération. C'est un fait. Les princes médiatisés, comme les Carolath, les Reuss, les Pless et tutti quanti, qui furent des souverains et qui sont apparentés à tant de familles royales, n'ont pas ses bonnes grâces. Il en est, parmi ces disgraciés, d'aussi vieille noblesse que lui, et même de plus ancienne maison prussienne, qui ne croient pas tout permis au roi de Prusse et qui le lui montrent bien à l'occasion.
« On a pu voir cela quand il s'est agi de la dotation de ce pauvre von Lucanus, son chef de cabinet civil, que refusa la Chambre des seigneurs.
« Aussi beaucoup d'entre eux, estimant que, dans un pays monarchique et hiérarchique comme la Prusse, on n'avait pas pour eux les égards dus à leur rang, ont abandonné leurs palais de Berhn et ne viennent à la Cour que s'ils y sont obligés pour la présentation de leurs filles, quand elles approchent de l'âge du mariage.
— Mais enfin, que demandent- ils?
— Leur rang et les privilèges de leur rang. Tout ce que l'Empereur a fait pour eux, ça été de les ranger avant les « Excellences ». Or, les « Excellences «, vous
le savez, c'est le sable de la mer. Quant à leurs fils cadets, dont plusieurs ont épousé des filles de rois, ils n'ont pas d'autre place à la Cour que les jeunes lieutenants de la garde, ce qui est indigne, je vous assure.
— On m'a dit aussi que tous ces princes ne sont pas riches et que la fréquentation de la Cour entraîne à de grosses dépenses... Or, vous dites vous-même que l'Empereur n'a pas la cassette ouverte de Louis XIV...
— C'est vrai aussi. Le séjour d'hiver à Berhn devient très coûteux. La municipalité n'a-t-elle pas eu l'idée de faire payer l'impôt à ceux qui séjournent trois mois dans la capitale, comme s'ils y vivaient toute l'année? Or les impôts montent vite dans notre métropole. Alors les grands seigeurs, qui payent déjà l'impôt provincial, ne séjournent à Berlin que deux mois trois quarts, et la plupart du temps à l'hôtel.
LE LUXE « Pourtant, il faut lereconnaître. si les très grandes familles boudent le Châ teau, les nobles, en général, s'y précipitent, et si les bijoux historiques deviennent rares, le luxe de la Cour augmente. C'est qu'autrefois il y avait une saison à Breslau, à Munster, à Dresde, dans toutes les villes importantes. Aujourd'hui, la vie mondaine aristocratique de province tend à diminuer; on vient davantage à Berlin de partout, de Saxe, de Westphalie, menude Kœnigsberg et de Posen. L' Empereur a beaucoup contribué au développement de ce luxe par son goût personnel et affiché pour 1^ faste et l'éclat des costumes. Il a créé une nouv^lU' garde pour l'Impératrice, de nouveaux uniformes fi'ofTiriprs, tout cela un pou théâtral, mais brillant, on somme. Du cote des f^^mmes, parmi l-'S r'vhf^^ nouvellement anoblies, beaucoup do parures *^'t quelquos somp-
tueuses robes de Paquin. Cependant la plupart des toilettes sont encore modestes, et quelques-unes font pitié quand elles ne font pas rire, mais cela n'empêche pas que, grâce aux uniformes, la Cour de Berlin est assurément la plus brillante d'Europe. Rendons à notre César ce qui lui appartient.
— Quelles sont les autres différences entre la Cour d'aujourd'hui et celle du vieux Guillaume?
LES FEMMES MARIÉES —La première, c'est NE DANSENT PLUS - o q^g les gens mariés n'ont pour ainsi dire aucune place dans les danses qui suivent les défilés. Les jeunes filles y régnent en maîtresses souveraines, de même que les jeunes lieutenantsfraisémoulusde l'École des Cadets.
Les autres femmes font tapisserie ou s'en vont. On pourrait, en effet, compter sur ses doigts les exceptions à cette règle, ce qui est dommage, car ce sont les femmes mariées qui, en général, donnent le ton des salons. Comme on les empêche de se produire, l'atmosphère des bals est puérile et ennuyeuse. De sorte que ces gavottes, ces menuets — où l'on n'est admis qu'après des répétitions nombreuses — ont l'air >!<■ bals blancs et manquent d'entrain.
— Pourquoi les femmes mariées ne dansent- elles plus?
— Parce qu'il n'^st plus de bon ton pour elles de danser. Alors les hommes mariés, ne se souciant pas de faire tourner des enfants do dix-sept nu dix-huit ans, ne dansent pas davantage.
— Mais d'où vient que ce qui était de bon ton sous le règne du grand- père ne l'est plus sijus le petit-fils?
— Cola vient des sentiments bourgeois de r Impératrice. Comme elle a passé sa vie
dans les maternités, elle n'a guère dansé depuis son mariage, et elle n'aime pas la danse. De plus, vous le savez, elle est extrêmement dévote et collet monté. On n'a pas été sans vous dire que les statues grecques et les études de nu la scanda- Hsent... Sa vertu estime aussi que les femmes mariées ne doivent pas danser.
Oui la vertu est de rigueur. »
Après les bals de la Cour viennent les bals des princes, ceux du prince impérial, du prince Eitel- Frédéric. Puis ceux des ministres, qui sont forcés d'en donner un ou deux par hiver, soirées officielles, en général peu élégantes, où l'Excellence doit inviter ses employés. Le bal du ministère de la Guerre est le moins bourgeois Celui du ministère des Affaires étrangères n'est pas mal non plus, mais celui du ministère du Commerce, par exemple, qui réunit la fine fleur des « Kommerzienrâte », est triste à pleurer.
Il y a aussi les bals d'ambassadeurs, dont le luxe varie suivant les nations représentées et surtout selon le titulaire du poste. L'anglais est généralement le plus brillant.
LE w (OU WEST) C'est dans le VV (prononcez V) qu'il faut être admis pour compter dans la société berfinoise. Le W ou West (quartier de l'Ouest de Berlin) n'est pas extrêmement étendu. Et l'on m'assure que son spirituel monographiste, le peintre Edel, a mis un peu trop de complaisance à le pousser loin dans Charlottenbourg et presque jusqu'à Schœneberg. Le W, en réalité, commence à la Vossstrasse, — qui a perdu de son lustre depuis que les magasins de Wertheim en occupent une partie, — longe le Tiergarten, s'épand un peu sur les quais de la Sprée. Le coin vraiment chic du W va de la porte de Bran-
denburg et de Pariserplatz jusque dans les environs de Kroll, le Nouvel Opéra Royal. Le monde officiel préfère, en effet, les maisons un peu démodées aux magnifiques immeubles neufs du Kurfùrstendamm, d'un luxe extraordinaire, où certains appartements d'étages se louent jusqu'à 20.000 francs. Beaucoup de gens riches habitent là ; on n'y compte pourtant qu'une ou deux grandes famifies aristocratiques. Mais je ne réponds pas que bientôt l'orientation de l'élégance n'aura pas changé et qu'il ne faudra pas aller jusqu'aux champs de pommes de terre de Wilmersdorf pour dîner en ville.
SALONS PRIVÉS Donc, à côté de toutes les fêtes officielles, bals de Cour, bals princiers, bals ministériels, la société riche multiphe ses réceptions. Il y a plusieurs étages dans cette société. Ce ne sont pas les maisons des millionnaires qu'on recherche le plus.
Comme dans tous les pays où subsiste une aristocratie, il existe des salons dont les portes ne s'ouvrent que pour une éhte très fermée et où frappent en vain les enrichis d'hier; d'autres qui, au contraire, ne demandent qu'à s'ouvrir tout grands, mais sont fréquentés surtout par ceux qui aiment manger abondamment, à époques rapprochées et à peu de frais.
Ces amphitryons peuvent ainsi se donner l'illusion qu'ils reçoivent tout Berlin. En réahlé, ils donnent à manger ; ce sont des hôtehers bénévoles, flattés de voir accepter leur cuisine et de montrer leurs domestiques à quelques professeurs d'Université, à quelquos lieutenants en uniforme, et à leurs collègues banquiers, hommes d'affaires, avocats ot médecins.
Les invitations se font trois semaines à l'avance par un grand carton envoyé aux gens à qui on doit un dmor. A partir do
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ce moment, on a payé sa detto. Que les gens acceptent ou non, on ne leur doit plus rien.
On ne demande pas :
u Le dîner était- il bon? »
Mais :
« Qui était là? »
De même qu'on ne s'intéresse pas de savoir si une femme ou une jeune fille du monde est intelligente, cultivée, artiste, ou si elle brille par quelque qualité mentale ou morale ; on s'enquiert de la position de son père. Et que font ses frères? Quelles sont ses relati<ms?
Quant aux visites, les hommes en font peu ou pas ; les hommes occupés, presque jamais. Comme en Amérique, un industriel, un commerçant, un financier qui se montreraient en visite pendant la semaine seraient ridicules. L'officier, le diplomate, l'employé supérieur, «onsidérés comme des oisifs ou des amateurs, en tout cas maîtres de leur temps, se croient tenus aux visites, qui entrent pour ainsi dire dans leurs fonctions. Les autres emploient le dimanche à cette corvée si rarement agréable. En général, dans la bourgeoisie, le monde universitaire, les professions libérales, c'est entre midi et deux heures que les dames se rendent visite.
MŒURS MONDAINES Les gens qui ont voyagé essayent d'implanter d'autres usages et commencent à recevoir, en prenant une tasse de thé, vers quatre ou cinq heures. Mais les mœurs seront très difficiles à changer à Berlin, car chacun y a des habitudes particulières et les garde. Les professeurs dînent à deux heures ou deux heures et demie, les hommes d'affaires à trois heures, les financiers à quatre heures, les officiers à une heure. La sociabihté se ressent de cette
anarchie. Est-ce pour t cite raison que le salon où l'on cause n'existe pas à Berlin? On m'assure que la tradition en serait même perdue complètement si la vieille princesse Radziwill lu'o Cn stollane, avec un entêtement de l'autre siècle, ne s'acharnait à maintenir le sien. Elle seule sait encore recevoir comme autrefois. On arrive chez elle vers neuf ou «lix heures, les hommes en habit, les femmes en toilette. N'importe quel jour : la porte est ouverte. On bavarde une demi- heure, une heure, on prend une tasse de thé, à la Spartiate, — pas autre chose, — et on s'en va. Ceux qui veulent la voir tranquillement y vont un jour de bal au Château royal, sûrs de n'être pas dérangés... Et c'est alors une soirée délicieuse, d'un charme souverain. Elle cause admirablement, sait tout de l'ancienne Cour et du vieil Empereur, des mœurs et de l'histoire. Quel profit l'on tire d'une conversation d'une heure avec elle ! Pourtant, une autre femme encore a créé à Berlin un coin mondain intelhgent, et il serait injuste de l'oubher. C'est la comtesse de Wolkenstein, ancienne ambassadrice d'Autriche à Paris, Berlinoise d'origine, qui vient passer six mois par an dans la capitale prussienne. Elle demeure au Palast- Hôtel, sur la Leipzigerplatz, et son salon est le rendez- vous de ce que toute la ville compte de gens distingués et cultivés. Très bien vue de l'Empereur, qui estime beaucoup son tact intelhgent et sûr, on peut dire qu'elle est à présent l'une des personnahtés les plus importantes de la saison d'hiver berlinoise.
Les femmes de certains financiers se donnent un mal terrible pour se faire un salon, ou du moins une table d'hôte et une salb de bal ; les unes y sont parvenues, les autres pas encore.
Plut. Scht-rUl liiip Ko-tiT. Bi-rlin
LE TIERGARTEN est le Bois de Hoiilopne berlinois. Dans une de ses parties se trouve le Jardin Zoologiquc cl dans les cafés qui y sont installes, les antilopes s'approchent^familièremenl des consommateurs.
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