‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 21 sur 202 · Kiintziger: op. cit., p · texte numérisé non relu

Kiintziger: op. cit., p

pour rassurer leurs consciences; et s'ils jouaient aux théologiens, c'était par quelque surprise d'occasion, non en vertu d'un plan préconçu.

Joseph II, lui, s'est fait une idée de la religion, et du dogme, et du culte : à cette idée tout dans son Eglise se doit plier ^ Il en discutera, si bon lui semble, avec ses conseillers -, mais non point avec le Pape ou les nonces; chez lui, Joseph II est le maître, et « son » Eglise est « chez lui )>. Mais comme en même temps il est croyant, comme il veut vivre correctement et mourir correctement, et comme dès lors il est contraint de laisser quelque rôle à Dieu dans l'établissement religieux, d'y faire à Dieu, qui l'a fondé, une part sur laquelle les bureaux n'aient point à empiéter, Joseph II, d'un coup de crayon souverain, trace une ligne de démarcation. Nous la trouvons indiquée, en termes très précis, par l'un des hommes qui exercèrent le plus d'inlluence sur la politique ecclésiastique de Marie-Thérèse''' et de son fils Joseph, le baron de Ileinke ^.

1. Voir, sur l'essenco du joséphisnio, d'cxcollpiitcs jtaj^'cs de Rosch, irrhiv fur Katholisches Kirchenrecht. 1904. }). 04-72.

2. Lire dans .Schlitter, Die /teise des Papales Plus VI naclt Wien und iein Aufcnthalt daselhst, j). 211-218 (Vienne. (Jei'old. 1892). le lu'ocès-verbal Tune séance (lù les conseillers de Joseph II discutent d'affaires relii;ieuses : le docinnent est très instructif.

3. Marie-Thérèse écrivait en 1779 : « Dans nos tenij)?, il n'est [plus à 'raindre que le siège romain empiète trop sur les princes temporels, mais lue ceux-ci s'ingèrent et jiénètrent trop dans l'étahlissement spirituel : es i)ires conséquences en pourraient résulter. » (AVolfsgrulier, Christoph

Anton Kardinal AJifjnzzi, p. 267.) Mais il n'en est jias moins vrai que la lolitique dite « joséjjhiste », sous l'influence du janséniste Van Swieten, ut en quelque mesure inaugurée par Marie-Thérèse. Voir Brunner, 'Jie Iheoloyische Dienerschaft ain Hofe Joseph II, p. 317 et suiv. (Vienne, iraunuiller, 1808); — AVolfsgruber, op. cit., p. 2:)4-407 ; — et Kosch, lue. ■it., 19U4. p. 59-06.

4. Sur le baron Jnsi'ph de Hoinke. voir Wolf-^^ruber, Kardinal Migazzi, ). 260 et suiv.

20 DU JOSÉPHISME AUX CONCORbAÎS

L'essentiel, explique Heinke, c'est tout ce qui, d'après un ordre du Seigneur, est immuable, que cet ordre soit formel ou bien expliqué par l'Eglise universelle ; tout ce qui a été changé ou est soumis à un changement est accessoire. La marque la plus certaine de ces deux catégories se trouve cachée dans la genèse et la première croissance de l'Eglise catholique romaine, car ce qui existe au moment de son institution doit, sans nul doute, être suffisant pour sa fin, puisqu'elle a reçu du Christ Seigneur, immédiatement, ses commencements et son être, — du Christ dans l'œuvre sacrée duquel on ne peut ni concevoir ni supposer une imperfection ou une tare. Tout le reste, donc, ne s'est ajouté que d'une façon fortuite, par la main des hommes; ce sont choses, dès lors, qui peuvent être modifiées sans que la puissance spirituelle soit amoindrie, et qui, dans la suite, demeurent essentiellement, en tant qu'elles touchent au temporel, soumises aux exigences de l'Etat ^

Ces lignes sont extraites d'un mémoire sur la délimitation des deux pouvoirs, écrit pour Marie- Thérèse. Elles énoncent le droit du prince : il s'étend, en somme, à toutes les institutions qui sont postérieures à la primitive Eglise.

Dix-huit siècles durant, l'Eglise s'est développée, organisée, adaptée aux vicissitudes des circonstances; elle s'est épanouie avec une multiph richesse de formes. Heinke reconnaît au prince k droit de tarir cette sève, d'émonder à son gré let efflorescences du tronc catholique. Jésus, en un( parabole, comparait son œuvre au grain de sénevé qui doit germer, mûrir, féconder, avec toutes 1er énergies, tous les caprices, toute l'opulence de h

1. Wolfsfïruhcr, op. cit., p. 279; — cf., p. 283-287, los protestations d Migazzi. archevêque de Vienne, contre ce Mémoire de Heinke. Comparer le explications tout à fait analogues données au nonce par le chancelle Kaunitz (Schlitter, Die Jieise des Papstes Pins VI, p. 3-4). Lexposé 1 j)lus complet de la théorie des canonistes joséphistes sur les limites de deux pouvoirs se trouve dans Rôsch, loc, cit., 1904, p. 72-82.

FEBRONIUS ET JOSEPH 11 21

vie. Heinke, lui, parle de l'œuvre du Christ comme il parlerait d'un organisme fossile ; et, sous couleur de respect pour le divin londateur, c'est contre la vitalité môme de TEglise que ses raisonnements s'insurgent.

Joseph H, devenu seul souverain, réclama de ce bureaucrate un supplément d'explications.

Heinke avait dit à Marie-Thérèse : « Voilà vos droits». Mais ces droits, comment en user?

Joseph insiste, revient à la charge, consulte Heinke sur son métier même d'empereur :

u Quelles sont, lui demande-t-il, les voies principales par lesquelles il soit possible d'introduire, d'une façon durable, une amélioration de la sainte religion et de l'Eglise, principalement en ce qui concerne le soin des âmes et l'orientation du peuple vers le vrai cbristianisme? Et comment la suppression des abus, qui est inséparable de cette amélioration, peut-elle être obtenue, au moins autant que possible^ ? »

Heinke répond par un vaste programme:

« Promouvoir et protéger la purification des doctrines et l'amélioration des études, faire effort pour que disparaissent les exercices de piété sans importance et les pratiques superstitieuses, pour que l'esprit de persécution soit déraciné, pour que l'essentiel et ce qu'il y a de grand dans la religion soit inculqué, pour que le pasteur et, par lui, le peuple, soient purifiés de ces principes, de ces préjugés qui gâtent le cœur «'t font de mauvais citoyens- » : c'est à quoi doit viser l'empereur.

Il importe de prêter l'oreille à cet échange de chuchotements entre le fonctionnaire et le maître,

Wdlfsf^ruber, op. cit., p. 467.

\\nir<L'rubL'r. op. cit., p. 47Ô.

si Ton veut comprendre sainement le joséphisme. Ils sont en train d'élaborer un système de politique ecclésiastique dont les conséquences seront néfastes pour l'Eglise ; et très sincèrement, celui-ci dans la question, celui-là dans la réplique, parlent du « bien de la religion » et s'intéressent à « ce qu'en elle il y a de grand ». De même que Nicolas de Ilontheim, pour attirer dans Fédilice catholique la foule des dissidents, disloque cet édifice par la base, Joseph II et ses conseillers, pour améliorer la religion et la remettre en crédit, la vont bouleverser. Ils agissent avec la société religieuse comme d'autres, bientôt, agiront avec la société civile : c'est pour son plus grand bien, et par amour pour elle, qu'ils s'imposent et s'ingèrent

comme des agents de révolution « La religion,

écrira plus tard h Joseph II Léopold de Toscane, vous aura l'obligation d'avoir illuminé l'Europe et d'avoir épuré la vraie religion des superstitions et abus qui y avaient été introduits et que beaucoup déploraient, sans avoir le courage de les attaquer comme vous de front et dans la racine du maP. » Peu s'en faut, même, que Heinke ne présente le joséphisme comme l'accomplissement d'un devoir de piété : « Le prince, écrit-il, protège le plus vigoureusement le sanctuaire du Seigneur, lorsqu'il en écarte lui-môme ce qui peut être et a efTectivement été l'occasion d'inguérissables blessures pour la foi qui fait les élus- ».

1. Joseph 11 und Leopold von Tarana. ilir Briefwec/isel von 1781 bis 1790. hermisf/. von Allïod von Ariioth, I. p. 189 (Vienne. Hrannniller, 1873). La lettre est du '39 n(tvenil)ie 1783.

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