‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 29 sur 164 · SKI · texte numérisé non relu

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L'HOPITAL VIRCHOW. — Dans les vastes salles claires, égayées de plantes et de llenrs sans odeur, les lits de fer laqué alignent lirréprochahlo blancheur de leurs draps.

Plamchb 34.

LALLEMAGNE MODERNE

LHOFiiAL Vikv^hOW imc -m-» \iiiui-ijii;iir<- |i.i\ iii.-iis rf|>;iili>< ■>mi utu- •.ii|.itIui.- .le j; lic(l;iif->. i.ciil i<ci'\fii jniMt iii^iI.mI,., : il*.MCii|.c un |mi -.i.iiii.'l •li-i.sj |i.T^rimi,', : ni.ilc.in-.. nilirmi.r.--.. ••m|.li>yi's.

L HOPITAL VIKCHOW. |).,i.n I.-s vush-, s.-.ll.-. . l;,n.'v, .■-;.\.c^ <lr |.l.uil.s .1 <l.' 11. m-, s;. us o.l.ii

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tendre des gazons bien soignés où s'épanouissent des géraniums rouges, donnent à cette entrée l'aspect d'une cour d'honneur de château. La partie de l'édifice formant façade sur rue est occupée par l'administration ; dans l'aile en retour et à droite, les appartements des médecins ; à l'aile gauche, l'école et la demeure des infirmières ; en face, les cliniques d'accouchement et de gynécologie.

Au delà de cette cour d'entrée, le coup d'œil est celui d'un vaste parc à la française où des villas blanches aux toits rouges s'espacent réguHèrement. Sur une longueur de sept cents mètres, s'étale, au centre, une pelouse rectihgne dont la perspective verdoyante est limitée par le clocher d'une chapelle. Coupé, çà et là, de massifs d'hortensias mauves et roses, ce long ruban de velours vert est bordé, de chaque côté, d'une rangée de platanes et de marronniers, d'un étroit chemin de gravier également planté d'arbres et d'une haie très basse qui en précise la ligne, puis d'une voie asphaltée, presque aussi large que la pelouse centrale, et que longent les pavillons : d'un côté, ceux des femmes ; de l'autre, ceux des hommes. Ce sont des constructions blanches peu élevées, sans étages, séparées les unes des autres par des allées perpendiculaires à l'allée centrale, également asphaltées, et entourées de tertres gazonnés peignés avec soin. Sur les côtés des pavillons, des terrasses cimentées, que dissimulent des haies taillées et où l'on accède de la salle des malades par une pente douce, permettent aux convalescents de passer au grand air les journées de beau temps. Avec leur perron de quelques marches conduisant à la porte d'entrée, en plein cintre, leurs fenêtres moyennes mais nombreuses, à petites vitres, égayées de géraniums roses et

rouges, leurs murs blancs où rampent des vignes vierges, leur toit de tuiles rouges, elles ont, au milieu des arbres, l'aspect de cottages simples et riants.

Et quelle netteté ! quel ordre ! Pas un papier, pas un débris. Au pied des arbres, on a placé çà et là des corbeilles et, près des bancs laqués de blanc, des crachoirs pleins d'eau antiseptique. Constamment, des jardiniers ramassent les feuilles ou les brindilles tombées des branches, et l'asphalte des allées est si net que l'on croit marcher sur un tapis de hnoléum. Les convalescents se promènent librement dans les jardins, vêtus d'un costume uniforme à raies bleues et blanches, chaussés de laine grise et de sandales de cuir noir ; des enfants, habillés de même, s'essayent, comme de petits oiseaux blessés, à voleter d'une pelouse à l'autre ; des femmes lisent ou tricotent sur des bancs. C'est le spectacle d'un phalanstère tranquille et confortable, et n'était la souffrance que l'on ne peut s'empêcher de s'imaginer derrière ces murs, on se laisserait aller à souhaiter de telles demeures pour la Cité future.

L'isolement prophylactique est strictement observé dans la région des pavillons de malades. Fournisseurs, ou\Tiers, tous ceux qui n'appartiennent pas au service direct des hospitalisés, n'y pénètrent jamais. Au delà de cette zone, le long d'allées parallèles à la voie centrale, s'élèvent de grandes bâtisses toujours entourées de gazon et d'arbres : blanchisserie, cuisine, laiterie, salle des chaudières et des générateurs, ateliers, pavillon de désinfection, étables d'un côté; de l'autre, pavillons pour les opérations, les rayons Rœntgen, les maladies contagieuses, les autopsies, les délirants ; au bout de l'allée centrale, l'institut de pathologie. Les bâtiments des

syphilitiques, un pour les hommes, un pour les femmes et les enfants, plus vastes d'aspect que les autres, sont tout à fait à l'écart. A l'extrémité nord, une sorte de parc anglais aux allées sinueuses et ombragées de catalpas, sorbiers, tilleuls et saules pleureurs, pourvues de bancs à dossier installés devant des pelouses verdoyantes égayées par le sautillement des merles et des pies. Retraite silencieuse et charmante où les malades peuvent se promener jusqu'à six heures en été ; de là, ils aperçoivent la forêt prochaine de Jungferheide. Derrière la chapelle, une place à jouer est réservée pour les enfants.

ORGANISATION PRATIQUE Partout, à l'intérieur de ces divers établissements, se retrouvent la même propreté idéale, la même perfection dans les moindres détails. Tous les pavillons, ceux des syphilitiques exceptés, sont construits sur le même modèle. Ils se composent de deux grandes salles de chacune vingtcinq lits. Les murs sont blancs, aux angles arrondis pour empêcher la poussière de séjourner et décorés discrètement de guirlandes de fleurs, de feuillages et d'oiseaux peints à la détrempe. Il y fait très clair, le soleil aussitôt levé apparaît d'un côté ou de l'autre ; l'été, de grands rideaux jaune clair en tamisent l^s rayons ; le soir, des lampes électriques s'allument à la tête du lit pour ne pas incommoder les malades. i> > lits sont laqués de gris clair ainsi que les chaises rangées à leur pied. Un ingénieux système de roulettes de caoutchouc, qu'une seule infirmière peut adapter au pied des couchettes, permet de les faire glisser sans bruit rt facilement jusqu'à la terrasse ensoleillée, par la pente douce dont j'ai parl^' plu.-? haut.

Au miheu de la salle, se dressent de petits guéridons, surmontés de plantes vertes et de fleurs sans parfum. Grâce à un système de ventilation parfait, on ne sent aucune odeur. L'air qu'on respire, pris dans le parc, au milieu des pelouses, passe dans une première chambre d'épuration, où il laisse une partie des poussières qu'il peut contenir, traverse ensuite un fdtre d'ouate qui finit de l'assainir, puis est chauffé dans une dernière chambre, d'où il est distribué dans les diverses sections, selon un dosage savant.

Entre ces deux salles de malades situées aux extrémités des pavillons, il existe une série de pièces de petite dimension disposées de chaque côté du couloir central : la salle de réception où l'on baigne les nouveaux arrivés, si leur état le permet ; une pharmacie, un petit laboratoire, deux chambres avec deux lits pour les hospitahsés plus gravement atteints, une à un seul lit pour l'isolement complet ; une petite salle d'opérations (pour les interventions qui ne nécessitent pas le transport aux salles d'opérations centrales), très nette avec son lavabo blanc, sa table blanche et son stérilisateur nickelé ; une cuisine, une lingerie, une chambre de repos pour la samaritaine de service, un réfectoire pour les mnlados qui commencent à se lever, dt'ux lavabos pour It-iu- toilette, et enfin deux salles de bains avec baignoires nickelées et douches chaudes et froides. J'y oi remarqué aussi un cadre métallique posé sur quatre pieds, et qui permet de plonger dans la baignoire le malade étendu sur une sorte de lit de sangle mobile que l'on peut soulever ou descendre dans l'eau à l'aitle do pouhes sans qu'il ait à faire aucun mouvement.

Ainsi se présentent les vingt- quatre pavillons séparés de l'hôpital, répartis,

comme je l'ai dit, au milieu de ce jardin salubre et gai.

En dehors de ces pavillons, il faut voir la merveilleuse installation des différents services généraux et des spéciaHtés.

Dans les salles de maternité, l'heure de l'accouchement venue, le lit de la patiente se déplie en deux, ce qui donne toute faci- Hté à l'opérateur. Un berceau est attaché parallèlement au ht même de la mère, par un ingénieux système de crochets. Ici, tout n'est que blancheur : les lits, les rideaux, les carreaux de faïence des murs, le plafond, les baignoires, les costumes des samaritaines. Des fleurs sans odeur égayent la salle ; le soleil pénètre partout.

Les femmes enceintes peuvent venir à l'hôpital six semaines avant leurs couches et y demeurer quatorze jours après. On les emploie dans l'établissement à des besognes douces, en attendant leur déhvrance.

LES BAINS. Le service de bains thérapeutiques est sans égal. Pour le critiquer — car ne faut- il pas qu'on critique? — des gens habitués à considérer les hôpitaux comme des endroits de misère, et qui désirent les voir rester tels, lui reprochent même son trop grand luxe.

A l'entrée du pavillon des bains, une succession de salles carrelées ouvrent sur un atrium central, éclairé par un plafond de verre, et où sont disposées de massives et Solides chaises longues, couvertes de simple molesquine rouge. Trois salles de bains russes et turcs, à chaleur humide el à chaleur sèche, se succèdent ; leurs murs sont de céramique verte; au centre, un divan de faïence de même couleur, des bancs à dossier et des fauteuils de bois blanc. A côté, la salle de bains électriques avec les appareils les plus perfectionnés, celle

des bains d'acide carbonique, celle des douches, très grande avec, au miheu, une piscine de faïence luisante où coule une eau hmpide, et des lances pour jets tièdes, froids, chauds, ou de vapeur; la salle d'arénation, où les rhumatisants prennent dans de basses baignoires de bois des bains de sable chaud. Enfin une série de petites salles de faïence blanche avec baignoires nickelées, étincelantes, pour le personnel. Tout cela est si net, si luisant, qu'on se demande si ces appareils servent chaque jour.

Mais oui, les malades y viennent tous les matins, de neuf heures à midi. En outre des bains ordinaires et des douches médicales, on donne ici des bains de soleil sous une verrière exposée au midi. Les malades sont coiffés d'un bonnet cerclé de minuscules tuyaux métalliques où circule de l'eau fraîche destinée à les préserv^er de la congestion.

Il y a aussi un pavillon Rœntgen et un pavillon Finsen où l'on applique les dernières découvertes de ces savants ; une section de darsonvahsation et une autre de mécanothérapie luxueusement installée dans une vaste salle bien éclairée. J'en ai vu de semblables dans de petites villes comme Mayence, où les pauvres sont soignés gratis.

Une cinquantaine d'appareils permettent aux malades d'exécuter les exercices les plus variés : équitation. course et galop, canotage, natation, bicyclette, travail des diverses articulations, mouvements méthodiques pour redresser les membres déviés, pour apprendre à ceux qui ont perdu toute mémoire locomotrice à refaire leurs premiers pas, suivre un chemin dessiné en noir sur un fond de Hnoléum rouge, ou monter des escaliers à marches très douces.

LES SALLES « Enfin, les deux salles cen- DOPÉRATIONS trales d'opérations doivent être données comme modèles d'installation pratique. Elles sont précédées de laboratoires, de salles de pansements et de préparation, où l'on endort le malade au moyen d'appareils à narcose automalicpies, très délicats, qui ijidiquent exactement le dosage d'éther ou de chloroforme. Les murs de la salle d'opérations, revêtus du haut en bas de céramique blanche, peuvent être nettoyés rapidement et facilement à pleine eau. Point d'angles ni de coins, point de tablettes où la poussière puisse se poser. On enferme les narcotiques, les antiseptiques, les stérilisateurs dans de petites armoires creusées à même le mur. Dans des vitrines aussi resplendissantes que celles d'un joaillier, des centaines d'instruments de chirurgie ; au miheu de la salle, la table d'opérations. Des réservoirs d'eau distillée et de sérum, scellés dans les murs et invisibles, se vident par un jeu de robinets nickelés ; et il suflit de pencher légèrement des bocaux mobiles en verre, pour que l'alcool et le sublimé qu'ils contiennent coulent régiihèrement. Tout un côté de la salle est occupé par une large verrière en rotonde qui laisse passer une lumière abondante mais douce au travers de vitres dépohes qu'un mécanisme ingénieux permet d'ouvrir dans toute leur hauteur avec la plus grande facilite.

Des lampes életHriques enfermées au-dessus do cette baie, dans \\n plafond de verre, et latéralement, dans la paroi des murs, donnent le soir une telle lumière, multipliée encore par des miroirs et des réflecteurs, que les opérations urgentes peuvent se faire la nuit dans des conditions d'éclairage aussi parfaites que le jour.

I F PKRSONNEL Je nc vous pdilt rai pas de tous l(^s services généraux, aussi magnifiquement agencés que les }ii\iiîniis de malades et les services spéciaux.

Il existe ici des laboratoires très coin- })lels d'histologie, de bactériologie, de chimie, d'électricité ; un département de la désinfection où tous les vêtements et tout le linge des hospitahsés sont désinfectés à leur entrée et soigneusement mis à l'abri, et un four où l'on brûle tous les restes des opérations et des autopsies.

J'ai parlé plus haut des cuisines où les hygiénistes les plus exigeants ne pourraient découvrir aucune trace de poussière ou de graisse. Les chaudières reluisent comme de monstrueux bijoux de nickel.

La laiterie est un modèle d'organisation pratique et de propreté.

L'hôpital fabrique lui-même les forces dont il a besoin pour le chauffage à eau chaude distribuée dans tout l'étabhssement, pour la ventilation, les machines, la cuisine, les ascenseurs, la fabrique de glace qui peut en produire 2.200 kilos par jour. La force électrique pour l'éclairage est également fournie par une batterie d'accunuilateurs qui alimente 9.350 lampes. 95 postes téléphoniques relient entre elles les différentes parties de l'établissement.

Il faut pour cette ville un personnel nombreux. On peut, en effet, y recevoir 2.000 malades ; à l'heure actuelle, on n'en compte que 1.200 ; 95 médecins et internes les soignent, ainsi que 375 infu*miers et infirmières, dont 230 samaritaines. Le nombre des employés à l'administration, dans les bureaux, services techniques, économat, s'élève à 312. L'hôpital plein abriterait plus de 3.000 personnes : la population d'un gros chef- Heu de canton.

Il y a un revers à tant de perfection :

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Planche 55.

VERS LES MARCHÉS. — Arrives aux portes de Herliii, les produils wemles sont (léhanjiu'S et plae«'-s lians des voitures (jui les transportent dans les dilT«'Menls uiarcliés de la ville.

AU PAYS DES WENDES. — Dès qu'elle est en àjje de travailler, la jeune (ille wende prépare son trousseau; elle file elle-même la laine de ses robes et la toile de ses draps, en vue de son mariape.

Planchb bfi.

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les médecins trouvent qu'en raison du peu d'élévation des fenêtres les salles sont bien tristes, par un temps sombre. On se plaint aussi que l'architecture de tous les pavillons ne soit pas pareille : celui des syphilitiques et des maladies de peau, par exemple, ne devrait pas se différencier, pour ménager le respect humain des malades qui se voient ainsi tenus à l'écart par les autres. D'autres détails n échappent pas aux praticiens, comme la séparation des malades déhrants d'avec les autres, excellente en soi, mais insuffisante. C'est l'isolement individuel qu'il leur faudrait, car, réunis, ils s'excitent et s'exaspèrent.

LES RICHES A L'HOPITAL Enfin, remarquons que, dans les hôpitaux de Berhn, qui sont municipaux, pas un malade n'est reçu gratuitement. Tous les hospitalisés payent 2 marks 50 par jour.

Ceux qui occupent des chambres séparées ne payent pas plus cher ; on ne les y met que lorsqu'ils ont besoin de plus de repos. Ce sont les communes qui versent pour les indigents une somme de 2 à 3 marks par jour. Les ouvriers tiennent en général à payer leur hospitahsation pour conserver leur droit électoral, car on sait que les assistés en sont privés. Mais l'existence de caisses d'assurances pour les maladies, — auxquelles tous les salariés sont affîUés, — facihte aux pauvres le séjour de l'hôpital.

Les domestiques sont considérés comme pouvant donner 2 marks 50 par jour. Une bonne gagnant 25 marks par mois ne peut être admise gratuitement. Pendant

les quatre premières semaines, son patron est tenu de payer pour elle. Au delà de ce terme, elle doit payer de sa poche ses frais de séjour. Un interne me racontait que, voyant une malade en pleurs et lui demandant ce qui l'attristait, en obtint cette réponse : « J'ai reçu ce matin une lettre m' apprenant que mes meubles sont mis sous scellés par l'Assistance pubhque et vont être vendus si je ne paye pas mon séjour ici. » C'était le bureau d'assistance de sa ville natale qui faisait la saisie, l'hôpital lui ayant réclamé le prix do l'hospitalisation. Or elle était considérée comme pouvant le payer elle-même.

Ce traitement paraît assez peu démocratique, et nos mœurs actuelles ne l'admettraient guère. Mais c'est grâce à ce régime que les Allemands arrivent à bâtir ces admirables hôpitaux et à les entretenir avec ce luxe de propreté et de confort que tous les pays d'Europe peuvent leur envier. Le temps n'est pas loin où l'on admirait la largesse de la municipalité de Charlottenbourg, qui dépensait pour ses hôpitaux 3.000 francs par ht. Aujourd'hui, un ht coûte 7.000 ou 8.000 francs. A la Charité de Berlin, le lit revient à 9.300 francs.

Aussi, en Allemagne, les gens riches n'hésitent- ils pas à se faire soigner dans les hôpitaux. L'horreur qu'on a en France, et avec si juste raison, pour l'hôpital, n'a pas ici de raison d'être. En cas d'opération, les gens riches paient 12 ou 15 marks par jour pour leur chambre et les soins. Le médecin en chef qui fait l'opération touche le gros prix; l'hôpital perçoit seulement un droit minime pour usage de la salle d'opérations.

LA SPREEWALD

Les Wendes, race vaincue. — Ils se cantonnent dans la Spreewald. — Lubbenau. — Pas de routes, des canaux. — Voyage nocturne. — Le dimanche à Burg. — Défile des Sprcewdderinnen. — A V Église. —

Spectacle champêtre.

ES Wendes, tribu slave des Marches de Brandebourg, furent les ennemis acharnes des Germains. C'est dix fois, je crois, qu'ils prirent, perdirent etrepri- T'iit Berlin. Finalement les Wendes, vaincus et réduits en esclavage par les chevaliers teutoniques, demeurèrent pendant des siècles à l'écart de la population conquérante qui les méprisait. Aujourd'hui encore, le Germain reconnaît fort bien le type wende, à la tête courte et carrée, au poil roux, trapu, au parl-r ni.|<\ qui fait le fond de la populati(>n orientait' <if ],i Prusse. Les Bavarois et les habitants des autres provinces du Sud r-vfnuiiqii.'rit p^ur fux le pur sang germanique, prétendant que la Prusse de l'Est n'est pas allemande, mais slave.

Le nom (!»■ BiTlin (qu'on prurhai-e r>rrline) a la consnnnance slave, et nnn la consonnance germanique, comme d'ailleurs

Ruppin, Plozin, Custrin, etc., villes prussiennes. De là un dédain qui s'étend en effet à tout ce qui est prussien. La langue slave se parlait autrefois jusqu'à Magdebourg, ce qui sert à la fois à justifier l'orgueil historique des Polonais et le mépris de r « Alt Deutsch » pour les bâtards de l'Est.

Or il paraît que quelques débris de la race wende perdurent à l'est de Berlin avec ses costumes, ses usages et même sa langue. L'endroit s'appelle la Sprcewald, la forêt de la Sprée.

C'est, à deux heures à peine de Berlin, une plaine marécageuse où la Sprée, indolente et capricieuse, s'égare en quelques larges voies et en une infinité de canaux naturels.

On y viont de la rapital»'. non pas tan! jhiur s'intéresser aux costumes et uKPurs [lilloH'sques, qu"cn partie de eaml>atrnf', pour ji.uir d<'S belles forêts d'aulnes et de hêtres où les Wendes, jadis, trouvèrent un rofuLT*^ contre l'invasion des Germains,

msmmÊf^mm

LUBBENAU o o • o II faut deux jours VOYAGE NOCTURNE pour faire l'excursion. En partant de Berhn un samedi après midi, on arrive vers quatre heures et demie à Liibbenau. Là, une barque vous prend et vous conduit, à travers le labyrinthe de canaux, jusqu'à Burg, où il faut assister le dimanche au défilé des femmes de la Spreewald sortant de la messe.

Dans ce pays dépourvu de routes terriennes, la longue barque plate et l'aviron tiennent lieu de diligence, de bicyclette, d'automobile. Les femmes manient la perche ferrée à deux dents avec autant d'adresse et de force que les hommes. Les fournitures se font en barque ; le facteur a son canot, qu'il pousse lui-même, et l'hiver — l'eau étant gelée — il chausse des patins à longs bouts recourbés, s'arme d'un bâton ferré haut comme lui, pour arpenter, rapide, les ruelles glacées.

Nous suivîmes le programme classique de point en point. Nous nous embarquâmes sur un long canot plat garni de hauts bancs treillages, mobiles, posés librement sur le bordage. Le batelier se tenait à l'arrière, et nous ne le voyions pas.

Le ciel gris nacré de nuages cachant le soleil, la monotonie des couleurs, l'absence des fleurs, l'eau immobile où les herbes ondulaient à notre passage comme des anguilles, ce silence absolu, faisaient la solitude étrange et presque inquiétante.

Une chaleur suffocante alourdissait l'atmosphère saturée d'humidité, les libellules bleues dormaient sur les roseaux ; un oiseau traversa le ciel d'un vol silencieux; une brise fit frissonner les orges qui saluèrent avec grâce, et aussitôt de larges gouttes de pluie s'aplatirent sur nos banquettes.

« C'est l'orage, fit tranquillement le batelier. Et il nous passa do grosses couvertures do laine, dont nous nous

enveloppâmes sous le parapluie tendu.

Les nuages crevaient, les hauts peupliers balancés par le vent nous aspergeaient au passage. Il fallut songer à une retraite. Par une voie transversale, l'homme nous conduisit à l'auberge du prochain village, une maisonnette de bois où djes touristes se trouvaient déjà installés. Une douzaine de servantes accortes distribuaient avec prestesse de la bière blanche et du lait mousseux. C'étaient des filles wendes aux mines fraîches et éveillées, vêtues du costume traditionnel : jupe ample et très courte, corselet de velours noû* ouvert sur une chemise décolletée et sans manches qui laisse nus les gros bras rouges ; coiffe pentagonale de moussehne blanche empesée. Elles allaient et venaient, rapides et rieuses, ce qui suffirait à trahir leur origine non germanique, égayant de leur jovialité la déception des touristes retardés. Les femmes wendes n'ont pas la placidité bonasse et passive, d'ailleurs sympathique, des Allemandes; on les sent plus rudes, moins sensibles, plus âpres. Leur brutalité est celle que j'ai remarquée chez les Prussiens de l'Est, à Berlin surtout, dans toutes les classes. Les Bavarois auraient- ils raison? Et les dominateurs actuels de l'Allemagne ne seraient- ils que des Slaves?

L'orage continuait. Des voyageurs arrivaient, les femmes retroussées, les jupons rabattus sur la tête. Trois paysannes, rouvertes de serpillières et coiffées de larges chapeaux noirs, s'embarquèrent sous la pluie battante. Nous nous décidâmes à suivre leur exemple pour ne pas an'iver à Burg trop tard dans la nuit.

Bientôt après, la pluie cessait. Le soir tomba. L'obscurité s'ajoutant au silence recréa le charme de la première heure.

Nous entrions dans des allées mystérieuses, perspectives aveugles d'eau glauque bor-

dée d'arbres noirs. C'était la fière forêt cimmérionne. Les fûts droits s'élevant dans le ciel semblaient les colonnes d'une salle hypostyle gigantesque. Elles se resserraient parfois en un couloir étroit. Nous entrions dans l'île de la Mort...

Qu'on se représente : pendant des kilomètres, le ciel, constamment caché en haut par les ogives closes des aulnes sur les deux rives, n'était visible que par les côtés de cette nef ténébreuse ; l'eau plus sombre encore que le plafond de feuilles, et le silence. Plus nous avancions dans l'allée funèbre, plus s'affirmait la sensation qu'elle ne devait pas finir.

Enfin l'ogive des arbres en partie écroulée laissa filtrer une lueur très pâle. Un rayon de lune transforma en grisaille bleutée ce paysage de suie. Des nuages de velours gris où se mêlaient des reflets de satin blanc ne laissaient gUsser que des rayons d'argent très doux qui, arrivant à nous à travers l'écran des grands hêtres, venaient se jouer sur l'eau redevenue vivante. L'horreur de tout à l'heure s'était évanouie, le charme nocturne nous saisit, nous enveloppa, nous berça, et il ne subsista du cauchemar que la sensation austère de ce paysage inconnu et lointain.

De nouveau nous traversâmes un village endormi par places; de faibles lueurs scintillaient aux minuscules fenêtres des chaumières dont la plupart avaient l'air mortes. L'écho de voix d'hommes nous arriva. Elles chantaient en chœur l'Hymne national prussien. Puis ce fut une voix de femme, blanche, insupportable, vomissant une valse sentimentale du Baron Tzigane,

Le charme était rompu, nous arrivions àiBurg, — il était onze heures; nous passâmes une très mauvaise nuit dans une afîreuse auberge.

LE DIMAN'CHF A BURC j.. 1, [uiemaîl! H

l'aubtî, nous attendions dans !»• \ » i^r» r la barque qui devait nous conduire à l'église. Nous nous mîmes en route aussitôt pour y arriver avant huit heures.

Quelle douceur que de revoir sous ce soleil joyeux du dimanche le paysage de deuil de la nuit précédente. L'eau verte a des rides de lumière ; les arbres s'y mirent, notre bateau trouble en passant leur reflet ; les fantômes de la nuit sont des arbustes aux fûts sveltes dont les branches s'inclinent ; des oiseaux se poursuivent d'arbre en arbre, au-dessus de nos têtes, en piaillant; tout est vert et bleu et doré. On se prend à sourire à la nature comme à un visage ami.

Dans les champs, des paysannes endimanchées allaient d'un pas agile. Je fus frappé de nouveau par leur démarche vive si différente du pas lourd des Allemandes. Coupant au plus court, elles suivaient d'étroits sentiers au bord des ruisseaux, gravissaient les ponts faits de planches légères posées sur quatre pieux qui, à interv^alles, réunissent les rives, et leurs amples jupes semblaient sur le bord des sentiers de gros pavots se dandinant. Sous les robes de toutes les couleurs, rouges, violettes, vertes, jaunes, ornées d'un biais de velours ou d'un ruban de couleur, se voyait fort bien la jambe rebondie jusqu'à la jarretière. Un corselet de velours, un tablier de soie, la coiffe aux longues antennes complètent cette toilette dominicale.

A l'église, la messe se lit en allemand et en wende. Les hommes et les femmes séparés, les femmes en bas, serrées sur des bancs comme des fleurs rouges et blanches largement épanouies, les hommes réunis dans une galerie supérieure qui fait le tour de l'égHse. Tous chantent durant l'office. Les femmes ont des voix affreuse-

Ph«. V€>Bel.

UN MARIAGE WENDE. — A la dirTéronco des hommes, les femmes «ml conservé leur pittoresque cdsiiime nalioual, où la hlancheiir des mousselines rayonne sur le velours éclalanl des jupes.

Phct. SLhrrl, Berlin

LES WENDES, avec leurs larges coiffes et leurs L'HIVER, sur les canaux emprisonnés par la place, jupes amples, ressemblent à des |)apillons. on ne circule plus qu'au moyen de patins.

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LHYGIENE EN ALLEMAGNE. — DaiiN toulrs U-s villes, les éiablissmn-nts .le bains possi-ilcnl des buamU'ri«>s mcHJ.-les où le linpo esl lavé el blanchi au m(.y»n de i.nxé.lés électriques.

L'HYGIENE EN ALLEMAGNE. — C'est également par des machines aclionnécs éleclriquemenl el servies

par des femmes que sont cylimlrées el pliées les serviettes.

yLAUCHf. bu.

V])i>l . Scherl. ÏV-rliii

L'HYGIÈNE EN ALLEMAGNE. — A (;iiarlotleni)our<j:. cinque iin:neiil»le doit |)3sséJer trois boites spéciales : lune pour les cendres, 1 aulre pour les papiers, une iDisièm- p >ur les ordures ménafrères.

L HYGIENE EN ALLEMAGNE. — Tous les déchets, détritus, vieux papiers, sont transportés par d«'s wagonnets aux environs de Berlin, dans une enceinte spéciale où se fait un triage définitif.

Pl-AN'CIIF. 5o.

l/HYGIENE

EN ALLEMAGNE. — l'.m-. h. ni,-, !,••> \ill,-^, l.-^ il;iiili..-.riiiiiU .!.• I.:iiii-. |...vv,-,|.-nl |ill.il|i!.-ilr^ I {<■],■•. .Ml le liiii:.' I-.I l.i\i- cl liLiiii'lii m li|..\fli >ir |.r. .. f.l. .. iI.tI i i(|iir-..

LHYGIENE EN ALLEMAGNE.

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Planche 6u.

J'LANCIIfc '«

ment criardes, qu'on ne peut entendre sans souffrance.

Après le service religieux et quand les paysannes se sont dispersées à travers les sentiers, poursuivies par les photographes amateurs, les barques de touristes se dirigent vers les deux ou trois auberges espacées sur les rives. Dans les vergers qui les entourent, c'est le spectacle ordinaire de la banUeue berhnoise : des familles, des sociétés s'installent autour de petites tables à nappes blanches et rouges ; de gros hommes en manches de chemises de couleur s'éventent de leurs chapeaux ornés de petits bouquets de fleurs; de grosses mères couronnées de boutons d'or, grasses Charlottes de quarante ou cinquante ans, distribuent à manger aux vieilles grand' mères et aux enfants presque encore au biberon.

Les servantes wendes, vives pourtant, ne savent comment répondre aux clameurs ; les femmes se décident à se servir elles-mêmes et reviennent de la cuisine chargées de portions de rôtis d'oie et de porc ; les hommes, avec des appels furieux d'ogres affamés et les yeux hors de la tête, poursuivent les filles, la fourchette et le couteau à la main, comme s'ils voulaient les manger elles-mêmes, mais se contentent de confirmer une commande qui se fait attendre ; des groupes de sousofficiers sanglés dans leurs tuniques bleues aux galons d'or neuf qui viennent de demander — de quel ton ! — du poisson, commencent à manger passionnément des fraises qu'ils ont apportées dans du papier ; des jeunes filles habillées de mousseline écrivent au coin des tables des cartes postales. Tout se passe le plus simplement du monde. Certains se sont déchaussés complètement pour être plus à l'aise, et marchent pieds nus dans l'herbe ; on sus-

pend aux arbres du verger les havresacs, les ceinturons, les vestons et les chapeaux qui gênent. A la fin du repas, un phonographe se met à jouer des marches militaires et des valses, et tous ceux qui ont fini de manger esquissent un pas de danse en fredonnant.

Puis on se rembarque. Le ciel est idéalement pur, un après-midi magnifique s'annonce. J'allume un cigare et je me promets d'être optimiste jusqu'à la fin du jour. Nous voici de nouveau solitaires au miUeu de la forêt qui passe.

Mais bientôt — c'est dimanche — nous croisons des bateaux remplis de promeneurs venus des environs. Les uns, frappés sans doute par la majesté du silence, se taisent ; d'autres, plus grossiers, chantent des leider bachiques.

D'autres groupes se montrent encore :

voici des couples serrés à la taille, les garçons avec des airs naïvement ravis, les filles passives, indolentes, la tête appuyée sur l'épaule du fiancé. Ils sifflent à la tierce un air des Maîtres chanteurs. Des « sociétés » ont mis des cerises doubles à leurs oreilles et mangent goulûment des fraises ; des familles entières, jeunes filles, gosses en marin bleu, jeunes gens à la moustache rasée ; des mères d'un certain âge, la face un peu rouge d'avoir bien déjeuné, se sont couronnées de bluets tressés et de nénufars blancs et jaunes, et font peine à voir.

Voici un bateau où ne se trouvent que des jeunes filles en toilette blanche ornée de rubans bleus ; elles sont huit toutes pareilles, et le tableau est charmant ; elles sourient avec grâce en passant. Cette vision s'harmonise avec l'atmosphère de mystère, de poésie qui nous environne, si nous pensons aux fleurs nouvelles et à ces bouches fraîches de jeunes filles...

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