‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 31 sur 202 · Schlitter, Die lieise des Papstes, p · texte numérisé non relu

Schlitter, Die lieise des Papstes, p

liens avec Pie VI, et pour le supplier d'éviter toutes faiblesses, qui l'exposeraient, disait Gobenzl, (( aux critiques de l'Europe^ ». Joseph, lui, élait bien décidé à se montrer « un fils respectueux de l'Eglise, un maître du logis poli avec son hôte, un bon catholique dans toute l'étendue du terme, mais en même temps un homme au-dessus des phrases, des actes tragiques dont le Pape pourrait l'erlancer {sic), ferme, sûr et inébranlable dans ses principes ; il avait conscience d' « entrevoir avec certitude le bien de l'Etat » ; et, « sans autre considération quelconque », il prétendait s'y conformer-. Ainsi disposé, il apportait dans les téteà-tête avec Pie VI plus de courtoisie et de douceur encore que ne l'eussent souhaité ses ministres : « Il faut pourtant éviter, leur objectait-il, que cet homme ne s'en aille d'ici en donnant une protestation solennelle à toutes les cours catholiques d'Europe et en môme temps ne tourne la tête à plusieurs de nos évoques, ne trouble et n'inquiète les consciences des âmes timorées et peu instruites-^. »

Le joséphisme avait peur : c'était là le seul résultat du voyage pontifical, mais le résultat était notable. Cette peur, il est vrai, n'induisit pas l'empereur en résipiscence : les actes les plus

1. Sciilitter, Die Beise des Papsles, p. lG-2-177 et 188-191.

2. Joseph II und Leopoîd von Toscana, I, p. 82. La lettre est du 7 mars 1782.

3. Schiittor, Die Reine des Pnpstcs. p. 170. — Joseph II était plus sincère lorsqu'il parlait de la sorte, que lorsqu'il s'nbaudonnait à certaines fanfaronnades humoristiques connue celle-ci : « Aujourd'hui enfin Sa Sainteté est accouchée d'un écrit, et je vais accoucher d'une réponse; tout ce que je puis vous en dire encore, c'est que ces deux enfants ne se rnnrioront jamais ensemble » {Joseph II und Leopold von Toscana, I, p. !)7 ; la lettre est du tl avril 1782).

IfODADV CT iAADv/c r'rsticj^a

expressifs de la politique joséphiste datent, tout au contraire, des années qui suivent le voyagea Mais Joseph II avait senti, dans la papauté, une puissance d'opinion dont il était indispensable de tenir compte, et qu'il était facile de Lattre en brèche, mais non point d'ignorer'-. Le malheureux Pie VI, faisant litière de tout orgueil, avait couru au-devant d'une apparente défaite; mais lorsque, deuxans après, Joseph II, s'étantarrogé la libre disposition des évôchés lombards, jugea nécessaire d'aller à Rome pour conférer avec le chef de l'Eglise et conclure avec lui une façon de Concordat-^, Pie VI se put enfin rendre ce témoignage que son mélancolique voyage de Vienne avait contraint lejoséphisme d'inaugurer une politique de déférence à l'endroit du Saint-Siège.

En venant conférer avec l'empereur, en faisant mûrir, dans le cerveau de Joseph II, Fidée d'un voyage impérial à Rome, en prodiguant les marques de douceur à ce souverain qui prétendait ordonner, par une simple signature, la délimitation des diocèses et installer évoque qui bon lui semblait, en lui accordant comme des concessions ce qu'il réclamait comme des droits, et en maintenant ainsi, à Tencontre de Kaunitz et

1. L'établissoment des séminaires pfénéraux. par excin})lo, fut postéi'ieur au voyaf^e de Pie VI à Vienne.

2. Aussi Josepli était-il fort aise de refaire sa réputation à Rome : « Je croisavoir assez réussi, écrivait-il de Rome à Léopold le 27 décembre 1783: et l'on paraît être revenu de bien des idées fausses qu'on avait prises sur ma religion et façon d'être.» {Joseph II und Leopold von To.uana, L j). 1!)7.)

3. Voir la curieuse lettre dans laquelle Joseph essaie de se remontrer à lui-même et de remontrera Kaunitz que cette convention n'est point une concession, puisqu'il y est question, dit-il. non point du droit du Pape à nommer les évèques, mais seulement d'un usage dont le Pape prolilait (Schlitter, Pius VI und Joseph II, p. 193).

tËBRONiUS ET JOSEPH lî Sâ

des ministres, le principe que les matières d'Eglise doivent être régle'es par des actes bilatéraux, Pie VI avait fait lléchir, non point sans doute les décisions du joséphisme, mais, en une certaine mesure, l'esprit même du joséphisme : c'était un succès moral dont l'avenir devait montrer la portée i. Le joséphisme pur faisait de Vienne, et de Vienne tout seul, le centre du gouvernement de l'Eglise d'Autriche ; les visites qu'échangèrent Pie VI et Joseph II ressuscitèrent dans l'opinion une certaine idée des prérogatives de Rome.

A l'instant même où le joséphisme se montrait le plus insolent, le grand historien suisse, Jean de Miiller-, dans un petit opuscule sur Z^^' Voycujes des Papes, commençait à provoquer un retour d'opinion en faveur de la papauté. (( Je n'ai jamais travaillé plus vite, écrivait-il à propos de ce livre. Mes idées se pressaient. J'ai des matériaux pour des Lettres provinciales. La cause de Rome, en ce moment, est celle des princes, du Grand Turc, des républiques-^». Cet ardent publiciste, qui surgissait ainsi, brusquement, en face des

1. Voir 1ns conclusions de Schlilter {P'ms VI und Joseph II, p. 71). — Quant aux r^'lenientations et institutions du joséphisme, elles auront, a Vienne niènie, la vie dure : voir ci-dessous, livre UI, chaïutre V, les inutiles luttes de Mcttcrnich contre la bureaucratie. Seule, rnislitulion des sémiiuaires généraux n'eut i)as longue durée : le successeur innuediat de Joseph II, Léopold, en décida la suppression, en voyant se tarir le recrutement des vocations ccclésiasti<iues (AVidfsgruber, op. cil., p. ïA-i et7()0). . , .,

2. Sur Jean de Millier (IT.Vi- 1809), voir la Nolive hislnrujue. ecrile par lui-même, en tête du livre: Leltres de Jean de Midler à ses amis A/M. 'le /tonsle/tea et Gleim (Paris, Schoell, 1H12) : et Gœdeke-Gœtze. VI. p. 2Hr)-29G. - Au milieu du xix« siècle, le célèbre médiéviste Bolinier considérait encore Jean de MûUer comme le plus grand historien en langue allemande (Janssen, Jok-Friedrich BôliinerS Leben, Briefe und KUdnere Schriften, I. p. 38-3!) et 389. Fribourg, Herder, 181)8).

3. Lettres de Jean de MûLler, p. 459: la lettre est du 3.") mars 1782.

^^ -DU JOSÉPeiSME AUX COISCORDATS

nombreux pamphlétaires appointés par le cabinet de Vienne, était un protestant ; et toute sa vie il demeura tidèle à la Réforme'. Mais il estimait qu il ne fallait « négliger aucun moyen d'arrêter les progrès du despotisme », et il comptait sur le clergé catholique pour a rétablir quelque équilibre en Europe et maintenir les lois dans quelques Etats 2 ». C'est dans l'histoire du passé qu'il trouvait la confirmation de ses espérances : « Lorsque la race des Romains fut effacée de la terre, expliquait-il, il fallut aux barbares qui leur succédèrent un tuteur qui eût conservé quelques restes de Tanciennc civilisation, dont la dignité fût inviolable, et qui, étant prêtre, fût intéressé personnellement au maintien de la foi. Ce tuteur fut le Pape, et, sans lui, nous serions peut-être aujourd'hui aussi étrangers aux connaissances des Anciens que les Turcs •>. » Son écrit sur les loijages des Papes retraçait les démarches illustres par lesquelles les pontifes du moyen âge, pèlerins de la foi, pèlerins du droit, avaient servi les intérêts de l'humanité '^

Pour la première fois depuis la Réforme, un historien protestant consacrait tout un livre à célébrer la papauté du moyen âge. Cet historien fera école : c'est dans TAllemagne du xix' siècle

1. A une certaine é])0(iue, jilus lar.l, on crut ininiinonte ^:a conversion au catholicisme (Voir la Nolicc Imlorique ci-dessus mentionnée, p. xxxi;. — Cf. au sujet des dispositions religieuses de Jean de Mûller. Jansscn, Friedrich Leopold Graf zu SLolherg, H, j). '202--203 (Fribourg, Herder, 1877).

2. Lcllres de Jean de ih'idler, p. 4o0 : la lettre est du 2ô avril 1782.

■.l. Lettres de Jean de Mûller, \\. 464: la lettre est du 5 mai 1782. — Déjà, dans ses ^'ssrt(> /u'.s/oW<7«es (Berlin, iJecker, 1781), Jean de MùUer inaugurait lapologie du moyen âge.

4. M. Delvignc en a publié une traduction française avec conunentaire (Tournai, Gasterman, 185!)).

FEimOiNIUS ET JOSEPH II l\"}

que la théocratie de (irégoire Vil et d'Innocent III trouvera les historiens les plus enthousiastes et les avocats les plus réputés '. Les innombrables frondeurs — il y avait parmi eux des cardinaux — qui s'étaient amusés de voir Pie VI rentrer de Vienne les mains vides, ignoraient que ce voyage pontifical avait donné le branle à un mouvement d'apologétique en faveur de la papauté, et que l'école historique allemande, un demi-siècle durant, allait prendre place aux antipodes de l'esprit joséphiste.

Avec Febronius, la science ecclésiastique allemande s'était faite antiromaine; avec Joseph II, le Saint-Empire romain s'était fait antiromain. La rétractation de Febronius avait été pour la papauté un commencement de revanche ; les étranges colloques entre Pie VI et Joseph II avaient marqué, pour elle aussi, une façon de demi-victoire. Elle avait bruyamment enregistré le premier avantage, remporté sur le théologien ; quant au second, gagné sur l'Empereur, elle en jouissait modestement, humblement, et elle aimait mieux en remercier Dieu que d'en faire part aux hommes. Joseph II était de ces adversaires qu'on n'a quelque chance de vaincre qu'en ne se flattant jamais de les avoir vaincus, et c'était chez Pie VI, en môme temps qu'une suprême humilité, un acte d'habileté, de laisser dire dans le Sacré-Collège qu'à Vienne on l'avait

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