Adam Mûller était consul général en Saxe
3. JJriefivech.sel, p. 171 : « C'est un jeu pour vous, écrit Gentz en 1813^ d'amalgamer Burke, Platon, Schelling, Novalis, l'Apollon du Belvédère, les planètes. Dieu. Vous êtes un poète; j'admire votre imagination ; mais quant à en suivre les fugues, je laisse cela à ceux qui sont armés de la même imagination. » — Id., p. 223 : « Je parle très souvent de vous. reprend Gentz en 1816, avec Sladion et Metternich. et je ne veux ]iavous cacher que nous nous étonnons souvent du contraste entre votre excentricité comme écrivain et l'excellence pratique de vos rapports si ])leins d'idées et de faits. » — Jd., p. 245 : « Si, d'une façon aussi exclu-
dans les Feuilles du soir, en 1810 et 1811, revendiquait pour l'élément spirituel un rôle dans l'Etat, et pour les hommes de pensée [geistliche Stand) une place d'honneur à côté des fonctionnaires et des soldats * ; il indique à son correspondant que la lutte sera entre la conception radicale et sa conception théocratique, à lui Mûller, et que la faiblesse de la Sainte-Alliance est d'avoir peur de celle-ci comme de celle-là. 11 y a un faux droit naturel, un faux droit d'Etat, un faux droit des gens, de faux principes politiques- : la Sainte-Alliance en laisse subsister toutes les conséquences; de quel droit se plaint-elle, ensuite, que des universitaires plus logiques déduisent de ces erreurs tout un cortège d'erreurs nouvelles? Elle s'attaque à ces Universités, elle les veut détruire^. Millier laisse prévoir à Gentz que, dans la guerre contre les intelligences, la Sainte-Alliance sera vaincue; au lieu de calomnier la jeunesse allemande, on devrait se rendre compte qu'elle est sérieuse, sobre, morale^; au lieu de croire qu'on a tout fait lorsqu'on
sive et tranchante, itoursuit Gentz en 1817, vous prêchez la contre-révolution, si vous condamnez avec d'amers sarcasmes toutes les tendances et tous les produits de ce temps, si vous réclamez la constitution ecclésiastique, féodale, et l'organisation de crédit des siècles passés, comment puis-je faire à mes idées cette violence, d'ap})rouver les vôtres? «
1. Reinhold Steig, Heinrich von Klcist's Berliner Kdmpfe, p. 74 et
2. Briefwechsel, p. 3;w : lettre de Mùller, en 1821, à i)ropos de la déclaration de Laibach.
3. Briefa^edisel, p. 269 : lettre de Gentz (1818) sur le Cnfraj des universités et sur les abcès à opérer. — Cf. une lettre de Gentz à Pilât, citée par Challemel-Lacoiir, Revue des Deux Mondes, 1«"- juin 18G8, p. 638 : « La seule tache au tableau, ce sont les ligures grotesques et repoussantes, en abomination à Dieu et aux hommes, qu'on voit aller, en sale costume à l'antique, les livres sous le bras, apprendre la fausse sagesse d'un tas de scélérats. »
4. Briefioechsel, p. 28G : « Croyez-le, écrit Miiller en 1819, la jeunesse allemande est bien plus sérieuse, bien plus sobre, et aussi bien i)lus momie
a surveillé policièrement les chaires où elle s'imprègne de la notion révolutionnaire de liberté, on devrait la mettre à même de recueillir la vraie science positive et de se familiariser avec l' « idée chevaleresque de la liberté dans l'obéissance »; au lieu de fixer des limites factices à l'activité de l'esprit, on devrait donner un enseignement positif ^ Mais les gouvernements craignent les «vérités morales positives- » (ce mot revient sans cesse sous la plume de Mûller). Elles s'insurgeraient, ces vérités, contre leurs caprices quotidiens, dont une liste civile garantit pour Tinslant la sécurité. Les chimères philosophiques des radicaux ne menacent que l'avenir; la morale, elle, est une gêneuse immédiate et quotidienne : même contre ces chimères, on ne tient pas à lui donner la parole^.
A l'origine de cette politique mesquine et négative où s'enlize la Sainte-Alliance, Millier entrevoit et maudit deux influences, celle du droit romain et celle d'Adam Smith, celle de l'abstraction juridique et celle de l'absolutisme économique, masqué du nom de libéralisme : il prévoit que ces deux idoles s'écrouleront.
Déjà, dans l'enseignement du droit, Técole historique prend le dessus; elle oppose à une philosophie abstraite et morte « la médecine de l'expérience et de la tradition^. » Quant à Smith, Mûller,
qu'on ne le croit en Autriche. Je puis ici dire mon mot, puisque je vis dans l'université la plus fréquentée d'Allemagne. »