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de la quantité que de la qualité de sa nourriture, se contentera, le soir, pour souper, de pommes de terre — pourvu qu'il y en ait assez — et d'un peu de charcuterie froide, mais il aura un salon, s'il le peut, puis son canapé, son lavabo, ses rideaux d'étoffe, ses gravures encadrées, vingt photographies dans des cadres dorés, en un mot tout ce luxe bon marché que nous voyons en France dans les salons des fonctionnaires de province, contrôleurs des douanes, conservateurs des hypothèques, professeurs de lycées. Parfaitement.
Et c'est par l'accumulation de pareils détails que nous arriverons finalement à étabhr la psychologie du peuple allemand.
ÉDUCATION o o II existe à Francfort
DES ORPHELINS pj^g ^q (.qj^I sociétés
privées dont la fonction est de secourir les pauvres et de les aider de toutes les manières possibles. Il faudrait un gros volume pour les étudier toutes. Je me contenterai de noter au passage les faits les plus typiques de la philanthropie locale.
La seule œuvre des orpheUnats de Francfort est riche de 7 millions, dont les intérêts des intérêts vont à l'assistance de la ville pour alimenter les autres œuvres !
Les orphelines sont traitées comme de petites reines. Elles ont leurs dentistes et leurs professeurs de chant, et leurs études sont très soignées. Le côté pratique de leur éducation n'est pas pour cela néghgé. Quand elles arrivent à l'âge de travailler, on les envoie passer deux ans dans un Kindergarten (école maternelle) et dans une crèche où elles apprennent non seulement à soigner les enfants, mais à faire la cuisine, à tenir un ménage, à coiffer les
femmes (elles assistent à des cours spéciaux de coiffure). A l'expiration de ce stage de deux années, elles se placent en ville, et elles gagnent 25 francs par mois. L'administration ne les abandonne pas encore. S'il leur convient, leur service fini, le dimanche, elles sont reçues dans l'école, elles peuvent y faire de la musique, danser avec leurs compagnes, ou organiser des excursions ; l'œuvre place leurs économies, en un mot les suit dans la vie.
C'est aux œuvres de protection de l'enfance, en effet, que Francfort se dévoue particulièrement. Le D^ Klumker, voyant s'éparpiller l'effort de diverses sociétés qui travaillaient anarchiquement et souvent se contrariaient, eut l'idée de les unifier. A présent, c'est la Centrale fur private Fûrsorge qui les réunit toutes.
Voici ce qu'elle fait pour les œuvres enfantines :
— « Assistance aux enfants abandonnés ou néghgés par leurs parents.
— Tutelle des enfants naturels ; chaque enfant devant, aux termes de la loi allemande, avoir un tuteur, c'est la société qui lui en tient Ueu, non pas en théorie, mais en réalité.
— Recherche de la paternité.
Les filles- mères sont quelquefois embarrassées de retrouver le père de leur enfant et de le contraindre à verser la pension mensuelle à laquelle la loi l'oblige et qui va de 20 à 60 marks, selon la position de la mère (anomaHe singuhère, plus la condition de celle-ci est modeste, moins la pension est élevée). La société se charge des enquêtes et des poursuites, à titre gratuit, bien entendu.
— Surveillance des nourrices qui ont la gai'de des enfants.
Une fille- mère sort du droit conmiun.
Elle est tenue de déclarer où elle a placé
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son enfant. La Centrale a une section de dames de la ville qu'elle fait accréditer par la police. Ces dames portent une carte qui est en même temps un laissez- passer et un mandat. Elles ont le droit de visiter les enfants, de les faire déshabiller devant elles, et, s'ils sont malades, elles doivent prévenir le médecin spécial qui convoque alors la garde et l'enfant à sa clinique. Si la garde ou la mère refusent de se prêter à ces visites et à ces examens, les dames de l'œuvre ont le pouvoir de requérir la police pour les y obliger.
— Placement des enfants quand l'âge de travailler est venu.
— Recherche des cas qui légitiment l'action judiciaire dans l'éducation familiale.
Ainsi, les parents maltraitent leurs enfants, leur refusent la nourriture ou les font travailler trop tôt, comme il arrive très souvent : la société intervient.
— Exercice des actions de déchéance de paternité et en éducation correctionnelle.
La société assume, on outre, T administration générale des œuvres qui s'occupent de l'assistance des débiUtés, des villégiatures pour convalescents, etc.
Elle a créé également dnns sp> bureaux dns rours anmiols ^ur T.issi.stanre de rtrif.in-H", à ru-HL't' *i»'.s jt'unes filles qui veulent se dévouer aux petits. Un rapport r\\\(' j'fù Sous Ips yeux s'oxpriine ainsi :
'( On s" aperçoit rhaque jour du manque de jeunes filles en état de hi.'n soulager \>'^ pauvH'S. Il lu' suffit pas d'avoir bon cœur et de donner de TarL^'ent, il faut aussi connaîtra Ips maux et leurs rauses. Il n'y a pas qu'un remèdo pour t*)us les maux. Chaque villp et «haque pays ont U's U'urs. Il f;nit (lonr Ips étudi^^r pour ehuisir... Il faut aussi le u caractère ».
Ainsi, on a essayé de confier ce soulagement des pauvres à des personnes pauvres elles-mêmes. Mais leur bonne volonté ne suffisait pas. Elles manquaient d'esprit d'organisation. »
On a donc fondé des cours pour enseigner les soins à donner aux enfants.
Ce cours n'a duré que huit jours, faute d'argent, — et ceci est bien étonnant ! Le premier jour, il fut parlé de la charité appliquée à l'enfance. Puis on visita un asile d'enfants abandonnés.
Les jours suivants on parla de la tutelle, des colonies de vacances, des maladies de l'enfance, des droits des enfants naturels, de l'éducation dans la famille et hors la famille ; on fit des visites aux maisons de convalescence, aux orphelinats israéhtes, aux hôpitaux d'enfants, aux crèches, aux écoles de demi- idiots.
Les élèves qui suivent ces cours donnent chacune 10 marks, leur séjour à Francfort et les excursions étant, de plus, payés par elles.
LA CHAKiTE PRIVEE La charité privée prend à Francfort des f.rmrs inattendues et séduisantes.
M™« Weinber^. d'origine anglaise, femme d'un des industriels de Fianrfort qui [)ossède des écuries de courses célèbres en Allemagne, a eu une idée (pii n'a rien d'allemand ; au lipu de fonder un Vcrein, comme on fait bnijours ici, elle voulut avoir son rouvrp a elle seulp. Elle rréa, dans Son propre parc à Waldfripd. site boisé des environs, un petit orphelinat. Là, dix fillettes orphelines on abandonnées, dplicieux pptits anges blonds et riisps, mènent la vip rêvée des enfants; les plus àgé(»s vont à l'épole ; celles ({ui n'<uit pas six ans et dpmi joupiit toute la jiMinipp, Sous la survpillani p d'une ou
deux religieuses. Elles ont de gentils nœuds roses ou bleus dans leurs cheveux pâles et sont vêtues de robes bleues et de blouses blanches. Leur joie fait plaisir à voir, surtout quand on songe qu'elles auraient pu être si malheureuses, ces pauvres petites qui vont être élevées dans l'abondance, grâce à la générosité d'une jolie femme au bon cœur qu'elles appellent «Tante Mag ».
La maison fut bâtie d'après les plans de la fondatrice, maison idéale de fillettes, dont les murs, les escaliers, les couloirs, les salles, les chambres sont peints à la chaux et constellés d'étoiles bleues. Joli mobilier, tout neuf, tout pimpant, laqué blanc, rideaux de toile bleue écrue, parquets revêtus de linoléum rouge foncé.
Deux dortoirs d'un blanc de paradis; petits lits de neige, chaises laquées, salles de toilette, baignoires et lavabos de porcelaine, avec les mignons bibelots personnels à chaque enfant : son éponge, ses brosses, ses peignes, son verre, ses épingles, ses rubans ; infirmerie, avec entrée spéciale pour le médecin en cas de maladie contagieuse ; lavoir, lingerie aux armoires pleines de linge et de vêtements neufs, salle de repassage, cellules bleues et roses pour la supérieure et les deux sœurs qui sont chargées de l'entretien de cette miniature.
« Comment recrutez-vous ces petits êtres? demandai- je à M«*^ Weinberg, qui me faisait les honneurs de son asile.
— Où je puis, (;ar je les choisis moimême, me répondit Tante Mag ; je préfère qu'elles soient jolies, mais je les veux surtout bien portantes et de souche rassurante. »
Elles sont, en eiîet, plus mignonnes et plus fraîches les unes que les autres, et gaies et rieuses !
« Pourtant elles arrivent ici quelquefois toutes tristes, les pauvres petites, mais au bout de huit jours elles sont transformées. »
On s'attache, en effet, à les rendre heureuses et souriantes. Les religieuses qui les soignent paraissent les aimer beaucoup et les traitent avec une exquise douceur. Quant à M"® Weinberg, elle les couvre de caresses. Aussi, quand elle arrive, c'est une fête ! Les huit petites courent vers elle, s'accrochent à ses jupes et tendent les bras pour l'embrasser.
Tableau charmant, que cette jeune femme élégante et belle, au milieu de cet essaim de tendresses enfantines. Gentille émotion qui doit largement la payer du bien qu'elle fait.
« Aussi, dès que j'ai un moment, me dit- elle, j'accours ici. L'autre jour, la cuisinière était malade. Alors, avec mon frère, qui est très gourmand, je me suis mise à faire la cuisine pour toute la maison.
« Jeu de poupée, évidemment 1 Mais li en est de plus égoïstes et de moins bienfaisants.
— Et, en somme, madame, que voulezvous faire de ces enfants- là? Ne craignezvous pas qu'en les gâtant ainsi elles soient plus malheureuses dans la vie?
(Ce n'était pas mon avis que je formulais là ; je crois au contraire que les enfants ne sont jamais trop heureux, — les hommes non plus, d'ailleurs. Les gens heureux sont bons. Et il n'y a pas, finalement, d'autre but à la vie que le bonheur.)
— Mais, répondit ma belle interlocutrice, quand elles grandiront, on leur enseignera le travail, on leur donnera le moyen de gagner leur vie. Je ne me propose pas autre chose. Je voudrais en faire de bonnes femmes de chambre,
OU des gouvernantes, des gardiennes d'enfants... Et, probablement, je les prendrai toutes chez moi : c'est ainsi que cela finira. En attendant, je veux qu'elles soient heureuses et qu'elles profitent de leur jeunesse. »
]Vfme Weinberg a créé également dans un village industriel voisin, à Niederrod, une crèche pour cinquante bébés.
Je me demande ce que l'on ne trouve pas, à Francfort, en fait d' œuvres de philanthropie. En voici une assez originale : la Maison des veufs et des divorcés. C'est une institution destinée à tirer d'embarras les hommes qui, ayant une progéniture, perdent leurs femmes, ou sont quittés par elles, ou qui ont divorcé. Généralement, les pauvres gens privés de femmes confient leurs enfants à des voisines ou les laissent vagabonder. Et les petits pâtissent et souvent tournent mal. On a donc créé dans un faubourg cet asile où il est possible de recevoir trentequatre hommes ayant trois enfants.
C'est un joli bâtiment, avec une grande salle à manger au rez-de-chaussée, blanche et rouge, très gaie, une vaste cuisine, une salle de lecture avec journaux et revues. On loue aux ou\Tiers qui le désirent de petits ateliers dans le sous- sol pour 1 fr. 50 par mois. Au premier et au second étage, se trouvent les chambres. Chaque homme a la sienne, blanche et propre, qu'il a meublée de ses meubles personnels. Les enfants couchent tous dans des dortoirs communs, garçons et filles ensemble jusqu'à quatre ans, séparés ensuite. JoHs petits hts roses, murs éclatants de blancheur; du soleil, de l'air en abondance. Une surveillante se tient à côté.
Le jour, les enfants jouent dans une salle ou dehors, sur une pelouse, toujours surveillés.
Lt'S pensionnnirn^ sont rnniplpfpment fibres. Tis pn-nî jiMiir L- Iov^t .!*■ It-nr chambre 5 fr. 5U par soniaiiie et 75 centimes do chauffage, soi! ^ fr. J'i. L(^ (iîner coûte 50 centimes et le souper 35 centimes.
Un enfant paye 4 fr. 25 par semaine, trois enfants payent 8 fr. 75.
Une réflexion qu'on ne peut s'empêcher de faire au bout de quelques jours de visites de ce genre :
« Mais il ne doit plus y avoir de pauvres, ici ? »
Un Francfortois me répond : ^ ii en vient toujours de nouveaux et du Nord et de l'Est ! »
Dans les petites rues d'un mètre de large qui avoisinent la cathédrale et le Rœmer, subsistent encore des maisons qui semblent avoir mille ans. On regarde ces ruelles avec une curiosité sympathique, car on se fatigue vite des larges voies toujours pareilles, trop belles, trop claires, trop riches, et leur contraste avec cette ombre étroite et ce passé boiteux vous attire. On entre, c'est presque un hôtel de l'ancien temps. Une cour, de larges escaliers, mais sales, usés, branlants, poussiéreux. Des enfants en loques vous regardent avec des yeux sauvages ; il flotte une odeur de cuisine misérable et de remugle.
Le bois des marches craque ; à chaque étage sans lumière des têtes se montrent, curieuses ; enfin, au troisième paher, je m'arrête : ici, dans la mansarde, demeure un ouvrier tuberculeux avec sa femme et sept enfants. Son logement se compose de deux pièces, grandes juste comme un drap de Ht étendu, deux mètres sur trois. Et pourtant les neuf personnes couchent là-dedans, vivent là-dedans, cuisinent et mangent dans ce taudis. C'est une puan-
l'hot Vogcl. l'aris : lleriel. ^
El. haul, à gauche : maison où naquit, en 17W, Gœlhe. 1 immorlel auteur de Faust. Adroite, la maison des Rothschild, dernier vostipe de l'ancien phetto de Francfort. En bas, la vieille rue aux Juifs.
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LE RŒMER date du début du xv« siècle 140"») et possède une façade à pipnons à rediins refaite en Du haut de son balcon les empereurs élus jetaient de l'or à la foule le jour de leur couronuenu-nt.
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