‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 6 sur 164 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

Nouveaux quartiers. — Schœneberg et Wilmersdorf. — La fièvre de la bâtisse. — Une voie de 12 kilomètres : Kaiserdamm. — Architectures originales. — Confort des maisons modernes. — Tape-à-Vœil et camelote. — Croissance extraordinaire de Berlin. — Communes suburbaines. — Le budget de la capitale. —

Avenir de Berlin. — Activité des édiles. — Berlin-Chicago.

^^ ERLiN s'étend tous les jours davantage. Et c'est un spectacle saisissant que celui de la banlieue qui naît ainsi spontanément sous les yeux étonnés des promeneurs.

Des centaines de rues se sont construites et se construisent encore à Charlottenbourg, à Schœneberg, à Wilmersdorf surtout. De vastes terrains hier couverts de moissons, éventrés aujourd'hui, seront des rues demain. Sitôt qu'une maison est bâtie, elle est habitée, pendant qu'à côté on maçonne encore ; de sorte que, près d'échafaudages, des balcons débordent de fleurs du haut en bas d'immeubles neufs.

Pour rendre ces logis habitables, on y fait un feu d'enfer pendant huit jours, dans de grands braseros, et les plâtres sèchent ; on peut habiter là sans danger.

« Nous dépensons ainsi pour une maison 1.000 francs de charbon en une semaine )) , me disait un architecte berlinois.

UNE VOIE DE Spandau, situé à une 12 KILOMÈTRES: douzaiue de kilniaetres

KAISERDAMM oo ^^ g^^j-^^ ^^^ ^^^^^.^

réuni à la capitale par des avenues droites. C'est admirable et fantastique. On y a travaillé avec ardeur pendant des années, les arbres des forêts tombaient (car, malgré tout l'amour des gens pour les arbres, il fallait bien passer...); les chemins se creusaient, leur dessin se traçait. Ces sortes de boulevards, — qui ont de 40 à 50 mètres de large, — se composent d'un trottoir de 7 à 8 mètres, bordé d'arbres, d'une chaussée pour les voitures, d'un chemin cavalier également bordé d'arbres, d'une large voie pavée centrale, d'une pelouse gazonnée et fleurie, d'une autre chaussée encore et d'un trottoir faisant pendant à la chaussée et au trottoir de l'autre côté.

J'ai fait l'excursion par un après-midi brûlant. Mon fiacre automobile avait traversé le Tiergarten, l' infinie chaussée de Charlottenbourg, la Bismarckstrasse.

Il était arrivé sur une avenue toute neuve, le Kaiserdamm. Des rues ouvertes à droite, à gauche, se peuplent de

A f, î. E M A G N E MODERNE

maisons bâties plus nombreuses chaque jour.

ARCHITECTURES Ghai'Iottenbourg, Schœ- ORiGiNALES .> nebcTg, Wilmersdorf, St-'hamargendorf, tous ces nouveaux quartiers sont extrêmement jolis. J'aime ces maisons, différentes presque toutes les unes des autres. Souvent une partie de la façade s'avance en manière de bovvvvindow; l'autre partie rentrante tient de la loggia italienne, ouverte en balcon doré, d'où des fleurs éclatantes débordent. Les toits sont, en général, de tuiles rouges ou d'ardoises ; il y en a de couverts avec des tuiles vernissées vertes ou bleues ; de petits dômes et des clochetons dorés de style moscovite les surmontent. Un architecte a eu l'idée de faire ses balcons d'une couleur différente de celle du bâtiment, tout en briques vertes, de protéger les chambranles des fenêtres par de petits auvents de tuiles de couleur luisante, de peindre les persiennes en violet, ou en bleu pâle, ou en vert clair. D'autres immeubles affectent le style de villas campagnardes ; des bois apparents, peints en brun, balafrent les façades. Les appuis des fenêtres, d'une forme jolie, sont dorés comme les grilles des balcons. Et de toute cette variété, de cette anai'chie, naît une gaieté charmante que j'aime pour ma part beaucoup plus que la triste uniformité de nos rues et de nos places. Partout où c'est possible, des squares sont plantés, des pelouses fleurissent, des jets d'eau montent des vasques. Et j'affirme que nos architectes timorés et routiniers ont à prendre ici des leçons de hardiesse et d'originalité.

CONFORT DES o o o L'extérieur des MAISONS MODERNES immcublcs de rapport parait, je l'ai dit, d'un luxe magni-

fique : façades sculptées, balcons dorés, portes d'entrée monumentales en verre et fer forgé très orné, escaliers et murs de marbre blanc, rampes de cuivre, tapis rutilants. C'est seigneurial. J'ai des amis qui habitent ces maisons. L'apparence leur plaît ; tout cela est gai et fastueux selon leurs goûts. Entrez chez eux. La place ne manque pas : vastes couloirs, armoires nombreuses, disposition commode ; mais ils vous montreront les boiseries qui jouent ; l'air circule librement sous les portes mal ajustées ; les sculptures qui, d'en bas, vous étonnent, s'effritent déjà sur cette façade vieifle à peine de trois ans; la pluie détrempe les stucs de camelote, et le plâtre se voit dessous. Que leur importe, aux propriétaires et aux entrepreneurs ? Dans quinze ans ils démoliront ces bâtisses pour leur en substituer d'autres plus modernes et plus riches encore.

Et en ceci nous sentons davantage la parenté actuelle des mœurs américaines et des mœurs allemandes : un goût pour la façade.

Malgré ces imperfections dues à la hâte des architectes et à la fièvre de paraître, on peut dire que le confort des maisons augmente en même temps que leur nombre: les immeubles avec ascenseur, téléphone, chauffage central, électricité, saUes de bain pour maîtres et domestiques, eau chaude à toute heure du jour et de la nuit, ne sont pas, comme en France, l'exception.

On ne bâtit plus une maison sans ces commodités.

On y ajoute même aujourd'hui des coffres- forts creusés dans la muraille, des glacières permanentes et, sur les terrasses des toits, des verrières pour bains de soleil.

l'iiot. r^ciiril et Cm L Inch. iit-rlin.

LE VIEUX BERLIN. — Doniôre la façade or-^ueillouso de ses rues neuves, Berlin, comme Paris, a ses tares, ses coins honteux, ses rues lépreuses, ses maisons branlantes où fjrouille une population t'(|uivo(iue et miséralile.

Hi.ANi.iit g.

L ' A r. r. f : M A G N e moderne

I.K \ IKUX liKKLlN. l>,-iii.ir Li l'.ir.,,|,- .., ^nrillrn-.- .|<- -,■. tu,.- n.'in.--. I

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int'.. Irjii ciix'-s. SI--, m.ii--ii[|- lir.iiihi nie- mu -i.iiiilU- \w,- |.i>|inl.it

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Dc.UN. — En haut, à gauche, la slatue de Gœlhe, le célèbre poète de Faust et de Werihrr. A droite un coin des halles de Berlin. En bas : la Leipzigerslrasse, uuc des voies les plus animées de la capitale.

Planche k.

CROISSANCE 0 0 II y a à présent, à EXTRAORDINAIRE Berlin, près de deux DE BERLIN o o o j^ilHons cent mille habitants. Dans ce chiffre ne sont pas compris ceux de Charlottenbourg, de Wilmersdorf, de Schœneberg, de Rixdorf, de Pankow, etc., communes qui complètent, à vrai dire, la métropole, mais qui restent administrées par des municipalités distinctes. Autrefois, ces communes se trouvaient séparées de la capitale par de longs espaces libres aujourd'hui bâtis; les tramways électriques de Berlin les traversent et, comme il n'y a pas d'octroi en Allemagne, il est impossible de savoir où commence l'une et finit l'autre.

Avec ses faubourgs, Berlin compte donc aujourd'hui plus de trois millions d'habitants.

Voici d'ailleurs un résumé saisissant du mouvement de la population en douze ans à Berlin et dans sa banlieue immédiate :

En 1900.

En 1905.

En 1912.

Berlin

Charlottenbourg.

Wilmersdorf . . .

Pankow

Rixdorf

Schœneberg . . .

Weissensee ....

Total

On tend à s'éloigner du centre, et comme les moyens de transport abondent, économiques et rapides, les banlieues se peuplent comme des lapinières.

On spécule ardemment sur la terre et les bâtisses ; beaucoup de paysans sont devenus millionnaires en dix ans. En 1890, ils cultivaient la betterave et la pomme de terre sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui Schœneberg. Sur la Prenzlauer Allée, à 4 ou 5 kilomètres au plus du centre de la ville, vers l'est, des terrains

qui ne valaient pas 10 marks se vendent couramment 300 francs le mètre. Le prix du sol urbain a suivi la même progression. Le mètre coûte de 3.750 à 5.000 francs dans la Friedrichstrasse, rue des grands magasins, centre de la ville. Cette hausse ne peut continuer ; mais elle montre tout de même la fièvre de prospérité qui résulte pour ce pays de l'accroissement incessant de la population.

En 1886, la ville finissait à Kôniggràtzerstrasse, le long du Tiergarten, qui est devenu le centre de Berlin. Un homme de trente- six ans me dit :

« Quand j'étais petit, j'allais jouer au cerf- volant, à la campagne, à NoUendorfplatz, où se trouve aujourd'hui le quartier le plus habité.»

COMMUNES oo Pourquoi ne réunit- on pas SUBURBAINES plus tôt toutes CCS Communes en une seule ?

En 1890, le gouvernement prussien proposa à la municipalité la fusion de toutes les communes suburbaines. Berlin répondit en acceptant Charlottenbourg, Wilmersdorf, Schœneberg, c'est-à-dire toutes les communes riches, et situées à l'ouest de la ville, mais dédaigna Rixdorf, Weissensee, etc., encore pauvres à ce moment.

« Alors, — avait dit le gouvernement, — vous n'aurez rien. »

Les Berlinois ont depuis renoué les négociations, qui ont abouti heureusement.

LE BUDGET DE LA CAPITALE o c

budget de Berse monte à

Le lin 350.112.000 marks.

Au Conseil municipal sont entrés 30 socialistes-démocrates, qui lui viennent des quartiers de l'Est, Rummelsburg, Litchtenberg, Friedrichsfelde, Friedrichshain, etc.

M-^Ê^a^i'^^.AM

Le premier bourgmestre touche 36.000 marks d'appointements (45. 000 fr.). Il y a 134 conseillers municipaux, dont la fonction est gratuite, et 34 « magistrats », qui composent une sorte de corps exécutif de la municipalité, le Magistrat. Sur ces 34 magistrats, il y en a 17 appointés et 17 non appointés. Ils reçoivent 8.500 marks (10.625 fr.) comme traitement de début et arrivent vite à 15. (XX) marks (ia750 fr.).

ACTIVITÉ DES La vic municipale est ÉDILES o o o o intense, comme dans toutes les villes d'Allemagne. Je suis allé plusieurs fois au /?a//îaiw (hôtel de ville) et dans les bureaux des bourgmestres; j'y ai respiré une atmosphère d'activité étonnante. Tous les jours, des changements importants se font dans l'organisation des services publics; il n'est pas d'amélioration qu'on ne recherche et qu'on ne pousse à bout, — et vite ! Pour ne parler que des

plusgrands projets à l'étude, dans quelques années un canal, déjà voté par le Parlement, rejoindra Berlin à Stettin, et Berlin deviendra port de mer avant Paris. Deux ports sont en projet au nord et à l'est de la ville, avec de vastes entrepôts.

AVENIR DE BERLIN Quel avenir est réservé à la capitale ! La Sprée communique avec la Havel, qui communique avec l'Elbe. Berlin sera donc relié à la mer, de deux côtés, par Stettin et par Hambourg. Les facilités de vie attireront de plus en plus les populations.

L'existence coûtera alors moins cher ici, puisqu'il n'y a pas d'octroi et que tous les produits nécessaires à la vie, à l'industrie, au commerce, au lieu d'arriver par le chemin de fer, ce qui augmente considérablement les frais de transport, viendront directement par voie d'eau.

Dans vingt ans, Berlin aura 4.000.000 d'habitants, et ce sera Chicago.

ICIERS ET SOLDATS

Origine des oiûciers - Éducation militaire et culture générale. - Corps aristocrfques. - ^^^f^^^f /^'"Sinedesmciers jm cuirassiers de la garde. - Budget d'un officier. - Officiers pau-

iin„LrnZ7o£^^^ missiens. - Pas de brillants sujets. - Simplicité du caractère. - Un gra.e défaut . tion du corps d ofliciers prussiens. r Fraternité - A propos des mauvais traitements dans

vl^f'^D^l^^:JZ^^Su'"^'^ £:^^r. - lIpL ie parafe. - Officiers francs- ZZZ' - L'EmtrZap7L.e la franc-maçonnerie. - Les campagne antimûitarmes dans l armée.

Zs'social-dZerZsfZ les meiLrs soldats. - Éducation et goût miltartstesdu peuple allemuut.

iJsiiêudesZficUrsdc réserve. - Le colonel çon Plaskoc.. -Critique de Varmee franjctse par des offi- HJ::i^at7s'''-U.ancement. - mférenee '^"^i^M^J^^ InZatct-^^'r^os^l

et bon capitaine de vaisseau.

E n'ai pas l'intention d'étudier l'armée allemande au point de vue militaire, ni de la comparer à l'armée française.

Cette étude, souvent faite, d'ailleurs, exige une compétence technique que

^^^^^^ je n'ai pas.

Mais pendant trois ans, j'ai visité des casernes, assisté à des manœuvres, à des exercices et à des défilés; j'ai surtout beaucoup causé avec des spécialistes. Et ce sont mes notes prises au jour le jour que je coordonne ici.

Peut-on comparer l'instruction des officiers allemands avec celle des offîriers français? Les officiels français que j'ai rencontrés en Allemagne m'affirment que

les nôtres — exceptions mises à part — sont supérieurs au point de vue de la culture générale, et, qu'au point de vue professionnel, il y a entre les uns et les autres à peu près équivalence. Je le croirais volontiers.

Ce dont j'ai pu me rendre compte parfaitement, c'est que les officiers des hauts grades, ceux de l'état- major surtout, sont des hommes remarquables. Je ne parle pas de leur valeur technique, qui m'échappe. Je parle de leur valeur totale d'hommes, de leur pondération, de leur sérieux, de leur moralité, de leur énergie, et surtout de leur conscience et de leur sentiment du devoir. Autant qu'on peut juger des hommes en les regardant, en les écoutant, et en les entendant apprécier par ceux oui les connaissent, j'ai pu prendre la

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notion que je me trouvais devant des gens extrêmement polis, de mentalité saine vt solide et devant des caractères. C'est, d'ailleurs, une vérité reçue en Allemagne que l'armée accapare en ce moment, avec les sciences appliquées, le meilleur de l'élite. Voyons d'abord comment elle se recrute. Nous regarderons ensuite comment elle vit et nous l' écouterons parler sur elle-même beaucoup, et un peu sur les autres.

ORIGINE DES OFFICIERS Lesofficiers allemands ont trois origines différentes.

— Entrée directe dans l'armée (on les appelle avantageurs).

— Les Écoles de Cadets.

— Les officiers de réserve.

Ces derniers forment une exception très rare, dont on ne doit pas tenir compte.

Pour entrer directement dans l'armée, il faut ou bien posséder le diplôme de fin d'études des lycée::, ou bien passer l'examen spécial d'enseigne. Celui qui veut se présenter à l'examen d'enseigne a dû déjà suivre pendant sept ans avec succès les cours d'un lycée ou d'une école où l'étude du latin est obligatoire.

On voit déjà par ces simples stipulations qu'une première sélection est faite à l'origine de la carrière : il faut avoir suivi les cours d'un lycée et savoir le latin.

Mais, si les conditions d'admission se bornaient là, on pourrait croire qu'il ne s'agit, dans l'esprit des chefs de l'armée, que d'une sélection de culture.

Or, le candidat officier doit satisfaire à une autre exigence qui n'a plus rien à faire avec l'éducation ou avec la capacité intellectuelle : il doit prouver que sa famille est en état de lui servir une mensualité de 56 fr. 25 (45 marks) s'il s'agit des troupes à pied, de 93 fr. 75 (75 marks)

pour liiitilltTie de campagne, de 187 fr. 50 {'"iir la cavalerie. T'os sommes relativemout raisunnables se quintuplent et quelquefois se décuplent, nous le montrerons plus loin, quand il s'agit de certains régiments de choix. Nous sommes donc drvnnt une deuxième sélection. c]\n a la fnrtune pour caractère.

Mais ce n'est pas tout.

S'il suffît, en efft t, d'avoir fait des études secondaires dans un établissement de l'État et d'appartenir à une famille aisée pour entrer dans le corps d'officiers, le jeune Allemand est encore loin de compte s'il entend choisir son arme et son régiment. Nous verrons cela tout à l'heure.

Suivons- le dans la fihère.

S'il a son diplôme de fin d'études ou s'il a passé avec succès son examen d'enseigne, s'il a été accepté comme aspirant officier par le colonel du régiment choisi et que sa famille s'est engagée à lui /erser un supplément mensuel, l'éducatior du jeune officier commence. Il fait d'abord un stage d'au moins cinq mois dans le corps qu'il a adopté. Il n'est que simple soldat et couche le premier mois en chambrée avec les hommes, à moins qu'il ne sorte de l'École des Cadets, auquel cas il entre à la caserne comme sous-officier. Au bout du troisième mois, il passe, la plupart du temps, caporal (en surnombre), et le mois suivant il devient sous- officier. S'il répond aux conditions de notes, d'aptitudes, il est nommé enseigne ( porte- épée, fœhnrich).

Alors on l'envoie dans une École de Guerre, où il demeure huit mois. On lui apprend les éléments de tactique mihtaire, la topographie, la science des fortifications, les conditions générales du service, le code pénal militaire, l'administration de l'armée. On essaye de lui inculquer V esprit

KM

nœuvres à grand dôveloppomont oii, sous l'tri nlilc ninncruvrièrc des troupes.

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