CHAPITRE II
LES MÉTROPOLITAINS ALLEMANDS ET LE SAINT-SIÈGE A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
Coup cVœil de Pacca sur TEglise d'Allemagne en 1786.
1. Nonces et archevêques. — Luttes des nonces contre l'esprit mondain des électeurs de Cologne. — La cour archiépiscopale de Mayence; le règne de l'archevêque Erthal :« lumières » et lihertinage. — Clément Wenceslas de Trêves : ses oscillalions. — Négligence systématique des électeurs ecclésiastiques à l'endroit du Saint-Siège. — Les chanoines : leur esprit de lucre. — Les professeurs de théologie : leur incroyance. — 1-undation de l'Université de Bonn. — Attacjues contre le gouvernement des principautés ecclésiastiques; singulier concours ouvert à Fulda. — Aveugle sécurité des électeurs ; leur mobilisation contre Rome.
IL La cause du conflit : création de la nonciature de Munich. — Premières escarmouches. — Arrivée en Allemagne de Zoglio et Pacca. — Le Congrès d'Ems (1786). — Mécontentement des évêques contre les électeurs ecclésiastiques. — Coquetteries du roi de Prusse à l'endroit de Pacca.
m. Guerre ouverte entre les électeurs ecclésiastiques et Pacca. — Les forces respectives. — Le peuple catholique : son empressement auprès du nonce.
IV. Etfort des électeurs ecclésiastiques à la diète de Ratisbonne (17.S8) pour faire supprimer la juridiction des nonces en terre allemande. — Leur échec. — Leurs résipiscences successives. — Ténacité antiromaine de l'archevêque Ertlial : ses préparatifs de synode. — L'arrivée des troupes de Gustine et le retour de la messe du Pape.
Electeurs fugitifs et nonce fidèle au poste. — Le fébronia-
nisme et la Révolution française. — Coïncidence logique entre la spoliation de TEglise dAlIemagne et ralTaiblissement du fébronianisme.
(( Les églises et le clergé d'Allemagne», à là veille de la Révolution française, « étaient au comble des grandeurs humaines. Deux sièges archiépiscopaux étaient occupés, l'un (celui de Cologne), par un frère de l'empereur Joseph II, l'autre (celui de Trêves), par le iils d'un roi de Pologne, électeur de Saxe. A la tête de toutes les autres églises archiépiscopales étaient placés des prélats issus des plus anciennes et des plus illustres familles. De vastes portions du sol de l'Allemagne, les plus belles et les plus fertiles, appartenaient au clergé avec un droit de souveraineté temporelle, qui s'étendait sur plusieurs millions de sujets. Grandes étaient aussi dans l'empire l'autorité et l'influence du clergé. Dans le collège électoral, sur huit membres électeurs, trois étaient ecclésiastiques : les archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne. Le collège des princes était présidé par l'archevêque de Salzbourg, et tous les évêques, ainsi qu'un grand nombre d'abbés, apportaient leur vote à la diète ^. »
Ainsi parlait à Rome, en 1843, un cardinal presque nonagénaire, Rarthélémy Pacca ; ainsi résumait-il l'ancienne « splendeur », l'ancienne « opulence », l'ancienne « puissance » de l'Eglise d'Allemagne, et, songeant que ce brillant passé était à jamais enseveli, il n'osait dire que cette disparition fût un malheur pour l'Eglise.