PRÉFACE
Au xviif siècle, l'Église germanique faisait corps avec un Empire catholique, et même politiquement canonisé, — le « Saint-Empire )>.
Elle fait figure, au xx^ siècle, en face d'un Empire protestant, dont le chef, en 1898, s'en fut à Jérusalem exercer une sorte de sacerdoce luthérien ^
Entre ces deux époques se déroula comme un interrègne, qui, soixante-cinq ans durant, laissa l'Allemagne sans Empire et sans empereur. Il nous semble qu'il y a quelque chose d'attachant dans l'histoire religieuse de cet interrègne, au cours duquel l'Eglise germanique, réduite à sa propre faiblesse, condamnée à se suffire à elle-même, acquit assez de vitalité pour
1. Voir notre livre, les Nations apôtres : Vieille France, Jeune Alle- Hiijne. (Paris, Perrin, 19G3.)
Il PRÉFACE
se pouvoir passer de l'appui nominal que lui garantissait le Saint-Empire, assez de confiance en elle-même pour affronter sans peur les graves menaces que lui prodigua TEmpire nouveau.
Le présent livre, qui a pour origine une série d'articles de la Revue des Deux Mondes, conduit cette histoire jusqu'à l'année 1848; et, s'il n'avait d'autre objet que de montrer le catholicisme allemand voulant vivre, luttant pour vivre, et réussissant à vivre, il serait déjà permis d'espérer que certains esprits y pussent trouver attrait, que certaines consciences y pussent trouver réconfort.
Mais les épisodes que nous avons à retracer n'intéressent pas seulement les destinées de l'Eglise allemande : ils tiennent une place importante et gardent une portée décisive dans l'histoire du droit de croire et du droit de prier.
Tls marquent la conquête de ces deux droits sur l'absolutisme des États d'Outre-Rhin.
Apostolique de nom, catholique d'étiquette, joséphiste de fait, l'Autriche avait une bureaucratie étroite et niesquine, qui tarissait la sève de l'Eglise et comprimait les manifestations de