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Gœrres, Politischc Schriftcn. V. p

CATHOLICISME ET SAIINTE-ALLIAISCE 367

dans les clubs de Coblentz, continuait d'exalter la bouillonnante pensée du publiciste catholique ; dans cet homme nouveau, quelque chose de l'adolescent survivait ; et c'est avec une âme éprise de progrès, non sous le poids d'un assagissement bourgeoisement fatigué, que Joseph Gœrres, défiant la Sainte-Alliance jusque dans son évolution religieuse, commençait de se faire l'avocat, l'organe et le prophète de l'Eglise.

A l'époque môme où Gœrres, tout monarchiste qu'il fût, pouvait être soupçonné d'ébranler les trônes, un robuste théoricien, originaire de la Suisse allemande, se croyait prédestiné par Dieu pour les asseoir à jamais ; il s'appelait Charles- Louis de Haller^; et de même que Gœrres avait commencé de servir l'Eglise avant d'être revenu lui-môme à la pratique religieuse, de môme Haller, né protestant, servait l'Eglise avant de s'être avoué catholique.

2. Sur Ghai-les-Lonis de llalltn-. (17(jS-1854), voir Hcliodore-Raemy de Bortignv : Notice sur la ine et les écrits de C/inr les- Louis de Haller (Fribonrg, *Schmid-Roth, 1854); et cf. Gœdcke-Gœtze, VI, p. 194-190, et Henry Michel. L'idée de l'Etat, p. 121-126. (Paris, Hachette, 189G.) — M. Albert Hyrvoix de Landosle a recueilli dans les archives de l'évèché de Lausanne un certain nombre de lettres adressées par Haller à Pierre- Tobie Yenni. évèque de Lausanne et de Genève, et à Jean-Baptiste Helffer, Jésuite ; nous tenons à le remercier, ici, de la gracieuse initiative par laquelle il les a mises à notre disposition. Elles sont si instructives pour l'histoire de la conversion de Haller au catholicisme, quil est à souhaiter qu'elles soient bientôt publiées.

Le « discours préliminaire » de la Restauration de la science politique^ écrit en 1816 ^ définit avec ampleur quelle est, dans la pensée de Haller, la portée de son travail. « Les rois légitimes sont replacés sur le trône; nous allons y replacer la science légitime 2. » En face de la Révolution, Haller dresse la science; en face des théories du contrat social et de Fétat de nature, dont l'insuflisance l'avait frappé dès son jeune âge'\ il dresse l'étude inductive des faits. Cette étude, telle qu'il l'avait commencée, tout jeune, dans la ville de Berne, sa propre patrie ^s telle qu'il l'avait poursuivie, entre 1801 et 1806, à l'Université de Vienne \ telle qu'il l'avait esquissée, dès 1808, dans ^on. Abrégé de la politique universelle^^ prenait comme point de départ l'hypothèse d'un « homme indépendant », et envisageait les diverses façons dont cet homme indépendant pouvait devenir un souverain. La propriété, la valeur, la science : tels sont les trois titres au nom desquels cet être hypothétique peut arriver à une souveraineté : le chef de famille est souverain de ses serviteurs; le capitaine, de ses compagnons d'armes ; le docteur, de ses fidèles : voilà trois supériorités qui résultent de la force des choses ; les souverainetés

t. Il est daté de Berne, 18 octobre 18IG.

2. Restauration de la science politique, ou théorie de l'état social naturel opposée à la fiction d'un état civil factice, I, p. ix (Paris, Potey, 1824-183U). L'édition française des tomes 4, 5 et 6, fut publiée chez Vaton en 1875.— Daprès Fleury et Martin, Histoire de M. Vuarin et du rétablissement du catholicisme à Genève, II p. 422 (Genève, Jaquemot, 18G1), ce fut Vuaiin, curé de Genève, qui se lit le traducteur de Haller.

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