‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 174 sur 202 · Gœrres, Politische Schriflcn, V, p · texte numérisé non relu

Gœrres, Politische Schriflcn, V, p

un PEiNSÉE CATHOLIQUE ET PENSÉE ALLEMANDE

saieiit, dans rimagination do Gœrres, comme un atïront aux modernes parades de l'absolutisme; la sainteté du vieux Saint-Empire, qu'autrefois il blasphémait, parlait désormais à son cœur ; et ce n'était plus seulement par fantaisie romantique que l'esprit de Gœrres élisait domicile dans le moyen âge, c'était, désormais, parce qu'il pensait et voulait trouver, dans ce lointain passé dont l'Eglise était la tutrice, un tremplin solide et sûr pour ces aspirations populaires par lesquelles Dieu gênait les rois.

Il y avait sept ans que Joseph Gœrres, sans auxiliaires, sans soutiens, avait commencé de se mesurer avec le comité de têtes couronnées qui prétendait régenter l'Europe; il y avait sept ans qu'il les bravait par sa plume, et trois ans que son exil même les défiait i. L'Europe le regardait: les aristocrates aimaient chez lui certaines idées, les démocrates goûtaient chez lui certains accents; personne n'était à sa suite, mais lous à ses écoutes. Et ce que tous pouvaient constater, c'est qu'à mesure que s'acharnait sa plume contre l'absolutisme des rois saintement alliés, à mesure progressait sa conscience dans les voies qui la ramenaient au catholicisme.

En 1818, Gœrres professait encore, en matière religieuse, une sorte de syncrétisme, dont il donnait la formule, en termes fort curieux, dans une lettre à Adam MûUer:

1. Celte persistance de (îœrres dans une attitude d'opposition et de défi agaçait Guillaume Grinim; voir une curieuse lettre, où il déclare ne plus avoir aucun jtlaisir à le lire et l'accuse de tout noircir, dans Rcinhold Steig, Achim von Arnim und Jacob und Wilhelm Grimm, p. 520.

CATHOLlCtSlME ET SAINTE-ALLIANCE 363

La religion, pour vous, c'est le christianisme ; pour moi, le christianisme est une religion, et j'accorde qu'elle est le sommet, le centre etl'àme de toutes les autres. Le culte du monde primitif est pour moi le christianisme en son enfance; le judaïsme avec les mystères du paganisme, c'est la jeunesse, qui s'essaie en des voies nombreuses, souvent très excentriques ; le christianisme proprement dit, c'est la maturité, mais sans conclusion ni lin absolue. Ainsi je gagne du terrain en avant et en arrière, pour caser ce que Dieu lui-même ne doit pas condamner, l'ayant toléré avec bienveillance'.

Gœrres, à cette date, ne se refusait point à être chrétien; aiais ce quilni faisait peur, c'était d'être exclusivement clirétien. Que cet éclectisme religieux, qui par certains côtés confinait à l'indifférentisme, fut médiocrement propice à l'action sur les hommes, c'est ce que Millier, en 1819 ,lui faisait linemcnt observer. «La patrie disloquée, lui écrivait-il, réclaaie de ses amis et de ses guides, donc de vous, que vous exposiez le fond de votre cœur, le noyau de vos idées sur les grandes questions, votre profession de foi~. » Gœrres, piqué au jeu, répondait par d'agréables saillies sur le symbole de Janus et sur le sens de ses deux faces •^; mais à cette époque même ses écrits politiques étaient déjà tout imprégnés de catholicisme. Le livre rA/ionar/ne et la Révolution prenait le parti du Saint-Siège et môme des Jésuites^; le livre rEurope et la Révolution pressentait que Rome serait, pour toute l'Europe, le centre et le point

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