‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 38 sur 164 · FRANCFORT · texte numérisé non relu

FRANCFORT

Le Mahlzeit des banquiers francfortois. — Accueil sympathique. — La Marseillaise acclamée. — Vemotion (fun patriote. — Souvenirs historiques. — Le ghetto et la maison des Rothschild. — Le papier de tenture de la première caisse rothschildienne. — V auteur se plaît à la superstition. —Les millionnaires francfortois.

— Beaucoup de Millions et peu de voitures. — Vimpôt sur le revenu. — Rothschild ignore le chiffre de sa fortune. — Extension de la ville. —Absorption des communes voisines. — Ce qu'elle sera dans cinquante ans.

— Francfort, ancienne ville libre, garde le sentiment de son indépendance. — Abondance des entreprises privées. — Fondateurs de bibliothèques, de musées, d'hôpitaux. — Le trésor municipal. — Le Palmengarten. — Démocratisme de ville libre. — Les banques. — Rivalité de Berlin et de Francfort. — Dividendes fabuleux. — Les premiers commerçants d'Allemagne. — La charité. — Éducation des orphelins. — Assistance aux enfants abandonnés. — L'enseignement du français. — Les méthodes.

01 CI l'une des villes les plus intéressantes d'Allemagne, Tune des plus agréables à habiter, quoi qu'en puissent penser tels Français nostalgiques que j'ai trouvés là, les ailes nouées. Comme je demandais ses impressions sur l'-- monde francfortois à l'un d'eux, dont la nature délicate et fine se refusait à Tm rlimatation, il me dit:

« Vous ne pouvez pas imaginer ce que c'est ici qu'un dîner de banquier. Quand vous arrivez, tout le monde se précipite sur vous, et chacun sur les autres ; on se serre les mains, on se dit : Mahlzeit i (mot qui veut diro littéralement : repas).

On rostp trnis h^urfs à tablo. Et quand c'est tiiii. U's gens sf jftttMit dp nouveau lun sur l'autre en répétant Mahlzeit, en

se brisant les doigts, et les dames emportent toutes les fleurs qui étaient devant elles — avec les vases ! »

Pour pittoresque qu'elle soit, cette impression m'a paru un peu fragmentaire...

Le premier sentiment de l'étranger qui arrive à Francfort est qu il pénètre dans une capitale.

Il n'y rencontre pas la même simplicité ni 1'" même sourire qu'à Mayence ; mais c'est encore tout de même im bon accueil, et qui paraît méridional en comparaison de ce que lui réserve la fmidtMu- dos gens du N'^rd td do VEst.

Un Français, un Alsacien, M. Lang, installé à Francfort (le})uis de longues années, et qui rond beaucoup de services à nos compatriotes par son activité aimable et empressée, a même tenté de me convainrre des bons sentiments des Francfur tuis à l'égard des Français, — car notre

monomanie de fatuité veut que nous soyons chéris par l'univers entier. Quoi qu'il en soit, en 1903, à des régates sur le Mein, une équipe de la Seine battit les canotiers de Francfort. Or, dans cette ville où fut signé le traité de 1871, où s'élèvent trois ou quatre monuments patriotiques dont deux à la gloire de Guillaume W, au moment où la victoire des Parisiens parut décidée un orchestre joua la Marseillaise, et ce fut le signal d'un déhre. On acclama les Français, on les porta en triomphe sur les épaules, en poussant des cris de fête.

« J'en pleurais d'émotion, me dit M. Lang, et je fus obligé de m'en aller pour ne pas paraître ridicule. »

Ces choses peuvent donc coexister : rancune contre la Prusse pour son annexion de la ville libre, célébration de la gloire du conquérant et de la défaite des Français par dix monuments, acclamation de la Marseillaise et des Parisiens vainqueurs des régates !... Complexité de l'âme humaine.

Dès le seuil de la gare célèbre — elle est fière de ses dimensions, en elTet magnifiques, et de ses cinq cents trains par jour, — on peut assister à un défilé de tramways incomparable. Un jour, en cet endroit, j'en ai compté quatre-vingts en cinq minutes, et, du regard, je pouvais en embrasser une trentaine au même moment, allant et venant le long des trois ou quatre grandes artères qui débouchent là.

Tout aussitôt on trouve de très belles voies animées, bordées de magasins, la Kaiserstrasse et la Zeil fameuse ; puis de jolies promenades autour de l'ancienne enceinte.

En France, quand on démolit des remparts, on cherche innnédiatement à faire

de l'argent avec le prix des terrains — ah ! nous aimons la nature ! — en Allemagne, on pense tout de suite à y tracer des promenades, à y planter des arbres, et l'on bâtit plus loin.

Si le Baedeker n'existait pas, je vous conduirais à travers la ville. Mais vous n'avez pas besoin de moi pour cela.

Pour ma part, j'ai presque toujours été déçu par les curiosités classiques du voyage, et j'ai plus de profit à me promener dans les rues qu'à passer mon temps à écouter les mensonges des gardiens de monument. Si je pénètre dans un édifice historique, c'est comme un chien qu'on fouette : je ne puis me défendre de douter que les lieux soient demeurés les mêmes, et, s'ils ne sont pas intacts, si je n'ai pas devant les yeux les pierres mêmes ou les œuvres qui ont fait leur célébrité, que m'importe alors? Leur seule beauté, s'ils sont beaux, est capable de me retenir, et, pour la goûter, je n'ai pas besoin des guides.

Pour Francfort, son intérêt aux yeux du voyageur est d'avoir conservé des traces de son passé et en même temps de vivre dans le progrès. On vous montre le balcon de la place du Rœmer d'où, pendant trois siècles, les empereurs jetaient l'or à la foule le jour de leur couronnement, puis la fontaine où, en ces jours de liesse, s'éventraient les tonneaux de vin sous l'œil indifférent d'une Justice qui pèse de l'air dans ses plateaux vides ; mais on vous fait admirer aussi l'Opéra, qui est très joli. Vous voyez les trois maisons de Luther, celle d'où il prêcha son schisme, et celle où Bismarck habita avant 18G0, et l'hôtel du Cygne où fut signé le traité de paix de 1871. Et pour vous remettre de la vue des multipU^s statues de Guillaume l^^, voici en revanche

iil'

fil

El

los moniimonts de Gœthe, do Schiller, de Lessing, de Bœrne, de Schopenhauer.

Le ghetto a disparu ; toutes les maisons en ont même été démolies, à l'exception de celle où naquit l'ancêtre pauvre des Rothschild... Comme elle dépassait l'alignement de la rue Bœrne, il fallut, puisque la famille tenait àlaconserv^er, la reculer, de sept pieds en arrière, ce qu'on fit en la soulevant de terre. Il fallut aussi acheter le terrain à la ville, car, dans cette rue des Juifs, le terrain n'avait jamais été aliéné. Détail plus curieux encore : souvent chaque étage appartenait à un propriétaire différent, et les hypothèques se prenaient par étage !

LES MILLIONNAIRES Francfort, ville de FRANCFORTOis o o commerçants et de

banquiers, a la richesse. Elle vous prouve, chiffres en main, qu'elle a 831 citoyens possédant un revenu de 30.500 marks, c'est-à-dire des millionnaires, et 247 qui ont un revenu dépassant 100.000 marks (125.000 francs), 10 de 135.000 marks de revenu, 11 de 155.000 marks, 7 de 200.000 marks, et ainsi de suite, pour arriver à 1 rentier qui a 2.305.000 marks, 1 de 2.400.000 marks, 1 de 6.280.000 marks de revenu !

Celui-ci, c'est M. de Rothschild ; les deux autres sont M. Speyer Ellissen et M. Théodore Stem. Puis viennent les Mumm, les Dreyfus, les Hirsch.lesMetzler, les Grunélius, les Weinberg, les Hahn, les Goldschmidt, les Goutard, les de Neufville, les Bethmann, les Gans, les Werteimber, etc., etc.

Pour Rothschild, quand les agents du fisc lui demandèrent le chiffre de ses revenus, il dit :

« Vraiment, je n'en sais rien. »

Cependant, il lailait bien savoir. Un lit alors des évaluations nppruxim.'itives, et l'on s'arrêta, p-mr la taxatitui, à ro chiffre de 6.280.000 marks de revenu.

Lorsque, en 1885, on élargit 1 1 Bœrnestrasse, on dut restaurer un peu l'intérieur de la maison des Rothschild. L'architecte qui fut chargé de cette restauration arracha, dans la petite pièce qui servait de caisse aux fondateurs de la dynastie, un morceau du papier de tenture, et en donna un carré à l'un de ses amis. M. Askenasy. Cet homme aimable, qui connaît tout de l'histoire de Francfort et de son présent, m'a fait cadeau d'une partie de son trésor, un grossier papier à dessins brunâtres, en me disant :

« Deux personnes qui possèdent le même tahsman depuis vingt- cinq ans sont devenues millionnaires. »

Me voilà donc rassuré sur l'avenir de ma famille!

Chose remarquable : ces millionnaires si nombreux n'ont pas d'équipages ! La plupart louent leurs voitures au mois, parce que cela coûte moins cher. On cite deux cents exceptions environ. Mais le défunt baron Willy de Rothschild (l'ancien chef de la maison) n'en possédait pas.

Il existe à Francfort une écurie de grande remise célèbre. Lors du mariage du prince héritier à Berlin, la Ck)ur fit venir de cette grande remise 72 chevaux et 40 cochers. Le retour des courses de Francfort avec les « four in hand », les équipages de luxe, est une des attractions des étrangers qui le trouvent plus élégant que dans toutes les villes allemandes, Hambourg excepté.

Francfort grandit, et elle prévoit qu'elle grandira davantage, et toujours plus, et des plans sont établis en vue de l'exten-

tSlWUJiJN, aux bords do la .Nulie, luiiiie lioiilièn- enlie la liesse et la Fiussje. Voici la chapelle Saint-Hoch

et le château tie Klopp avec sa tour moderne.

Npue l'hot. Gcsellschaft, Brrlin.

BINGEN, lieu d'excursion connu, offre de tous côtés aux yeux charmés du voyageur le pittoresque varié

de ses sites riants ou grandioses.

Pulscbe 79.

ffi

BINGEN. .Hi\ IpiikU de hi N;ilic. r<)iiiir Irniilu rr iiiliL' l;i llt>^c cl l;i l'iu>>f. \(.n'i l,i cli.ij.. ili- >,.Uii- li. .. |i

t'I I»' i-li;'ilf;iii lie Kl(i|i|i .ivre-.:! loin- iijniK'llie.

BINGEN, lii'ii il"i'\ciii>iii

Il toimu, oITic tic Ions c«")(t's ;iii\ ynix cliiirnu's ilii voyageur lo pitlorostiiio vaiii- (!«' ses silos riants on irraiuliosos.

Pi anchk

PUAVCBI 80

— LALLE MAGNE MODERN

Planche ih,

tri

sion de la ville dans cinquante ans !

On suppose qu'elle se développera d'un certain côté, et déjà les architectes prévoient des jardins et des parcs, les grandes voies, les alignements de la cité future. La municipalité achète aux communes limitrophes d'immenses terrains, et sur ces communes elle a pris assez d'influence pour veiller à ce que leurs voies et leurs constructions nouvelles ne viennent pas contrecarrer ses propres plans. Et ces communes se prêtent à ces calculs, car elles ont besoin de Francfort chaque jour :

elles savent qu'elles seraient écrasées si elles résistaient.

Mais cet esprit de prévoyance, cette méthode, ce sens organisateur qui assure des échéances à cinquante années, ces arbres déjà plantés, ces ronds- points et ces avenues dessinés — chez les autres — ne sont-ils pas bien démonstratifs, en outre, de la vitalité et de l'optimisme des citoyens francfortois?

LE TRÉSOR MUNICIPAL Francfort, jadis ville libre, a gardé le sentiment de son indépendance et de sa force. Elle ne doit rien, ni aux princes, ni aux seigneurs, ni à personne. Son orgueil en est grand. Elle a fait ses affaires, sa fortune elle-même, et elle entend continuer ainsi. De là tant d'entreprises privées qui, spontanément, collaborent aujourd'hui encore à sa prospérité. De lacet air de capitale; de là ces hôtels modernes qui sont, comme le « Frankfurterhof », par exemple, le dernier mot du confort, où la cuisine vaut celle de Paris, où les chambres sont agencées comme dans les plus récents hôtels américains ; de là ces monuments publics, cet Opéra, ces écoles, ces collèges, ces dépenses d'instruction publique qui atteignent plus de 4 millions (pour 410.000 habitants),

et ce budget total de près de 60 milHons ! De là surtout l'amour, le culte des citoyens de Francfort pour leur ville, ce dévouement passionné à ses intérêts, qui fait que chaque année plusieurs millions de legs lui viennent de ses habitants. Une année, par exemple, on a compté 7 millions de dons pour des musées, des institutions artistiques. Autrefois, cette munificence allait aux écoles. Un beau jour on s'est dit : «C'est trop. Pensons à nos musées. » Et depuis, c'est une avalanche de tableaux, de galeries entières, qui arrivent de tous côtés.

Ainsi, la plupart des musées et des bibliothèques furent créés et sont entretenus par des legs ou des dons de citoyens, se chiffrant par dizaines de millions. La galerie de tableaux, sculptures, estampes, connue sous le nom de musée Staedel, a été léguée à la ville par M. Staedel, avec un capital dépassant un million de marks. Le musée Senekenberg, qui comprend aujourd'hui un Muséum d'histoire naturelle, une Académie de médecine, de chimie et de physique, d'une réputation européenne, fut fondé par M. Senekenberg, et celui-ci a assuré, en même temps, son avenir. Les bâtiments étant devenus trop petits, le Comité d'administration vendit un terrain légué par le fondateur, pour le prix de 6 milhons de marks (7 millions et demi de francs).

L'Académie des sciences sociales a reçu, en cinq ans, 3 millions et demi de marks ! Chacun suit ses préférences : un Rothschild fonde une bibliothèque avec une dotation d'un milhon, et ses descendants l'alimentent de dons réguliers ; plusieurs hôpitaux Rothschild existent à Francfort, entretenus par la famille ; une fille du baron Mayer Charles de Rothschild, qui avait sans doute beaucoup souffert des

in

dents, fonda il y a vingt-cinq ans une clinique dentaire gratuite, richement dotée, avec lits pour les malades dont le traitement doit durer.

Francfort attend, d'ailleurs, un grand nombre de dotations de la part de la famille de Rothschild, et l'on se répète avec émotion que la baronne Willy de Rothschild possède, outre son palais à Griinebourg, d'immenses terrains dont la valeur augmente annuellement de plus d'un million de marks.

Un jour, le comte de Schœnbom, de Vienne, voulut vendre son Rembrandt.

En quelques heures, les 420.000 francs demandés étaient souscrits par six Francfortois dont les noms ne furent pas publiés.

Un anonyme paya 125.000 francs un Lucas Cranach offert au musée St«del.

Le Rathaus, terminé depuis quelques années seulement, possède un coffre- fort muré et blindé, destiné à recevoir l'argenterie de la ville, le trésor municipal qui doit servir lors des grandes festivités. Chacun des riches Francfortois qui se respecte tient à fournir sa pièce à ce service d'honneur : ce sont des chefsd'œuvre d'orfèvrerie fabriqués à Francfort, et toujours en vern;- i! : écuelles, surtouts, gobelets, toute ! i \ aisselle des banquets de gala, buires, chopes, hanaps, vidrecomes, pi. h^ts, corbeilles, lavemains, etc., etc.

LE PALMENGARTEN CMte activité .iviqin^

se porte sur toutes rh(.sfs. .Vinsi, la ville n'avait pas de joli jardin puhlir. Les jardins d'hiv*T du i\\ir (io Nassau furent un j(*ur a vendrf\ Kn un après-midi, les quelques centaines de milliers de niark^ nécessaires à l'achat des terrains et a la fr^rtnation d'uno sopiété étaient souscrits. Aujour-

d'hui, il y a là un Palmengarten comme il n'en existe nulle part, ou du moins comme je n'en ai jamais vu. Des palmiers, des caoutchoucs, des poivriers, des bananiers, des camphriers, des cocotiers merveilleux, tous les arbres exotiques, les fleurs les plus belles des pays chauds : magnolias, azalées, rhododendrons, camélias, orchidées, et des roses, et des muguets, y sont réunis sous des coupoles de verre ; on marche entre des haies de verdures parfumées qui sont des allées de paradis pour qui aime les fleurs et les feuilles vivantes. Des ruisselets courent entre les bandes de gazon, il y fait doux l'hiver, on y est au frais l'été. Un restaurant s'y trouve, naturellement, accolé, et, avec le restaurant, un orchestre. Tout autour, c'est un parc somptueux, avec pièce d'eau pour le canotage l'été et pour le patinage l'hiver ; des courts de tennis, que sais- je encore? Et ce délice s'étale, pour ainsi dire, dans la ville même, à dix minutes de tramway du centre.

Mais voici le malheur : ce n'est pas gratuit. Le prix d'entrée est de 1 mark. Seulement, la société d'exploitation se divise en une infinité d'actions dont les intérêts paient la cotisation d'entrée annuelle, pour tous les jours d-' Tannée, eux, leur faniillt' et leurs domestiques. J'en fis la remarque à un de mes amis, « Ce n'est pas très dém-n r.itique, cela! Ce jardin est ptresque fjratuil jmur les som qui [leuvent achetf-r une action, ^'t (pii y \i''[Hient ^(M) jours par an avec leur famillf. et il est interdit en f<iit aux CT^^ns du peu})l'', (pii ne peuvent jtayor un ni.u'k par personne.

— Cest vrai, répondit-il. Mais ce n'est pas dans les villes libres qu'il faut cher- ' hcr du démoeratisnie. Et vous on verrez l)i<'n d'autres à Brênu' et à Hambourg!

D'ailleurs, n'est- il pas légitime que chaque classe — tant qu'il existera des classes — ait ses plaisirs propres? Si on ouvrait gratuitement le Palmengarten, le peuple y déborderait, et les bourgeois, par exemple, n'y reviendraient plus. Qui fautil sacrifier? Où serait la justice? »

LES BANQUES Francfort, qui voit son LE COMMERCE importance peu à peu

L'INDUSTRIE i„ v or i

absorbée par Berun, ou les plus grandes banques de l'Empire se sont fondées, n'entend pas pour cela dépérir. Au lieu de traiter leurs affaires à la Bourse de Francfort, les financiers francfortois les font à celle de Berlin, voilà tout. Du reste, la finance n'est pas la seule génératrice de richesse. Depuis l'essor de Berlin dans le commerce de l'argent, Francfort a suivi son activité, et, comme les fissipares, en se divisant elle s'est fécondée. Aujourd'hui, c'est autour de Francfort, et avec les capitaux francfortois, que prospèrent les plus grandes usines de produits chimiques de l'Allemagne, prospérité colossale, chimérique ! La maison Cassella a gagné 7 millions une de ces dernières années, Hœchst paye 20 p. 100 de dividendes ! La Société d'affinage paie 18 p. 100, sans compter vingt autres industries prospères. Lisez la Gazette de Francfort, admirable papier qui n'a pas son égal pour la science commerciale et économique de ses rédacteurs et la sûreté de ses informations. Et vous y verrez aussi que c'est de Francfort que part la majeure partie du commerce intérieur avec l'Amérique du Nord!

« Pourquoi cela? demandai- je étonné à l'industriel qui m'apprenait cette particularité. Francfort ne réunit cependant qu'une petite partie des industries allemandes qui se répandent aux États-Unis.

— C'est vrai, me dit- il, avec un sourire satisfait, mais les Francfortois sont les meilleurs commerçants de tout€ l'Allemagne, les plus malins. Ils ont aux quatre coins du monde, des représentants qui les tiennent au courant des besoins des contrées éloignées, ils choisissent en Allemagne des acheteurs qui savent acheter à bon compte les produits demandés, et c'est ainsi que notre ville, commissionnaire, s'enrichit à la fois aux dépens des producteurs allemands et des consommateurs étrangers. Rien ne vous empêche, vous, Français, d'en faire autant. Pourquoi ne le faites- vous pas? Pourquoi vous laissez-vous chasser, par exemple, de ces pays latins, où vous étiez installés avant nous? Vous ne luttez pas, et, quand vous êtes enfin supplantés, vous dites : « C'est la faute du gouvernement ! »

LA CHARITÉ La charité est générale et traditionnelle à Francfort.

C'est que, sans doute, la richesse y est ancienne et fut toujours abondante.

Les israélites consacrent à la charité 10 p. 100 de leurs revenus : c'est, m'assuret-on, la proportion moyenne. Ils ont leur assistance propre, mais ils donnent sans compter aux autres œuvres, et l'on peut même dire que l'assistance privée à Francfort est tout entière assurée par des fondations juives (Ce n'est pas d'un israélite (juo je tiens cotte affirmation).

Cependant les vieilles institutions ont gardé leur caractère confessionnel, ])rotestant ou catholique, et exelueni les juifs. C'est ainsi, par exemple, que les enfants juifs ne sont pas admis à T orphelinat de la ville (Waisenhaus).

Les Rothschild ont conservé, depuis des temps très anciens, la tradition de pourvoir au chauffage (bois ou charbon)

Page 1