L'HYGIÈNE
Propreté générale. — « Ici on applique la loi. » — Salubrité des rues. — Tramways-arroaoirs. — Charlottenbourg.
— Engraissement des porcs municipaux avec /e.ç reliefs des cuisines privées. — Les 20.000 balayeurs de Berlin. — Chemins de fer, hôtels, bureaux. — Bains municipaux. — La Ligue du Professeur Lassar. — « Un bain par semaine à chaque Allemand. » — Les bains populaires à Hambourg, Berlin, Hanovre, Munich, etc.
— Bains pour chiens. — Bains gratuits. — Bains de soleil — L'alimentation. — Surveillance du lait. — La tuberculose traquée. — Les écoles de plein air. — Prophylaxie des maladies contagieuses. — Le choléra
russe. — Surveillance efficace. — Nous n'avons rien fait.
E souci de propreté, partout visible en Allemagne, la décence et la bonne tenue générale, constituent en partie l'impression agréable que l'étranger éprouve dans les villes de l'Empire. Et comme cet ordre n'est pas seulement une façade, qu'il existe dans tous les services publics, dans toutes les administrations, dans toutes les maisons privées, il en résulte un sentiment de bienêtre, de bon accueil et de sécurité d'un grand charme.
Vous vous promenez à travers des rues nettes dont la toilette est faite minutieusement et avec régularité, au milieu de gens toujours décemment liiliilles <[\n auraient h^nte, — même dans hs qiiartiers populaires, — d'exhiber uri-' misère loqueteuse. Dans les tramways et les
trains, vous êtes sûrs que des gens ne cracheront pas à vos côtés, et vous pouvez monter en deuxième ou en troisième classe sans être incommodés par la saleté des wagons ou par des contacts douteux. Vous savez que toutes les précautions furent prises pour réduire les chances des hasards malfaisants. Vous êtes assuré que les droits et les devoirs de chacun sont strictement définis et qu'en cas de conflit une police équitable saura vous protéger.
Cet état de salubrité générale, si bienfaisant pour l'esprit «t les nerfs, vient de la vigilance des gouvernants, mais aussi de la soumission respectueuse des administrés.
On pourrait placer à la frontière allemande lin érriteau où se lirait:
ICI ON \rPI TOIE I A I n[.
De I.! \i'[i! il siipérioritt' imli-^i utaLle dr 1 ■^"t.lt allfiiKUMi Mir l'Élut français
en matière d'hygiène publique, comme pour la plupart des autres prescriptions législatives. Car les pays civilisés ont aujourd'hui à peu près les mêmes lois générales. Ce qui les différencie surtout, c'est l'obéissance des individus.
Grâce à cette collaboration empressée et sérieuse du public, l'hygiène n'a fait nulle part de plus rapides progrès qu'en Allemagne.
J'ai causé de toutes ces choses avec l'un des organisateurs de la section allemande d'hygiène à l'Exposition de Paris en 1900, et je peux vous donner une idée de l'importance des mesures prises par l'État et par les municipalités, concernant l'hygiène générale des villes, l'hygiène de l'habitation, l'hygiène corporelle, l'hygiène ahmentaire et la prophylaxie des maladies contagieuses.
On peut dire qu'il n'y a pas de poussière dans les grandes villes d'Allemagne. L'été on arrose partout et sans cesse; l'arrosoir ne s'arrête que pour faire place au balai. Et, comme il n'y a pas de poussière, il n'y a pas de boue. Dès qu'il pleut, une véritable armée de racleurs, munis de leurs instruments de caoutchouc, se répand dans la ville, et l'eau est aussitôt évacuée avec méthode vers les ruisseaux et les bouches d'égout.
A Berlin, comme dans les rues de toutes les villes allemandes, vous rencontrez, du matin au soir, des ouvriers municipaux cliargés do ramasser le crottin et lo papior. sans préjudice du balayage et de l'enlèvement quotidien des immondices.
Dans le Tiergarten, on a inauguré, il y a longtemps, les arrosoirs automobiles, récemment imités à Paris. Un immense tonneau rempli d'eau se promène à raison de 40 kilomètres à l'heure dans les larges
avenues qui mènent à Charlottenbourg, et d'un jet puissant arrose d'un seul coup toute la largeur d'une allée. Au passage des tramways, le conducteur arrête le jet pour ne pas noyer les plates- formes.
Grâce à ce système si simple, les promeneurs et cavaliers du Tiergarten n'ont jamais de poussière.
J'ai vu mieux encore. Dans d'autres villes comme Francfort, il existe des tramways- arrosoirs qui se promènent à travers les voies principales, inondant la chaussée de leur jet latéral, et en facilitent ainsi le nettoyage constant.
Partout, dans les rues, les squares et jardins publics, des corbeilles en fd de fer reçoivent les papiers qui jamais ne traînent sur le trottoir ou la chaussée. Si, par hasard, un enfant ou une grande personne enfreint cette discipline, le Schutzmann, quand il le voit, le force à revenir sur ses pas et à ramasser ce qu'il a laissé tomber. Le cas est rare, d'ailleurs. Ce système mis en vigueur maintenant à Paris paraît donner des résultats intéressants. De même, je n'ai jamais vu cracher dans les rues. J'ai noté le ton scandalisé des Allemands me racontant qu'en France les gens crachent sur le plancher des tramways, des omnibus, des wagons de chemins de fer, des cafés et des brasseries. En effet, chez nous, tout endroit public est considéré comme une étable. Ici, si quelqu'un se permettait de cracher sur le sol d'un endroit clos, il se trouverait quelqu'un pour !•' rappeler aux convenances. Durant les concerts, dans les jardins privés et publics, des employés en uniforme piquent avec un crochet les papiers égarés dans les allées de gravier ou sous les tables. A Diisseldorf, j'ai lu un avertisseineut du bourgmestre invitant les habitants à ne pas
L ' A L L E ^î A G N E MODERNE
jeter par terre les bulletins de tram-
way.
On enlève les papiers chaque jour dans les jardins publics. Mais à Grûnewald, qui est une forêt de 5 000 hectares, on ne peut pas... La ville manquerait du personnel nécessaire. Alors, une société privée s'est formée dans le but de suppléer la municipalité. Quelques mécènes maniaques de propreté et d'ordre — ne les blâmons pas ! — se mirent à la tête de cette œu\Te et donnèrent de l'argent :
c'est le dernier Verein fondé à Berlin.
A l'automne, des balais mécaniques circulent constamment dans les voies bordées d'arbres, et des balayeurs ramassent les feuilles tombées dans l'intervalle de leurs passages.
Le nettoyage des trottoirs est généralement confié aux propriétaires, lesquels sont responsables des accidents survenus par suite du mauvais entretien de ces trottoirs. Si, passant devant une maison, vous glissez sur une pelure d'orange et vous cassez le cou, le propriétaire de ladite maison est responsable. De même si l'hiver quelqu'un ghsse et se blesse sur un trottoir couvert de verglas, où ne fut pas répandu de lacendre... Amendes, amendes, amendes! Pour se mettre à couvert, le propriétaire confie le nettoyage de sa part de chaussée à une société, moyennant 3 marks par mois.
Une plaque posée sur sa porte avec les mots: « Trottoir- Reinigung » l'indique; de plus, il s'assure contre la responsabilité des accidents.
Pour faciliter la propreté publique, les municipalités s'ingénient à perfectionner le service de voirie, à édicter des règlements variés et précis, à innover des appareils pratiques pour l'enlèvement rapide des inmiondices.
CHAKi OTTENBOURG L'une des dernières prescriptions de la municipalité de Charlottenbourg est à noter. Elle oblige chaque propriétaire à tenir constamment en bon état trois baquets de forte taille où les locataires journellement vont jeter, dans l'un les cendres et les poussières, dans un autre les papiers, les boîtes, et dans le troisième tous les détritus de cuisine, restes de viande, os, épluchures, croûtes, etc.
Pourquoi cette complication?
Voici :
La municipalité, très pratique, s'est dit un jour qu'il était fou de laisser à la voirie tant de restes utilisables. Elle a donc acheté des porcs, et elle nourrit à présent des milliers de ces animaux avec les reliefs des habitants ; elle vend ensuite ses cochons engraissés à si peu de frais et se fait ainsi un revenu appréciable. Si les habitants mélangent de la poussière aux restes de cuisine, on les met à l'amende et on ne plaisante pas. Il n'y a pas de conseillers municipaux ou de députés capables d'obtenir qu'on ferme les yeux sur une contravention, quelle qu'elle soit. Ils ne s'aviseraient pas de le demander d'ailleurs.
La ville enlève le contenu des baquets chaque jour, mais ce sont les propriétaires qui paient le service d'enlèvement à raison de 0,75 p. 100 de la valeur du loyer de leurs immeubles.
Le système d'enlèvement est perfectionné : le baquet plein se place sur le derrière de la voiture fermée; un treuil qu'on tourne le renverse à l'intérieur sans qu'apparaisse au dehors un atome de poussière. On porte ainsi les détritus jusqu'aux champs d'épandage, dont on se sert aussi pour le déchargement des égouts. On fait actuellement des expériences pour brûler les produits. En y
Pliot. Cari ririch rt Srhcrl. Brriin.
L'HYGIÈNE DE LA RUE. — Les Allominuls sonl liers à jnsle lilro do l;i |>ro|)reli> de leurs villes où aljondenl les appareils de neltoyape les i)lus peireelioniiés. Herliu seul coini)le 22 000 balayeurs.
l'i AM II t r.i
LHYGIKNF. I)K I,A KUK