‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 37 sur 164 · I. Al IJ M \<,\l M O I» I V \ I · texte numérisé non relu

I. Al IJ M \<,\l M O I» I V \ I

L " A L L E >i A G N E MODERNE

LA TOUR DE FER. autrt' ciiriosiU' de Mayence. De style gothique, cette tour « dite de fer», tranchant sur

le cadre moderne, est d'un heureux elTet.

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L A L L E M A G N E MODERNE

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ensuite, qui mettent si facilement un son à la place d'un autre :

Un deux, do, Gaprimendi mo, Caprimendi citoilien !. Un, deux, do.

Cela voudrait dire :

Un, deux, trois, Capitaine et Roi, Capitaine et citoyen !

Un, deux, trois.

Et, si cette interprétation est exacte, quel fait piquant, que cette espèce de limon napoléonien qu'auraient laissé derrière elles les armées de la Révolution et de l'Empire !

Une quantité d'enseignes portent ces mots : En gros, en détail. Et une foule de vocables complètement français sont restés dans le langage courant, ainsi : Spéditeur, spédition, imprimés en grosses lettres sur tous les quais de la Hesse et de la province Rhénane.

Le Hessois est sans tendresse pour le Prussien. Il reconnaît tout ce qu'il doit à la Prusse : l'organisation, la discipline ; il lui en a de la gratitude, et se laisserait même volontiers absorber. Mais, individuellement, ses sympathies vont plutôt à l'Autriche, qui a laissé aussi de fortes racines de ce côté. Pourtant, voyez le sérieux de cette race : le Hessois ne voudrait pas des Autrichiens pour maîtres : « Nous n'en voulons pas, parce qu'ils sont paresseux, qu'ils aiment trop à se laisser vivre. Nous avons appris de la Prusse à travailler et à nous organiser, et eux nous l'auraient vite fait oublier. »

Ce n'est pas que le Mayençais se morfonde !

Écoutez- le me dire avec orgueil :

« Douze Mayençais attablés font plus

de bruit et boivent davantage que cent Francfortois ! »

Car Francfort est la ville voisine, riche et peuplée, qu'on jalouse un peu.

Le Rhénan prétend que le tempérament de la race est le même que sur toute la rive gauche du Rhin, de Coblentz à Diisseldorf. La terre y est plus fertile et plus riche que sur la rive droite, les propriétaires plus à l'aise, et, le vin aidant, on extériorise plus volontiers sa joie de vivre. On y est aussi plus prodigue, on économise relativement peu ; aussi n'y trouve- 1- on pas de grosses fortunes. Wiesbaden, grande ville de luxe à proximité, sorte d'enclave internationale, lui pompe, d'ailleurs, ses milhonnaires.

Les Mayençais vous montrent avec plaisir l'endroit, sur la place du Marché, où les soldats de la Révolution avaient planté un arbre de la Liberté. Cet arbre a, parbleu, péri depuis. Un bec de gaz l'a remplacé, ô symbole ! Et les historiens de la ville, l'aimable et savant président Bockenheimer entre autres, vous racontent avec orgueil que Napoléon avait adopté Mayence comme sa ville favorite en Allemagne. Il avait sur elle des vues considérables. L'idée lui vint du grand viaduc que l'on voit aujourd'hui sur le Rhin, et il en avait même désigné l'emplacement. Rencontre admirable : en creusant le lit du fleuve pour y établir les piles du pont, on découvrit les fondations d'un pont de bois d'autrefois. C'est à ce même endroit que les Romains, dominant la contrée, avaient jugé que le fleuve devait être franchi. Ce pont superbe est à présent un pont stratégique, disposé à l'usage des trains mihtaires ; les quais sont préparés pour le transport de l'artillerie ; au premier cri de guerre, c'est ici que les troupes allemandes traverseraient le Rhin.

On me signale le château, une vaste bâtisse rougeâtre, devant le fleuve majestueux, où Napoléon, avant de partir pour la campagne de Russie, fit ses adieux à l'Impératrice, car c'est de Mayence qu'il se lança dans la grande aventure. De là aussi le vieux Guillaume, en août 1870, suivait les premières péripéties de la guerre. L'invasion commencée, il se rapprocha de la frontière ; mais, en attendant, il s'arrêta prudemment à Mayence. On le voyait se promener, les mains derrière le dos, en compagnie du maréchal de Moltke, le long de la galerie du premier étage qui fait face au fleuve, et, quand la foule l'acclamait, il venait saluer.

Enfin, la place du Théâtre a aussi été réalisée sur un plan de Napoléon. Ce n'est pas que son génie y éclate...

Les traces françaises, toutes minimes qu'elles soient, sont donc visibles. Elles apparaissent, et ce ne sont pas les moins agréables, jusque sur le passage des jeunes filles. Minois délurés, tournures gracieuses et naturellement élégantes, expression plus gaie du visage, modes parisiennes — un peu en retard tout de mémo — tout nous fait penser aux conquêtes de l'armée du Rhin. Et, le dimanche, le long de la Ludwigstrasse et sur la place Schiller, à l'heure du concert militaire, on ne peut s'empêcher de songer que ce furent d'autres uniformes qui paradaient, li y a cent vingt ans, et avec plus de désinvolture, devant les belles Mayenç aises.

Mayence donne plus l' impression d une ville de luxe que d'une ville de travail. L'-î nuiivt'dux quartiers sont composés de vastes voies irdversées de tramways, plantées d'arbres, avec des pelouses et des fleurs. Il v a là des maisons claires, charmnntf^s d»^ irnîté, avec de larges

fenêtres et de petites portes, de couleurs variées, d'une hardiesse et d'une liberté adorables. En fait, on n'y voit guère de marques de labeur. Pas d'usines ni de chantiers. Le port, assez éloigné, n'est pas très actif. La rivale de Mayence, Mannheim, se développe à ses dépens ; le commerce des vins y est pourtant considérable, mais ne suffit pas à l'animer.

J'ai entendu des Mayençais dire :

« Si nous appartenions à la Prusse, les affaires marcheraient mieux. Notre pays s'endort, il est trop petit pour vivre séparé. (La Hesse a 1.200.000 habitants environ.)

Cependant le Hessois se montre, en général, loyaliste et grand-ducal. Le prince y est même populaire. On cite de lui des traits qui prouvent un esprit avancé et moderne et le font considérer, en Prusse, comme dangereux. C'est ainsi qu'on l'a vu, à Darmstadt, serrer la main de M. David, député sociaHste au Reichstag et aussi, chose très rare, au Landtag de Hesse, et causer même un instant avec lui. Or, en Allemagne, les gens qui se respectent ne serrent pas la main d'un socialiste avéré, pas plus que celle d'un voleur connu, ou d'un assassin libéré. Cela ne se fait pas.

Le grand-duc de Hesse a conservé les traditions mécéniques de ses aïeux. Il aime les arts, encourage la musique, la peinture et 1" architecture surtout. C'est Mayence qui ^ >i l,i capitale musicale de l'État. 11 y existe une société, la Liedertafel, bien connue pi.ur ses exécutions grandioses, diriirée par un homme rharmaut et (li>tiiiirut''. !<■ !)'" Strœckers, l'un des dirci leurs dt; la [)lus vieille maison d'éditions musical» s ail lii.Mides : le maison Si hott, dont If privilège remonte haut dans l'hi-^tnir»' d'' la musique. Cette

société s'est fait bâtir une salle de concerts très jolie, avec dépendances. Et comme il fallait pour cela s'endetter, elle a sousloué une partie de l'immeuble à un restaurateur, car il n'y a rien en Allemagne — ni cérémonie, ni plaisir, ni devoir — où l'on ne boive et mange. Elle a fait mieux encore. Comme la plupart de ses membres sont propriétaires de vignobles, cette société s'est instituée marchande de vins. Elle a des caves, des prospectus et des vendeurs. Et c'est avec ses bénéfices commerciaux qu'elle arrive à payer les annuités d'amortissement de la maison luxueuse qu'elle a construite.

Vous saisissez là sur le vif l'un des côtés pratiques du génie allemand. Et quand on s'étonne que les descendants de Werther soient devenus les concurrents victorieux de cette race de marchands qu'est la race anglaise, il faut se dire que l'Allemand est encore plus marchand et plus réaliste que l'Anglais. On fête Haendel, on célèbre Beethoven, en des festivals monstres ; mais, comme on aime le faste en ces contrées rhénanes, il faut de l'argent. Et c'est le réalisme allemand qui subventionne l'idéalisme germanique !

Mayence est accueillante à l'étranger, qui y fréquente beaucoup, l'Américain et l'Anglais principalement. Une société locale, la Verkerçerein, s'est même chargée, comme dans les villes d'eaux, des initiatives de fêtes, des affiches, etc., etc. Et, institution quv la Suisse et le reste de l'Allemagne pourraient lui emprunter, cette société accueille les réclamations des voyageurs écorchés dans les hôtels et revise les additions.

« A la bonne heure ! dis-je à l'un des membres de cette société modèle, voilà de la bonne moralité.

— Oh! me répondit-il naïvement, ce

n'est pas par morahté que nous faisons cela. C'est pour que les gens reviennent.

— Qu'importe, insistai- je sans y croire, c'est par l'éducation qu'on réforme les caractères.

— Non, insista à son tour ce pessimiste, les hôteliers feront toujours les additions exagérées. »

Je n'ai pu m' empêcher de remarquer ici, comme dans presque toutes les villes que j'ai visitées, le zèle et l'activité dépensés par les bourgmestres et les échevins des municipahtés. Ils sont depuis le matin, à neuf heures, jusqu'au soir, au Rathaus (hôtel de ville), y reçoivent, président des commissions, travaillent sans s'arrêter : toutes les minutes de leurs journées sont d'avance distribuées ; j'ai pu maintes fois le vérifier.

C'est que les fonctions de maire et d'adjoint se paient largement, et qu'on ne choisit pour les exercer que des gens capables, ayant fait leurs preuves. Généralement recrutés dans une catégorie de fonctionnaires inconnus chez nous; autant juges qu'avocats et conseillers de préfecture, ils ont étudié à fond toute la législation de l'Empire et des États, et, par surcroît, donné des preuves de talent d'administrateur, d'autorité, d'activité, de connaissance générale des afl'aires municipales. Ils commencent ordinairement par être bourgmestres de petites localités. S'ils y réussissent, s'ils ont pu se faire remarquer en organisant un service nouveau et utile, ils font valoir cette réussite quand ils sollicitent un poste important. Ce sont les Conseils municipaux qui examinent les titres de tous les postulants, et la brigue n'a pas souvent de part dans ces choix.

Un bourgmestre comme celui «le xMayence gagne 15.000 marks par an, soil près de 19.000 francs (15.000 francs

de traitement fixe et 3.750 francs de frais de représentation). C'est un homme sérieux et intelligent, parlant français et anglais, connaissant tous les ressorts de son administration sur le bout des ongles, et aussi dévoué à sa ville d'adoption que les conseillers municipaux, dont la fonction est gratuite. Son autorité est respectée et son avis écouté avec déférence : il a un peu la position d'un préfet devant un Conseil général, mais plus mêlé à l'action, plus intéressé à la prospérité des affaires dont il est chargé, et plus stable. Car, nommé une première fois pour douze ans, il conserve ses fonctions jusqu'à la fin de ses jours s'il est désigné une seconde fois. Et si, au bout de douze ans, on ne le maintient pas, il a droit à une pension équivalant à la moitié de son traitement. Il en est de même pour les deux échevins adjoints qui, eux, touchent 12.000 francs par an.

L'inconvénient de ce système est visible : le maire n'est qu'un fonctionnaire, il n'est pas libre ; il dépend à la fois de l'État qui l'agrée et de la commune qui le nomme et le paye. A cela, les Allemands répondent que leur bourgmestre n'a pas à s'occuper de politique, qu'il est là pour faire prospérer la ville, pour la rendre plus belle, plus saine, plus agréable, plus confortable, en un mot, qu'on ne lui demande que de se dévouer tout entier à sa cité d'adoption, et que, dans ce domaine, il est absolument hbre.

« Pourtant, cet étranger à Mayence, que vous faites venir de n'importe où, ne connaît pas vos intérêts, vos goûts, votre passé, vos traditions? Un homme choisi parmi vous ne réahserait-il pas mieux l'objet que vous vous proposez?

— Non. Cet étranger — qui est un Hessois, en somme — s'initiera à nos

intérêts et à nos goûts comme un ingénieur qu'on place à la tête d'une usine étudie les ressources mises à sa disposition pour une production déterminée. Il cherchera à faire mieux qu'on n'a fait avant lui. Pour cela, il n'est pas nécessaire de connaître nos traditions. Au contraire ! Nous coulons progresser, et si le passé n'est pas bon, pourquoi l'imiter? S'il est bon, nous, habitants de la ville, sommes au Conseil municipal pour le faire comprendre au bourgmestre, en cas de besoin. Un homme choisi parmi nous, — sans compter que chaque habitant a ses affaires personnelles à gérer, qu'il ignore le droit et l'administration, — arriverait au Rathaus avec des idées préconçues, celles d'une classe ou d'un clan, avec des intérêts et dos amis, ferait forcément et sans s'en douter intervenir dans ses délibérations personnelles des considérations étrangères au véritable bien de la communauté.

En un mot, il n'aurait ni l'autorité, ni l'indépendance, ni le désintéressement nécessaires.

Ces raisons m'ont convaincu.

Chez nous, le maire accepte ses fonctions par gloriole. Il n'est pas payé et ne donne par conséquent à sa charge que le superflu de son activité. Issu du suffrage, il songe surtout à ne pas déplaire à ses électeurs et à contenter chacun. Les emplois dont il est le dispensateur, il les donne à la recommandation du plus influent. Ce qui fait qu'au bout de quelques années toutes les fonctions de la ville tombent forcément aux mains non des plus capables, mais des mieux apparentés. Ici, le bourgmestre est responsable de tout le service qu'il a assumé. Si les rues ne sont pas propres, il n'a pas le droit de répondre au Conseil municipal, comme fit le maire d'une ville du midi de la France :

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« Je ne peux pourtant pas aller balayer les rues moi-même ! » On lui répondrait : « Vous le devez ! »

Et c'est ce qui fait que, d'un bout à l'autre de l'Allemagne, règne dans les rues une propreté de salon ; dans tous les services publies, un ordre et une discipline presque inconnus chez nous, qui simplifient la vie et lui donnent de la sécurité. Une autre conséquence de cet état de choses est la confiance que chacun s'habitue à placer dans l'autorité, et l'obéissance de tous devant le pouvoir, quel qu'il soit.

ÉCOLES POPULAIRES Se souvient-on de ET HOSPICES o o |g^ campagne de protestation menée chez nous, autrefois, à la suite des lois Ferry sur l'enseignement primaire, contre ce qu'on appelait « les palais scolaires » ? Tout était trop beau, trop luxueux, les façades, les classes, le matériel ; on allait gâter les enfants du peuple ; l'État était livré à des fous. Je me remémorais cette indignation en visitant les écoles de Mayence, en compagnie de M. Reis, conseiller municipal, qui se dévoue aux œuvres d'enseignement avec une passion admirable.

Que ne dirait-on pas des « palais »

d'ici? C'est bien autre chose, je vous assure, que les modestes immeubles de nos campagnes. Imaginez d'immenses bâtisses gothiques ou romanes, en briques rouges et pierres de taille, entourées de jardinets, abritées d'arbres, percées de larges baies. L'intérieur en est d'une propreté d'éghse, couloirs carrelés, murs clairs ornés de jolies lithographies coloriées et d'élégants portemanteaux. Deux ou trois lavabos de faïence à chaque étage. Le plancher des classes est recouvert de linoléum rouge-brique ; l'éclairage est

électrique, car le gaz, en brûlant l'oxygène de l'air, en altère la pureté, et le chauffage est assuré par le système dit chauffage central ; ventilation parfaite : l'air chaud, envoyé par le bas, est aspiré par des ouvertures percées au-dessous du plafond, et il en résulte une aération modérée et continue. Propreté incomparable. J'ai vu balayer des écoles françaises! Hélas!...

Il y a ici, dans une seule école de 36 classes, neuf femmes qui passent chaque jour trois heures, et le mercredi six heures, à nettoyer. Les tables, faites chacune pour deux élèves, se renversent complètement par un système de bascule, et ainsi nulle poussière n'y peut séjourner. Par les temps de pluie ou de neige, les chaussures mouillées des enfants venant de la rue garderaient, posées sur un plancher fisse, leur humidité : on a prévu cela, et, pour qu'elles sèchent plus vite, substitué des treillages aux simples planches du parquet. Voilà comment on entend l'hygiène.

Des salles de douches sont installées dans les sous-sols : une pour les garçons, une pour les filles. On y voit de vastes bassins rectangulaires, profonds de 30 à 40 centimètres, au-dessus desquels une série de tuyaux percés de trous envoient à volonté l'eau froide ou chaude. Tout le champ du bassin est arrosé par ces tuyaux, de sorte que quarante ou cinquante enfants peuvent s'y doucher à la fois. A chacun l'on remet un caleçon, un petit pain de savon et une serviette. Le vestiaire où ils se déshabillent est chauffé et ventilé.

Les dix mille enfants des écoles publiques de Mayence prennent ainsi leur bain hebdomadaire gratuitement. L'été, dans le Rhin, un cours de natation, payé par la ville, est accessible à tous les écoliers qui veulent le suivre.

Les fournitures scolaires sont données gratuitement aussi aux élèves dont les parents le demandent. Et cette gratuité est si peu considérée comme une charité qu'il fut un moment question, au Conseil municipal, de l'étendre à tous sans distinction, afin d'éviter de blesser, par un malentendu possible, ceux qui la réclament. On recula devant la dépense.

Cinq médecins attachés aux écoles de la ville, tous les quinze jours mensurent, pèsent et auscultent les enfants. Les malades, les dégénérés atteints de scolioses, sont envoyés à un institut spécial de mécanothérapie et d'hydrothérapie, installé avec un luxe presque aussi parfait que celui des grandes stations thermales. Là, des spécialistes leur fabriquent sur mesure des corsets ou des armatures adaptés à leurs déviations ; on les baigne, on les soumet aux divers appareils mécaniques, on allonge les bossus, on redresse les tortus, on accomplit, en un mot, tout le travail de l'orthopédie. Le traitement est complété par des bains salés, des inhalations pour les tuberculeux, des bains électriques, des bains radio-actifs. Tout cela : appareils, soins et traitement, est gratuit.

Moyennant 20 pfennigs par semaine (5 sous), chaque enfant des écoles a droit chaque jour à une tasse de lait et à un petit pain. Pour les indigents, ce repas est gratuit, grâce à une œuvre privée qui en supporte les frais, et les pauvres petits ignorent eux-mêmes si leurs parents payent ou non pour eux. Ef quelle pnjpreté, qu«'l (»r(lre régnent dans ce petit ménage quotidi^^n !

On a encore pensé aux »iif<tnt.s aftligés d'iiri (iff-iut de prononciation, d»' bégaieru' lit, f'ir. Des leçons spérdales de phonétique Sont duiiiiées, et luujuurs gratui-

tement. Les demi- idiots, les « en retard n, ont également leurs classes séparées : de la sorte, ils ne gêneront pas les autres et progresseront eux-mêmes plus vite.

A ces demi- idiots on fournit des billets de tramway, de même qu'aux autres élèves demeurant loin des écoles.

L'Allemagne a, comme nous, ses lois sur l'obligation de l'enseignement, mais, elle, les applique rigoureusement, à grand renfort d'amendes et avec l'aide de la police, qui, pour en finir, va chercher les réfractaires jusqu'au domicile de leurs parents et les amène de force à l'école. On cite, d'ailleurs, les cas où cette suprême contrainte est devenue nécessaire. L'Allemand, né docile, a appris à considérer dans la vie deux sortes d'obligations également supérieures : l'école et l'armée. Il compte les « années d'école », comme il compte les « années militaires ».

Ces années d'é<^ole sont pour lui beaucoup plus longues que pour nous. En France, à treize ans, l'enfant se voit libéré par la loi de toute présence scolaire. Ici, les classes d'adultes sont obligatoires. Tous les garçons de quatorze à dix-sept ans doivent suivre, une fois par semaine l'été, deux fois l'hiver, de cinq à sept heures du soir, les cours uiablis à leur intention dans les écoles pubhques. Et ils y viennent. Leurs patrons sont tenus de leur d'^nnor la liborté une demiheure — ou davantage si nécessaire — avant l'heur^ du cours, afin qu'ils aient !>' temps de se laver et de faire le chemin. Ils doivmt aussi leur payer l.s hfiirt's passées a l'école; sinon, les amendes »d 1»' n'-^tf pleuvent sur ♦•ux. Dans ces cours d'adultes, les élevés, répartis en «lasses distinctes, se groupent par corps de métiers, et rt^riseignement dilîere >uivajit les prufc>.^ions. On y per-

fectionne leurs connaissances générales, mais surtout on leur donne des notions utiles à l'exercice de leur métier, des rudiments d'histoire, de législation du travail, d'assurances sociales, etc...

Et si quelque adulte, manquant de zèle et rebelle à la loi, ne répond pas à l'appel, il est poursuivi sans pitié, accablé d'amendes et de retenues. De retenues, parfaitement. Le jeune homme de seize ans, qui gagne sa vie depuis deux ans, et qui, se croyant un homme, refuse de suivre la Fortbildiingschule, est, pour les trois premiers manquements, passible d'amendes de 20 à 40 pfennigs, puis, au quatrième, est appréhendé par la police, amené à l'école le dimanche, et retenu au cachot toute la journée ! La ville de Mayence a une année encaissé 700 marks, du fait de ces contraventions.

LE SERVICE L'administration des postes, DES POSTES télégraphes et téléphones en Allemagne est la première du monde pour l'ordre et la régularité de son fonctionnement, et pour la multiplicité des offices qu'elle rend au public. Comme elle est uniforme dans toutes les parties de l'Empire, j'ai préféré l'étudier dans une ville moyenne comme Mayence, où tous les services sont centralisés et plus aisément observables.

La poste reçoit les paqiiets jusqu'à 50 kilos, et, comme elle a des succursales dans tous les quartiers, vous voyez à quel point on pousse le souci de la commodité du pubUc. Aussi, dans cette ville de 115.000 habitants, la poste expédie quotidiennement 1.300 paquets et en distribue le double. Des voitures font deux distributions par jour.

Pour 25 francs par an, un négociant peut s'ofi'rir une boîte aux lettres dans sa

cour même, ou dans son escalier, ou son vestibule, et lui-même fixe les heures des levées à sa fantaisie. Tous les commerçants expédient de leurs propres bureaux leurs lettres recommandées : ils ont à cet effet des feuilles sur lesquelles ils enregistrent leurs chargements, et la poste, qui a confiance en eux, accepte leur comptabilité. De temps en temps on vérifie, pour la forme, et jamais on ne relève la tromperie. Vous devinez quel soulagement ces simplifications apportent au service des employés de l'État, ce qu'elles suppriment pour tout le monde de stations aux guichets, et combien y gagne la rapidité générale des opérations.

Par surcroît, l'administration des postes assume un service de banque, et voilà en quoi elle est surtout remarquable.

Par ses facteurs, elle se charge de recouvrer toutes les sommes possibles. On me dira qu'en France les journaux, par exemple, usent de ce procédé. Mais il est, au regard de l'Allemagne, dans l'enfance. Il n'en coûte que 3 sous pour le recouvrement de toutes les sommes qui ne dépassent pas 800 marks ; vous payeriez, dans une banque, 1 fr. 50. Les facteurs, à Mayence, font 60.000 recouvrements de ce genre par an, sans traite, et présentent en outre 11.000 traites. Si elles sont protestées, la poste les verse elle-même aux huissiers.

Un commerçant dit à la poste au commencement de l'année : «Tous les fonds qui vous seront versés pour moi, vous les déposerez chez M. X.... banquier. » Et l'ordre est exécuté sans frais pour

lui.

Vn commerçant de Mayence est avisé que 1.000 marks lui sont envoyés par un correspondant. S'il ne veut pas de fonds ehez lui, sil est en compte avec un créancier, il peut dire à T Administration:

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« Versez ces 1.000 marks à M. X..., à Francfort. » Il paye quelques sous, et il fait l'économie d'écritures et de correspondances. Répétée mille fois par an, cette opération devient fructueuse.

Chaque année, il est ainsi versé par la poste 30 millions aux commerçants de Mayence, qui expédient à leur tour 40 millions par le même procédé simplificateur et économique.

Vous avez un papier à signifier à quelqu'un, pour lequel vous ne désirez pas faire de frais d'huissier : vous le confiez à la poste, qui, moyennant 20 centimes, le remet à destination avec certificat du facteur : il y a là une différence avec nos lettres recommandées.

C'est aussi la poste qui vend les timbres pour les assurances sociales, et c'est elle qui paye les rentes aux assurés de l'État pour les accidents, la vieillesse et l'inva- Hdité.

Et ce n'est pas un petit travail!

Évidemment une telle organisation a besoin d'employés : 110 scribes et 260 facteurs, qui font six distributions par jour. Prenez une ville équivalente française et comparez les deux services postaux ! Les employés allemands fournissent de cinquante à cinquante- deux heures de service par semaine, et les facteurs soixante heures, y compris un service de deux heures le dimanche. Tous les deux dimanches, congé total.

Je me trouvais à Mayence l'année de la grève des facteurs de Paris. Cela me donna l'idée de comparer les traitements dans les deux pays.

Les facteurs qui débutent gagnent, en Allemagne, 100 francs par mois, l'uniforme payé ; au bout d'un an, on leur donne 1.875 francs par an, plus une indemnité de logement proportionnée à l'importance

dos vill^^s. -- à MayoniT. 350 francs par an, — soit lii") francs. Malades après sept ans de services, ils ont droit à la retraite. Cette retraito .-•■ ( al ulo, —comme en France, — à raison d'un ouixantiéme de kur Ira lie ment par année de service, plus cinq ans qin' l'f.i.d ajoute gracieusement.

En France, un facteur d^ ville débute à 1.100 francs et arrive, à la lin de son service, — par échelons de î'"^ francs d'augmentation, — à 1.600 francs, ce qui est le maximum. Le facteur rural débute à 800 francs et monte, par échelons de 50 francs, jusqu'à 1.150 francs au maximum.

Le facteur allemand est donc très favorisé.

Le téléphone, en Allemagne, est, à l'inverse de chez nous, une institution pratique, utile et populaire. Tout y est vraiment organisé pour la commodité.

Il coûte moins cher qu'en France, on entend à 2 mètres de l'appareil récepteur ce qui se dit à l'autre bout du fil, et on est, en général, rapidement servi.

Il y a trois sortes d'abonnements :

1° L'abonné paye une taxe annuelle de 60 à 90 marks (de 75 à 112 fr. 50), plus 5 pfennigs par chaque communication qu'il demande. Il ne paye rien pour les communications qu'il reçoit.

20 L'abonné paye annuellement 200 francs (dans les grandes villes) et 60 ou 70 francs (dans les petites villes), quel que soit le nombre des communications prises dans la ville même.

30 L'abonné paye 312 francs et a droit à un nombre illimité de communications dans tout le district de Mayence, c'està-dire à peu près dans un rayon de 100 kilomètres. Une quantité de grandes villes se trouvent comprises dans ce

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LE NATIONAL DENKMAL, à 22;! nièlrcs au-dessus du niiiii. se compose d'un souhassement de 2r» mètres de haut supporl^uil une (ii'i-in.ini.i. de lOm.ilO. Il per|H''liie le souvenir de l;i reshiur,ili!)n <le IKinpire alieinand.

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rayon : Coblentz, Francfort, Wiesbaden, Kreuznach, Mannheim, Fulda, Hanau, Darmstadt, etc., etc.

Le service des abonnés dure toute la nuit. Mais on paye 1 sou par communication nocturne.

S'il a chez lui un malade, l'abonné peut, par exemple, faire établir la communication permanente avec un médecin, une sage- femme, et il les appelle directement, sans passer par l'intermédiaire du bureau.

On peut procéder de même avec le bureau de police, si on a des raisons pour cela, ou avec les pompiers: le tout moyennant 10 marks par an, ou 1 mark par mois. Si votre médecin n'a pas le téléphone, vous vous faites rattacher directement à la police, qui, moyennant une très légère rétribution convenue d'avance, porte votre communication à domicile, à toute heure de la nuit.

On fait des expériences de téléphone doublé de machine à écrire ; on serait ainsi dispensé de parler, et les communications transmises en l'absence de l'abonné seraient enregistrées automatiquement.

Le service de Mayence compte plus de 2.100 abonnés et occupe 60 téléphonistes femmes et 3 inspecteurs hommes.

Voici un autre exemple de l'adaptation rigoureuse des services de l'État aux besoins du public. Si, pris d'un bon mou-

vement, un ouvrier, un employé décide qu'il va mettre chaque semaine quelques francs à la caisse d'épargne, fût-ce 50 centimes, il lui suffit d'en avertir le bureau compétent, et, chaque semaine de l'année, au jour dit, un collecteur vient chez lui encaisser sa réserve et lui en laisse reçu.

Cette caisse d'épargne réalise des bénéfices. Mais elle les emploie à des œuvres exclusivement populaires. Il ne faut pas que les revenus de l'argent des pauvres aillent à d'autres qu'à des pauvres. Et les 72.000 marks de profit sont répartis entre les œuvres des femmes en couches, des filles sans emploi, des colonies de vacances, ou attribués au chauffage des salles mises, les soirs d'hiver, à la disposition des ouvriers, ou aux bains publics, etc.

Les bains publics sont des maisons quelconques qu'on a divisées en compartiments garnis de baignoires ou de douches, et où chacun peut prendre pour 2 sous une douche d'eau froide ou chaude. On lui donne, pour ses 2 sous, savon et serviette. Pour 5 sous, il a une baignoire, et pour 2 sous de plus encore, une chaise longue.

Ces étabUssements sont modestes, il est vrai, et j'en ai vu en d'autres villes de somptueux comme des thermes romains.

Mais c'est un commencement, je le répète, Mayence n'est pas riche. Avons- nous seulement l'équivalent dans nos villes les plus prospères?

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