‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 152 sur 202 · Gœrres, Politisclœ Sc/iriflen, I, p · texte numérisé non relu

Gœrres, Politisclœ Sc/iriflen, I, p

Quelque temps durant, des études chimiques, physiologiques, historiques, amusèrent cette pensée juvénile plutôt qu'elles ne la fixèrent. « Gomme Saturne a des satellites, écrivait plus tard Gœrres, ainsi voudrais-je avoir, pour les diverses sciences, une demi-douzaine de vies supplémentaires, pour le sanscrit, le persan, les mathématiques, la physique, la chimie, la poésie, l'histoire'. » Projetée par les déceptions politiques hors du sillon qu'il s'était tracé, Texistence de Gœrres, pendant les premières années du siècle, se dispersait entre ces vies supplémentaires ; son esprit s'aventurait sur la lisière de toutes les sciences, s'essayait à des synthèses prématurées, et s'enrichissait à profusion sans parvenir à s'unifier -. Mais dans la personne de Brentano '\ le romantisme s'était approché de Guerres, plutôt encore que Gœrres, hier encore disciple du rationalisme «éclairé », ne s'était approché du romantisme ; et l'enthousiasme pour cette pensée nouvelle allait hientôt réparer l'amertume de cette sorte de déhoire intellectuel dont le jeune homme avait étrangement souffert. En

1. C'est en 1813 que Gœrres écrivait celte letti-c à ■\Viiidiscliiuaiiii {Gemmme/le Briefe, II, p. 363).

2. Voir sur cette période Sepp. op. cit., ji. (îU-77. — Le i)liYsioIop;iste l>œllii]},'er, père du grand théologien, expliquait qu'il ne connaissait i)ersonne qui eût fait sur le cerveau humain des études aussi pénétrantes que celles de Gœrres (Sepp, op. cit., p. 47).

3. Sur cette influence de Brentano, voir Franz Schullz, op. cit., p. 10 ettiL

iSOi et i805, Guerres, dans la revue Aurora, se mit à traiter en romantique les questions de littérature et dart^ : de la Révolution, il avait fait un bond vers le moyen âge, et bientôt il allait s'y lixer, avec gloire.

Car un jour vint où F Allemagne malheureuse, ayant vu plusieurs de ses souverains et de ses hommesd'Etat, et beaucoup de ses conscrits, prêter obédience au vainqueur d'Auterlitz et d'iéna, convoqua, soit pour être vengée, soit pour être consolée, les intelligences allemandes. Fichte à Berlin parla comme un vengeur 2 ; Gœrres à Heidelberg comme un consolateur. Fichte dit à FAUemagne ce qu'elle pouvait être, et Gœrres ce qu'elle avait été. Nous avons eu l'occasion, en parlant du romantisme -^ de montrer comment Gœrres et ses amis, par là même qu'ils remontaient dans le lointain passé de la nation germanique, reprenaient contact avec le catholicisme. Le chemin qu'ils avaient fait à la suite du rationalisme était décidément rebroussé. Le culte des droits de l'homme, dix ans auparavant, avait brouillé Gœrres avec la foi romaine ; le sentiment des droits de l'Allemagne réveillait en son âme, par une répercussion inopinée, des échos de cette foi perdue, échos fragmentaires encore, mais déjà très distincts.

Devant son auditoire de Heidelberg, Gœrres laissait vibrer cette âme tout entière, avec une éloquence qui rappelait, au témoignage de l'un de ses

1. Les aitirlo» de VAurora ont été rociu'illis par Franz Schultz sous le titre : CharoJcleristikfiH und Kritikenvon Joseph Gœrres ans den Jaliren I80i und 1805 (Cologne. Bacheni. 1!>0(J).

l. Voir Denis, l' Alleinaf/nc, 17811-1810, p. 3ii-ol5.

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