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société de distribution d'électricité à Essen, qui a l'ambition de fournir la force à toute la région, — cent mille chevaux !
« M. Stinnes est le plus fort homme d'affaires que je connaisse, me dit M. Thyssen. »
Et, dans sa bouche, c'est un incomparable éloge !
Quand tous les invités furent partis, les uns dans leurs équipages piaffants, les autres dans leurs autos, je demeurai quelque temps à causer avec M. Thyssen du Syndicat de l'acier, dont il est l'âme: le fameux Stahlwerksverband, le plus puissant cartell d'Allemagne, avec celui du charbon peut-être, et de quelques autres questions de la même importance.
Je n'avais pas perdu ma journée.
GŒTTINGUE
LES ETI'PI A N"î
Pourquoi le voyageur vint à Gœttingue. — Béotisme et pédantisme de petite ville. — Henri Heine n'a-t-il pas exagère ? — Interdiction de sortir avec un parapluie. — L'idéal de Werther a bien changé. — Ni bruù, ni gaieté. — Maisons fleuries et rues paisibles embaumées d'iodof orme. — L'étudiant à table et dans la rue — Son idéal : ressembler à r officier. — Mentalité d'enfants. — Us lieux de rendez-vous. — Une soirée au Stadt Park. — Hardiesse des jeunes filles. — Réserve des jeunes gens. — La Maria Spring. — Bal dans la foret. — Querelles des casquettes et des casques. — Sans-façon familial. — Un cocker qui se respecte.
pourrais-je bien observer les étudiants dans l'état de nature? J'avais le choix entre Berlin, Heidelberg, Bonn, léna, Gœttingue. Mais Berlin, c'est la capitale où les étudiants, perdus dans la foule, mènent la vie anonyme et banale de tout le monde. Heidelberg est la plus célèbre des villes universitaires allemandes. Pleine d'étrangers, elle se sait admirée et guettée comme une personne très belle et bien connue; les étudiants vivent devant la galerie, et c'est un autre genre de banalité qui risque de fausser l'observation. Bonn e>t ! université des princes et des snobs. On n"\ travaille guère: un v pose aussi. Restaient lena et Gœttiniru.'. Je me décidai pour Gœttingue, en raison de s.,>n éloignement de tout centre vivant, et
aussi pour la réputation de béotisme et de pédantisme que Henri Heine lui a faite. N'a-t-il pas exagéré? Qu'en reste-t-il?
« C'est là, me dis-je, que je verrai conservées dans leur naïveté les mœurs des étudiants, et je jouirai en même temps du spectacle de l'ancienne petite ville hanovrienne. »
J'ai passé à Gœttingue une dizaine de jours. J'ai donc eu le temps d'observer à l'aise la vie de l'étudiant, et quelques manifestations de la vie bourgeoise. Je me suis amusé tout plein, tout plein, et instruit énormément. Et je vais raconter comment. Mais que vont dire mes amis d.- la-has, «jiiand ils verront que j'ose ne pas admirer tout ce qu'ils m'ont montrr.' (^uand je me permettr.ii de souligntT (juelques petits ridicules qui crèvent les yeux? Jo les aper- V"is d'ici... Déjà, parce que, dans un de mes premiers art iclos, j'avais dit en passant (jue Go'ttingue est privée de tramwavs
et que les hôtels n'y sont pas aussi propres, aussi hygiéniques que ceux de Berlin ou de Hambourg, j'ai reçu une verte admonestation de ce cher M. Neise, pharmacien de la plus vieille pharmacie de Gœttingue, qui m'écrivit : « Est-ce ainsi que vous nous remerciez de l'hospitalité que nous vous avons donnée? Etc., etc.»
0 ! Henri Heine !...
Au risque de déplaire un instant à mes amis de Gœttingue, je dirai ce que j'ai vu, ce que l'on m'a montré, je répéterai ce que j'ai entendu. Et je suis bien sûr de ne me fâcher qu'avec les imbéciles. Les autres, les charmants esprits que j'ai rencontrés ici, ne m'en voudront pas de ma sincérité.
Gœttingue est une chaste ville du Hanovre où l'on sent l'iodoforme et où les adolescents qui portent une casquette n'ont pas le droit de porter de parapluie. Et non seulement il leur est interdit de sortir avec un parapluie, — même quand il pleut, — mais le code des corporations ne permet pas aux étudiants de se montrer en public un paquet à la main. Les militaires non plus ne peuvent apparaître sous un parapluie ni tenir au bout de leur bras une livre de chocolat. Mais l'étudiant, dont la profession exige qu'il soit toujours chargé de livres, pourquoi ne peut-il porter luimême des fleurs à sa bonne amie?
Vous devinez par ces simples détails que l'idéal des jeunes étudiants allemands n'est pas celui de Werther, qui faisait avec amour les commissions de Charlotte et ne se souciait pas d'être pris pour un guerrier. Aujourd'hui, et rien n'est plus significatif de la mentalité des dernières générations allemandes, le modèle que la jeunesse universitaire cherche à imiter, c'est l'ofTicier. Et voilà qui donnerait raison à la thèse de Marcel Prévost dans son amusant livre Monsieur et Madame Moloch^ si l'on
voulait généraliser un peu hâtivement... On pourrait croire que dans une ville peuplée de 30.000 habitants, dont 2.000 étudiants et un millier d'hommes de troupe, il règne une certaine animation — ohé ! ohé I — qu'on entend dans les rues de joyeux éclats de rire.
J'aime la tranquillité de cette petite ville. Excepté dans la rue principale, Weenderstrasse, et quelques voies nouvelles Gerberstrasse, Bergstrasse, Prinz Albrechtstrasse et autres, bordées de villas en briques rouges et jaunes, gaies, variées, enfouies dans des jardins et des bosquets de lilas, d'aubépine blanche et rose et de « pluie d'or», la ville, groupée entre la gare et le Rathaus, est un amas de vieilles maisons basses et mansardées, à un ou deux étages en surplomb. Les fenêtres, s'ouvrant en dehors, sont toutes petites, et les vitres n'ont pas 20 centimètres carrés, de sorte qu'au soleil l'efTet en est très gai : leur miroitement fait ressembler les façades à un long mur de verre.
La plupart de ces vieilles maisons ont leur histoire : des plaques les signalent à l'attention du passant. C'est ainsi que j'apprends que Bismarck a vécu et étudié ici, qu'il eut vingt-deux duels et ne lui blessé qu'une seule fois.
De temps en temps, dans la paix des nies, se dresse un bâtiment plus grand que les autres qui est une dépendance de l'Université. Car ici l'Université est dispersée aux quatre coins de la villo : précaution qu'on dirait hygiénique et destinée a forcer les professeurs et les élèves à prendre de l'exercice, mais qui tient à la fois à l'augmentation du nombre des étudiants et au développement des sciences ellesmêmes. Ici, un institut de chimie ; là, un laboratoire de physique ; ailleurs, une
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clinique, un amphithéâtre. Beaucoup de verdure et de fleurs, comme partout dans le pays. A certains coins de rues, des échappées vers le lointain : collines vertes qui ondulent, champs et prairies.
Pas de tramways assourdissants, pas de fièvre : le cimetière lui-même est sur la rue, enseveli sous les feuillages touffus et les herbes. C'est bien la ville paisible où il fait bon étudier, réfléchir, philosopher.
A l'Hôtel Royal, où j'étais descendu, deux douzaines d'étudiants prenaient leur pension. Et je pus les observer à mon aise. A table, comme les Allemands de tout âge, l'étudiant colle les deux avant-bras sur la nappe et, la tête dans son assiette , il mange sans s'arrêter et sans prononcer un seul mot, jusqu'à ce que son assiette soit vide, ce qui demande deux ou trois minutes au plus, car il avale extrêmement vite, sans presque mâcher. Alors il se relève, le couteau en l'air, la figure luisante, boit un plein verre, s'essuie, pousse un gros soupir, et attend le plat suivant. Il rit de temps en temps d'un gros rire enfantin.
La rue principale, Weenderstrasse, est longue et bordée de magasins modernes alternant avec de vieilles maisons basses. Vous voyez cela d'ici : la rue de province où les étudiants se promènent en maîtres. On les voit par groupes, coiffés de ces casquettes plates posées en arrière, à l'étroite visière, aux couleurs éclatantes, rouges, vertes, bleues, jaunes, violettes, aux lisérés variés, la figure couverte d'estafilades ou enveloppée d'ouate et de pansements. Ils laissent derrière eux l'odeur écœurante de l'iodoforme qu'on retrouve partout, dans les maisons, les salles de cours, les pâtisseries, les hôtels, et même les forêts environnantes. Ils passent, fiers, jouant de leur badine, conscients de la sympathie bienveillante qui les entoure.
Visiblement, leur idéal, je l'ai dit, est de ressembler à l'officier. Rasés ou la lèvre ornée d'une ombre de moustache, les cheveux pommadés, ils se tiennent droits, affectent dans tous leurs gestes d'imiter ce qu'ils perçoivent de la correction militaire allemande, c'est-à-dire la raideur, le sérieux, l'impassibilité, et, dans le salut, le mouvement d'automate du buste qui s'incline et se redresse comme une épaisse tige d'acier. Ce chic, — puisque c'en est un ici, — ils l'ont. Et puisque la raideur britannique a mis à la mode — provisoirement — ces manières sans grâce, ils font l'effet à première vue de jeunes gens distingués. En somme, pose pour pose, affectation pour affectation, celles-ci ne valent-elles pas autant que celle du jeune provincial fraîchement débarqué à Paris qui s'affuble d'un béret négligé sur des cheveux mal peignés, d'une pipe et d'un parler moitié argot, moitié patois natal? Affaire d'esthétique. Car cela ne change en rien la mentalité de ces enfants. D'ailleurs, l'excès d'empesage ramène au débraillement qui, à son tour, réagit en sens contraire. L'idéal serait d'obtenir un peu plus de sérieux et de tenue des adolescents méridionaux qui arrivent à Paris, et un peu plus de laisser-aller de la part des jeunes Allemands qui pontifient trop tôt : ce qui équivaudrait à leur demander à tous deux d'être plus naturels. Mais on ne devient naturel, — c'est-à-dire vraiment soi, — que bien plus tard.
Les officiers n'occupent ici que le troisième rang, ce qui n'arrive en Allemagne que dans les villes universitaires, le premier étant tenu par les professeurs, le second par les étudiants. Cette hiérarchie est presque imperceptible. Seulement, dans un salon, le professeur a pour lui tous les regards, le colonel lui-même est amené à
UN DEFILE. - L'idi'al des ('liiilianls : rossembliM- :i l'ollicicr. lu- se révèle pas «.iiiltmeiit dans le porl -ruiiil'()iim> el di- l.» rapit-rc. Il'savoiie encore dans la laiilciir el limpassibililé de lenrsalul el île Icnrallilu
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