Diel-Kieiteii, Clemens Brentano, II, p. 55-5b
saileR 303
beaucoup de chaires, s'étant laissé anémier par une théologie à demi incroyante, avait cessé de leur offrir l'aliment qu'elles convoitaient; indigentes, affamées, elles trompaient leur détresse en essayant de se nourrir dîme mystique assez frelatée. Sailer eut tort, sans doute, de ne pas décourager assez vite leurs illusions, et de favoriser ainsi, en quelque mesure, pendant une certaine période, le prestige de ce mouvement de « réveil ». Mais regardons l'Eglise de Bavière telle que l'avait caporalisée Montgelas, écoutons-y souffrir les consciences, et puis, en une minute d'hypothèse, supprimons-y la personnalité de Sailer : nous serons bien près de conclure que, sans lui, toutes les initiatives religieuses qui trouvaient asile à Fombre de son regard, et qui s'offraient à lui pour qu'il les cultivât, se seraient laissées à jamais séduire par les mystiques irréguliers ^ qui du moins osaient, à la différence des théologiens appointés par l'Etat, parler, avec abondance do cœur, du Christ et de la grûce, et qui, dans leurs aventureux élans, s'élevaient au-dessus de la profession de foi du Vicaire savoyard, la seule foi, ou peu s'en fallait, enseignée aux jeunes élèves du Geor-
M. Magnus Jochani, op. cit., p. 96-97, 269-270, insiste avec complaisance sur les services que le mouvement des Aflermysliker rendit contre le rationalisme, sur l'efficacité de ce mouvement au point de vue des mœurs, et confesse que c'est grâce à l'ascendant de certains de ces mystiques, de Martin Vôlk et du petit cercle d' «éveillés » qui se réunissait a Munich autour du peintre Prestele (p. 40 et sq., et p. 52). qu'il a, lui, trouv.. la Rédemption. 11 constate que les prêtres soupçonnés d'Aftermystictsmns étaient de bons pasteurs pour leur paroisse (p. 459), mais qu'on pouvait leur reprocher de trop négliger le culte de Marie (p. 360). Il donne enhii, au cours de ces Mémoires, de nombreux détails sur la survivance, dans le diocèse d'Augsbourg, d'un certain mysticisme qui, vers 1840, aida au développement de certaines tendances irvingiennes (p. 198-202, 318-d.l, 439-440).
gianum par le fameux régent Fingerlos. Quelque malaisé qu'il soit de conjecturer ce qu'aurait coûté Tabsence d'un homme au développement général d'une époque, est-il du moins téméraire d'affirmer que Sailer, par son prestige et son action, retint dans l'Eglise romaine un certain nombre d'âmes qui, sans lui, eussent définitivement cherché, dans des chapelles nettement séparatistes, une satisfaction pour leur religiosité incomprise et froissée I
11 les y retenait par l'attrait dune besogne pédagogique, indiquée dès 1778, en termes sommaires et vagues, dans sa prédication sur « le principal devoir des parents dans l'éducation des enfants^ », et définie de façon plus sûre et plus copieuse, en 1807, dans son livre intitulé : VEducat ion pour les éducateurs-. Il les y retenait par les enseignements impérieusement persuasifs de son Manuel de morale chrétienne^ et de sa Théoloifie pastorale ''. Il les y retenait, enfin et surtout, par ses prédications, qu'il multipliait parfois jus-
1. Celte prédication a (''ti; iriinpriuK'c i)nr Kcllner au tome IV de la Bihliotliek iler Katholinchen Podat/oi/i/c (Kril)ourg, Herdcr, 1891).
2. La dernière édition est celle qu"a donnée Gansen au tome XXIV de la Sainitihinf/ ilpr hrdpnleudsli-n pddaf/ofjisr/tcn Sclirifti'u (Pnderborn, îSchoninjîh, 190;»).
3. Handbucli der christlic/ipu Moral. zunâc/iSl fur kûnflific KalJiolischc Sedsorijer und dann fur (jeùildelc Christcn. (Munich, Leutner, 1817.)
4. La Tlu-olofiic pn.stornl,' n été traduite en français par l'abbé Bêle (Paris, LecolTrc, I8ô8, 2 vol.).
SAILER 305
qu'à en donner six à huit en un jour^, par ses lettres de direction, par ses conseils.
La pédagogie du xvni'' siècle, ou bien encore celle d'Henri Stephani, contemporain de Sailer, réduisait renseignement du christianisme h de simples leçons de morale naturelle ' : Sailer, abordant l'àme de l'enfant, en veut dégager et y veut cultiver le divin. Du même coup, voilà le maître d'école associé à la déification de cette petite créature; le rôle du pédagogue s'ennoblit et s'exalte, et lorsque ce rôle est bien rempli, le prêtre, avec son autorité propre, doit « célébrer les services éminents qu'un bon instituteur rend à la patrie^ ». Mais, à l'école de Sailer, voici que le prêtre, à son tour, sent grandir sa mission, et laisse bien loin derrière lui les fonctions assez terre à terre de professeur d'économie rurale et de morale vulgaire, auxquelles le ravalaient bureaucrates et philosophes. « Le prédicateur, écrit Sailer, ne doit pas traiter en chaire un sujet lorsqu'il lui semble, après mûres réflexions, qu'à sa place Jésus, Pierre et Paul, ne l'auraient point traitée » Par ces simples mots, Sailer bouleverse la conception joséphiste du clergé; d' « instituteur du peuple », le prêtre redevient l'homme de Dieu. « En classe, ou sous le
1. Le chanoine Schmid, en ses Mémoires, donne beaucoup d'anecdotes sur Sailer prédicateur (Voir, en particulier, les pages 295-3U3). — Sur les prédications de Sailer à Dillingen, voir Schuiid, op. cit., ]). 22G-228; sur ses prédications aux étudiants de Landshut, recueillies dans son livre sur les fondements de la religion, voir Aichinger, op. cit.. p. 3fil et suiv. — Lire, au sujet des fatigues apostoliques de Sailer, une curieuse lettre de Diepenbrock dans Ringseis, Erinneruru/en, H, p. 203.
2. Voir Pinloche, La réforme de l'éducation en Allemagne au xviu* siècle, Basedow et le philanthropinisme, Paris, Colin, 1890.