‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 62 sur 164 · I IVI · texte numérisé non relu

I IVI

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UNE PROCESSION A COLOGNE. — Cologne est la friande cité c.Ulioli«|ue de l'Allemagne et les ;uiloiilés

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l'escalier pour paraître à la fonrlrc.

Wki. stnerl, Merlin.

SUR LES QUAIS Ijordant le Hhin s"ali<;nenl des (l«*meiiri's séciilain-s el leur physionoinit- tran(|uillc conlraslc

t'irani^emenl avcr la fi»''vr<'usf acliviti- du port inodorne.

Hlamcuk lii.

LALLE MAGNE MODERNE

LA MAISON" DE KICVIODE l) ADUR. ..•I.-I.i.- |Mr I.. I.u.-ii.li- .hi|.i,-- l.i.tit.-ll.- .!,•- .Ii.-v ...x .1, ..iir.ii.-nl -nui

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SUR LES ÇUAIS l>"r'l.iiil le lilnn -. iIiuim-iiI «Us 'Ifiiii'im--, sf<iil.iin-. il Uni |ili\ Moniiinir li.iii<|iiil

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le Rhin fait là une boucle bien gênante pour la circulation sur le fleuve. « Qu'on coupe cela ! » dit-il, et le fleuve aussitôt s'élargit.

Chez de vieilles gens, on peut voir des lithographies représentant Frédéric le Grand et Napoléon le Grand.

Henri Heine, qui est né en 1801, a raconté de magistrale façon son entrée à Dusseldorf. Le souvenir de cette page me hante en passant dans la Bolkerstrasse, devant la maison natale de Henri Heine, occupée par le boucher Théodore Hulls. Je retourne sur le parc, à l'endroit où a passé Napoléon.

Napoléon, avec toute sa suite, chevauchait au beau milieu d'une allée où il était défendu de passer sous peine de cinq thalers d'amende, et l'enfant se réjouissait de cela.

« L'Empereur portait son simple uniforme vert et le petit chapeau historique, II montait un petit coursier blanc, et le cheval marchait si fier, si paisible, si sûrement, d'une manière si distinguée... Si j'avais alors été le prince royal de Prusse, j'aurais envié le sort de ce petit cheval. L'Empereur se penchait négligemment sur sa selle, presque sans tenue ; d'une main il tenait sa bride élevée, de l'autre, il frappait amicalement le cou du petit cheval... C'était une main de marbre qui éclatait au soleil, une main puissante, une de ces deux mains qui avaient dompté l'anarchie, le monstre aux mille têtes, et réglé le duel des peuples, et elle frappait bonnement le cou de ce cheval. Sa figure avait aussi cette couleur que nous trouvons dans les têtes de marbre des statues grecques et romaines ; les traits étaient noblement réguliers comme ces figures antiques, et dans ces traits on lisait : « Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi. »

« Un sourire qui échauffait et donnait le calme voltigeait sur ses lèvres, et cependant on savait que ces lèvres n'avaient qu'à siffler ef la Prusse n'existait plus... L'œil souriait aussi ; c'était un œil clair comme le ciel ; il pouvait lire dans le cœur des hommes... Le front n'était pas aussi serein... L'Empereur chevauchait paisiblement au milieu de l'allée. Aucun agent de police ne lui disputait le passage. Derrière lui, montée sur des chevaux écumants, chargés d'or et de plumes, galopait sa suite. Les tambours retentissaient, les trompettes

sonnaient. Près de moi dansait le fou Aloisius, qui psalmodiait les noms de ses généraux; et le peuple criait de ses mille voix : « Vive l'Empereur ! »

On ne crie plus Vive l'Empereur aujourd'hui. Il y a brouille entre la Westphalie, la Province Rhénane et Guillaume IL Bismarck y était adoré comme un Dieu, et son souvenir vit encore aussi fervent. Sa statue s'élève, banale et triomphante, à côté de celles du vieux Guillaume et de de Moltke. Quand arriva sa disgrâce, les gros usiniers de la région, lors d'une visite du souverain, firent, dit-on, une allusion à leur espoir de voir le chancelier reprendre ses fonctions. C'était la gaffe. Depuis ce temps, Guillaume II n'est revenu à Dusseldorf que lorsqu'il n'a pas pu faire autrement, au moment de l'Exposition, par exemple; mais il y passe très rapidement, une heure ou deux, et s'esquive. Quant à des discours, on ne lui en fait plus.

LEMALKASTEN Cette ville si jolie et si prospère, destinée, avec sa situation sur le Rhin et au centre d'une richesse minière et usinière énorme, à devenir très vite la capitale industrielle de l'Allemagne, serait trop parfaite si elle n'avait quelque petit ridicule. Elle l'a : elle se croit une ville artiste. En réalité, Dusseldorf eut une petite efflorescence d'art, et elle conserve de ce passé des traditions qu'on perçoit encore au dessin de ses promenades (mais si c'est Napoléon qui les a dessinées !...), à son goût pour le marbre dans les verdures, pour l'eau et pour les cygnes. Mais j'ai cherché en vain des traces de ce passé et de ce présent dans ses musées et dans ses galeries modernes. J'ai vu les peintures de ses grands hommes, depuis celles de l'infâme Cornélius jusqu'à ses impressionnistes d'aujourd'hui.

A part quelques exceptions, c'est affreux. M. Scheuer, le couturier de la Reine et Impératrice, en allant acheter ses modèles à Paris et en choisissant ses « premières» au boulevard, fait preuve de beaucoup plus de goût que les sinistres endormis du Malkasten. Je l'ai visité, ce fameux Malkasten, cercle des artistes de Dùsseldorf qui compte cinq cents membres dont quatre cents peintres. (Malkasten veut dire : boîte à peinture.) Il est installé au milieu d'un jardin, dans un vaste immeuble construit au xviiie siècle par le poète Jacobi, qui y reçut Gœthe dont on voit encore la chambre transformée en bibliothèque. Les « artistes » de Dùsseldorf y viennent jouer aux quilles. Le soir où j'y fus, on fêtait le départ d'un major qui changeait de garnison. Vous me demanderez quel rapport pouvait exister entre un major prussien et des gens que leur nature doit pousser à l'indiscipline, à l'improvisation, à la fantaisie et à la liberté? Or, il paraît que le major était beaucoup plus artiste que les « artistes » de Dûsseldorf , et que c'étaient les peintres qui lui reprochaient ses goûts révolutionnaires.

« Secouez- vous un peu, sapristi ! » les suppliait-il souvent.

Ce soir-l;i, la musique du 5^ régiment de uhlans jouait des airs variés, y compris la Mattchich, dans une salle voisine de celh' 'hi hciniju.'f. I).' \iriiles cuirasses assombrissaient encore les murs déjà sombres «i^' !.i pièce où mangeaient et buvaient sans hriiit une centnino d'(( artistes» r-t un»' douzain»- <!►' militaires. Les rhapiteaux dures des faux piliers n'égayaient pas Ip vieux chêne ap{)liquf sur les murs, les ileurs de papier attachées aux lustres en signe de joie, mm plus. La rnin*' ravjp. los buveurs lovai^-nt

leurs verres à la santé des officiers; les officiers leur rendaient leur politesse en silence, avec plus de cérémonie et un sourire de condescendance. Ces gros hommes à figures d'épiciers, inexpressives et vides, représentaient-ils l'art allemand? Non, je le sais. Je trouverai à Munich, m'assure-t-on, de vrais artistes indépendants, vivants et fiers.

Dans un coin, on me montre le trésor du lieu : sur un parchemin, au-dessous des armes impériales, la signature de Guillaume ler, venu à l'occasion des grandes manœuvres de 1877 à Dûsseldorf, accompagné de de Moltke, de Manteuffel, du général de Miribel, du comte de Sesmaisons, du capitaine Pistor, qui ont signé avec lui.

Partout, sur les murs, des caricatures des membres du cercle depuis la fondation, les unes très drôles, la plupart insignifiantes. Des albums d'autographes avec des charges, des fantaisies d'autrefois.

Un grenier est rempli de costumes historiques qui servirent, lors de la visite de l'Empereur, pour des fêtes nautiques données sur !• Rhin, avec des uniformes de toutes les époques.

<^ C'était tellement beau, — me dit l'artiste qui me conduisait, — que l'Empereur pleura. »

Le vieux Guillaume était sans doute un peu affaibli déjà, en 1877...

KCOLE DES BEAUX-ARTS H y a Une Lole

<l"s n.MUx-Arts a Dûsseldorf... Do là sorî'-nt l;i {)lu{)art des artLstes lucaux. On v (Mis*Mirnp le dessin et tout ce qu'il faut savoir {)niir [teindre. Mais les mœurs ne permotttnt pas (juf les femmes posent [tour \o nu. Il en est lie mt''me dans les pensionnats <le jt'un.s (ill.'s. C.'.'st un honnue qui pose Ks 0)1m»'s novices, les Suzannes au bain,

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les nymphes surprises, les Bacchantes débraillées et les Maternités sereines.

Les journaux de Dûsseldorf ont écrit qu'on s'était moqué de moi, que jamais les élèves de l'École n'avaient dessiné de « Suzanne au bain » et que le modèle mâle n'avait pas posé pour Cliloé... Ingénuité désarmante... Comment se risquer jamais de plaisanter avec les Allemands? Il en est pourtant de bien spirituels, — à Munich et même à Berlin.

On me dit, pour m'exphquer ce comique inimaginable :

« Il est un peu maigre et a des gestes de femme. Cela suffit... »

Dans quel Kamtchatka sommes-nous donc ici?

Un professeur avouait l'autre jour :

« C'est encore Untel le meilleur modèle féminin ! »

En effet, voilà vingt ans qu'il est là à se contourner et à faire des grâces. On n'a pas pu le remplacer. Ce n'est pourtant pas, dit-on, ce qui manque en Allemagne.

La pudibondei'ie va tout de même un peu loin. Près de Dûsseldorf, dans une campagne, un peintre peignait une femme nue dans son jardin, derrière trois toiles tendues autour du modèle, et échappant ainsi à tous les regards. Cependant le bourgmestre eut vent de la chose par des racontars de domestiques et vint prier le peintre de cesser «un tel scandale».

« Mais il n'y a pas de scandale, puisque personne ne peut rien voir !

— 11 suffit que l'on sache qu'une telle chose existe... »

A la galerie Schulte, qui est un des lieux de rendez-vous de l'endroit, on ne reçoit pas de nus. Un jour qu'on s'était risqué à je ne sais quelle nudité, cinquante abonnés se désabonnèrent 1

Eh bien ! dans ce pays béni, certains

« artistes » arrivent à gagner 50 000 ou 60 000 francs par an. Un portrait se paye couramment 5 000 ou 6 000 marks. Un garçon qui sort de cette Académie où l'on ne peint que les hommes femmes se fait payer un portrait 2 000 ou 3 000 marks.

C'est en offrant des dîners d'adieu aux officiers de uhlans, c'est en cultivant avec soin dans les esprits bourgeois l'illusion de l'ancienne réputation artistique de leur ville, c'est en conservant religieusement leurs petites chapelles de marchands, que ces braves gens rondouillards et somnolents arrivèrent à réaliser de si jolies rentes. Aussi ne voit-on dans les intérieurs richards de la contrée que d'affreuses, que d'indicibles peintures commerciales, qui n'ont de nom dans aucune critique humaine.

Ce patriotisme local a pourtant ses héros. On avait placé dans un parc un délicieux groupe d'enfants, en marbre, d'un sculpteur français. Et les sculpteurs du cru n'étaient pas contents. Un matin on trouva le groupe anéanti à coups de marteau; le joli chef-d'œuvre étranger avait été démoli I... Ah ! mais 1 on n'a pas pour rien des amis militaires en Prusse.

Vous représentez-vous ce lâche bandit se glissant par une nuit bien noire sous les feuilles tremblantes, écoutant, tapi dans l'ombre, le bruit des pas s'éloigner, et brandissant à dix reprises, dans sa fureur sauvage, son marteau sur la pierre gémissante?

Eh bien ! malgré tout, il y a des artistes à Dûsseldorf. Un, entre autres, le professeur Œder, amateur d'art japonais, qui ouvre à tout venant ses collections admirables de faïences, de porcelaines, d'estampes, de coupes d'onyx, d'agate, de cristal de roche, de boites en vieille laque. Un domestique vous introduit dans ce

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sanctuaire, ouvre les albums devant vous, et s'en va, laissant les clefs sur les vitrines. Les pièces d'enfilade où se trouvent ces collections ont leurs murs tendus d'harmonieuses toiles grises et leurs planchers couverts de tapis gris. Par les fenêtres latérales, le soleil entre à flots du jardin tout en fleurs ; les pelouses plantées de massifs de rhododendrons et les arbres sont encore fleuris de rose et de blanc. Comme le reste de la maison est ouvert également au visiteur étranger, j'admire une étonnante étude de pied de Menzel, quelques têtes de Gebhardt de superbe expression, de jolis meubles de style, un gobelin magnifique : Couronnement de Vénus par Paris, et des études du maître de céans.

On m'assure qu'il y a encore d'autres artistes à Dûsseldorf, — mais que ce n'est pas au Malkasten qu'il faut aller les chercher.

LA VIE DE LUXE La vie de luxe est assez répandue à Dûsseldorf. On sent que des habitudes commencent à s'implanter qui deviendront bientôt la vie de tous les jours. Au Park Hôtel, le lieu le plus élégant et le plus moderne de la ville, les gens riches du pays viennent dîner à

une heure, et toujours, le soir, après le théâtre. On se croirait à Londres.

La nuit, beaucoup de cafés ferment très tard. La police les laisse libres, ce qui est bien extraordinaire. Ici, des orchestres de tziganes jouent jusqu'à trois ou quatre heures du matin ; là, de jolies Italiennes aux yeux de flamme, en costume national, grattent la guitare ou la mandoline et égayent de leurs sourires les clients taciturnes. Le soir d'un congrès de métallurgistes, on ne ferma pas du tout ; à six heures du matin, de braves pères de famille étaient encore là, et les pauvres amuseuses, dont le métier est de faire boire beaucoup, tombaient de fatigue.

Malgré cette liberté relative des mœurs, les quelques petites femmes qui vont le soir à l'Apollo (music-hall de l'endroit) n'ont pas le droit de se regarder dans les glaces du vestibule autrement que furtivement et en passant. Si elle les voit stationner devant les grands miroirs où, faute de mieux, elles s'admirent ellesmêmes, la police les expulse.

Il n'y a plus de cabinets particuliers à Dûsseldorf. La dernière « chambre séparée» du restaurant Thurnagel, le petit Paillard de Dûsseldorf, a une vitre ouverte qu'il est défendu de boucher.

Neue phot Gesellsclviri. Berlin.

LA HOCHSTRASSE, la rue |iriiK-i|iah' de Cologne, à lenlrée de la<iuelle est située la maison Sloliwerck.

le " Meuier » de rAlleiuaf,fnc.

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