‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 7 sur 164 · CD · texte numérisé non relu

CD

X tu

C fcc

Cl -B

es o Ç c-

= .Si C t.

O en

Flanche ii.

ÛS i > -

ifcl

.ïï s

es

Ol —

la

= Ji 1

cr p

cr

fi "

PlVSCHE 12.

Ts

.-.>^' f«^l«-Jfe-

Berlin.

DIRIGEABLES ALLEMANDS. — I.e croiseur ;it-rieii i\\w Ion :ii)er(;oil. évoluant ;iu-dcssus de la l>aie «riléligoland, ap[)arlient à la catégorie des rijides. qui l'ont aisément '"* kilomètres à l'heure.

Planchk i3.

r--'^"» IJU :T^g3fc' J

asis: * -*•*»' sffT

DIRIGEABLES ALLEMANDS. — l.t> rr..i>,iii- ;iiiifii qii.- i ..ii :«|.«-iv"it. .nmIu.imI .i;i-.U— -ii> .i.- I.i i'M.-

(l'Ili'lii^ol.iiiil. .i|i|..irl iriit :i II iMlciiorii' '11'-, riifiilfs. i]iil l'uni li-i'iiuMil "•> kilonu'l n'-> à 1 luMiif.

I*L\NCIU

l'i ANCIll ■■.'■

MB -^

*Ky

En haut : 1^ rt«l«-ve d'i la ^aide. ,\u milieu : h Kmpt- rcur |>as>r li revue des troupes au camp de Itoberilz. En h.t^ : «iardes du cor|»s di- IKmpereur on grande tenue.

Pla:«chi 14

LA LLE MAGNE MODERNE

ARMEE. Kn liml : I..1 i.l.s,- .!•• |,i i^iinlf. An ihiIumi : I. I.iii|m'i tiii |..i>-c |,

• II' li'iliiTil/. Kii !'i- : iriii|<'^ ili

.iii;ii-i l'iir i-ii ■•i.iii'li- liMiiii

r\iii- i\f> lri>ll|irS .'III c.'inili I.- I.

militaire, les règles des relations entre les officiers, les idées d'honneur et de devoir, en insistant beaucoup sur ces derniers

points.

Au bout de huit mois passés à l'École de Guerre, le jeune aspirant subit l'examen d'officier. S'il réussit, il reçoit un certificat d'aptitude et retourne passer quelques mois dans son régiment comme enseigne.

Mais, déjà, il a le droit de porter l'épée et la dragonne, et le colonel le présente à ses futurs camarades. On l'observe, et, le délai révolu, on vote sur son admission. S'il y a une objection sérieuse, cette admission est renvoyée à plus tard. On entend ainsi quelquefois le punir d'infractions vénielles ou de maladresses. Il aura pu montrer quelque négligence dans le service, être inexact, commettre une légère faute dans le traitement de ses subordonnés, ou surtout manquer à l'idée du devoir et de sa responsabilité. Si, au contraire, le vote lui est favorable, le procès- verbal de l'élection est transmis à l'Empereur, qui décerne le brevet.

Si le candidat sort de la classe Selekta de l'École des Cadets (c'est-à-dire d'une division d'élite), où il a suivi les mêmes cours que ceux de l'École de Guerre, il entre au régiment comme officier sans passer par la formahté du vote, et il est nommé directement par l'Empereur.

Reçu enfin dans le régiment, il achève son éducation définitive. Un capitaine est chargé de ce soin, aidé par les plus âgés du corps. A la moindre difficulté qui surgit, le néophyte doit recourir aux conseils des anciens qui l'assistent. Il arrive souvent que son jeune orgueil se trouve offensé, il faut le raisonner ; tout en développant exagérément son sentiment de l'honneur, on lui expUque une foule de nuances, on lui donne des « directives ».

J'ai dit que les cadets et les enseignes ayant conquis les titres de lieutenant et choisi leur régiment doivent être agréés par le colonel et par l'ensemble des officiers du régiment. Quand il s'agit d'aristocrates, le postulant va généralement dans celui où son père a servi, où son nom est connu, et généralement il est accepté d'emblée. Les régiments de la garde sont naturellement les plus recherchés : on habite la capitale, on a des occasions multiples d'approcher l'Empereur et les hauts dignitaires de l'armée ; on y voit et on y entend plus de choses, et les facilités de s'instruire sont plus grandes.

Les fils aînés des familles nobles de l'Est dans lesquelles existe un majorât entrent dans la cavalerie de la garde, où ils trouvent les fils ou les parents de petits souverains. Les fils du roi de Prusse sont tous lieutenants au 1®^ régiment de la garde à pied, en garnison à Potsdam, qui n'est composé que d'officiers nobles, dont les pères ont servi là. C'est une tradition.

En laissant à ses régiments le soin de recruter eux-mêmes leurs cadres, le Roi veut leur conserver une personnalité, une individuafité propres et en augmenter l'homogénéité. Et il y arrive généralement, dans l'Est surtout. Les ancêtres ont lutté contre les Polonais et les Slaves à côté des chevaliers teutoniques, et tous les hobereaux d'aujourd'hui qui ont conser\^é la tradition militaire passent sans exception par l'armée, où ils apportent les qualités guerrières qu'ils ont dans le sang. S'ils quittent le service, c'est pour rester officiers

de réserve.

Au contraire, dans les riches provinces Rhénanes, dans la Westphalie, pays catholique, la passion militaire n'est pas si ardente que dans les provinces orientales, plus pauvres, où les mœurs demeurent plus

rudes. Là, on trouve, à côté des fils de grands propriétaires aristocrates, des fils de familles industrielles, respectables et riches, mais qui n'ont pas participé à l'histoire de la Prusse ; comme dans ce 7^ uhians, à Sarrebrûck, par exemple, dont on se moque couramment en disant: «Pour chacun de ses lieutenants, il y a dix cheminées qui fument. » L'esprit de corps s'en ressent, la discipline n'est pas aussi sévère, car il faut des ménagements au caractère rhénan depuis longtemps libéré de la misère et de la discipline trop rigoureuse. Peu à peu cependant, sous l'influence des officiers prussiens qu'on envoie dans l'Ouest, l'esprit militaire augmente et tend à s'harmoniser avec celui du reste de l'armée.

CORPS ARISTOCRATIQUES Ainsi s'cst formé un aristocratisme très étroit, qui maintient dans les cadres une sorte d'émulation de vanité et de snobisme n'ayant plus grand' chose à faire avec les vertus mihtaires. Le régiment des Zœten hussards, à Rathenow, près Berlin, est extrêmement recherché pour son esprit de corps très exclusif et pour sa réputation de fournir les meillcv^o cavaliers de l'armée. Le 1er cuirassiers à Breslau, où se trouve toute la noblesse de Silésie, le 3® cuirassiers de Kœnigsberg, qni rpc* )it celle de la Prusse orientale, le i^^^ et le 2e hussards du Roi, à Dnntziir. quo rEîiifi^T'nr favorise, le 2*-' draguns a S«[i'A"iiî-siir-()<it'r, dont 1" {»ririi •• Albrcilit fut 1>' i;hef, 1'" l->- ijhldn-; a lLinM\rt', h' 3^ uhians a Furst-'riw.iid»'. tigurent on têt^' (h'S rt'girïit'fit> de cavalfTie 1^'s plus enviés.

Certa'r-^ régiments d'infantfMÙe se m(jntrerit egaleni^'ut exclusifs ; ainsi le corps d'otTiciers du 73^ d lufauterie à Hanovre,

du 55e à Detmold, du 2^ à Stettin, du 7e chasseurs à Biickebourg, sont recrutés dans la petite noblesse locale et se ferment aux fils de vulgaires bourgeois. L'Empereur avait exigé que quelques exceptions soient faites à cet exclusivisme dans les régiments de sa garde. On appelle dédaigneusement ces favorisés Concession Schultze, ce qui équivaudrait à dire chez nous : « C'est une concession faite aux Durand. »

Mais, peu à peu, ces trois ou quatre exceptions ont disparu, découragées de se sentir isolées.

Dans le génie et l'artillerie, l'instruction personnelle des officiers est bien supérieure à celle des autres armes. Cependant le prestige demeure aux régiments brillants et chers. L'Empereur, dont c'est le goût, a porté tous les uniformes de son armée, excepté toutefois celui du train. On dit qu'il a promis de réparer cette omission, qui ressemble à du dédain...

Cependant il ne le fait pas.

Dans les régiments chers, on ne se contente pas d'exiger le supplément de cent ou de deux cents francs réclamés dans r infanterie et la cavalerie. Comme me le disait fort aimablement un officier, le traitement d ua lieutenant en second suffit à peine à payer ses bottes et ses souliers dans ces corps d'élite. Pounitscnir ulficier aux cuirassiers de la g.irdo à Beilin. il faut posséder au moins uu revenu persorui'l <!'' 20.000 francs, si Ton veut tenir convenabifiiu-nt ^un rang à roté dos autres. Lt'S hussards, h's uhians et les dragons d'" la t/arde viennent ensuite, avtT (j.s txigences à peu près pareilles.

l'u p«'u surpris, on le conçoit, de l'enor- Hiite de ce ehilTre :

« Où s't'ii va donc tout cet argent ? » deniandai-je.

BUDGET D'UN OFFICIER Voici à peu près généralement le budget de dépenses obligatoires d'un officier :

Dîner de midi : 1 fr. 62, soit 50 francs par mois. Dîner du soir : 50 francs.

Logement : 50 francs.

Fonds d'habillement versé à la caisse du régiment : 30 francs.

Salaire de l'ordonnance ; 7 fr. 50,

Soit : 187 fr. 50, absolument obligatoires.

« Ajoutez à cela le blanchissage, les souscriptions pour la bibliothèque, pour les loteries de charité, les fêtes du mess, la musique, qui se montent à un minimum de 45 francs ; nous arrivons au chiffre de 232 francs, dont il est à peu près impossible de défalquer un pfennig. »

Or, un lieutenant en premier, à Berlin, gagne 265 francs par mois. Il lui reste donc exactement 33 francs pour ses cigares et « pour faire le jeune homme ».

Je rappelle ici le traitement des officiers en garnison à Berlin, y compris les indemnités de logement. Il y a une différence assez sensible dans le chiffre de ces indemnités selon les villes de garnison ; on les calcule suivant le prix moyen de la vie dans les différentes régions :

!'-'■ Lieutenant 3.187,50

Capitaine en 2^ 5.203,75

Capitaine enie' 6.703,75

Major-commandant 8.766,25

Lieutenant-colonel 10.203,75

Colonel 11.692,50

Général de brigade 13.893,75

Général de division 19.218,75

Commandant d'armée 27.487,50

De plus, il lui faut acheter et entretenir des uniformes et des casques pour les parades et les bals de Cour, car tous les officiers des environs de Berlin sont invités au Palais impérial, aux courses, etc. Ajoutez que les (dficiers sont dans la nécessité d'entretenir beaucoup de rapports sociaux, de répondre à une foule d'invitations, de ftter les camarades qui arrivent ou qui s'en vont, ou de passage. Ils ne doivent voyager qu'en première ou en deuxième classe ; à Berlin, ils ont

décidé de s'interdire les omnibus à chevaux, mais de se permettre les autobus et les tramways ; ils n'osent se montrer que dans les bons restaurants, je veux dire les mieux fréquentés de Berlin ; s'ils vont au théâtre, seuls ou avec leurs femmes, ils doivent aller aux bonnes places ; quand ils donnent des pourboires, il faut qu'ils soient supérieurs à ceux des simples pékins, ou alors il n'y a plus de hiérarchie. (C'est ainsi, d'ailleurs, qu'ils conservent près des cochers leur popularité.) Autrefois, ils avaient le droit d'entrer au café Bauer ; à présent, ils vont prendre leur thé dans les premiers hôtels de Berlin, au Kaiserhof ou au Bristol.

Il se trouve pourtant assez souvent des officiers nobles trop pauvres pour subvenir à de telles dépenses. Il est de tradition que, chaque année, le roi de Prusse prélève sur sa cassette une subvention supplémentaire en leur faveur. Ce sont généralement des fils d'anciens officiers qui se distinguèrent au service.

L'Empereur, qui insista plusieurs fois près des chefs de corps pour que les suppléments ne dépassent pas 150 marks dans les meilleurs régiments, a changé huit fois plus souvent le modèle des uniformes que ses prédécesseurs en cinquante ans. Il ne se doute pas de ce que ses fantaisies ont coûté à ses officiers, auxquels il prêche la simplicité de la table, sans doute parce qu'il n'est pas gourmand.

Il faut convenir que l'Ëtat fait tout ce qu'il peut pour aider l'officier à se suffire. Il a l'econnu d'utilité publique le Magasin pour Tannée et la marine, fondé sur le modèle du ehib Army and .Xa^'ij, qui se charge de fournir à ses adhérents, à prix très réduits, les effets d'équipement et d'habillement, chevaux, articles de consommation pour les casinos, conserves,

i - fî

îî «

vins, liqueurs, cigares, linge, etc. L'économie initiale de cette institution consiste dans la suppression de tous les intermédiaires.

On arrive ainsi à produire des uniformes d'officiers pour une somme moitié moindre que chez nous.

L'Empereur aussi use de tout son pouvoir pour ramener son armée à la simplicité d'autrefois, uni formes à part. Il adonné l'ordre aux chefs de corps de régler le menu des dîners de réception des officiers mariés, obligés de recevoir leurs camarades et les hauts fonctionnaires. Ce menu, inspiré, dit- on, par Guillaume II luimême, consiste en un poisson et une entrée, un plat sucré et un dessert. Le monarque précise ces détails pour que les officiers moins fortunés ne soient pas humiliés par le faste des riches.

L'État exige, pour autoriser le mariage des lieutenants, soit une dot minimum de 3.000 francs de rentes de la part de la femme, soit, par le mari, la justification d'une fortune équivalente à cette somme, assurée par de bons titres publics : pour les capitaines, l'exigence se réduit à 2.000 francs.

Tout le monde reconnaît, dans le monde mihtaire, qu'il est aujourd'hui impossible à un officier de cavalerie de vivre avec moins de 5.000 francs de supplément à son traitement.

Ces mœurs de luxe ne se bornent pas à la vie des officiers, elles influencent également les volontaires. Dans les régiments de la garde, la vie coûte si cher aux volontaires que seuls les fils de financiers et de gros commerçants peuvent y entrer. Dans le régiment d'Alexandre, à Berlin, sur dix- sept volontaires, on comptait une année douze fils de riches familles israélites.^

LES DETTES II va de soi qu'un tel train ET LE JEU. conduit l'officier à faire des dettes. De temps en temps, on entend parlerdepoursuitesordonnées par l'autorité militaire pour détournements et escroquerie après des pertes de jeu. Le jeu sévit, en effet, comme une épidémie dans les garnisons petites et grandes : dans les petites en raison de la rareté des distractions, dans les grandes parce que les occasions de dépenser de l'argent se multiplient. Si un officier se suicide dans une pareille conjoncture, l'Empereur interdit qu'on lui rende les honneurs mihtaires.

« Il est vrai, me confie un officier, que les jeunes lieutenants s'endettent parfois. Ils ne sont pas très ordonnés ni prévoyants. Mais ce n'est pas là une coutume générale. Au surplus, ils ont à s'endetter quelque excuse. Ils s'y entraînent par la facilité que leur laissent les fournisseurs de payer à une longue échéance. L'officier fait- il une commande chez son tailleur ou son chemisier et demande- 1- il expressément la note? On lui livre la commande sans ajouter la facture, espérant ainsi qu'il reviendra plus sûrement — et le calcul se vérifie souvent. Mais, en général, l'officier paie ses dettes. Chaque mois, on lui retient au corps, à cet effet, sur son traitement, une certaine somme qu'il touche intégralement en décembre. Alors il acquitte les notes qui pullulent surtout à cette époque. Dans le cours de l'année, il peut faire envoyer à la caisse en question une note de tailleur ou autre, qui est payée sur sa réserve personnelle.

Heureusement pour l'armée allemande, beaucoup de ses officiers ont gardé la simplicité de mœurs qui ^tait de règle au temps des Frédéric. Et vous verriez souvent, en regardant bien, quelque vieux

"^USRSSET'

Lfff^JiUI

riiot. Sennecke i-t Ciross. Berlin.

LES HUSSARDS DE LA MORT doivi-nl U-ui nom :i la Ult- tic inoii •|(ii ..itie ItMir coiffuie. Au premier r;nii;. ;"ti milie;i '11'», ollitier^. on voit la princesse Viclori.i-Fxxiise, eoloiiel honoraire de ce répimont.

sil, l'.iri».

AUX GRANDES MANŒUVRES. — Pendant les manœuvres daulomno, les villages, situés dans le rayon dopérations, assistent à de lonps défilés de troupes rpii emi)lissent les rues d'une passapTe animation.

i'LA:<CliE lô.

LALLEMAGNE MODERNE

LE;S hussards de la MOKT .l..i\riil l.ui hmhi ;i I.i ^,•\r ,\r tnoil .| nu- l.ui- . ..iilm,-. Au |.i.iiii.-

' ill;;. ^111 inilu- I tl-.» ..llli i.i -. l'Il \'-^ '• ^ • tiiii'»->' \ I'-I<>l M- l.<MII~f. ri>|i>iicl l|ii||i>r.lin- ili- Cf lfi;lllicill .

AUX GRANDES MA^NŒUVRES. l'.ii.l.ml !■■- m. ii\ i .- .l miI.miiii.'. l.-- \ilhi-.-.-. - (l.ui- If uv-n

I i"i;ih»>ii«i. ;i—.i^li-iit ;i '\f li.iiir- '!irlil<-> '!•• Ii<iii|.i-. •|iii «•m|iis>.«til l<> nii~ <! niir |..i^-.i'jii !■ .iiiiin:il imi.

major soupant pour un mark, dans un coin de restaurant modeste où ses brillants camarades ne vont pas, parce qu'il a une nombreuse famille, un fils peut-être à l'École de Guerre, pour lequel il se prive.

Un des types les plus populaires de l'armée est justement ce fameux général von Haesler, aujourd'hui en retraite, et qui joignait à de hautes qualités militaires les vertus subalternes de frugalité et de simplicité (on prétend qu'il ne vit que de lait et qu'il a toujours été chaste). Quand il fut nommé à Metz, il dit, en voyant les meubles et les tentures du cabinet de travail de son prédécesseur : «Débarrassezmoi de tout cela. Je suis ici pour travailler, je n'ai besoin que d'une table, d'une chaise et de beaucoup de lumière. » Il se retira, depuis, dans sa propriété de la Marche de Brandebourg, où il passe son temps à parfaire l'éducation des enfants de son village.

A côté de ces régiments chers où l'argent ne suffît pas pour entrer, où un milliardaire ne serait pas admis, il y en a de plus fermés encore qui se composent de représentants de familles médiocrement fortunées, comme le 2® cuirassiers de la reine Louise. Ce régiment, entre autres, ne se contente pas d'exclure de ses cadres tout ce qui n'est pas aristocratique, il cherche encore à ne se recruter que parmi les plus vieilles familles poméraniennes. Il est fier de sa propre histoire, des soixante- six drapeaux par lui conquis à la bataille de Hohenfriedberg, en Silésie, sous Frédéric le Grand, fier de son droit exclusif de jouer devant l'Empereur la fameuse marche de Hohenfriedberg, qui passe pour avoir été composée par le grand Frédéric. Tel est aussi le l^r régiment de la garde à pied, en garnison à Potsdam, qu'on pourrait presque appeler

un régiment pauvre, puisqu'on se contente d'y doubler les frais de mess. Mais les fils des Hohenzollern y sont tous lieutenants dès l'âge de onze ans, et les familles princières et les fils de généraux en fournissent les cadres depuis sa création.

L'École des Cadets, qui reçoit les fils d'officiers et de hauts fonctionnaires, refusa d'admettre le fils illégitime du roi Milan et de la célèbre Christich. C'est, à n'en pas douter, cette exclusion qui l'amena, pour gagner sa vie, à s'exhiber dans les music-halls de Berlin comme tireur phénomène.

Un tel exclusivisme montre bien où en est l'Allemagne au point de vue du sentiment démocratique, et ne signifie pas seulement la morgue germanique. Il a des fondements plus profonds que la vanité de caste et se réclame des faits de l'histoire. Écoutez ce que m'écrivait un savant officier, d'origine bourgeoise pourtant, mais résolument conservateur et monarchiste :

Page 1