‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 157 sur 202 · Cf. Ricarda Huch, DliXthezeit der liomantik, p · texte numérisé non relu

Cf. Ricarda Huch, DliXthezeit der liomantik, p

5. '< Quand elle viendra dans sa juvénile beauté, la Fille chérie, l'Enfant dernier-né de notre siècle, la nouvelle Eglise, quand elle sortira des formes surannées et flétries, lorsque se ranimera le sens du divin chez l'homme et que la jeunesse et la beauté feront de nouveau battre son cœur, lorsque... mais je ne le puis annoncer, car à peine j'en porte en moi le pressenti ïhcnt. Et pourtant elle viendra, elle viendra à coup sûr. » (Hœlderlin, fhji^rion, édit. Reclam, p. 35, cité par Spenlé, Novalis, essai sur l'idéalisme rogl^^/ue en Allcmayne, p. 284-285.)

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sARKÉMue en Allci

OÙ Zacliarias Werner élaborait une religion d'emprunt, demi-chrétienne, demi-maçonnique^ ; où s'envolaient à travers l'Allemagne, de la tombe prématurément ouverte de Novalis, les germes aventureux d'une palingénésie religieuse- ; où des âmes se rencontraient enfin pour épier, sur la foi de Jung Stilling, le prochain avènement d'un millénaire -^ L'originalité, à cet instant du siècle, eût consisté, non point à dessiner de nouveaux échafaudages spirituels, mais à rentrer, tout simplement, dans ces vieilles cathédrales que l'esthétique romantique recommençait d'admirer.

C'est la science des religions, telle que la cultivait Gœrres et telle qu'on la cultivait autour de lui, qui allait l'induire à faire un pas de plus vers ces portiquesdepuis longtemps oubliés ^ A d'autres époques, l'histoire des religions éloignera les es-

1. Félix Popponbcr}^-, Zarharias 'Wcrncr, Mystik mid Itomantik in dcn Sohnen des Thaïs, p. 21 et suiv.

2. Cf. ci-dessus, \^. 00; et voir Sponlé, Nuvnlis devant la rrithjue, p. 95-102; — N^ovalis, essai sur l'idéalisme roniantiijiie en Allemagne, p. 245 et 28:J-289.

3. Spenlé, Novalis, essai sur l'idéalisme romantique en Allcmaf/ne, p. 284.

4. Déjà, en 1805, dans son écrit : Foi et seience, Gœrres écrivait : '< C'est en Inde que la poésie divine fut confiée au genre humain. Connue un feu sacré, les peuples la portent avec eux dans leurs migrations; seulement, la flamme brillait plus terne, à mesure qu'ils s'éloignaient de la pati'ie. » Schultz, op. cit., p. 45-4U, fait observer qu'on trouve déjà dans ces lignes l'idée de l'Histoire des mythes du monde asiatique.

prits du catholicisme : on la verra s'insurger, au nom de l'évolutionnisme religieux, contre la notion d'une Eglise immuable ; ignorante de la vie des dogmes dans l'Eglise et du caractère actif, — dynamique, si nous osons ainsi dire, — que garde toujours la pensée humaine, même lorsqu'elle s'incline devant une révélation, l'histoire des dogmes aura beau jeu de souligner le contraste entre l'idée de fixité dogmatique et les enrichissements séculaires de la conscience humaine.

Elle avait, dans la première moitié duxix' siècle, de tout autres préoccupations : à cette époque, en Allemagne, les chercheurs qui s'occupaient avec le plus d'éclat de l'histoire des religions se souciaient, avant tout, de discerner, dans un lointain passé, une sorte de fonds commun où se serait alimentée la religiosité des diverses races ; et, sans qu'ils le voulussent, le résultat de leurs fouilles à travers les multiples alluvions des âmes devenait un hommage à ce que Bossuet appelle (( la suite de la religion ». Creuzer, dans sa Symbolique ^ expliquait les mythes grecs comme de beaux et poétiques symboles, plus tard incompris, d'une philosophie primitive qui faisait honneur à Tenfance des peuples. Par delà les épopées homériques, il reconstituait un grand âge théologique, durant lequel a la Grèce avait failli devenir un pays sacerdotal, avec une religion profonde, des symboles vénérés, des institutions hiérarchiques, et un fonds de monothéisme venu de

1. Sur l'estime dans laquelle Gœires tenait Creuzer, nous avons le

propre ténioifrnage de Gœrrns dmi-; une Ictti'i' ;i Vjllcrs (Bfiefe an Cit. de Villers, p. 79).

338 t>ENSÉE CÀTHOLinUÉ Et JPEISSÉE ALLEMANDE

l'Orient^ ». Il dessinait ainsi une sorte de préhistoire religieuse, au cours de laquelle Dieu avait exercé la maîtrise du ciel, un corps de prêtres celle de la terre ; et, par delà les origines accessibles de la pensée religieuse grecque, il entrevoyait des lueurs orientales. Son admiration pour les mythes païens n'avait en son essence rien d'antichrétien : les Pères de l'Eglise élevés en Orient, Origène par exemple, ou bien Grégoire deNazianze, n'ont-ils pas donné l'exemple d'une sorte de tendresse pour les poétiques égarements de l'àme antique, tendresse oii se mêlaient l'esprit de finesse et l'esprit de charité- ? Aussi, n'est-ce point j)armi les chrétiens, mais parmi les survivants du rationalisme antérieur, que la méthode et les conclusions de Greuzer soulevèrent des anxiétés : Voss lit un livre contre la Symbolique '^ comme il devait plus tard faire une brochure contre la conversion de Stolberg à FEglise. La Symbolique passa pour une apologie déguisée du sacerdoce et de la théocratie, et Greuzer, tout protestant qu'il fût, pour un agent masqué des Jésuites^.

1. Rouan, Eludes d'histoire rcUijieuse, j). 28 (Paris, Lévy. 1857).

'2. Voir Renan, op. cit., p. (W, — Ajoutons d'ailleurs, en ce qui rej^ardo Greuzer, que le comte de Stolberg', dans une lettre de 1811), se plaisait à espérer que le mythologue viendrait à l'Eglise. " Puisqu'il reconnaît, écrivait-il, une tradition primitive de laquelle toutes les autres sont sorties, il ne peut en supposer aucune autre que l'Ecriture sainte; et, s'il en doutait, on peut espérer que Dieu le mènera plus loin. >. (Janssen, Friedrich Leopold Graf zu Stolherf/, II, p. 405.)

3. Renan, op. cit., p. 33 et suiv. — C'était l'époque où Frédéric Schlogel, de son côté, publiait le livre sur la Sagesse des Indiens: « Le pauvre Voss ! » s'écriait Stolberg à cette nouvelle (Janssen, Friedrich Leopold Graf ru Stolberg, II, p. 107). Le vieux ratiojialisme éclairé de Voss était systématiquement insurgé contre cette sorte d'hommage que rendaient à la religiosité humaine d'érudites études sur les religions.

4. 11 y avait à cette époque, dans le protestantisme allemand, beaucoup

CATHOLICISME ET SA1^TJ>ALLLVINCE 339

Or Gœrres mythologue se lallachait à la même école, h' Histoire des mythes du monde asiatique^ qu'il publia en 1810, fit éprouver à Greuzer une sorte (l'enthousiasme ; l'auteur de la Symbolique aimait à suivre, dans le livre de Gœrres, les exodes du mythe, « cette lumière venue d'Orient, et qui, toute resplendissante, émigrait dans le monde occidental de l'Europe' ». La science de Tépoque, au lendemain de cet ouvrage, saluait en (îierres un de ses maîtres - ; et, d'autre part, ces études mômes, sur lesquelles était assise à jamais sa réputation de savant, achevaient de détruire en son esprit les derniers vestiges des idées philosophiques d'autant Gœrres avait dit adieu, pour toujours, à la conception, religieuse par certains côtés, d'un avenir rationnel dont l'humanité révolutionnaire serait l'ouvrière; avec toute la richesse de son érudition, il s'orientait vers le berceau du monde, prenait, là-bas, contact avec le

despi'its faciles au soupçon, et qui vohtntiers prenaient onibi-afje d'un Jésuite Actif dont ils se créaient à eux-niènies le fantôme : tel ce Bretschneider, qui, en 1832, dans son livre : Der Saint-Simonismus und das Christenthum, publié à Leipzig, tiendra les saint-siraoniens jjour des Jésuites déguisés (Dresch. Gutzkow et la Jeune Alteniayne, p. 57).

1 Gœrres, Gesammelle Briefe, II, p. 144 et suiv. — Voir, sur ce livre, Sepp, ojh cit., p. 23i-'..'36.

2. « Vous êtes, en fait, un Hercule dans la science, «écrivait Windischniann à Gœrres en 1812 ^Gœrres, Gesummeltc liriefe, II, p. H08). — Jacol) Grinini, dans une lettre à Villers, fait un très grand éloge de la Mythenyeschichte, et reproche seulement à Gœrres, comme à Greuzer, de trop négliger la mythologie grecque {Briefe an Charles de Villers, p. 105j). — Cf., sur ïHistoire des mythes, Saint-René-Taillandier, Etudes sur la révolulion en Allemagne, I, p. 141. Paris, Franck, 1853) : ^'L'ffistoire des mythes d'Asie, qu'il serait si difficile de traduire en français à cause des bonds et des caj)rices de cette langue indisciplinée, restera comme le monument le plus étrange et le plus grand peut-être des ferveurs spiritnalistes de l'Allemagne. »

3. Il est curieux de constater (jue les études d'orientalisme, aussi, exer- < lent une réelle influence sur l'évolution religieuse du baron d'Eckstein, iliii, en I82(i, fonda en France le CalhoUi/ue.

((divin», et commençait d'accepter le sacerdoce comme l'organe authentique des révélations de Fau-delà. L'histoire des religions, qui obscurcit chez beaucoup de nos contemporains l'idée d'Eglise, acclimatait au contraire cette idée dans rintelligence de Gœrres ; et tandis qu'un voltairianisme brutal, radicalement ignorant de l'histoire, n'apercevait, aux origines de la prêtrise, qu'un artifice de la fourberie humaine pour exploiter la crédulité des peuples, Gœrres, quelque incroyant qu'il fut encore, apportait dans ses recherches ce sens du mystère qui parfois est la condition de la science, et rendait son âme contemporaine de celles des croyants antiques, pour s'initier longuement, gravement, dans les augustes arcanes derrière lesquels ces âmes s'abritaient.

A nulle époque de sa vie, Gœrres ne fut plus estimé comme savant. Sa correspondance avec les Grimm - nous en donne le passionnant témoignage : philologie, mythologie, histoire, orientalisme, littératures comparées, offraient d'immenses terres vierges, à travers lesquelles Gœ'rres et les frères Grimm se guidaient réciproquement : ils se consultaient, se renseignaient, s'encoura-

1. Voir, dans Reinhold Steig, Avliini coii Arnim und Jacoh uml Wil/ielvi Grimm, p. 149 ct 154 (Stuttgart, Cotta, 1904), les lettres d'Aniiia et de Jacob Griuini sur le nouveau projet qu'avait Gœrres d'étudier le christianisme dans ses rapports avec les autres religions : Arnim espère que de ce futur livre pourra sortir une conciliation entre les «divers partis chrétiens» et la preuve que le christianisme est «le i)oint de contact de toutes les révélations de toutes les parties du monde».

2. Voir Sepp, op. cit., p. 236, 258; Binder, H lit or isc h Politische Blâtter, 1899, II. p. 179-192: et les nombreuses lettres aux Grimm dans les tomes II et III des Gesammelte Briefe. Sur Jacob Grimm (1785-1803) et Guillaume Grimm (178G-1859), voir Gœdeke-Gœtze, VI. p. 350-356.

geaicnt. Les Grimm se préparaient, d'une longue haleine, à donner à TAllemagne le code de sa langue et à étudier avec une érudite piété les antiques traditions de l'Allemagne : Gœrres devait aimer cette science de terroir comme une charité faite à la patrie — à cette patrie présentement souffrante, vers laquelle sa propre hesogne de savant ramenait toujours son cœur, dût cette hesogne même en souffrir.

Car assurément c'étaient de beaux voyages que ceux qu'entreprenait, au delà de l'histoire et presque au delà de ce monde, l'imagination religieuse de Joseph Gœrres; mais la politique les devait interrompre, impérieuse à jamais pour ceux qui l'ont un instant courtisée, inlassable à les relancer, experte à les confisquer. La politique fit redescendre Gœrres du ciel sur la terre, du passé dans le présent. Or sur la terre, dans le présent, il retrouvait un sacerdoce insigne, qui se présentait au monde comme incarnant et satisfaisant les aspirations religieuses : c'était le sacerdoce papal. Et Gœrres, engageant dans la presse un duel avec Napoléon, allait bientôt prosterner aux pieds du Pape captif, mais moralement libre par son vouloir d'être libre, l'admiration d'un citoyen froissé, d'un patriote lésé.

11 s'était plaint, déjà, dans son opuscule sur la Clnite de VAllemagnv^ que l'opinion publique,

342 PENSÉE CATIIOLinUE ET PENSÉE ALLEMANDE

partout sauf on Angleterre, fût devenue muette et comme proscrite K Les journaux de son pays récœuraienf^ : il tenait à montrer à l'Allemagne ce que veut, ce que peut, ce que doit une presse digne de ce nom ; il tenait à montrer à Napoléon que la résistance allemande avait d'autres armes à sa disposition que les armes matérielles, les seules que l'empereur redoutât ^^. Dans cette vallée du Rhin où les armées napoléoniennes jouèrent leur avant-dernière partie, un journal surgit, qui s'appelait le Mercure, et qui marquait les coups du sort, à mesure qu'ils frappaient l'empereur ^. Il faisait mieux, môme, que les marquer : il les préparait. Il sculptait en chacun de ses lecteurs une âme de soldat"^ ; il ne voulait plus que les Rhénans pussent être soupçonnés d'être des demi-Français {leiflsch-franzose/t.)''> ; il les poussait au camp, et puis les y suivait, sonnant tour à tour le clairon d'alarme et la diane de la victoire, mais jamais la retraite. C'était du « journalisme dans des

1. Gœri'ps, PolUinrlic Schrifli-n. I, p. 1-27. " Lo clid'iir niili(|nn p.<t disparu de la scèiif; ainsi lopinidn [dibliquo est dispninc dos Etats, sauf de l'Aiigleterro. »

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