LES CORPORATIONS
Les diverses sortes de corporations. - Corps et Burschenschaften. - Ce gui les distingue. ~ Lesdix-n^uf corporations de sahreurs. - Burschon et Fuchse. - Chaque corps possède une maîson. - Visite à la llannovera -. La Kneipesaal et le portrait d, Bismarck. ~ Un, maison de Burchenschaften : /'Allomania
- Amitiedes « frères de couleur >.. - Ce qu'est leur idéalisme. Solidarité utilitaire. - Sévérité des règlements'
- Le cachot. - Ce gu on y .oit. - Biomètre de V étudiant à Gœttingue. - Quelques chambres d^étudiants
- Superbes travestis. - Pourquoi les conservateurs allemand,^ approuvent la vie des Corps. - Défense de faire de la politique. - Cerveaux endormis. ~ Comment s'explique Vatonie politique d'un grand peupU
u lieu de se classer par catégories d'études comme chez nous, droit, médecine, sciences, théologie, les étudiants allemands se rassemblent pêle-mêle dans des sociétés qui s'apjK'llent de noms germains latinisés : Saxonia, Cimbria^ Brenicnsia, etc., qui ont de vagues allures de sociétés secrètes et même le furent autrefois.
Daiib tous les pays, les jeunes gens s'amusent à se donner des airs importants. Ne pouvant encore, en se mêlant à la foule, s'y distinguer par eux-mêmes, ils veulent au moins être quelqu'un parmi les enfants de leur âge. De là, chez nous, les bérets; en Allemagne, les casquettes coloriées et dans les grandes occasions, les rapières,
les bottes, qui leur prêtent des airs menaçants et terribles, ce qui est le rêve de tous les jeunes garçons timides.
Les corporations se divisent en deux sortes : les unes qui n'accordent pas réparation par les armes, notamment les corporations catholiques et celles composées de protestants pratiquants, c'est-àdire les étudiants en théologie, futurs pasteurs ; les autres, qui accordent réparation par les armes.
Je ne m'occuperai que de ces dernières, les plus intéressantes au point de vue national. Quant aux étudiants qui travaillent beaucoup, ils boivent peu : ce ne sont {)as de vrais étudiants.
Il existe aussi des jeunes gens qui n'appartiennent à aucune espèce de corporation, mais se réunissent alin de pouvoir être représentés aux solennités. On
T, ■ A L L E M A C S E MODERNE
les appelle les Pinsons et les Sauvages.
Les deux principaux groupements qui « donnent satisfaction » s'appellent : les Corps, d'un accès plus difficile, et les Burschenschajten ; celles-ci, vers 1848, au moment où les idées républicaines faisaient bouillonner les jeunes cervelles, étaient libérales, et les Corps, conservateurs. Les Corps sont demeurés de tendances aristocratiques ; les Biirschenschaften, simplement par opposition aux Corps, seraient plutôt démocratiques. Mais, en somme, les idées ou plutôt les tendances (car on ne s'occupe pas de politique à l'Université) sont à peu près les mêmes dans les uns et dans les autres. Les étudiants des Corps appartiennent en général à des familles plus aisées, et les aristocrates ne font jamais partie d'une Biirschenschaft. Il y a une difîérence de rang social, voilà tout.
Cœttingue est renommé pour ses Bursckenschaften, de même que Bonn, Berlin et Heidelberg pour leurs Corps.
Il existe un antagonisme entre les Corps et les Burschenschaftcn. Les premiers, n'acceptent que les aristocrates et les « grandes bourses ». Ici, Saxonia n'accueille même que les nobles. Et pour y être admis il faut justifier d'une pension de 600 marks par mois. Bremensia est aussi très fermée. Les membres, pour la plupart fils de gros commerçants, d'armateurs de Brème, n'y sont reçus que par relation ou même héréditairement ! Le père fut de Bremensia, il veut que son fils en soit.
Les Corps n'acceptent pas les israélites. Et les catholiques n'y sont pas vus avec plaisir.
Quelques-uns de ces Corps, comme la Borussia, de l'Université de Bonn, sont célèbres. Tous les fils de l'Empereur, l'Empereur lui-même, en firent partie.
Aussi l'élection de chaque nouveau membre
est-elle soumise à l'approbation de Guillaume II.
On ne peut appartenir qu'à une seule société, attendu qu'on est soumis pour tous ses actes au code d'honneur de son groupement.
Les corporations vivent sous des lois très sévères. Dans d'autres, ce sont les jeux de hasard qu'on interdit. Si quelqu'un manque à son engagement, il doit aussi s'en confesser, et il est privé pendant un certain temps du droit de porter les couleurs et d'assister aux réunions.
Ces réunions sont souvent la principale occupation de l'étudiant pendant les trois ou quatre premiers semestres « d'études». On y discute surtout quelle sera la corporation provoquée à la prochaine Mensur (duel à la rapière) et quels seront les Burschen qu'on désignera pour se battre le prochain vendredi.
A Gœttingue, il existe 19 corporations qui se battent, soit 7 Corps (avec 120 membres), 5 Burschenschaftcn (90 membres), plus des sociétés de gymnastique, de chant {sic). En tout^ 400 étudiants tenus de se battre entre eux. A ces 19 corporations de sabreurs il faut ajouter une société de philologie moderne, une de philologie ancienne et une de sciences naturelles, qui donnent satisfaction à l'occasion, mais ne sont pas tenues de se battre régulièrement comme les 19 autres.
Chaque corporation comprend deux sortes de membres : les Burschen (étudiants), qui se sont déjà battus trois ou quatre fois ; les Fiichse (renards), qui ne se sont pas encore battus.
Les « renards » doivent en toute rencontre déférence et obéissance aux « étudiants ». Ils portent les mêmes couleurs, mais pendant un semestre le cordon de quatre centimètres de large,
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