‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 135 sur 202 · Aichinger, op. cit., p. HOô · texte numérisé non relu

Aichinger, op. cit., p. HOô

3. Martin Volk (1787-1848) avait été chapelain dans la paroisse où Lindl était curé. Excommunié, en 1823, par l'évèché d'Augsbourg pour ses attaques contre l'Eglise visible et la hiérarchie, il rentra dans l'Eglise eu I82t). Dans ses Memoireu einps ObskuranU'n, publiés par le bénédictin Satller (Kempten, Kosel, 18!l(i), le vieux prêtre Magnus Jocham, pi'ofesseur au lycée de Freising. donne de nombreux et intéressants souveinrs sur Vulk'et sur le mouvement mvstique : nous y voyons que Viilk, très versé" dans la connaissance du grec (p. 35) et dans celle de l'Ecriture Sainte (p. 58-59), reprochait à la scolasticiue de vouloir anatonuser la rédemption, nommer l'indicible, et de faire du dogme une œuvre humaine à laquelle Aristote avait plus de part que l'Esprit (p. 80). En 1848, quelques anciens adhérents de Lindl vinrent chercher Volk dans sa paroisse, « pour mettre un terme a la tyrannie». Volk les éconduisit, et mourut peu après. (.Jocham, op. cit., p. 5ti6-5t)9.i

4. Voir sa lettre à Gossner du fi janvier 1810 (Aichinger, op. cit., p. 303 et suiv.). et ses conseils à un curé (p. 307); - et cf. Ringseis, Erinneruni/en, I. p. S'ôi) et 343 et suiv,

s'il ne reconnaissait pas, dans leurs propos et leurs aspirations, quelque souffle de son Esprit ; après 1816, il épiait ce souffle et ne le sentait plus. Les allures audacieusement séparatistes qu^alï'ectaienl désormais ces mystiques lui paraissaient incompatibles avec l'inspiration de Dieu, du Dieu de l'unité.

Je le répète, écrivait-il, Dieu sait que je ne mens pas: je regarde toute fondation de secte, toute séparation d'avec l'Eglise, et j'entends ici l'Eglise catholique romaine :

1" Comme inintelligente au suprême degré, car une confession ne peut subsister en cette séparation, mais doit se dissoudre, d'abord en une anarchie de croyances, et ensuite dans le néant;

2° Gomme coupable, car, si nous nous séparions de la doctrine, des sacrements de l'Eglise, de la hiérarchie, du centre de l'unité, nous serions isolés, par l<à, de la source de la vie spirituelle. Christ est mort pour l'union ; qui devrait vouloir vivre pour la séparation^?

L'Eglise romaine, cependant, fut rigoureuse envers Sailer: il expia, par une longue attente delà dignité épiscopale, les complaisances qu'il avait témoignées pour le sens propre des mystiques. Le bienheureux Hofbauer, le célèbre Rédemptoriste de Vienne, qui aimait le sens commun et la commune orthodoxie, fit savoir à Rome, où son

1. Jansïpn. Friedrich LooiioJd Graf zu Stolbert/. II. p. 483,

SAILER 301

crédit était grand, que le professeur de Landshut l'inquiétait. Lorsqu'en 1819, il fut question de Sailer pour un éveché en Prusse ^ et lorsque, en 1821, son nom fut de nouveau prononcé pour le siège d'Augsbourg, Rome refusa- ; et les clieveux de ce prêtre étaient très blancs, ses épaules très courbées, lorsque, peu d'années après, il reçut, avec la mitre, le fardeau du diocèse de Hatisbonne. llingseis, le médecin de Louis de Bavière, qui fut Tune des notabilités catholiques du royaume, s'attacha plus tard, en certaines pages de ses Souvenirs, à défendre rétrospectivement Sailer contre la sévérité de Hofbauer. C'est que Ringseis avait lui-même, en sa jeunesse, subi le charme des mystiques séparatistes-^ et pouvait s'accuser du même péché qui avait été imputé à Sailer. Une lettre qu'il écrivit à Savigny, le 28 mai 1810, nous montre le jeune médecin préoccupé de comprendre

1 Voir dans Pfûlf, Sthinncn nus Maria Laach, 1904, I, p. 183, une l(>ttre de Savignv, du 9 novembre 1818, ténioignantdos sentiments (inV'veillait en Prusse là possibilité dune nomination de Sailer sur le Rhin.

2 Aichinger, op. ri/., p. 410-411. - Sur l'histoire de ces suspicions, voir Rinfiseis, Erinnevun,jen,l. p. 332-333, II, p. 23-28, et IV, p. 408-415. Ringseis défend rorthodoxie de Sailer contre le P. Haringer, biographe de Hofbauer. — Cf. llaringer, Vie du bienheureux Hofbauer, p. 6/ ; et aussi, [larin-er* op. rit., p. 269, une l(>ttre de Hofbauer à un cardina:, de lannée 1817. rapprochant Sailer de Wessenberg, <'t les qualitiant l'un et lautre d' <- astucieux hypocrites, qui se .sont vus plusieurs fois sur le point .le fonder une Eglise nationale en Allemagne ». - Les «orateurs» d(> lEglise allemande au congrès de Vienne partagaient, sur Sailer, le iu-em"ent de Hofbauer. (Friedrich. Igxaz von I)6lhn<jer, I, p. lo3.) — Mais le' texte le plus intéressant demeure, en définitive, la déclaration meine „ue Sailer lit adresser par s..n ami Schenk, en 1819, à la nonciature de Munich, et dans laquelle il .se défend, point par P''i"t' 'i«/«;;^ .1^' ...proches qui lui étaient faits (Aichinger, op. cit., p. 322-32/ et 412-41/). - La promotion de Diepcnbrock à l'épiscopat fut plus tard consid.>reepar Louis de Bavière et par Diepenbrock lui même comme un.- réparation faite par Rome à son vieux maître Sail.n-. tChan..ine Schmid -)A'//*o//v's. trad DodiUe. p. 3G8.) - Briefe vo„ Johana 3/icluu-l. Satler, M. Diepenbrock ■ond J. K. PaH.mmiat, p. 45 (Francfort, Heyder, 18(10).

:;. Ringseis, Erinnerunycn, I, p. 223-230 et 31G-3Go.

âOâ PENSÉE CATHOLiQL'Ë ET PENSÉE ALLEMANDE

pourquoi la foi ne l'ait plus de miracles, comme au temps des apôtres. Riugseis est au seuil du doute : la foi est-elle devenue sans vertu?... Mais soudainement, dans le village de Baindlkirchen, il a vu le prêtre Lindl, et des hommes de toute origine se pressant autour de ce prêtre pour trouver le signe de Dieu : des pantomimes, des peintres, des danseuses de ballet, tout d'un coup plongés dans l'ascèse ; des joueurs et des ivrognes à jamais convertis; des valets de ferme qui pénètrent le sens de l'Ecriture; et les barrières s'elfaçant entre les classes sociales, et l'humanité, sur le sol de Baindlkirchen, devenant une cordiale fraternité ^. Et Ringseis, étonné, a retrouvé sa confiance au Christ. Le jurisconsulte Savigny vibrait à l'unisson : il s'enthousiasmait pour Boos, et peut-être espérait-il qu'à la faveur de ces nouveautés mystiques, les deux confessions chrétiennes, en une heure d'exaltation chaleureuse, finiraient par se rapprocher et se fondre-. Brentano, à son tour, le beau-frère de Savigny, recopiait, avec son enthousiasme de romantique, les lettres de Ringseis; il les faisait circuler, il se félicitait que, « sous le sceptre de Satan » (ainsi qualifiait-il le gouvernement de Montgelas), « se développât un pur christianisme 3 ». Il faut lire les impressions de Ringseis, il faut lire celles de Brentano, pour ressaisir le sentiment d'émancipation qu'éprouvaient les âmes en entendant parler de cette Bavière oii le <( pur christianisme » se réveillait. Le catholicisme, en

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