‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 25 sur 164 · LES J · texte numérisé non relu

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LES GARTENLAUBEN

Une idée française qui progresse très vite en Allemagne. — Tableau des environs des villes. — Colonies berlinoises. La police des jardins ouvriers. — Leur organisation. — La Croix- Rouge, œuvre de défense

sociale. — La générosité de l'Impératrice. — Le retour à la terre.

UAND, venant du Nord, du Sud, de l'Est ou de l'Ouest, après avoir traversé d'interminables paysages plats, monotones, déserts et stériles, forêts de sapins, champs de betteraves ou de pommes de terre, vous approchez de Berlin, l'œil est amusé par un spectacle que je n'ai guère vu qu'en Allemagne. Qu'on s'imagine d'immenses terrains divisés en petits rectangles, longs d'une vingtaine de mètres sur dix ou quinze de large, séparés par des barrières rustiques ou de simples fils de fer, et où s'élève une cabane de bois brut, toujours surmontée d'un drapeau, ce qui fait que sur des espaces très étendus on voit palpiter au vent une multitude de petites flammes de couleur, conmie pour une fête.

LES JARDINS OUVRIERS G'est ce que les Allemands appellent des a Gartenlauben ». Cette institution charmante est imitée de la France, où la première initiative en revient à la ville de Sedan. La Ligue du coin

de terre et du foyer s'empara de l'idée et tenta de la répandre dans le reste de la France. A- 1- elle réussi ? Je le voudrais, car il y a là l'embryon d'une transformation des mœurs ouvrières qui devrait frapper les politiciens et les hygiénistes.

En attendant, l'idée progresse en Allemagne avec une rapidité singuhère.

Aux alentours des grands centres de population, dans la banlieue la plus proche, une société de propriétaires divise de vastes terrains inoccupés en parcelles de quelques mètres et les loue pour une somme minime à tous ceux qui les demandent.

Les ouvriers y bâtissent une cabane et y passent en famille la fm du samedi et la journée du dimanche. L'été, beaucoup d'entre eux y viennent même chaque jour après leur travail. Autour de la cabane, le locataire a pioché la terre, semé des graines, et de la verdure grimpe le long des barrières et des planches, et radis, salades, fleurs rempUssent l'espace laissé libre par la cabane. C'est la villégiature des ouvriers.

COLONIES BERLINOISES II y a tant de demandes pour ces bouts de terre qu'on

est forcé de choisir parmi les candidats ceux qui ont le plus d'enfants.

Cette colonie ne date que de sept ans. Dès que les parcelles eurent été attribuées, lo comité de patronage réunit les locataires et les invita à dresser eux-mêmes, en commun, le plan parcellaire, à fixer l'emplacement des rues, des ronds-points et des avenues.

« Cette collaboration a un but éducatif, m' explique- 1- on : on montre ainsi aux ouvriers combien est compliqué et difficile l'art de gouverner. Car vous pensez bien qu'ils sont longtemps à discuter avant de s'entendre. Ils oublient toujours quelque chose, tranchent quelquefois trop facilement une question ; alors un membre du comité les éclaire, met le doigt sur leur erreur ou sur leur ignorance, la leur prouve clairement... Voilà la meilleure éducation politique à donner au peuple. »

Le terrain est divisé en quatre-vingtquatorze jardinets de 250 à 300 mètres carrés chacun.

Autour de Berhn, on en compte quinze cents, soit, avec les enfants, à raison de quatre enfants par famille en moyenne, environ six mille personnes « colonisées ».

Les locataires payent vingt centimes par semaine pour la location du terrain durant los vingt- cinq semaines de la saison chaude. L'hiver, ils ne payent pas, et ils jouissent, si bon leur semble, d»' leur terrain. Pour vingt francs de plus, on ]» ur fournit tous los matériaux nécessaires à la constnn îion de leurs « chalets ». Le prix réel de ces matériaux dépasse cette somme, et la Cri i \- Rougp paye la diiïérenr^. Depuis 1902, la Société ne donru' f>l!is m nature les eni:r.u,-> et les semences. K!l»' los rr-mplare par une S'iMun»'' <\'- •■' ni'irk< qui Sf-rt «ravarii'»' aux liMutaiifS pMiir !';,. h.it d'^ [)lanti'S et d-' fumi^T. A [)artir d»' la d''uxiômo année de

culture, tous ces frais sont payés par les cotisations des locataires eux-mêmes.

En échange de ces dons, les locataires s'engagent à exécuter les travaux d'entretien, les clôtures, des chemins et des fontaines et des puits. Car il n'y avait pas d'eau dans ces terrains abandonnés et lointains, rien n'y poussait; on a creusé une dizaine de puits; la Compagnie des eaux a établi gratuitement des canalisations, et à présent la culture y est facile.

LA POLICE DES " ° Un gardien de nuit,

JARDINS OUVRIERS ^^^^ ^^ ^^^^^ jreSSé,

surv^eille la colonie. Deux inspecteurs sont chargés du maintien de l'ordre en cas de besoin — ce qui n'arrive guère. On les choisit parmi les aides-jardiniers du château royal de Charlottenbourg et du parc de Monbijou, et ils enseignent en même temps aux ouvriers les secrets de la terre, comment il faut semer, planter, émonder, repiquer. Pour s'assurer des résultats de cet enseignement, mais surtout afin de pouvoir calculer le rendement de chaque terrain, les colons doivent donner à l'inspecteur, à la fin de l'année, tous les renseignements que celui-ci leur demande sur la valeur de leur récolte, la qualité et la quantité de l'engrais et de la semence employés ; on sait aujourd'lmi qno l'argent dépensé là produit on lr Miiiiis récolté quatre fois sa valeur.

Enfin, pour être sur que les ouvriers profitent réellement de l'œuvre, pour la rendre plus util'' o{ plus efficace encore, non seulement au point d»^ via^ do l'hytriône physiquo et uinralf, uvai^ aussi pénndairemont, vmi. i a quelle obligation ils sont soumis :

r.haquo jardin est fiivi?.' en autant do p.ireelli'S qu'd y a (Tenfaiits dans la famille de l'ouvrier locataire. Ceux-ci, aidés do

leurs parents, cultivent leur coin de terre s'ils sont en âge de le faire, et le père doit tenir le compte exact de tous les légumes qui poussent dans chaque parcelle. La différence entre le prix de revient et le prix qu'il faudrait les payer, si on les achetait au marché, constitue le bénéfice de l'enfant, et doit être versée à la Caisse d'épargne au compte de celui- cL

« Nous espérons beaucoup de ces colonies, me dit l'un de leurs apôtres les plus zélés. Notre but initial est bien d'assurer le repos de l'ouvrier et de sa famille dans un air sain, après la journée de travail à l'ateher, ou le dimanche, et de permettre aux faibles et aux convalescents de hâter leur guérison dans un miheu salubre. Mais là ne se borne pas notre ambition. Nous voudrions déshabituer l'ouvrier de la brasserie et de la « Weinstube », éveiller en lui le goût de l'épargne, cultiver le sens de la propriété et l'esprit famihal par le travail commun. Et même, n'est-il pas possible de ramener au goût des travaux champêtres tant d'anciens paysans égarés dans nos villes ou de le faire naître chez leurs enfants ?

« Nous prétendons soutenir ainsi efficacement l'ouvrier en lui prêtant un terrain qui lui rapporte quatre fois plus que ce que nous pourrions lui donner en argent, et, quand il est retraité, lui permet d'augmenter sa pension. Avec l'approbation de l'État, on effet, une partie de cette pension est transférée à la Croix- Rouge, qui, en échange, fournit au retraité un terrain à bon compte. Nous nous chargeons, d'autre part, avec l'aide d'une Société de construction d'intérêt public, de bâtir des maisons ouvrières sur les terrains achetés par les ouvriers. A en juger j)ar les résultats obtenus depuis huit ans, notre rêve n'est pas irréalisable. »

ORGANISATION. On a organisé cette colonie en une sorte de répubhque surveillée. Pour douze jardins, un comité de patronage de deux ou trois dames de la Croix- Rouge est nonuné, auxquelles on ajoute deux représentants élus par les locataires et choisis parmi eux. Ces dames viennent visiter leurs « protégés » toutes les semaines, s'intéressent aux enfants, et, comme elles sont en relation avec toutes les autres œuvres philanthropiques de Berhn, elles procurent des billets de clinique aux malades et des bons de pharmacie, envoient les enfants débiles dans les colonies de vacances, à la mer ou à la montagne, facihtent en cas de besoin leur admission dans les hôpitaux, entrent en un mot dans la vie de ces honames fatigués par l'atelier et amoureux de la nature. Les patronats se réunissent tous les huit jours dans une assemblée générale. Chaque semaine, un professeur donne, de cinq à six heures, des leçons de gymnastique rationnelle aux garçons et aux filles. Des jeunes filles, professeurs à l'École normale de la Frôbelhaus, organisent des danses, des rondes, des jeux de toutes sortes. Los dames patronncsses participent à tous ces jeux avec enthousiasme, racontent des histoires, des contes, des paraboles aux enfants et n^êmc aux grandes personnes. Le tout a, bien entendu, un but moral. Les choses sont parfaitement réglées. Des pancartes, écrites a la main et clouées sur dos poteaux espacés dans los rues de la colonie, indiquent les jours et les heures des répétitions de chant et des réunions ]X)ur les préparatifs do juuissanees.

Je me suis longuement promené à travers ces jardins sans grands arbres; les plantes grimpantes y pullulent. Dans los parterres qui entourent la tonnelle à jour ou la cabane

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closerdont le toit de carton bitumé est couronné de bois découpé, peint et souvent omé d'emblèmes et de devises, fleurissent des tournesols, des pensées, du jasmin, des marguerites. Certains, plus pratiques, ont planté des groseilliers, semé toutes sortes de légumes, raves, céleris, cornichons, choux, haricots, pommes de terre. L'Impératrice, qui possède tant d'arbres, a envoyé, pour faire de l'ombre, sans doute, des plants de fraisier inutilisés dans les serres et les jardins de la Cour.

Nous sommes au milieu de la semaine, et dans la plupart des tonnelles on voit surtout des femmes et des enfants.

J'ai voulu visiter les colonies en pleine activité, et un dimanche je suis allé à Treptow, où se trouve une colonie libre, un peu anarchique même si on la compare à celle de la Croix- Rouge, ordonnée et disciplinée comme une institution d'État. Ici, pas de pavillon officiel pour les réunions du comité, pas de rond- point pour les jeux gymnastiques, pas de professeurs, pas de jardiniers royaux. Tout simplement de petites baraques bâties en vieilles planches de démolition dans des bouts de terrains sablonneux.

LE RETOUR A LA TERRE L' homme, en bras de chemise, cloue, scie, rabote avec une amoureuse industrie sa pau\Te cahute, ou bien, avec des gestes lents, coupés de longs repos, il bêche, retourne la maigre terre, arrose, plante des piquets, tend des filets de fer; la femme, la plupart du temps blonde et placide, le regarde faire, un enfant sur les bras; les autres mioches s'amusent sur la route au cerfvolant, à la balle, ou à courir autour de la cabane.

Je visite Tune de ces bicoques. Elle se compose de deux pièces minuscules : une chambre à coucher avec d'u^ lif>, Vun pour le père et la mère, l' autre pour les cinq enfants, et d'un coin pour la cuisine. La cabane est louée à un ouvrier plombier qui gagne vingt- six marks par semaine.

Sa femme, toute jeune, gaie, rieuse, porte dans les bras son dernier- né, un gros poupon de cinq mois. L'aîné a sept ans, et les parents sont mariés depuis huit ans à peine.

« Pourquoi avez-vous tant d'enfants ?

fis- je.

— Les cigognes les apportent plutôt aux pauvres qu'aux riches, » dit la jeune femme, en riant.

Comme il fait chaud, on fait la cuisine en plein air ; derrière la cabane, au-dessus d'un petit poêle de fonte, mijote le café de cinq heures ; sur une table, des bols de fer émaillé, du pain noir et du raisiné pour la collation.

La famille vient ici tous les samedis soir et y passe la journée du dimanche. A sept personnes, quoique le tramway ne coûte que dix pfennigs, il deviendrait dispendieux d'y revenir tous les jours, et l'ouvrier demeure trop loin pour obliger sa marmaille à faire le chemin à pied. Il le regrette. Il laisse donc la famille à la maison, et son travail fini, accourt à sa tonnelle pour arroser ses légumes et ses fleurs.

Le soir du dimanche, vers neuf heures, c'est le retour en ville ; les routes menant aux stations sont envahies par des milfiers de femmes poussant des voitures d'enfants, d'ouvriers portant des bébés sur leurs bras, de fillettes et de garçonnets qui suivent bravement, en trottinant, le pas accéléré de leur père.

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Lto jARDINS ouvriers. — L'Iieureiise initiative des GarlL'ulauljen procure aux ouvriers une vilh'-giature saine el peu eoulcuse; île «j^rands espaces y sont aménagés pour les jeux dos enfants.

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LES JARDINS OUVRIERS. — Tous les dimanches, une rumeur joyeuse emplil la vaste cité champêtre; autour des places les familles s'assemblent el les danses s'organisent.

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LES JARDINS OUVKIHRS. - l/ln-incii-^.- iiiili.ilivr il. -s t i.ii li-iil.iiii)fii |nc.(iiic .ui\ .nu ii,i«. une \ ill.>L.'iiilm . ■-;iilii' .1 |i.'ii I. p|il.-iis.' : .II' ^iMiiil'- (••.pucrs y s.dll .■iiin''n;i;^<'-> |miiii- !«•>< j.'iix <\f^ .•nl.iiit-».

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LES OEES. — Pendant plusieurs semaines et pres(nie lous les jours liébarque à Friedrichfekle, villapeA II kilomètres de Berlin, un convoi de vin-ît-cinq mille'oios, venant de tousjes points de rAllemapne et de la Mussie.

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Hhot. Ciri Ulrich, Berlm.^

LES OiES.

Api'ine débarqués des wagons, les volatiles s» lunucut eu cuiuimc tidélilent majestueusement et bruyamment, alignés comm»- des soldats allemands se rendant à la parade.

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