‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 78 sur 164 · f •li\i-i'iil i-it 'lrii\ -.Mlle · texte numérisé non relu

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LA BORUSSIA a compté parmi ses membres tous les fils de l'empereur et l'empereur lui-mt-me. Aussi r»'-lection de chaque nouveau membre esl-elle soumise à l'approbation do Guillaumi' II.

Plamche iHo.

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rendre hommage à cette suprématie. Dans la rue, c'est le sourire de Tétudiant que les jeunes filles recherchent. L'officier n'a que son uniforme et son sabre inutile ; l'étudiant a la balafre glorieuse. Et puis l'officier est trop imposant, inaccessible. Quoi qu'il en soit, le beau sexe le délaisse. De là un léger antagonisme qui se manifeste en général par une hostilité latente et un peu hargneuse, et quelquefois par des querelles que les autorités s'emploient toujours à étouffer rapidement, car — c'est un principe du gouvernement — il ne faut pas laisser se créer un mouvement d'opposition entre la jeunesse des écoles et l'armée.

LES LIEUX DE Outre la Wenderstrasse, RENDEZ - vous i\ existc plusieurs lieux de rendez-vous pour les étudiants et la société de Gœttingue. Le Stadt Park, d'abord, où, les soirs d'été, un orchestre militaire se fait entendre ; en cas de pluie, on se réfugie sous une sorte de galerie. Cet orchestre, on l'écoute peu, on vient là pour boire et aussi pour manger. Autour du kiosque, les jeunes filles de Gœttingue se promènent par deux, et personne ne songe à s'en étonner. Les parents, assis devant une table, où plusieurs familles se sont donné rendez-vous, boivent de la bière en devisant au son de la musique ; le père fume son cigare, les mains unies sur sa canne ; la mère le regarde, les mains croisées sur son ventre. On croirait, en voyant ce tableau de sérénité bourgeoise, que rien n'a changé dans le Hanovre depuis Gœthe.

Des bandes d'étudiants en casquettes multicolores, attablés devant les bocks, regardent passer les jeunes filles. Je me trompe : les jeunes filles qui passent dévorent des yeux les étudiants indifférents. Car c'est ainsi. J'ai remarqué, bien

souvent, en différents points de mon voyage, que les filles paraissaient courir après les garçons. Ceux-ci, beaucoup plus réservés, on dirait plus pudiques, n'ont que des regards timides pour les promeneuses ou même ne les regardent pas. Les filles, au contraire, non par vice ou effronterie, mais par naïveté, je pense, les dévisagent franchement, le sourire sur les lèvres et le regard provocant, — autant que des yeux bleus peuvent être provocants.

Jamais une jeune fille française de famille bourgeoise ne se permettrait une telle audace en pubUc. Son éducation, son amour-propre, son instinctive coquetterie peut-être, l'empêchent de manifester ainsi ses goûts, pourtant plus violents, en général, que ceux des Gretchens à sangfroid. Chez nous, une jeune fille qui aurait ces façons se ferait aussitôt manquer de respect. Ici, personne n'y songe. Jamais un étudiant ne s'avisera d'adresser la parole aux jeunes promeneuses, s'il ne les connaît très bien. Tout son plaisir consiste à saluer, de haut en bas, à saluer avec une emphase ridicule, ses amis et ses danseuses de la Maria-Spring.

La Maria-Spring est un autre endroit de rendez-vous de la jeunesse de Gœttingue, situé à l'orée d'une forêt voisine. Au centre d'un cirque de verdure, une estrade s'élève, un orchestre joue des airs de danse. En contre- bas et tout autour, sur des pentes où l'on accède par des escaliers rustiques, des tables sont dressées, garnies de buveurs. Je me promène un instant dans la foule des étudiants. Quelques-uns d'entre eux tiennent en laisse des chiens de race, un saint-bernard, un bouledogue. Des Roumains mettent ici une note rastaquouère : habillés de flanelle blanche, coiffés du panama cabossé, monocle vissé devant l'œil noir, la face brune rasée, ils ont un

air déplacé et anachronique parmi ces fortes têtes carrées et blondes. Une odeur d'iodoforme circule sous les arbres. Ce relent d'hôpital dans la forêt printaniére est répugnant ; il vient des pansements que portent les blessés des derniers duels sur leurs têtes enveloppées de calottes noires, la face zébrée de bandes de taffetas.' Je monte au sommet des gradins aménagés sous les arbres. L'affreuse senteur m'y poursuit. Subtile, elle se répand et reste suspendue dans l'air, sous les feuilles des chênes et des ormes. Le spectacle qu'on a de là me distrait de cette obsession. Des tables entourées d'étudiants en casquettes bleues, rouges, vertes, violettes, sont déjà couvertes d'une armée de bouteilles vides. Au pied de chaque table, deux ou trois douzaines de bouteilles de bière sont tenues au frais. L'un des buveurs, chargé de la comptabilité de la beuverie, lance en l'air, d'un geste adroit, les bouteilles pleines à ses camarades qui les réclament à grands cris. Sur l'estrade, des couples dansent gravement, sans bruit, sans éclat, sur un rythme bien suivi ; les étudiants tiennent à la main — toujours ! — leur casquette éclatante. Ils s'arrêtent de danser, se promènent un instant et repartent. Ils valsent bien, un peu raides pourtant. Jusqu'à ces derniers temps, les officiers de la garnison assistaient à ces réunions du jeudi. Des querelles ayant éclaté entre les casquettes et les casques, la troupe reçut l'ordre de ne plus se montrer à la Maria-Spring. Depuis lors,

les casquettes sont restées maîtresses de la place ; du coup, ces fêtes du jeudi ont perdu de leur brillant : le gratin, le vrai gratin, n'y va plus guère. La Rapière a vaincu le Sabre. Et je crois que la Rapière est bien attrapée...

Près de moi, une grosse mère, accompagnée de ses filles et de jeunes gens, ouvre sur la table rustique devant laquelle elle est assise un papier bourré de provisions d'où elle sort du pain, des saucisses, du jambon et des fruits. Elle fait signe à un garçon qui circule, commande de la bière, et la famille se met à manger en regardant tourner les couples et vider les litres.

Je suis revenu en voiture de Maria- Spring. Et j'ai eu bien du plaisir. En quittant le lieu du bal, comme il faisait très chaud, notre cocher était coiffé d'une casquette bleue, légère et très convenable. Mais en arrivant aux portes de Gœttingue, il la retira, prit dans le coffre un haut-deforme de cuir blanc, et fit son entrée dans la ville avec cette coiffure. Rien, à Gœttmgtie, ne m'a paru plus comique que cette substitution exécutée simplement, comme un rite obligatoire et naturel, au moment de franchir les portes. J'ai demandé la raison de cette cérémonie :

« Madame le professeur, ni Madame le receveur de l'accise, me répondit-on, ne consentiraient à être conduites en fiacre dans les rues de Gœttingue par un cocher qui n'aurait pas le tube réglementaire. «

GŒTTINGUE

(SUITE

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