Paccn, Œuvres, trad. Qunyi'a.s, H. j
C'est qu^en effet Barthélémy Pacca, nonce en Allemagne de 1786 à 1794, avait vu de près les misères profondes qui se dissimulaient derrière cette somptueuse façade et senti, d une façon cuisante, que, sous ces dehors prospères, le christianisme souffrait étrangement.
Les Mémoires qu'il nous a laissés au sujet de sa nonciature sont singulièrement instructifs : on s'explique, en le lisant, combien les électeurs ecclésiastiques, beaucoup plus princes qu'ils n'étaient évoques, devaient abhorrer la vigilante proximité d'un prélat transalpin qualifié dénonce, qui surveillait leurs mœurs, leurs relations, l'exercice de leur ministère^.
1. Voir, sur rinstitutiou par Léon X de la nonciature de Vienne et par Gréf:;oire XIII de celle de Colo^^ne, Stiglolier, Die Erriclitung der pâpsUichen Nuntiatur in Mûnclien und der Em.ier Conr/res.s, p. 28-30 (Ratisbonne, Manz, 18G7). - Sur Tiinportance de la nonciature de Cologne depuis le XVI" siècle, on peut lire un petit écrit de Pacca: Détails sur l'iniroducUon du protestanliswe dans les provinces rhénanes. « Les nonces de Cologne, dit-il, rendirent d'inunense.s services au culte et au clergé catholiques, et conservèrent à TEglise d'Allemagne, principalement à celle de Cologne, la iniissance que les hérétiques voulaient lui ravir. Voilà jiouniUDi. dans les dernière-; années de ce xviu"= siècle si funeste et si ingrat, les philosophes et les sociétés secrètes firent une guerre si acharnée à la nonciature de Cologne. » (Pacca, Œurres,U, p. 1H7.) - L'antipathie des électeurs ecclésiasti(iues contre les nonciatures n'était pas nouvelle: d(;s 1(! xvi« siècle, le nonce Bononii la constatait, au moins à Cidogne et à Mayence (comme en témoignent les Nuntiaturbcrichle publiés par Stephan Ehses et Alois Meister (Padcrborn, Schoningh, 1895); et, en 1704, un chanoine d'Augsbourg, s'entretenant avec le nonce Garampi, lui parlait eu propres termes de l'excitation qui existait en Allemagne contre le Saint-Siège et de raveuglenient de l'épiscopat.
Le Rhin, qui traversait en son cours moyen leurs trois électorats, s'appelait vulgairement (( la rue des Prêtres » ; mais cette rue n'avait rien d'édifiant, et ces principautés ressemblaient fort peu à des oasis de prières. Or les prédécesseurs de Pacca, et Pacca lui-même, apparaissaient comme d'importuns témoins, qui contenaient le libertinage des mœurs et guettaient le libertinage des pensées.
Les luttes soutenues par le nonce Archinto, dans le premier quart du siècle, contre Joseph- Clément, archevêque de Cologne, relèvent de la chronique légère plutôt que du droit canon : l'archevêque aimait le voisinage d'une certaine dame, et le représentant du Saint-Siège l'en voulait sevrer'. Sous l'électeur Clément-Auguste, successeur de Joseph-Clément, la nonciature avait dû batailler incessamment contre les habitudes mondaines auxquelles s'abandonnait la curie épiscopale; favorites, acteurs, marchands d'objets de luxe, tous ceux qui bénéficiaient du faste du prélat, tous ceux aussi qui faisaient métier d'y pourvoir, redoutaient et détestaient les représentants du Pape, comme des intrus'. D'incarner la morale rigoriste et l'austérité sacerdotale, c'était là le crime de ces prélats italiens ; on a vite fait d'accuser la morale de se mêler de ce qui ne la regarde point. On leur cherchait chicane avec des textes de droit canon ; mais le droit canon survenait comme un prétexte; et ce qu'avant tout on ne leur pardonnait point, c'était de s'insurger, au nom