‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 21 sur 164 · I.-- .mI · texte numérisé non relu

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FRÉDÉRIC LE GRAND. - Du luul do son piédcsUl .le grnni., lo roi guemcr ;;; Pf^^^'^Y^rlisr îîar^son manlean .Ihormlne. semble contempler cette grandeur pruss.enne dont .1 r,.l le gcn.al

PuklICNE #>.

WANNSEE. — Sur la vasie plapre sablonneuse qui borde le lac de Wannsee les ouvriers et le petit commerce de Berlin se rencontrent et lusionnenl dans un démocratique pèle-mèle.

Planche 41

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.Ilot. Scherl. Brrlin

LA MAISON WiLKÏH£iM est un ina^;isiii tie nouveautés dans le genre du Louvre et du lion Marché mais moins mposant. On y vend jusqu'à de la boucherie el une porlion d'élage^est occupée par un restaura il.

TIETZ. — La iit<ti;><Hi lèv.ile •!«• \\ ei'llH;iiii, pifT^ipie duasi ^landc vi <tUB»t ia»lueu»e qufll»'. S emumiedlil diposséder les [)lus vastes salles dV« position du monde pour les modes el la coulure.

PLA.NCIItu JJ.

LALLE MAGNE MODERNE

LA MAISON WLK HlEliM t'r>l iiii iii.ii:.i-<iii lit- ti>>ii\i-.iiiii'-. ii.iii> II- ;;i-iiii-uii l.>>ii> n- ^■^ i in lion M.iri-iu- iii;ii-< hiium^ in|pi>-'.'iit. (Jii \ \<'iiil iusijUii ili' 1,1 l>iiiii.-licrii' cl mil- |i irtinn ili-l^i^jt-'ot ofi-iiin'i- |i.ii- un r,-sl:iiii'.i il.

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l'i A'. MM

LE SNOBISME II y a quinze ans, on peut BERLINOIS o dire que le snobisme n'existait pas à Berlin. On avait sans doute son genre de pose et son instinct d'imiter les grands, ce qui témoigne d'une ambition parfois louable. Mais le snobisme anglais, — pire encore, le snobisme américain, — le besoin d'étaler sa richesse, — y étaient inconnus.

C'est dans ce coin de finance qu'il est né. Les dames von R..., les von F... et quelques autres ont donné le branle ; à l'heure présente, il y a entre elles un concours d'étalages et une course aux relations qui deviennent morbides.

« En quoi consiste donc ce snobisme?

— En ceci :

« Être admises dans un cercle plus élevé que le leur ;

« Se montrer bien pensantes ;

« Fréquenter les fêtes charitables auxquelles l'Impératrice participe ou qu'elle patronne ; surtout celles où assiste en personne la grande maîtresse de la Cour, comtesse de Brockdorf ;

« Ignorer les autres.

« Ce qui nous avait jusqu'ici préservés de l'effroyable snobisme américain, continue ma déhcieuse douairière, et laissé à nos mœurs mondaines leur agréable simplicité, c'était justement l'absence d'une colonie américaine. L'invasion s'arrêtait à Dresde. Mais ces « républicaines » sont plus affolées de titres et de noblesse que les monarchistes eux-mêmes. Et quoique rebutées, précisément, par la dignité un peu distante de notre aristocratie de l'Est, le voisinage de la Cour impériale les attirait invinciblement. M. Vanderbilt commença la série de leurs explorations. Il fut reçu par l'Empereur et plut assez dans l'entourage ; il s'assimila vite l'atmo-

sphère de BerUn et ne fit pas de « gaffes ». Mais l'ambassadeur des États-Unis ne sut pas résister à l'assaut de ses compatriotes et, une saison, il présenta jusqu'à six (au moins) Américains à la Cour. Quand le représentant d'une grande puissance demande la faveur d'introduire quelqu'un de ses nationaux de marque au Château, il est d'usage courtois de s'empresser de la lui faire accorder. Ses six « snobs » et « snobinettes » se trouvèrent malheureusement assez vulgaires, leurs toilettes tapageuses étonnèrent et détonnèrent, l'étalage de leurs bijoux, comme en des vitrines, choqua ; bref, elles ne plurent pas. On ne se dérangea pas pour elles. L'Empereur les reçut cependant fort bien. Mais elles ne durent pas partir satisfaites de Berlin, et la presse leur fut assez mauvaise. On trouva, ce qui était juste, que six couples à la fois, c'était un peu trop ; car on admet généralement peu d'étrangers à la Cour prussienne. Et puis, se demanda- t-on, pourquoi introduire tant de femmes et de filles de marchands d'Amérique manquant de manières, quand on n'admet pas les marchands d'Allemagne de même catégorie, qui ont, au moins, autant de titre qu'eux à cet honneur, et sûrement sauraient mieux se tenir?

« Bref, je crois qu'on fit comprendre à l'ambassadeur des États-Unis — oh !

avec beaucoup de ménagements — qu'il avait peut-être un peu abusé, qu'à l'avenir il devrait mettre une barrière à cet envahissement.

« Qu'elles aillent donc à Dresde ! n

LE TRIOMPHE DE o Y a-t-il à Berlin

LA MODE FRANÇAISE ^^^ ^^-^ ^^ j^ ^^^^^

quelque prince de Sagan qui donne le ton à la société berlinoise? Non, me répond-on en Heu sûr, il n'y en a pas. Les cfTiciers

en civil n'ont pas le sens de l'élégance ; les hommes vraiment distingués ne s'en soucient pas; l'Empereur, sans son uniforme, est très mal habillé ; le prince impérial, seul, a de l'allure. Il y avait un fat à la Cour, le prince Léopold, qui ne pensait qu'à ses vêtements, mais on l'a trop bafoué pour que personne songe à l'imiter.

Pour les femmes, c'est autre chose.

A Hambourg, déjà, je me laissai séduire par la parfaite élégance de quelques habituées des courses, le jour de la visite de Guillaume II.

A Berlin, une nuit, j'avais aperçu dans un luxueux cabaret des Linden des femmes

— oh ! moins nombreuses que les étoiles !

— habillées selon les dernières lois de la mode, minces de taille, plates de hanches, comme il convient, et leur corps gracieux, depuis leur nuque blonde jusqu'à la traîne de leur robe, était celui de parfaites Parisiennes. J'y fus complètement trompé. Il ne fallut pas moins qu'une conversation à cœur ouvert avec elles pour apprendre en même temps que ces dames étaient de Magdebourg, de l'r* >tie et de Posen et que leurs toilettes sortaient de magasins borlinoi>. I! y : vingt tins, il y a seulement quinze ans, il eût été bien dillicilr u ]\>hservateur de découvrir dans toute l'All»^magne une seule toilette decette valeur* t de cette perfection.

« Vn r\uq ans, tout chancro rht'z ninis. me dit une dame. Cinq ans, c'est le terme de toutes nos évoluti'.ns... Dans cirui ;ins, revenez ici, vous en verrez bitn <i'autr< >. En .ittondant, alitez chez Gerson, alhv. (•h«'z la F't'ihst^'in, un vmus montrera les orii;:inaux <h' ces copies, »

Quelques jours après cette vision rapide, jp ront'ontrai Tnii d«'s priiK^paux couturiers du pays et l»- priai de m' éclairer mit

la situation actuelle de la mode française en Allemagne.

« Où prenez- vous vos modèles? lui demandai-je.

— A Paris, donc î fit- il comme s'il était étonné de ma question.

— Je m'en doute ; mais on me dit que Vienne fait concurrence à Paris, jusqu'en Allemagne? »

Il eut un de ces éclats de rire outrageants dont ne se font pas faute les Berlinois sans nuance :

« Vienne ? Mais Vienne prend aussi tous ses modèles à Paris ! Vienne accapare la chentèle russe, autrichienne et polonaise qui ne va pas jusqu'à Paris, mais jamais elle n'aura la société riche qui voyage. Quant à la clientèle allemande, elle n'a pas besoin de Vienne, elle a BerUn, elle à Hambourg, elle a Diisseldorf, Dresde, etc., etc., qui font aussi bien et mieux que Vienne. »

Voilà donc un point acquis : Paris reste aux yeux des Allemands la capitale de la mode féminine. Vienne copie Paris sans l'avouer ; Berlin et les grandes villes prussiennes et saxonnes s'alimentent à Paris de modèles et d*' nuuveautés, et l'avouent.

Mdis quelles sont, aux yeux de nos voisins, si andjiticux [Muirtant de tiiutcs les supériorités, les qualités de' vaut lesquelles ils s'inclinent, ot eonunent s'y résignent- ils?

« Les (jualitt's de la mode française?

Le gtiùt, monsieur-, un paît sans pareil au monde. Ola ne se donne pas... Nous îT avons personne, ni parmi nos ouvrières, ni [)armi nos ouvriers, qui puisse rien créer, non seulement de comparable, mais approchant de ce qui sort d'ateliers comme ceux de Paquin, par exemple, ni pour la délicatesse de l'invention, ni pour la quantité d'idées nouvelles qu'on trouve dans

une seule toilette, ni pour l'esprit et le charme des combinaisons !

— Quoi encore ? fis- je, voulant le pousser.

— Mais tout! répliqua- t-il. La perfection des détails, l'achèvement minutieux des moindres choses. Cette femme- là (il parlait de M"^® Paquin), cette femme- là, voyez- vous, a tout l'art, tout le génie de la toilette dans ses doigts et dans ses yeux. Je la connais bien, car je vais deux fois par an à Paris pour choisir, chez elle, et chez un ou deux de ses concurrents, les modèles que je rapporte ici. Ce qu'elle fait avec un morceau d'étoffe et deux épingles est incroyable ! C'est comme un chimiste qui n'aurait qu'à jeter dans un fourneau quelques pincées de poussière pour qu'il en sorte des bijoux ! Cela me stupéfie toujours. Cette facihté, jointe à cette sûreté infaillible, est tellement contraire au génie de notre race ! »

J'envoie en passant ce compliment à ma célèbre compatriote, charmé de me faire le messager d'une admiration aussi spontanée, aussi absolue et, je dirai, aussi flatteuse pour la réputation de notre Paris. En même temps, je lui communique ces simples mots entendus un jour à table et qui en disent long sur sa popularité en Allemagne :

« Madame Paquin ! disait une dame en levant les yeux au ciel d'un air d'adoration et avec un accent de convoitise que je ne peux rendre: « Achf Gott, Goll / » (Ah! Dieu ! Dieu !) »

Je C(jniinuai :

<< Vous trouvez donc des clientes (jui peuvent payer des prix aussi sérieux? Les Allemands se plaignent toujours d(î leur pauvreté...

— Jugez- en. Il y a quinze ans, je n'ache-

tais guère à Paris que trois ou quatre modèles; aujourd'hui, j'en rapporte vingt. Il se passe pour la toilette des femmes ce que vous avez pu observer dans tout le reste de la vie allemande. On dépense en voyages, en confortable, en plaisirs, en toilettes, trois fois ce que l'on dépensait il y a seulement quinze ou vingt ans. Savez- vous que M^^ Schwabach a un budget de toilettes de 70.000 marks (87.500 francs)?

Et ai-je besoin de vous assurer qu'elle le trouve quelquefois insuffisant!... M^^^ Yrielànder, M"^^ de Wesendonck, belle- fille de l'amie de Wagner, M^^ de Siemens, fille du grand Helmholtz, la comtesse de SierstorplT, la comtesse de Wedel et dix autres qui donnent le ton ici, s'habillent en partie à Paris, en partie à Berlin, d'après des modèles de Paris, naturellement.

— Et vous vous résignez au goût français, et vous croyez que cela durera?

— Ach! fit-il durement, en levant les bras, horizontalement, d'un geste de colère impuissante... Seulement ne croyez pas que nous ne trouvons pas notre intérêt dans ce négoce. Les modèles de Paris, une fois lancés, nous les simplifions, nous les adaptons aux exigences de l'exportation, et c'est par milliers que nous les faisons reproduire pour l'Angleterre, l'Amélique du Nord, l'Amérique du Sud... Ce trafic est presque exclusivement berlinois. Le marché se divise entre Berlin et Breslau. Pourquoi ne l'avez-vous pas accaparé vous-mêmes? Ah ! je l'ignore. Demandez à vos confectionneurs. »

Je le leur demande, hélas !

VOYAGES ET VILLÉGIATURES L'uu»^ (les

caractéristiques de la vie mondaine berlinoise, c'est que les gens riches voyagent plusieurs fois l'an, à part les premiers

mois de l'année où les fêles de la Cour et les réunions élégantes exigent la présence de ceux qui veulent « compter ».

Mais on s'arrange de façon à couper les longs mois d'hiver par un séjour sur la Riviera française et italienne, à Nice ou San-Remo, à moitié colonisée par les Allemands, et en Egypte. Depuis une dizaine d'années, la mode des sports d'hiver se développant, des familles émigrent aussi, pendant la saison des neiges, en Thuringe, dans la forêt Noire, le Harz, la Suisse allemande. De Berhn, on vient passer une quinzaine de jours dans le Tyrol bavarois, où, les samedis et dimanches de janvier et février, les gares regorgent de touristes comme aux mois de juillet et d'août.

Pour Pâques, on s'en va en Italie, en France, en Espagne. Puis on retourne passer la fin du printemps à Berlin ou dans les villas de Wannsee et du Grùnewald. Autour de Berhn, de même que dans toute la Prusse orientale, la terre est percée comme une écumoire de lacs de toute grandeur, Nikolassee, Wannsee, Schlachtensee... Des villas s'élèvent sur leurs bords, généralement flanquées de tours en poivrière ; quelques-unes, très luxueuses, appartiennent à des financiers et à des industriels, même à des artistes. Peu d'aristocrates, car ils ont leurs terres et leurs chasses en province et quittent Berhn la saison finie. D'autres villas se louent pour l'été. On y accède facilement de Berlin : de nombreux trains desservent les environs, et des bateaux font plusieurs fois le jour le service d'une rive à l'autre et tout autour des lacs.

En juillet, le grand exode commence avec la fin de l'année scolaire ; puis, les gens de loi prenant à leur tour leur congé, Berhn au miheu du mois d'août n'est plus

iiabitt' quo par les pioviiK iaux cl les étrangers en vacances.

Les bourgeois riches vont de préférence en Sni^si'. à S.iin! ^T"rit7. ow hion à Bado ou Hambourg, pan •' (ju»' ce sont des stations de Cour, et qn -!! y fait des tournois internationaux de tennis. Ils aiment aussi le littoral belge et hollandais, Ostende, Scheweningue, car les plages allemandes, peu nombreuses, généralement mal situées, sont envahies par la foule. Cependant une station allemande fut à la mode, il y a quelques années, où fréquentent encore des familles riches dont les enfants, trop jeunes, empêchent les mères de faire de longs voyages : Heringsdorf, sur la Baltique, à quatre heures de Berlin. Comme ce sont des jeunes femmes qui se trouvent ainsi empêchées, leur présence attirait. On allait flirter. Mais il y fait trois jours de vraie chaleur par an, et, en somme, le ton n'y est presque plus. Recherché des israéhtes, Heringsdorf se voit déserté par les aristocrates. On va encore à l'île de Riigen, où les chambres d'hôtels sont retenues deux et trois mois à l'avance. Mais aucune de ces plages n'est vraiment élégante, pas plus, d'ailleurs, que toutes les petites villes d'eau poméraniennes, fréquentées pourtant par des cercles et coteries aristocratiques.

NORDERNEY Cependant le prince de Bulow, ancien chanceher de l'Empire, avait élu Norderney pour ses trois mois d'été, ce qui assura la fortune de cette lie, malgré son éloignement et son accès assez comphqué. Il faut d'abord aller en chemin de fer par Brème et Emden jusqu'à Norddeich, à l'extrémité du continent, sur la mer du Nord, et, de là, se faire transborder par un petit bateau à vapeur qui vous conduit en quarante- cinq minutes à Nor-

T-sr? ■ ■

fiiot. i iiunbtcn-Mii; "'"• l«i'''iel V..,k.. r.i.i».

BERLIN. - Kn liant. iK- ^:auche à droite : Gôiiôral Von Biilow : Sliilue r(|uestre de Frédéric Guillaume IH : Général \oa Scharnhorsl. En bas : Guillaume 1". Le même ii cheval. Un grand éiecleur de Brandebourg.

I'lanliik 43.

BERLIN. - lin li;ml. «I.' -aiiclic à «lioilc ; (i«-iHT;il \-iii Hiilow : Sh.liu- .•.|in-«liv il»' l'iv.lciic dm (ii'iu''i;il \<>ii Scli;iriilioi'sl. I"ii Ii:i^ : (iiiilhniiiu' I'''. I.f imitu' .1 cIh'v.iI

Il iJi'i'iKl cliHU'iir (le

liiiunc II I :

iimii'lioiiii;.

l'I.ot S.IutI, lUrlin.

WANNSEE. — De place m pUct , le lt*ii^ tlv U pJ.i^i . «Ica pluiutio -xtul .um u.i-ii. .-. .ivcc <!es l;il)les où les haif^neuis, ;i la sortie de l'eau, peuvent boire <li' l:i liirre en achevant de s<- séduT.

PlHtt. ."ïilierl. Htrllii.

NORDERNEY. — La pudeur allemande ne lolère plus des ébats de ee «jenrc à Norderney ; les hommes et les femmes s'y baifrnent aujourd'hui séparément, à cinq cents mètres les uns des autres.

Planche .■4

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WANNSEE. — IJ.' |i!ini' «ii placi-. !«• I'>ii^ lic t;i pl^iuf, iK-s |ili<ii<'lii>s ■ -m. ni :iiinii.i|^«r^ ;i\rc .i< •- iiMi-, <mi If-. liai-IMMli «.. .1 l.i sorlii' ilf l'iMM. |ifil\i'lil Imii-f ilr l:i liiiTi' ril :icllt'V:illl ilc -i' -.«•«lier.

NORDERNEY. — i,.i |>Mil(iir alli'iM.inilc iif lr)|ri-f |ilii-. i!f> fl):il> <lr ce u<'iMi' >■" Nuiili'i iicy ; les Iiiuiiiim'» «•! Ii-s tVmiiH'-. «■ \ t);ii'^iieill ililjolird liili >.t'-|>;il(''tlH'nl . ."i rinq cflils iiiMirs les iiM> <!»•>- .illlli--.

derney. C'est aussi long qu'un voyage de Paris en Angleterre. M'y étant trouvé plusieurs jours, j'ai eu tout le temps de regarder et de m' enquérir, et je puis vous donner une idée de ce qu'est la vie d'une plage allemande.

La foule des villas, des hôtels et des pensions s'étend le long de la voie qui borde la plage, la plupart en bois peint en blanc, à colonnes corinthiennes découpées à la machine, avec des galeries ouvertes sur la mer et des jardinets par devant. La plage, belle et unie, fait le tour de l'île. Elle ressemble à toutes nos plages normandes, sans falaises. Une digue pavée de briques suit les courbes des anses. D'immenses tas de sable élevés par des gens habitués au travail créent l'illusion d'une suite de dunes naturelles. Car, fait à noter, ce ne sont pas seulement les enfants qui creusent le sable et dressent des forteresses : tous les hommes s'y mettent avec une ardeur de terrassiers ou de barricadiers. Et dans les trous profonds, des familles entières prennent place, installent leurs affaires, se font des Uts, des oreillers, des abris qu'elles consolident journellement et qui leur servent durant tout leur séjour. Des centaines de drapeaux et d'oriflammes sont plantés au sommet des forteresses de trois mètres de haut, couronnées de paniers d'osier et de vêtements, ou flottent au-dessus des tentes de toile.

Cette foule, composée pourtant de catégories très diverses, de bourgeois riches comme d'employés de l'État et de commerce, se ressemble dans tous ses éléments. Il n'y a pas à dire, elle est vulgaire : c'est celle d'une de nos petites plages du Nord, moins bruyante, cependant. C'est que, je l'ai déjà dit, chez eux les Allemands n'ont pas de souci d'élégance. En vacances, ils se laissent aller ; la casquette

de toile blanche à cinquante pfennigs, leurs plus vieux chapeaux de feutre ou de paille, leurs vêtements usés, leur paraissent bien suffisants pour la plage.

A Norderney, on ne se promène guère, M. de Bûlow faisait exception. Des gens restent là jusqu'aux heures des repas, allongés, face au soleil, ou le nez dans le sable, ronflant. Certains jouent aux cartes, d'autres vont jusqu'au môle où sont amarrés quelques bateaux de plaisance, les voiles carguées.

Il n'y a pas de casino comme on les comprend chez nous, mais une Konversationshaus, endroit triste à mourir, et une Strandhalle, grande salle de brasserie enfumée et bruyante où, le soir, comme les jours de mauvais temps, les baigneurs se réfugient pour entendre jouer un orchestre de cuivres et boire du vin et de la bière. Pas d'autre distraction que l'arrivée des bateaux à vapeur amenant dans l'île de nouveaux hôtes. Les amis, les parents vont au-devant d'eux, des bouquets de roses à la main, qu'ils offrent avec des embrassades.

On pourrait bien aller se promener sur la jetée, longue de 175 mètres, et dont les balustrades sont garnies de filets pour empêcher les enfants de tomber à l'eau ; mais, à l'entrée, où il est écrit : Bain d'air, un employé perçoit 10 pfennigs par personne, et les familles aUemandes de cinq ou six membres ne se soucient pas de payer deux ou trois fois par jour cette taxe arbitraire. Le soir, cette jetée se ferme par une barrière, l'employé n'étant plus là pour toucher le prix d'entrée. Le restaurant de la digue, les boutiques de pâtisserie, de saucisses, de lait, de friseur, complètent le décor de la plage de Norderney.

L'heure du bain est la plus intéressante pour l'observateur renseigné, qui connaît

déjà les règlements de la police de l'île.

Les braves gens qui espèrent jouir pendant leurs vacances d'un peu plus de liberté n'ont pas de chance à Norderney.

On va en juger.

D'abord, nul n'a le droit de se baigner qu'entre sept heures du matin et deux heures après midi.

« Pourquoi cette interdiction? demandai-jc.

— Parce que, me répond- on, des gens trouveraient bon de se baigner plusieurs fois par jour, et que les médecins de l'administration estiment qu'un bain est suffisant.

— Ne serait- il pas plus simple de faire savoir cette opinion aux baigneurs en leur laissant la liberté de choisir l'heure?

— Verboten.

— De sorte que, s'il me plaît de me baigner à la marée montante, à six heures et demie du matin, ou l'après-midi à quatre heures ou cinq heures?...

— Verboten. »

Je voyais arriver sur la digue des familles entières, hommes, femmes, enfants de tous âges qui se séparaient... Les femmes s'en allaient à gauche, les hommes à droite. Les petites filles accompagnaient leur mère, les garçons suivaient le papa.

C'est qu'il est interdit aux couples de se baigner ensemble. Les garçons ne sont admis avec leur mère que jusqu'à l'âge de dix ans ; passé cette limite, le petit garçon d'une veuve, par exemple, devra s'abstenir des bains, ou sa mère sera forcée de le confier a au bdigneur mâle qu'elle ne connaîtra souvent pas.

1! est dél'Ti'l'i également de se déshalail r sous une tonte ou de sortir de sa vilKi ijii (if Son hôtel enveloppé d'un fX'ignoir ; il faut ab>.,lumr-Tit se déshîibill'T dans les cabines ruulantus de l'administra-

tion ou dans une enceinte close de barrières et de toiles destinée à cet usage. Le hnge est distribué à un guichet précédé d'un hall couvert, garni de bancs. On voit écrit sur le mur : « Interdit aux hommes de stationner là. » Un mari voudrait y attendre sa femme : Verboten.

Au beau miheu de la plage, une pancarte porte en grosses lettres: Verbotener Weg fur Herren (Chemin interdit aux hommes). De sorte que vous n'avez pas le droit d'approcher à plus de 500 mètres de l'endroit où les femmes se baignent. Mais rien n'interdit aux femmes de se promener du côté des hommes.

Mieux encore. Il y a quelcpies années, les promeneurs mâles ne pouvaient pas, à l'heure du bain, passer sur la digue, en face des bains de femmes. S'ils voulaient continupr leur promenade, ils devaient faire un long détour et reprendre la route plus loin. Et aujourd'hui, c'est l'âge d'or comparativement à ce qui se passait il y a vingt- cinq ans. Alors, impossible aux propriétaires de bâtir à la place où se trouve maintenant la rue principale de l'île, Friedrichstrasse; et, même en ville, les maisons de plus d'un étage n'étaient pas autorisées : car on aurait pu, avec des lorgnettes, regard'T 1«>s fonunes se baigner. On se demande avec etïr-i (|iiollcs horreurs et quelles tares les Allemandes voulaient cacher avec tant de soin.

Si quelqu'un rit uU s'a^nt* sur cette lilage aussi surveillée qn'uii bagne calé- (!• ui'^n, chacun se retourne, étonné, comme diin seandah'. In jnur, un jeune homme, nt)uvt>au vrnu à Nordernoy, et peu au couraîit (lfS niii'urs, tiifuuri'ha, pour s'amuser, en swrtant de l'eau, un eheval qui tirait le'S cabines. 11 se trouvait naturellement dans l'enceinte des hommes, de sorte (juc mêm«' son torse nu ne pouvait sean-

daliser personne. Les autres baigneurs riaient de cette hardiesse inédite ; lui, ravi de son jeu innocent et de son succès, continuait sa galopade. Un gardien arriva, le fit descendre, le sermonna et voulut lui interdire les bains. Il dut s'excuser et promettre de ne plus recommencer.

Une autre fois, un acteur comique, arrivé aussi pour la première fois dans l'îte, eut la fantaisie, se croyant chez lui dans cette campagne, de s'asseoir sur son balcon, les jambes dehors, pendantes. Les passants s'amusaient de cet audacieux, s'arrêtaient, riaient. Bientôt la police intervint et obligea le comique à rentrer ses jambes dans son appartement.

Je raconte ces faits, puérils en soi, pour donner une idée des abus de la discipline prussienne, de l'hypocrisie des mœurs, et aussi pour indiquer la quantité de liberté qui reste, pendant leurs vacances, aux malheureux baigneurs de ce pays : ils ont le droit de ronfler et de jouer aux cartes.

L'insulaire qui me racontait ces détails ne manifestait aucune indignation. Il était beaucoup plus mécontent du règlement ordonnant de ne pas allumer les becs de gaz publics pendant les nuits de pleine lune, même le soir où elle est voilée, et de la défense faite aux voitures de passer dans les rues autrement qu'au pas, après sept heures du soir, et avant sept heures du matin pour ne pas troubler le repos des baigneurs.

« Au fond, disait-il, il s'agit d'ennuyer les voituriers, car vous pensez bien que les gens qui viennent ici sont habitués à d'autres bruits ! Et puis, à partir de sept heures du soir ! Comme si on se couchait à sept heures!... »

A l'hôtel où j'étais descendu, les garçons venaient de se solidariser avec un de leurs

camarades que le patron voulait renvoyer, et le menaçaient de la grève.

« Voilà où nous en sommes, me dit celui-ci. Le patron n'est plus maître chez lui... Et que voulez- vous que je fasse? C'est la pleine saison, et je suis dans une lie... »

Naïvement, il ajouta :

« Ah ! si encore ils n'étaient pas syndiqués ! »

Puis :

« Le gouvernement est responsable de tout cela. Il soutient trop ouvertement les ouvriers ; les jugements des tribunaux leur sont toujours favorables, et cela les encourage à se révolter. »

Je dis à cet aubergiste :

« De quoi vous plaignez- vous? Dans votre pays, tout le monde empêche, interdit, opprime quelque choseou quelqu'un.

Votre maison est pleine du haut en bas de règlements signés de vous, règlements pour les voyageurs et règlements pour le personnel. Je demande de la bière à mon repas de midi, vous m'en refusez. Vous n'en servez que le soir. Je m'informe de la raison de cet absurde et révoltant refus. Votre maître d'hôtel me répond : « C'est ainsi. » De sorte qu'on n'a même pas la ressource de discuter — ce qui est une aggravation à tant de souffrance.

— Eh bien ! je vais vous le dire, pourquoi vous ne buvez pas de bière à midi. C'est parce que, si j'en servais à l'un, tout le monde en demanderait, car elle coûte meilleur marché que le viu. Et alors je perdrais le meilleur de mon bénéfice, qui est la vente du vin.

— Pourquoi n'imposez- vous pas la bière d"nn droit équivalent à voire gain sur le vin? Ainsi vous respecteriez ma hberté et je ne vous ferais pas de tort ?

— Mais les Allemands ne consentiraient jamais à payer la bière le prix que je serais

obligé de leur demander. Et je perdrais ma clientèle. Tandis que, si j'écris sur des pancartes : « On ne sert pas de bière à midi », cela devient une loi, un règlement, et chacun s'incline. Ah! continua- 1- il, c'est que l'Allemand n'est pas dépensier chez lui Ainsi, j'ai une bonne clientèle chez moi, comme vous voyez. Croiriez-vous qu'on n'y boit presque jamais une bouteille de Champagne? A Norderney, et je crois que l'usage en est répandu partout, on ne boit du Monopole qu'au son de la musique !

Pas d'orchestre, pas de Champagne! Les deux plaisirs vont ensemble.

— Alors, lui dis-je, faites venir un orchestre ! »

C'était l'heure du bain.

Les baigneurs arrivaient, en caleçon, à pas précautionneux et hésitants. Sitôt qu'ils approchciient, un garde- nage les aspergeait d'eau froide ; il arrosait de même ceux qui sortaient de l'eau. Tant que le flot ne couvrait les baigneurs que jusqu'à mi-jambe, les gardes ne disaient rien, mais si les gens avaient l'imprudence de laisser monter la vague jusqu'au-dessus des ge-

noux, c'étaient des coups de trompe et des drapeaux qui s'agitaient, et des gestes de revenir, et des cris autoritaires pour ramener les malheureux aux cuisses naufragées. Et remarquez que la plage est belle, sans trou ni rochers. Il n'y a donc aucun danger, surtout avec la prudence naturelle des Allemands. Mais l'air retentit sans cesse de ces appels de cors et de ces cris de caporaux enragés. Les gens doivent se contenter, sous la surveillance de ce pion qui les ramène en troupeaux dociles, de faire des trempettes ridicules en s' asseyant dans l'eau ; aussi personne ne nage ; pour recevoir la caresse des vagues, il faut s'accroupir. Un malheureux qui avait osé se donner de l'eau jusqu'au nombril se vit interpeller violemment et menacer d'interdiction de bains par le pusillanime forcené.

J'ai assisté pendant plusieurs jours à cette comédie contre laquelle nul ici ne proteste.

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