‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 121 sur 202 · Jarissen, op. cit., II, p. 9(J · texte numérisé non relu

Jarissen, op. cit., II, p. 9(J

chéri ng, le futur archevêque de Cologne, fut ainsi l'inspirateur de la longue Histoire de la religion de Jésus, dont, en 1806, Stolberg commença la publication. 11 était dans la destinée de Droste- Vischering de susciter, en sa jeunesse, Tune des premières manifestations sérieuses d'un réveil littéraire catholique, et d'incarner, en sa vieiHesse, l'affranchissement de la puissance spirituelle; d'inaugurer son activité sacerdotale en provoquant une aflirmation de la pensée chrétienne, et de la clore en affirmant les droits de l'Eglise chrétienne. Les quinze volumes de V Histoire de la religion de Jésus s'échelonnèrent de 1807 à 1819 ^ : ils prennent comme point de départ la création du monde et s'arrêtent à la mort de saint Augustin. Ils ne sont point une œuvre de science et ne visent point à l'être; ils prétendent moins et plus qu'à être un travail d'apologétique historique. Non soliim docendo sed scribendo discimiis-, disait modestement Stolberg, et ces mots laissent comprendre, tout ensemble, ce qui lui manquait d'érudition acquise, et l'effort studieux, intense, par lequel son âme s'étudiait à revivre les divers épisodes de l'histoire de l'Eglise, dévoilés à son esprit curieux par le commerce des auteurs d'antan : à travers ces quinze volumes, la science souvent est fraîche, et trop fraîche, mais l'âme est chaude, toujours chaude, et cette chaleur d'âme était une

1. Voir, sur cet ouvrage. Janssen, op. cit., II, p. 'jOl-445. Les volumes I consacrés à Jésus-Christ lui-même ont été traduits en français par l'abbé

Jâger, sous le titre : Histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son siècle (Paris, Dufour, 1842).

2. Janssen, op. cit., II, p. 342. — C'est pourquoi, sans doute. Hermès jugeait que l'œuvre de Stolberg n'avait pas assez de valeur scientifique (Perthes, Friedrich Perthes' Leben, III, p. 189-190. Gotha, Perthes, 1855).

nouveauté. Trop longtemps on avait grelotté sous la froide étreinte de ce rationalisme qui vidait l'idée religieuse de son contenu, et raccourcissait les ailes de l'âme humaine; on était las des déductions qui amincissaient la vérité, las, aussi, des analyses qui Témiettàient. L'âme voulait aller tout entière vers la vérité tout entière. L'Histoire de la religion de Jésus est le témoignage de ce changement d'attitude.

Stolherg, dans la dédicace qu'il en fait à ses enfants', affecte le mépris pour ce cette pauvre raison humaine qui ne peut qu'entrevoir, comparer, supposer, mais à qui il n'est pas donné d'approfondir le principe delà moindre petite chose » ; il va jusqu'à dire que, » par là même qu'elle est humaine, la raison humaine ne peut atteindre à la connaissance des vérités divines, et que Dieu réserve cette connaissance à l'humilité qui écoute ses paroles, et à elle seule ». Ainsi fait-il de l'humilité une sorte de raison pratique qui supplée aux misérables défaillances de la raison pure ; celle-ci est déposée de son siège, celle-là est exaltée. Même, lorsqu'il s'agit, non plus de trouver la vérité, mais simplement de la prouver, la souveraineté de la raison périclite. « Dieu n'a pas voulu, reprend Stolherg, que notre foi ne dépendit que de ces preuves, que tous les hommes ne pourraient pas être à portée de saisir, et qui même, lorsqu'elles n'agissent que sur l'esprit, donnent bien la conviction, mais non pas la force de vivre selon

L Oh trouvera cette introduction traduite dans un petit livre intitulé: Nouvelles Anecdotes chréliennes, par M. Di, pi 7i-'?9 (Paris. Société det bone livresi 1837'!.

cette conviction ^ » L'étude de Thistoire de Jésus, expliquait-il dès 1790, « est avant tout une chose de cœur^ » : ayant fait cette étude pour lui-même, il la reprit devant le public, et il en fit encore une chose de cœur. Son ouvrage est un perpétuel essai pour mieux entrer dans la religion du Christ, pour y pénétrer et pour s'en pénétrer, pour vivre en Christ et pour faire vivre Christ en lui.

Or, en Stolberg, il y a un platonicien, qui, peu d'années avant sa conversion, traduisait avec érudition les Dialogues du philosophe grec ; et autour de lui, il y a des esprits familiers à la pensée platonicienne et accoutumés, de longue date, à chercher dans l'Académie un portique de l'Eglise romaine. Overberg, on se le rappelle, se servait de la méthode socratique pour mener au Christ gamins et fillettes. La princesse Gallitzin avait cru voir, en rêve, Socrate en personne, et Socrate lui avait dit : « Je t'ai conduite jusque-là, mais pas plus loin : cherche un autre guide ''. » Il semblait que dans ce petit cercle de Munster on mît quelque déférence à vouloir fouler, de rechef, les voies de la sagesse antique, pour arriver au christianisme comme s'y étaient acheminées les intuitions helléniques. Cette façon platonicienne d'être catholique faisait l'originalité de ce groupement d'âmes ; et Stolberg, voulant aller au Christ avec tout luimôme, s'y faisait accompagner par Platon, auquel il devait sa culture et la vie même de sa pensée. En même temps que lui, en même temps que ces

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